Asou Albert, Lucien, Frédéric libéral
né en 1857 à Tournai décédé en 1940 à Tournai
Représentant 1905-1914 , élu par l'arrondissement de Tournai-Ath(Extrait du Soir, du 7 mars 1940)
M. Albert Asou, bourgmestre de Tournai, s'est éteint mercredi matin, à l'âge de 82 ans. Le défunt siégeait au Conseil communal depuis 1888. Il fut plusieurs fois échevin et porta l'écharpe mayorale de juillet 1925 à décembre 1926, puis de 1933 jusqu'à sa mort.
M. Asou fut conseiller provincial de 1903 à 1905, député de 1905 à 1914, et sénateur de 1919 à 1932. Il appartenait au conseil d'administration des principales institutions de sa ville et pendant la grande guerre, il fut président de la Commission permanente de recrutement de Paris (1916-1918). M. Albert Aou était membre du Conseil supérieur du Travail depuis le 31 mars 1920. Durant son passage au Sénat, le défunt s'est spécialement intéressé aux questions des dommages de guerre, de la protection des mineurs, de l'emploi des langue dans l'enseignement et dans l'administration, de la bienfaisance publique, de la révision des loyers, etc.
M. Asou interpella notamment le ministre des Sciences et des Arts au sujet de la suite que le gouvernement entendait donner aux réclamations de la ville de Tournai, tendant à la remise à cette ville, pour son Musée des Beaux-Arts, de deux tableaux de Rubens et de Jordaens, enlevés à Tournai en 1794, restitués plus tard par la France, mais demeurés au Musée de Bruxelles.
Enfin, M. Asou a pris une part active dans la discussion du projet de loi modifiant la loi communale.
Le bourgmestre de Tournai jouissait d'une grande popularité parmi ses administrés.
Il appartenait à l'opinion libérale.
(Extrait de La Dernière heure, du 7 mars 1940) M. Albert Asou est mort. Un de plus anciens militants du parti libéral. Il laissera à Tournai, dont il était bourgmestre, de profonds et unanimes regrets.
M. Albert Asou, bourgmestre de Tournai, est mort cette nuit à 2 heures. Telle était la nouvelle qui consterna tous les Tournaisiens à leur réveil.
A l'hôtel de ville, le drapeau a été mis en berne ; dans la cour de nombreux chômeurs qui vont au pointage s'arrêtent anxieux. attristés : leur grand bourgmestre n'est plus !
C'est un honnête homme qui s’en va, un magistrat admiré, un grand libéral qui disparaît.
Ses funérailles officielles seront célébrées samedi prochain.
M. Albert Asou était né Tournai le 24 juin 1857. Il avait fait ses études à l’athénée de cette ville, puis à l'Université de Bruxelles. Reçu docteur en droit, il avait été inscrit comme avocat au barreau de Tournai le 12 août 1878 et avait pris le titre d'avocat-avoué le 13 septembre 1882.
Dès 1879, il entrait dans la mêlée politique et acceptait les fonctions de secrétaire de l'Association libérale de Tournai. Le 1er janvier 1888, il devenait conseiller communal, puis, en décembre 1895, échevin. Conseiller provincial du Hainaut du 5 juillet 1904 au 30 janvier 1905, il abandonnait ce poste pour entrer à la Chambre des représentants. II fut ainsi député de son arrondissement du 31 janvier 1905 au 8 mai 1914. En juillet 1919, il devenait sénateur provincial libéral du Hainaut, poste qu’il garda qu'en Juillet 192S., époque où il fut désigné par le roi en qualité de bourgmestre de la cité des « Choncq Clotiers. »
M. Albert Asou fit ainsi le cycle complet de la carrière politique et à chacun des postes qu'Il occupa, il ne s’inspira que de l'intérêt général.
