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Une vie de journaliste
SOLVAY Lucien - 1934

SOLVAY Lucien, Une vie de journaliste

(Paru à Bruxelles, chez Office de Publicité, 1934)

Prologue sentimental

(page 9) Aussi avant que se reporte ma pensée dans l'éloignement du souvenir, je me revois, tout enfant - enfant unique - assis aux pieds de ma mère, dans une vaste chambre de l'habitation paternelle. Ma mère cousait ou brodait ; moi, je jouais en silence, je crayonnais des bonshommes naïfs, ou j'épelais mes premiers livres.

Mon père s'en allait le matin, revenait le soir... La journée se passait, lente, à attendre son retour. Nous n 'avions, tous les trois, pas de plus douce joie que celle qu'annonçait l'heure tardive où, le travail fini, nous nous retrouvions dans la paix d'une union calme et tendre.

Comme j'étais d'une santé fragile, les soins les plus inquiets m'entouraient minutieusement. Plus d'une fois, des maladies graves mirent mes jours délicats en péril. J'avais grandi ainsi, comme une plante frêle ; dans un visage mince et pâle, mes yeux en avaient gardé un peu de mélancolie, mêlée plus d'affection (page 10) peut-être pour ceux qui, à force d'amour, m’avaient sauvé de la mort.

Convalescent, toujours chétif, je voyais, de la fenêtre de la maison paternelle, les vivants passer comme des ombres falotes. Certains événements, extraordinaires pour moi, frappèrent vivement mon imagination. En face de notre maison, un vaste terrain vague s'étendait, derrière lequel coulait, entre des murs vermoulus, la Senne puante, aux bords escarpés ; plus loin s'élevait, baigné par la rivière, une sorte de vieux théâtre, affecté plus tard à des usages divers, tantôt hangar, tantôt marché public. Un jour, au bout du terrain, j'entendis des cris plaintifs ; j'allai voir, avec ma bonne, curieuse de ce qui se passait, et j 'aperçus un pauvre chien qui se débattait dans la vase, où l’avaient jeté, une pierre au cou, de méchants gamins. Le chien expirait sans secours possible. Frissonnant, je rentrai très impressionné par ce petit drame de la cruauté humaine, par cette agonie, dans la boue et les ténèbres, d’une pauvre bête inoffensive. Quelque temps après, au milieu du même terrain vague, un cirque s’installa. De ma fenêtre, j'assistais au spectacle pittoresquement débraillé de l'existence presque sauvage que menaient là des nomades loqueteux, des bohémiens au visage bronzé, aux allures redoutables, au langage bigarré. Ce spectacle me causait une frayeur respectueuse, que je ne m’expliquais point. Les personnages qui s’agitaient devant moi, dans l’intimité de leurs misère, puis soudain, vers le (page 11) soir, se vêtaient d'oripeaux clinquants pour accomplir les prodiges que des toiles grossièrement peintes représentaient en traits fulgurants, m’apparaissaient comme des héros mystérieux, en qui le réel et le fantastique se confondaient étroitement. Puis, une nuit, le vieux théâtre que longeait la rivière en face du logis paternel prit feu. De mon lit, par la fenêtre ouverte, j’aperçus des lueurs d'incendie, qui éclairaient toute ma chambre. La fièvre me prit. Et ce fut, pendant de longues nuits, d'horribles cauchemars qui, même éveillé, me poursuivaient de leurs menaces.

Tout cela, agissant sur des nerfs qu'une santé débile tendait à affaiblir encore, aurait pu être corrigé dans la suite par une éducation un peu rude. Ce fut malheureusement tout le contraire qui arriva. L'éducation que je reçus de mes parents, indulgents et inquiets, aggrava, loin de l'apaiser, la secousse que ces premières impressions avaient produite sur mon esprit.

