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Une vie de journaliste
SOLVAY Lucien - 1934

SOLVAY Lucien, Une vie de journaliste

(Paru à Bruxelles, chez Office de Publicité, 1934)

Bruxelles s’amuse

Une fête au Parc

(page 63) Les vieux Bruxellois d'il y a cinquante ans sont trop jeunes pour se souvenir de ce qu'était la capitale l'époque où je fis mes premiers pas dans le journalisme. Bruxelles, bien qu'elle eût pris déjà depuis la guerre franco-allemande une physionomie nouvelle, était encore, sous plus d'un rapport, une ville de province. Et cela se voyait surtout quand elle était en fête. Comme une jeune villageoise, elle arborait ses plus belles robes et, malgré cela, peut-être même à cause de cela, on reconnaissait que la campagne n'était pas loin. C'était Bruxelles-Kermesse. Ce n'était pas très distingué, mais c'était très pittoresque, et quand on s'amusait, on s'amusait franchement, sans y mettre de façons.

Une grande fête de bienfaisance, organisée dans le Parc en 1879, fut, à cet égard, typique. Comme c'était une fête en musique, mes devoirs professionnels m'y conduisirent ; j'en ai gardé un piquant (page 64) souvenir. Ce souvenir se rattache celui d'un compositeur qui jouit pendant longtemps à Bruxelles d'une grande réputation. Il se nommait Edouard Lassen. D'origine danoise, il s'était fait adopter par son talent et son amabilité, et il était devenu populaire. Mêlé là a vie de la capitale, il y organisa un grand nombre de concerts et fut à la tête de plusieurs sociétés de mélomanes.

La fête à laquelle je fais allusion avait été précisément organisée par lui. Elle avait pour but de venir en aide aux victimes de deux catastrophes qui venaient de désoler le monde entier, une inondation terrible à Szegedin et une explosion de grisou à Frameries, dans les mines de l'Agrappe. L'inondation avait eu lieu la nuit, détruisant en quelques heures une ville entière et causant la mort de plusieurs centaines d'habitants. A Frameries, six cents mineurs avaient péri.

Ces deux événements tragiques soulevèrent un magnifique mouvement de solidarité. La charité publique fit des merveilles. Le gouvernement s'y associa aussitôt ; il décida qu'une grande manifestation populaire aurait lieu au bénéfice des victimes de l'un et de l'autre pays, et que, pour lui donner plus de solennité, on célébrerait en même temps l'anniversaire de l'inauguration de notre premier roi Léopold Ier... on ne songea pas à se demander quelles relations cet anniversaire pouvait avoir avec les catastrophes en question, tant était vif le sentiment de pitié et de fraternité qui faisait battre le (page 65)

cœur de tous. On s'arrêta très vite à l’idée d’un festival qui aurait lieu en plein air, au Parc, et auquel collaboreraient toutes les sociétés de musique et de chant de Bruxelles et des faubourgs. De plus, on n'y exécuterait que de la musique belge. Heureux temps ! Edouard Lassen, quoique n'étant pas Belge, fut prié de composer un hymne de circonstance, qui se terminerait par la Brabançonne avec accompagnement de coups de canon. En même temps, un autre compositeur, très connu, Limnander, en écrivit un, lui aussi, intitulé : Art et Charité. On mit à sec le grand on y rangea des chaises. A droite, la tribune royale. Au fond, du côté du Palais de la Nation, s'élevait une immense estrade pour les chanteurs et pour les musiciens. Partout des drapeaux et des oriflammes.

L’emballement du public commença dès l'annonce de la fête, longtemps avant. Ce furent, dans les familles du « bas de la ville » des « Ça sera joli ! » et des « Oye !oye !oye ! on va s’amuser ! » à n'en pas finir. La fille du coin et la dame d'en face se firent tailler, à grands frais, des robes « d’un doigt gros » avec des fanfreluches sensationnelles. De longue main, on prit des mesures pour « se mettre sur son trente-et-un ». Il y eut deux mois de fièvre. Parmi les futurs exécutants, l’enthousiasme ne fut pas moindre. On n’eut pas besoin de faire beaucoup d’appels pour récolter des chanteurs de bonne volonté. Les jeunes gens, sachant qu’il y aurait des jeunes filles, s’inscrivirent en masses ; de leur côté, (page 66) les « demoiselles », informées de la présence de jeunes gens, affluèrent en nombre plus considérable encore. Il y eut mille chanteurs et près de cinq cents idylles. Plus tard on trouva à Bruxelles des ménages où l’on vous disait : « Notre bonheur, c’est aux répétitions de la Grande-Harmonie qu’il a commencé ! »

Aussi l’exécution, sous la direction d’Henry Warnots, fut incomparable. On chanta avec une noble conviction, sans sourire, le poème dont les vers, qui étaient d’Antoine Clesse, disaient :

« Qu'un immense malheur nous frappe,

« Nous, pauvres déchus de l’Eden,

« La catastrophe de l’Agrappe,

« Le déluge de Szegedin :

« Comme le mineur de l’abîme,

« Du cœur humain sort la bonté.

