(Paru à Bruxelles, chez Office de Publicité, 1934)
(page 5) Il est de mode, ces temps-ci, d'écrire ses Mémoires, surtout quand on est un homme en vue et qu'on a la conviction d'être immortel. Les gens plus humbles se bornent à écrire leurs Souvenirs. Cela peut être intéressant comme contribution à l'histoire intime de leur époque, de leur pays, de leur province ou de leur faubourg. Les choses en apparence les plus insignifiantes acquièrent à un certain moment de l'importance.
Un charmant et très spirituel garçon, qui fit jouer jadis à Bruxelles, dans les petits et grands théâtres, des revues de fin d'année, a publié naguère, en feuilleton, dans un journal, les souvenirs de sa carrière d'auteur comique ; il nous a fait connaître les tics des directeurs de casinos et des cabotins les plus populaires de sa jeunesse ; sans lui nous aurions toujours ignoré l’existence de ces illustres artistes, ou nous ne nous en serions pas souvenu. Le service qu'il a rendu à la patrie est incontestable. Il nous a rappelé les titres de toutes ses pièces et le nom de tous ses interprètes. (page 6) Voilà pour les annales dramatiques de précieux documents.
Je vais tenter de l'imiter. Ce ne sont pas des souvenirs de revuiste que je vous conterai, mais, beaucoup moins orgueilleusement, ceux d'un simple journaliste, qui fréquenta aussi quelquefois les coulisses des théâtres, mais n'y conquit aucune célébrité, - ce qui ne l’empêcha point de coudoyer pas mal de comédiens, dans tous les mondes...
Hélas ! tout cela, très proche encore de nous, semble déjà loin ! Entre hier et aujourd'hui, la guerre, l’horrible guerre, a creusé gouffre noir où les hommes qui s'aimaient jadis se déchirent maintenant, sous prétexte de faire mutuellement leur bonheur... A fond de ce gouffre, j'ai tâché de recueillir et de sauver, - pour ma satisfaction bien plus qu’avec la pensée que ces pages puissent être lues, - quelques débris épars de mes longues années de lutte et travail, au temps où la Belgique – comme la Bourgogne - était heureuse...
Une partie de ces Souvenirs ont paru, sous la forme d’un roman, dont le seul mérite est d’avoit été vécu. Ce livre est presqu’une autobiographie, voire des « confessions. » L’auteur ne ménageait pas son héros : il avait à cela une excuse, c’est que ce héros était un peu lui-même ; qui aime bien châtie bien !
On ne s’étonnera donc pas de retrouver ici quelques pages qu’il m’a suffi de détacher de la Mare aux (page 7) Grenouilles, en remplaçant franchement, quand il y avait lieu, le nom du personnage principal par le mien.
Enfin, sous le titre de Masques, un volume de Notes et Souvenirs a été publié en 1932 (Office de Publicité). Il complétera le présent livre.