Un ami de la maison m'avait donné un beau livre, rempli d'images, les Mille et une Nuits. Je me mis à le lire avec ardeur. Le merveilleux de ces contes me prit tout entier, surexcita mon imagination jusqu'au délire. Au théâtre, où l'on me menait parfois, « pour m'amuser », je restais à ma place, sans bouger, dans l'extase. Le lendemain, je reconstituais la pièce entendue, j'en forgeais d'autres, que je jouais, moi tout seul, dans ma chambre, avec d'invisibles partenaires, en d'imaginaires décors.

(page 12) Ma mère, heureuse de ces distractions, où, pensait-elle, ma santé ne courait point de risques et qui me retenaient près d’elle, ne songeait pas, dans son aveugle sollicitude, qu’elles m’habituaient, d’autre part, à une conception fausse de la vie, vue à travers un rêve perpétuel. Paisible et réfléchi, je lui semblais si différent des autres enfants, mal élevés et tapageurs ! Elle me contemplait, lisant ou dessinant ; car le dessin m’attirait non moins que la lecture : un vieux monsieur, qui fréquentait chez mes parents, avait, par d’adroites paroles, éveillé en moi discrètement le premier sentiment de la beauté ; et dès ce jour une lumière nouvelle avait éclairé ma jeune existence et m’avait éloigné davantage encore des plaisirs de mon âge. Au village de mon père, où j'allais passer parfois les vacances, je fuyais la société et les jeux de mes compagnons et de mes compagnes ; je les fuyais avec tout à la fois de l'aversion et de la crainte. Leurs manière brusques m 'intimidaient. Les filles surtout, trop hardies, me faisaient peur. Et la rudesse avec laquelle les garçons les traitaient, en jouant, me révoltait. A l'école, je me sentais perdu, dépaysé, entouré d 'êtres hostiles et mauvais. Ce petit monde turbulent et bruyant me remplissait d'effarement, m'étourdissait ; je me laissais bousculer, je tâchais d’être crâne, moi aussi : j 'attrapais des horions, sans motifs, simplement parce que j'étais le plus inoffensif ; et alors, sans chercher à deviner, mon cœur se gonflait, mes yeux se mouillaient, et je rentrais chez moi avec une (page 13) grande tristesse, dissimulée au fond de moi-même, et une crainte sans cesse plus vive de tous mes membres chétifs, mal taillés pour la lutte, et de tout mon esprit étonné. J'avais une conception du mal excessive et effarée. Je m'étonnais du peu de scrupules avec lequel se comportaient la plupart de mes condisciples à propos d'indélicatesses sans importance, de simples gamineries, que je trouvais, moi, très graves. L'injustice, la légèreté que les maîtres parfois mettaient punir m'indignaient profondément ; mon ingénuité se soulevait d'une colère qui, impuissante, se résorbait en larmes de rage et de révolte. Et c'étaient là mes plus vives souffrances d'enfant, celles qui blessaient le plus cruellement ma sensibilité.