« L'art divin, dans un but sublime,

« Vient s'unir à la charité.

« Voici, glorieux téméraires,

« Les échappés du puits Mais profond ;

« Mais bientôt pour sauver leurs frères,

« Ils veulent redescendre au fond.

« Le grisou les menace encore.

« Ils l'affrontent avec bonheur…

« Vive le roi qui les décore

« Pour rehausser la croix d’honneur ! »

Comme on était animé des meilleurs sentiments, personne ne remarqua ce qu'il y avait peu excessif à dire que l'ordre de Léopold avait besoin d'être rehaussé...

(page 67) Les deux œuvres produisirent un très grand effet. Il y eut cependant un léger accroc. L’idée que Lassen avait eur d'accompagner la Brabançonne par une salve de coups de canon fut réalisée très malheureusement. L'artillerie, installée dans les bas-fonds du parc, ne put recevoir à temps le signal, ce qui fit que les détonations produisirent assez exactement l'impression de bouchons de champagne qui sautaient au milieu d'un cantique.

La recette se monta à 40,000 francs.

Aujourd'hui, les fêtes de bienfaisance ont peut-être plus de chic, mais elles coûtent plus cher et elles rapportent moins.

* * *

Concours de beauté

Les concours de beauté, dans les temps légendaires des héros et des dieux, datent du jour où le beau Pâris, provoqué, sur le mont Ida, par trois déesses rivales, décerna la pomme à Vénus, la plus belle. Dans les temps modernes, le premier concours de ce genre eut lieu à Bruxelles, au théâtre de la Bourse, le 29 janvier 1887, au cours d'un bal masqué organisé par le cercle Le Progrès, au bénéfice des victimes d'un coup de grisou qui avait eu lieu à l'Escouffileaux. A vrai dire, Paris avait devancé Bruxelles peu de temps auparavant ; mais l'initiative du concours parisien s'était effacée dans un prompt oubli. Et puis, Bruxelles possédant de tout temps (page 68) la réputation bien établie, à en croire les Français, de pratiquer la contrefaçon, il était de bonne guerre de la justifier une fois de plus, ne fût-ce que pour faire plaisir à nos amis et futurs alliés.

Le jury était présidé par l’avocat, justement célèbre, Edmond Picard, et composé d’artistes notoires et de critiques d’art, parmi lesquels Victor Reching, président du Cercle des Arts et de la Presse, jouait un rôle prépondérant. Les jurés, quand les dames aspirantes à la palme suprême défilèrent devant eux, se trouvèrent fort perplexes. Deux candidates réunissaient toutes les conditions voulues pour être victorieuses de la lutte ; seulement, chacune d’elles possédait des qualités et des attraits tellement différents, que Salomon lui-même eût été fort embarrassé de les départager, même en les coupant en plusieurs morceaux, ce qui eût été vraiment dommage. L’une était petite et gracieuse ; elle était Liégeoise et se nommait Clara Lardinois ; c’était une de nos meilleurs chanteuses d’opérette ; elle avait remporté, dans ce même théâtre de la Bourse où se donnait le bal, de brillants succès. L’autre, Jeanne De Groot, née à Dixmude, était grande et majestueuse : une vraie statue en chair et en os, - en chair surtout. Finalement le jury, pour se tirer d’affaire, les couronna toutes les deux. Le public approuva unanimement cette décision hardie.