Au Parlement, il intervint particulièrement dans les débats concernant les dommages de guerre, la protection des enfants mineurs, l'emploi des langues dans l'enseignement et dans l'administration, la bienfaisance publique. la révision des baux à loyer, la loi sur les bénéfices exceptionnels, les Affaires étrangères, les travaux publics, les questions fiscales et judiciaires, etc...
Il interpella : le ministre de la Justice au sujet du rétablissement de la censure politique par la commission de contrôle des films cinématographiques ; le ministre des Travaux publics sur les retards apportés par l'Etat à la construction des ponts sur l'Escaut dans la traversée de Tournai ; le ministre des Sciences et des Arts relativement aux réclamations de la Ville de Tournai tendant à rentrer en possession de deux tableaux de Rubens et de Jordaens enlevés en 1794, restitués par la France, mais demeurés au Musee de Bruxelles.
Doué d'une grande sensibilité, M. Asou fut l'auteur d'une proposition de loi sur la protection des animaux ,et à diverses reprises il interpella au sujet d'actes de cruauté commis envers nos « frères inférieurs. »
En lui, l'homme politique était doublé d'un administrateur d'élite et comme mandataire communal il donna de nombreuses preuves d'initiative éclairée et de compétence. C'est sous son échevinat que furent notamment réalisés : le dégagement de la cathédrale de Tournai, les régies des eaux et de l'électricité, puis – après la guerre — la reconstruction de tous les ouvrages d'art importants détruits par les Allemands, etc...
Bref, travailleur infatigable, il consacra le meilleur de sa vie à la cause publique.
M. Albert Asou laissera le souvenir d'un parfait citoyen, d'un excellent libérai, d'un caractère droit, sincère et franc, d'un homme d'une grande bonté qui n'a jamais connu que le devoir et qui l'a accompli avec une belle simplicité et une modestie exemplaire.
Nous présentons à sa famille l'hommage profondément attristé de nos condoléances.
(Extrait de La Nation belge, du 7 mars 1940)
Un bref télégramme nous a apporté, mercredi, la funèbre nouvelle : M. Albert Asou, bourgmestre de Tournai est mort.
La cité aux « Choncq Clotiers » ressentira péniblement cette perte. Albert Asou lui avait consacré toute une existence. Il l'aimait passionnément et Tournai - sa ville natale lui rendait en estime et en vénération tout ce qu'il lui vouait d'affection.
Il y était né le 24 juin 1857. Il y avait commencé à l'athénée les études qu'il termina brillamment à l'Université de Bruxelles. Docteur en droit à 21 ans, c'est au Barreau de Tournai qu'il se fit inscrire. Il y resta fidèle. Il y était d'un an quand, sous la présidence de Bara, Il fut appelé aux fonctions de secrétaire de l'Association libérale de l'arrondissement de Tournai.
C'est en janvier 1888 qu'il entra au Conseil communal de Tournai. En 1895, il était échevin et le resta jusqu'en 1912, s'occupant successivement du contentieux, des Beaux-Arts, des Finances, des Travaux publics et des Régies. L'année 1921 le retrouvait échevin. En 1925, le succès électoral du cartel libéral-socialiste le poussa au fauteuil de bourgmestre. Il occupa ce fauteuil, après une éclipse de six ans, jusqu'à sa mort.
L'activité politique de M. Asou ne se cantonna pas toutefois dans les murs de Tournai. Il fut conseiller provincial dès 1904, membre de la Chambre des représentants de 1905 1914, sénateur de 1919 à 1933.
Il déploya dans ces diverses assemblées une activité au moins égale à celle dont il faisait preuve dans sa chère ville de Tournai. II fut l’auteur d'une proposition de loi sur la protection des animaux qu'il eut la joie de voir aboutir. Mais il se signala surtout dans les assemblées législatives par la grande part qu'il prit aux lois sur les dommages de guerre, sur la protection des mineurs, sur l'emploi des langues dans l'administration et l'enseignement, sur la bienfaisance publique, sur les loyers. etc., etc.