A l'approche de l'époque fixée pour ma première communion, on me mit en externat dans un établissement tenu par des religieux. Les leçons de catéchisme y étaient données par un prêtre, très fanatique et très exalté. Certains jours, il montait en chaire et prêchait aux enfants des sermons destinés à compléter ses enseignements familiers ; il y apportait une éloquence persuasive et une conviction qui produisaient sur les jeunes élèves une impression violente. Les châtiments qui frappent le méchant faisaient, beaucoup plus que les joies qui récompensent les bons, le sujet de ses discours ; il avait une façon de parler de l'enfer particulièrement saisissante. Mais il ne se bornait pas à décrire l'horreur des supplices qui attendent, après leur vie, ceux qui (page 14) n 'ont respecté les saints commandements ; il montrait aussi combien très souvent le pécheur devient, même sur la terre, la proie du démon. Il racontait des histoires terribles de malheureux frappés d’une mort affreuse au moment même où il péchaient : mort subite, foudroyante ; des diables pénétraient dans la maison de leur victime pour l’épier, ou mieux encore, s’incarnaient dans le corps d’animaux domestiques, puis, tout à coup, se jetaient sur elle et l’emportaient. Les enfants, suspendus aux lèvres du prêtre, écoutaient tout cela en frémissant. Mon imagination, très accessible déjà au fantastique et à l'extraordinaire, en fut vivement frappée. Ces histoires impossibles, s'accordant assez bien avec mes lectures favorites, me parurent presque vraisemblables ; j'en conçus une vague terreur, qui s'insinua dans mon esprit, inhabitué à la résistance et à la volonté, et le domina. J'avais une peur folle de l'obscurité. Quand je me couchais, le soir, l'ombre de moi-même dans ma chambre me glaçait ; je me cachais la tête dans les draps, respirant à peine, couvert de sueur, m 'attendant à chaque instant à ce que, soudain, quelque bête horrible se jetât sur moi pour m'anéantir. Mon chien, à mes côtés, me remplissait de méfiance : dans ses bons yeux caressants, je croyais voir briller la flamme menaçante de l'Etre malin. Et tel fut l'effet de cette éducation malsaine que mon caractère, mon tempérament, ma vie entière, s'en ressentirent. Même lorsque, plus tard, m’apparut (page 15) la sottise manifeste de ces histoires grossières, inventées dans le but d'asservir les jeunes consciences, la trace qu'elles avaient laissée sur moi ne s’effaça jamais complètement ; j'en gardai, au fond de mon âme, une sorte d'indulgente crédulité de de soumission résignée en face de volontés plus fortes que la mienne.

Les années d'internat que je passai ensuite au collège, tranquilles et mornes, furent, comme l'avait été ma première enfance, toutes remplies de petits chagrins. Rentré dans la maison paternelle, je respirais ; c'était la délivrance, c'était le ciel, retrouvé dans les bras de ma mère, et, plus encore, dans la tiède paix de ma chambrette, de mes livres, de mes griffonnages inhabiles, où grimaçait tout un petit monde narquois de types observés, de scènes plaisantes, un peu satiriques, sans méchanceté. Ma chère solitude s'animait d'aventures magiques, de héros protégés et de génies bienfaisants, en des drames impossibles, éclos dans ma cervelle, que je me contais ou me jouais à moi-même, à grande voix et à grands gestes, comme jadis, lorsque j'étais enfant, avec des décors fabriqués, dessinés et agencés pour un théâtre idéal. Combien ce monde artificiel, créé par moi, selon mon caprice, me semblait plus charmant que la banale réalité !

Je lisais surtout... Les livres, achetés presque sou par sou, s'accumulaient dans ma chambrette. Peu de romans, de ceux qu'on dévore à quinze ans, médiocres et plats ; mais des poètes, ouvriers du beau (page 16) langage, grands auteurs, maîtres exquis, frivoles ou passionnés, interprètes de temps disparus et regrettés. Près d'eux, je me réfugiai de toutes mes inquiétudes, de toutes mes peurs, de toutes mes peines. Ils me donnèrent, avec encore plus d'illusions, une sorte de confiance et de courage, une joie perpétuelle, par l'évocation ininterrompue d’une vie en quelque sorte revécue. Je me souhaitais des gloires pareilles ; dans mes admirations, j’évoquais les formes disparues, les êtres oubliés ; je baignais mon âme ravie dans une atmosphère héroïque, parfumée et galante, et m’y complaisais délicieusement.