Le lendemain un souper réunit, dans les salons du Cercle des Arts et de la Presse, situé au premier étage du restaurant Golschmidt, rue de l’Ecuyer, (page 69) les lauréates et les jurés. Ce fut une soirée mémorable, non seulement à cause du menu, qui était excellent, mais surtout par les incidents tragicomiques qui le couronnèrent. Une des lauréates, Jeanne De Groote, cachait, dans un corps magnifique, une âme pleine de sensibilité et des nerfs plus sensibles encore. Je ne sais si les vins généreux y furent pour quelque chose, ou si ce fut l'influence de quelque caprice de jolie femme ; toujours est-il que tout à coup la belle enfant, s'il est permis de désigner ainsi une personne aussi imposante, s'évanouit, battit de l'aile, esquissa des gestes variés et tomba enfin dans les bras de son plus proche voisin. Alors, étant un peu remise de son émotion, elle demanda qu'on fît venir une voiture pour qu'elle pût rentrer chez elle, rue Neuve, où elle occupait un coquet appartement. Tout le monde s'empressa ; mais elle défendit énergiquement qu'on l’accompagnât, à l'exception de son proche voisin et du sculpteur Paul Dubois, dont les bras vigoureux avaient réussi à la descendre dans l’escalier.

La discrétion nous fait un devoir de passer sous silence les événements d’ordre plus intime qui marquèrent la suite de cette soirée et les jours suivants.

Le lendemain du concours, la Nation ; parut avec une délicieuse Chronique de Max Waller. Le spirituel écrivain faisait remarquer avec raison combien l’organisation d’un pareil concours était défectueuse. Les candidates, expliquait-il, se présentent devant le (page 70) jury en toilette de bal. Il n’est possible d’apprécier leur beauté que jusqu’à la hauteur du buste. Qui pourrait dire si, étant charmante de visage, elles n’ont pas, en revanche, des jambes cagneuses, si elles possèdent tous leurs doigts de pied ou si elles ne sont pas affligées de quelque gibbosité dissimulée derrière les artifices de leur toilette. Dans les conditions présentes, ce n'est pas la femme qui concourt, c'est sa couturière et son coiffeur. Rien de plus exact. Pour juger en toute conscience, le jury devrait exiger un examen approfondi - un examen paradisterrestral, disait Max Waller - sans lequel il ne lui est possible que de prononcer un arrêt sans valeur aucune. C'est ainsi que, pour apprécier les qualités culinaires de certains mets, il faut les goûter : la vue seule ne saurait suffire.

L'importance de ces remarques n'échappa à personne. Elles eurent un écho à Paris. Et les prédécesseurs de M. de Waleffe s'empressèrent d'y faire droit. C'est depuis ce jour que, dans les concours de beauté, les candidates sont tenues de paraître devant les jurys d'abord en toilette de soirée, et ensuite en costume de bain, c'est-à-dire avec peu n un écho à Paris. Et les cesseurs de II. de Waleffe s'empressèrent d'y faite droit. C'est depuis ce jour que, dans les concours de beauté, les candidates sont tenues de paraitre devant les jurys d'abord en toilette de soirée, et ensuite en costume de bain, c'est-à-dire avec peu moins que rien...

* * *

Parmi les divertissements les plus pittoresques de la vie bruxelloise d'autrefois, je pourrais ranger de nombreux souvenirs de théâtre. Je ne veux retenir, parce qu'il n'est point banal, que le début d’une (page 71) femme célèbre, l'admirable romancière Colette, ex -Colette-Willy, au théâtre du Parc, le 4 décembre 1906.

Le théâtre du Parc jouait pour la première fois, sous les auspices du théâtre de l'Œuvre, la comédie satirique si originale de Charles Van Lerberghe, Pan. Colette remplissait le rôle principal. Le personnage mythologique, une sorte de sauvagesse, devait naturellement paraître dans le costume de son emploi, costume très léger, composé d'une simple peau de bête jetée sur sa nudité. Or, le bruit avait couru, plusieurs jours avant la représentation, que Colette, prenant son rôle très au sérieux, se conformerait scrupuleusement aux exigences vestimentaires du poète; et, comme on affirmait qu'elle possédait de très jolies jambes, le bureau de location avait été envahi de bonne heure par tout ce que la capitale comptait alors de messieurs, jeunes et vieux, appréciateurs des belles formes féminines. En ce temps-là, les artistes ne se montraient pas, au théâtre, dans le simple appareil où elles s'exhibent aujourd’hui pour notre plus grand plaisir ; la chair nue aurait fait horreur. La promesse d'un spectacle si rare avait amené au Parc une foule considérable... Par malheur, l'autorité s'était émue ; elle avait cru prudent de recommander à la créatrice de Pan une tenue décente; et Colette, n'ayant rien refuser aux magistrats de la capitale, avait jeté sur ses épaules une lourde pelisse qui ne laissait apparaître que ses bras blancs et un petit peu, un tout petit (page 72) peu seulement de ses jolies jambes. Je ne sais même pas si elle n' avait pas enfilé un maillot !