Mais peut-être n'apporta-t-il à la tribune publique, jamais plus de vigueur que dans ce véritable combat oratoire qu'il livra au gouvernement alors en fonctions, pour obtenir la restitution du Rubens et du Jordaens qui avaient été enlevés jadis à la ville de Tournai par les révolutionnaires français et qui finirent par trouver asile au Musée de Bruxelles, lequel ne voulut plus les restituer.
Pourrions-nous mieux faire que reproduire ici cette petite page de l'histoire de Tournai que conta lui-même M. Asou à l'un de nos rédacteurs qui l’interviewait à l'occasion de son cinquantenaire de vie administrative communale .
« Durant l'occupation française, deux tableaux, un Rubens et un Jordaens, avaient été enlevés à notre ville pour enrichir les collections des envahisseurs. Ils ne franchirent jamais la frontière
et, fort heureusement d'ailleurs, ils furent recueillis par le Musée de Bruxelles où l'on peut encore les admirer aujourd'hui.
« Je soulevai au Sénat la question de leur restitution. Le gouvernement ne voulut rien entendre. Cela ne me découragea pas. A force de frapper sur le clou, aidé par mon ami Leduc, sénateur catholique et échevin des Beaux-Arts de Tournai, je parvins à créer un courant d'opinion favorable à ma prétention. Le gouvernement se montrait toujours irréductible.
« C'est alors qu'usant d'un biais, je fis voter par le Sénat un crédit destiné couvrir les frais de rapatriement. Le gouvernement s'émut, d'autant plus que la ratification par la Chambre semblait chose assurée, et il mit les pouces. A la place des deux œuvres revendiquées ; on nous offrit huit ou dix tableaux, dont un très beau Jordaens, Le Roi boit. La transaction fut acceptée, et je rentrai sous ma tente avec la satisfaction de me dire que j’avais enrichi le trésor artistique de ma ville natale. »
Ce n'était, au fond, que la satisfaction de ce qu'il considérait comme devoir accompli, que savourait dans son cœur l'éminent Tournaisien. N'est-ce pas encore cette satisfaction qu'il trouvait dans ses fonctions de membre du Conseil d'inspection des établissements d'aliénés de l’arrondissement de Tournai, dans celles de président du Bureau des consultations gratuites, établi à Paris à l'intention des réfugiés belges, dans celles de président de la Commission permanente de recrutement, et, plus tard, dans celles de membre du Conseil supérieur du Travail ?
Il n'oubliait d'ailleurs pas sa noble profession d'avocat à laquelle il ne renonça jamais. II fonda la Conférence du Jeune Barreau. II fut appelé à la présidence de la Fédération des Avocats belges et jusqu'en ces derniers temps, il assumait la présidence (équivalente au Bâtonnat) de la Chambre des avocats-avoués de Tournai.
Vie admirablement remplie, toute de dévouement à autrui, à sa ville natale, à sa province, à sa patrie, n’est-ce point là le fondement de la satisfaction intime qui rayonnait dans le sourire affable de ce grand et beau vieillard que la mort vient d’emporter, mais dont le souvenir se perpétuera dans la mémoire des Tournaisien…
(Extrait de LAVACHERY A., ASOU Albert, dans Biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1971, t. 37, col. 8-11)
ASOU (Albert-Lucien-Frédéric), homme politique, avocat, né à Tournai le 15 janvier 1857, y décédé le 7 mars 1940.
Sa famille, originaire du Nord de la France, appartenait à l'industrie du tissage.
En 1883, il épouse à Soignies Isabelle Dryon dont il aura deux filles. L'une épousera à Namur l'avocat et homme de lettres Marcel Grafé.