Vint alors le temps des amours… Il fut, pour moi, semblable à celui par où nous passons tous, quand un peu de lecture a échauffé notre imagination et l’a peuplée de folles chimères. Le hasard m’épargna les initiations grossières qui, trop souvent, souillent l’âme et le corps de l’enfant. Il me tint, au contraire, dans une sorte d’ignorance, que favorisait ma timidité naturelle. Sous des apparences réservées, des ardeurs brûlaient en moi, impatientes, fiévreuses, mais indécises, vagues, et finalement, dans un découragement, éteintes presque aussitôt qu’allumées. L’ange rêvé tardait à venir. Une coquette, un peu mûrissante déjà, mais encore très aguichante, qui fréquentait chez mes parents, s’avisa de me faire jouer le rôle de Chérubin. La dame, épouse d’un très intime ami de la famille, avait avec moi des façons patelines et maternelles, éloignant tout soupçon. Certes, nul n’aurait osé prétendre qu’elle (page 17) souhaitait des distractions coupables dans la compagnies d’un si maladroit jouvenceau, qu’elle taquinait d’une main parfois furtivement hardie… J'avais grandi auprès d'elle ; je lui vouais une amitié respectueuse, éloignant de mon esprit toute pensée mauvaise… Le jeu, pourtant, nous plaisait à tous deux. Pour qu'il devînt tout à fait sérieux, l'occasion seule nous manqua probablement. Et même, tout porte à croire que la belle eut quelque dépit de voir son prudent adorateur éviter trop bien de la faire naître. Le roman se borna à d'hygiéniques et très platoniques promenades, de grand matin, sous les ombrages frais, à l'heure où le mari dormait paisiblement, des frôlements dans les coins, à des baisers furtifs, exempts de tout concupiscence, tout au moins de la part du très innocent adorateur, à qui l'idée de devenir un séducteur ne vint pas un instant. La poésie de l'idylle en garantissait la pureté. Loin de surexciter mes sens en éveil, elle les apaisait heureusement. Ce qui, pour d'autres peut-être, pour le vrai Chérubin, eût été une réalité savoureuse, était simplement pour moi un joli badinage, dont je me contentais, sans me douter que d'aussi gentilles amourettes pussent avoir plus de ragoût.

Elles n'en attisaient pas moins sourdement le feu qui, soudain, devait éclater, et qui éclata un jour, en effet, dans mon cœur où couvait l'incendie. Mais celle qui l'avait préparé ne fut point celle pour qui la flamme s'alluma. La catastrophe eut lieu presque sous les yeux de la dame, dans son entourage, avec (page 18) son involontaire complicité. Deux yeux de velours dans un visage rose firent jaillir l'étincelle ; et alors tout cet édifice de timidité. de candeur et de retenue s'embrasa comme par enchantement. Le visage rose avait vingt ans, n'était point niais, ni tout neuf, peut-être ; le mystère de passé lui faisait une auréole, et son cachet exotique excusait un peu d'indépendance et de hardiesse. Cette fois, encouragé discrètement, je fus intrépide ; et aussitôt une passion folle, d'autant plus intense que je devais la croire partagée, s'empara de moi tout entier. Du coup , Chérubin fit place à Roméo. Tout indiquait que, sous la fenêtre de Juliette, le doux rossignol allait bientôt chanter. Il chanta, en effet, mais après bien des larmes et bien des sanglots. La dame aux promenades platoniques, justement irritée d'avoir nourri ce feu dont la chaleur n'était point pour elle, en conçut un profond ressentiment. Elle dénonça le roman à mes parents... Ils s'émurent de cette incartade, si imprévue, et qu'on leur présentait comme pleine d’embûches. Au lieu de faire la part de l'incendie, ils voulurent l'éteindre instantanément. Ils ne firent que l'étendre et le développer. C’est toujours, et de plus en plus, l’histoire éternelle. L’expérience des siècles n’empêchera jamais un père de précipiter, par trop de sollicitude vertueuse, les premières joies amoureuses de son enfant, et de les exalter, à force d’avoir voulu, maladroitement, en briser l’élan. Ces braves gens, envisageant pour leur fils des périls inouïs, muèrent en tragédie un simple (page 19) lever de rideau, dont l'intrigue fragile, s’ils eussent fermé les yeux, se fût probablement dénouée d'elle-même. Ils dirigèrent contre la jeune personne un arsenal d'arguments, de preuves, de médisances et de calomnies, qui, naturellement, surexcita mon imagination chevaleresque au lieu de l'apaiser. Je me trouvai tout à coup le héros d'un de ces romans passionnés où je m'étais si souvent complu. On s'était efforcé de représenter la belle comme la pire des intrigantes ; je la considérai, désormais, comme une sainte, et l'adorai avec d'autant plus d'ardeur que je la croyais, en outre, martyre. La maison paternelle devint tout-à-coup un enfer. Mon père, oubliant qu'il avait été jeune, déchaina sur moi d'intempestives colères, que ma mère, mordue au cœur par cet inévitable instinct de jalousie féminine, auquel nulle de ses pareilles n'échappe, attisa sans pitié, elle qui, jadis, avait eu pour moi toutes les tendresses. La servante de la famille, entrée au service de mes parents quand je portais encore des culottes courtes, fut appelée à la rescousse et, jalouse aussi, avec l'ardeur d'une bête à qui l'on aurait pris son petit, déploya contre « l'inconnue » un acharnement particulièrement féroce. Je luttai du mieux que je pus, et souffris beaucoup. L’humanité commença, dès ce moment-là, à m'apparaître sous des couleurs moins agréables que celles dont l'avaient embellie mes auteurs favoris. Je me crus, très sincèrement, victime des plus noirs complots, et j'y laissai un peu de mon affection filiales. (page 20) Plus que jamais je me retirai au dedans de mon être intime, avec ma bonne foi tenace, mes pensées mal assurées et, maintenant, mon amour, qui me consolait de tout.