Quand la toile se leva et que le public vit s'élancer sir la scène l’héroïne si hermétiquement vêtue, au lieu de la nudité à peu près intégrale à laquelle il s’attendait, un long murmure réprobateur partit de la salle. Les messieurs étaient furieux. Il y en a qui sortirent et réclamèrent leur argent ! Bref, ce fut un gros scandale.

Ainsi, l’auteur charmant de tant de livres qu’on ne saurait certainement pas recommander pour leur extrême décence, faillit, ce soir-là, être victime de sa trop grande vertu.

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Les Zwanze-exhibitions)

Paris a ses expositions d’humoristes. A Bruxelles l’humour porte un nom bien local : la Zwanze. C'est à la zwanze que nous avons dû plusieurs expositions, dont certaines eurent un notable retentissement.

La plus ancienne dont je me souvienne est celle qu'organisa pendant la guerre franco-allemande le peintre-photographe Louis Ghémar dans le grand égout collecteur construit boulevard Anspach… A première vue, l’idée d’une exposition de tableaux dans un égout peut sembler invraisemblable. Rien ne fut plus réel cependant. Les boulevards du centre venaient de traverser les vieux quartiers du « bas (page 73) de la ville » ; la Senne qui les arrosait - si tant est qu'on puisse employer ce mot à propos d'un cours d'eau si malpropre et si malodorant. – avait été détournée de son cours, canalisée en de sages limites, et coulait maintenant, sous une large voûte, le long des boulevards nouveaux. A côté, une autre voûte protégeait un double égout, destiné à recueillir les innommables détritus qui, avant cela, étaient charriés par la Senne. Ainsi tout était bien ; et la Senne, autrefois si pittoresque, entre les vieilles maisons en ruine dont Van Moer a si fidèlement les images à l'Hôtel de ville, si elle avait perdu de ses attraits, y avait, en revanche, gagné du point de vue de l’hygiène.

L'inauguration officielle de ce grand travail d'assainissement se fit, comme bien on pense, avec grand éclat et par une pluie battante, - la drache nationale - le 30 novembre 1871. Ce jour-là, la Senne coula joyeusement dans son nouveau lit, tandis que l'égout collecteur, qui devait se prolonger jusqu'à Haren, allait rester inemployé jusqu'à son achèvement en 1874. Mais avant cela, en 1870, Louis Ghémar, qui possédait une salle d'exposition rue du Persil – « entrée par la porte cochère » - où il montrait au public les grands artistes français, et qui était artiste-peintre, doublé d'un homme d'esprit, imagina d’installer pour quelques jours, à l'intérieur même de cet égout, vide naturellement – une grande exposition de peinture au profit des femmes et des (page 74) enfants des miliciens rappelés sous les Drapeaux. A l'endroit où se trouve aujourd’hui le Grand-Hôtel, près de la rue de l'Evêque. une large section s’ouvrait, de telle façon qu'on pouvait y descendre facilement par des moyens de fortune.

L'exposition fut inaugurée solennellement l'empereur de la Chine et sa suite en grand apparat. 'empereur était représenté par un modèle d' atelier surnommé Cavaignac, qui, pour la circonstance, fut obligé de couper sa grande barbe. Ghémar s'engagea à lui payer ses journées jusqu'à ce que celle-ci fût repoussée.

Les tableaux étaient tous d'une inspiration ultra-fantaisiste, d'une invention parodique désopilante, Louis Ghémar n'avait pas été seul les exécuter. Les plus grands artistes n'avaient pas dédaigné d'y collaborer, luttant entre eux d'esprit et de verve comique. Hippolyte Boulenger, Emile Wauters, Charles Verlat, bien d'autres encore s'étaient dévoués. Par ce temps de guerre, les tableaux militaires étant naturellement à l'honneur, un des plus remarquables de l'exposition représentait la prise de Malakoff. Une troupe énorme de soldats courait à l'assaut ; on les voyait de dos; et, pour que l'illusion fût complète, tandis que l’armée s'effaçait peu à peu dans l'éloignement, les premiers plans étaient occupés par des zouaves coiffés de leur fez, d'où pendait la floche traditionnelle, et ces fez, qui étaient des fez véritables, sortaient de la toile ! D'autres montraient leurs chaussures avec (page 75) des semelles garnies de gros clous. Jamais on n’avait atteint un pareil réalisme, qui dégotait du coup l’école même de Courbet. Le cadre était fait de baïonnettes entrelacées.