C'est à vingt et un ans - exemple d'une remarquable précocité - qu'Albert Asou, après de brillantes études de droit à l'Université libre de Bruxelles et un stage à Paris, entre au barreau de sa ville natale. Déjà il fait preuve d'une remarquable science juridique ; ses plaidoiries, sobres, lumineuses, témoignent aussi bien d'un don très fin d'ironie, à la française, mais dépourvue de toute acrimonie. Après son stage en Belgique, il devient l'un des vingt-quatre avocats-avoués de Tournai. Selon une tradition lointaine, le barreau tournaisien concentre alors, sous une même direction, procédure et plaidoirie. Comme on sait, cette formule de simplification judiciaire, souhaitée par les uns, combattue par d'autres, n'a été généralisée en Belgique que très récemment par le Code judiciaire qui a fait l'objet de la loi du 10 octobre 1967. Asou réforme la Conférence du Jeune Barreau dont il deviendra le premier président d'après la nouvelle formule. Ses confrères le délèguent à la Fédération belge des avocats ; il est membre de son Conseil général puis son président en 1927 et 1928. Le Barreau le fête en 1929.
Cet hommage de ses confrères de tout le pays montre en quelle estime Albert Asou est tenu partout où il paraît.
Les succès qu'il va rencontrer dans sa vie publique en sont une nouvelle preuve.
Asou appartient au Parti libéral ; profondément attaché à sa ville natale, il est soucieux de la servir de son mieux. En 1888, il est conseiller communal, puis conseiller provincial, enfin, à partir de 1895, échevin. Pendant trente années, il occupera toutes les délégations, sauf celle de l'instruction publique pour laquelle cependant sa culture et ses talents d'orateur semblaient le mieux le destiner. Mais Tournai lui devra sa distribution d'eau et le dégagement du chœur de sa cathédrale (1903). C'est Asou encore qui tente, avec ténacité, de faire rentrer à Tournai les Rubens et Jordaens, enlevés par les Français au XVIIIème siècle et que la Troisième République venait de restituer à la Belgique. Mais ces tableaux-là précisément sont restés aux Musées royaux des Beaux-Arts de Bruxelles, non sans compensations d'ailleurs (huit tableaux dont un, Le Roi boit, de Jordaens).
En 1925, Albert Asou devient bourgmestre ; il sera réélu en 1932 et 1938.
Avocat de grande classe, premier magistrat de sa cité, Asou était attendu sur un plus grand théâtre encore.
Secrétaire de l'Association libérale de Tournai, président de l'Union libérale de l'arrondissement, il est entré à la Chambre des représentants en 1905. Il y apparaît comme rapporteur de nombre de lois importantes.
La guerre de 1914-1918 interrompt ses activités. Il séjourne à Paris où il retrouve de précieuses et anciennes amitiés.
Mais c'est au Sénat qu'il entre en 1919. A nouveau, il se signale par de nombreux rapports sur des projets de loi dont l'une est son œuvre personnelle et complète l'élégance de sa haute figure par un trait particulier de sa bonté : la loi Asou est la base de toute une législation concernant la protection des animaux.
Le dimanche 9 janvier 1938, la ville de Tournai, unissant tous ses partis dans un sentiment de reconnaissance émue, fêtera un jubilé exceptionnel : les cinquante années de magistrature communale de son bourgmestre.
Sa profonde connaissance du droit, son talent insigne d'orateur, le don de clarifier les problèmes les plus épineux, spécialement quand ils concernent la chose publique, son désintéressement, son sens de l'honneur sont célébrés dans les discours prononcés à cette occasion.
Nous retiendrons ce jugement porté par un de ses adversaires politiques, le député et échevin M. Hossey, parlant au nom de la gauche socialiste : « Quand pendant un demi-siècle un homme a donné à une tâche le »meilleur de lui-même en faisant preuve du plus complet désintéressement, il convient de s'incliner bien bas devant lui et de reconnaître les services qu'il a rendus à la chose publique ».
Dans la nuit du 6 au 7 mars 1940, Albert Asou est mort, entouré de sa famille, après avoir surmonté cependant les risques encore récents d'une grave opération.
Iconographie : Le portrait peint par Gaudfroid et représentant Asou dans son uniforme de bourgmestre, qui lui fut donné par le barreau en 1928, a été déposé par la famille à l’hôtel de ville de Tournai.