Hélas ! il arriva ce qui arrive toujours... Les beaux oiseaux ont de belles plumes, mais ils ont aussi des ailes... Un jour, je trouvai la cage vide et le bel oiseau envolé. Ce furent, dans les premiers moments, de la colère, mille projets de vengeance. Puis, la douleur s'apaisa. Je me ressaisis peu à peu, je me secouai comme un chien qui, tombé de très haut, s' aperçoit qu'il n'est pas mort, qu'il n'a même aucun membre brisé, et je me remis d'aplomb, dans l’atmosphère de rêve d'où ce grand malheur n’était point parvenu à me tirer. Le chagrin aigu, intense, que j'éprouvai n'alla point jusqu'à une très souffrance, puisque je n'avais jamais eu, en somme, le sentiment de vivre réellement. Mon éducation artificielle me sauva. Je trouvai dans douleur même un baume à ma blessure. Comme les romanciers psychologues qui vivent leurs romans afin de les faire plus vrais, je puisai dans cette douleur une inconsciente jouissance. Les êtres très faibles sont souvent très forts contre le danger. Ils manquent du caractère qu’il faut pour oser être lâches ; ils n’ont pas la volonté même du désespoir.

Le temps hâta la convalescence. Au lendemain du drame, j’avais reçu dans la maison paternelle l’accueil que j’attendais, j’avais continué, tant bien que mal, mes études de droit, naturellement retardées (page 21) et même compromises par tant d'aventures. Mon père, heureux de voir l'idylle terminée d'une façon qui semblait si bien vérifier ses prophéties de malheur, ma mère, non moins soulagée, la vieille servante, triomphante, tous enfin s'étaient empressés d'ouvrir les bras à l'enfant prodigue, de sécher ses larmes, de satisfaire, pour cimenter la paix, le moindre de ses caprices. Puis, un voyage longtemps désiré acheva la guérison. Sensible malgré tout à une liberté qui, après de si dures épreuves, avait bien son prix, je m'éloignai, le cœur léger, avec, à peine, au fond de moi-même, un peu de vague mélancolie, cendres éteintes d'un foyer d'amour que la trahison avait, à force de mépris, brusquement étouffé. La vie, ou du moins ce qui était pour moi la vie, renaissait sous le ciel bleu, dans le pays des arts et des fêtes somptueuses. Le passé merveilleux s'ouvrait à moi avec ses trésors et l'éternelle jeunesse de ses souvenirs. Mon cœur se remettait à battre, au milieu de toutes ces gloires familières. sorti sain et sauf d'une aventure, en somme, banale, que ma fougue romanesque avait prise au sérieux, je me sentais prêt à en revivre d'autres, dès que serait écoulé le temps moral nécessaire à toute cicatrice pour se fermer complètement. Au ciel, c'est-à-dire au hasard, de m'aider, en cela comme dans tout le reste ! Car à moi seul, je n’eusse pas été capable de diriger ma destinée.