Une autre toile parodiait les Noces de Cana ; tous les personnages figuraient les héros des opérettes d’Offenbach, et Offenbach lui-même battait la mesure, entouré de fils électriques. Il y avait encore un très petit tableau signé Meissonier, dans un très grand cadre, auquel était suspendue une loupe ; or, cette soi-disant loupe était un miroir, de telle sorte que l'amateur qui voulait examiner l’œuvre se trouvait désagréablement en présence de sa propre image. Le tableau était catalogué : L'Immensité dans l'exiguïté.

Une nature-morte représentée par un saumon véritable, un portrait d'agent de police (effet de lune), une marine, honorée d'une médaille de sauvetage, une réduction de la Vénus de Milo, le monument de la place des Martyrs, etc., étaient parmi les œuvres les plus remarquables dont j'aie gardé le souvenir,

Le succès de cette exposition fut considérable. Et le soir, la lueur d'innombrables lampes à pétrole, Anna Judic, qui venait de débuter sur la scène du Casino, y chantait les plus jolies chansons de répertoire. (Note de bas de page : Le catalogue, dont nous reproduisons deux des plus curieuses illustrations, porte ce titre : « MUSÉE GHÉMAR, Catalogue illustré du salon de 1870. - Exposition fantaisiste des œuvres de l’Art contemporain. L'exposition est ouverte à Bruxelles, sur et dans le grand collecteur de la Senne, rue de l'Evêque. Prix d'entrée : 50 centimes au profit, etc. »)

(page 76) Peu de temps après, Louis Ghémar mourait, âgé de soixante-trois ans. Il avait été, à Paris, lié d'amitié avec nombre d'illustrations littéraires. Une curieuse photographie le montre, dans un groupe, avec Georges Sand, Victor Hugo, Offenbach et Alphonse Karr, dans le jardin duquel cette photographie fut prise.

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La seconde exposition de ce genre eut lieu, sous son vrai titre de Zwanze-exhibition, en 1880, dans les salons de la Galerie du Nord. Elle était organisée par le cercle l'Essor, au bénéfice des ouvriers sans travail. Le chômage n'existait pas encore ; mais il y avait une crise assez sérieuse, et le travail manquait. Au lieu de profiter, comme ceux d'aujourd'hui, de cette situation pour se faire entretenir et se croiser les bras, les ouvriers d'alors étaient très malheureux. De toutes parts les secours leur venaient en aide.

Le comité directeur était composé de journalistes et d'artistes : Gustave Lemaire (Etoile belge), Canler (Echo du Parlement), Théo Hannon (L'Artiste),  (page 77) Gustave La Gye (Fédération artistique, Lucien [nom illisible] (La Gazette), Max Waller (Jeune Belgique, Victor Hallaux et Jean Dardenne (La Chronique), le sculpteur Julien Dillens et le peintre Hoeterickx. Un groupe photographique, dont on voit la reproduction en tête de ce volume, les a immortalisés.

Il serait trop long de rappeler les œuvres marquantes qui illustrèrent cette exposition. Les peintres Van Gelder, Herbo, Adolphe Crespin et Hannon en furent les principaux fournisseurs. Un incident grave faillit compromettre fâcheusement ma paix de cette joyeuse manifestation d'art. Van Gelder ayant creusé la tête du roi des Pays-Bas dans une croûte de fromage de Hollande, l'ambassadeur de notre ancienne ennemie s'émut. Des représentations diplomatiques furent ébauchées ; et le portrait du monarque dut être retiré.

J'eus l'honneur d'être portraituré par Léon Herbo ; je tenais dans mes bras un marmot ayant les traits de Jan Van Beers : souvenir touchant d'un procès célèbre. Les artistes travaillaient dans le local même à préparer l'exposition, et ils y prenaient leur repas à midi. Ils avaient pour les servir une sorte de demi-fou, faible d'esprit, qui allait chercher dans le voisinage des « pistolets » fourrés. A part cela, il ne faisait rien. Pour l'occuper, on eut l'idée de le faire travailler aussi ; on lui donna une toile et des couleurs, et il se mit à peindre ; jamais il n’avait tenu un pinceau en main... Eh bien, ce qu'il peignit était vraiment très bien : aujourd'hui (page 78) il eût été accueilli triomphalement dans le cénacle de l'Art vivant; c'était un précurseur I

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Une dernière Zwanze-exhibition fut organisée, quelques années plus tard, au Marché de la Madeleine, rue Duquesnoy. Elle n'eut rien de sensationnel.