Accueil Séances Plénières Tables des matières Législation Biographies Documentation Note d’intention

Wauters Arthur (1890-1960)

Portrait de Wauters Arthur

Wauters Arthur, Alexis, Joseph socialiste

né en 1890 à Waremme décédé en 1960 à Rhodes-Saint-Genèse

Ministre (santé publique-hygiène, prévoyance sociale, industrie-travail, communications-transports et agriculture) entre 1937 et 1946

Biographie

(Extrait du Peuple, du 14 octobre 1960)

Jeudi matin, alors que notre vieille maison s'éveillait à son activité quotidienne. un bref coup de téléphone jeta la consternation parmi nous.

Arthur Wauters était décédé, à la suite d'une crise cardiaque, à l'aube, vers 6 heures, à Rhode-Saint-Genèse, près de Bruxelles.

Arthur Wauters !

Ce nom, que nous ne pouvons nous empêcher d’associer à celui de Joseph Wauters, le frère aîné d’Arthur, évoque l’une des plus brillantes périodes de l'histoire de notre journal et de notre Parti.

Des souvenirs se bousculent dans notre mémoire. Car celui qui vient de nous quitter si brusquement fut, pendant plus de quarante ans, le compagnon et le conseiller de ceux d’entre nous, de plus en plus rares, hélas ! qui ont vécu à notre rédaction la période exaltante d’entre les deux guerres.

Pendant que nous pleurons ce compagnon et que nous essayons de dégager des brumes de notre souvenir les grandes étapes de sa vie toute vouée à la défense et à l'illustration des idées qui nous sont chères, nous revoyons son bon et amical sourire d'homme bon et affectueux restera.

Arthur Wauters restera pour nous le socialiste intègre et foncièrement humain, le guide aimé de nos premières années de vie militante.

Une grande famille socialiste de Hesbaye

Arthur était le cadet de cette belle et grande famille de Hesbaye, qui a donné au socialisme belge Joseph Wauters, homme d'Etat et l'u, des plus grands ministres du Travail, Alfred et puis Arthur lui-même, qui a contribué largement au rayonnement de l'idée et de la pensée socialistes.

Il était ne le 12 aout 1890, à Waremme où le souvenir des Wauters reste si vivace. Nous ne pourrions pas ne pas évoquer en cette journée de deuil, le souvenir de la vieille maman Wauters qui fut, au cours d’une longue vie, la sage et intelligente conseillère et la consolatrice de ses enfants. Arthur avait donc septante ans depuis août dernier.

En 1907, alors qu’il se trouvait en Hollande, il envoya son premier article au Peuple. Il était consacré à Max Havelaar, le chef-d’œuvre d’Euard-Douwes Dekker (Miltatufi) dans lequel ce dernier dénonçait certain aspect du colonialisme en Indonésie. Il fut, pendant plusieurs années, correspondant pour les Pays-Bas du Peuple dont, après la mort de son frère Joseph, il devait devenir directeur général, puis directeur politique.

Comme Louis de Brouckère et tant d’autres militants socialistes, Arthur Wauters s’engagea à l’armée belge quand les armées de Guillaume II eurent violé notre neutralité, le 4 août 1914. Pendant la première guerre mondiale, il entra en contact avec les militants socialistes à Paris et au front. Il fut l’une des personnalités les plus marquantes de la grande période des réalisations socialistes qui s’ouvrir en 1918 et qui avait été soigneusement préparée par cette nombreuse et remarquable génération de socialistes dont nous ne comptons que quelques dizaines de survivants. Arthur Wauters obtint le grade de lieutenant.

C’est encore en uniforme d'officier - le personnel du ministère l’appelait affectueusement « lieutenant » - que nous l'avons revu au ministère du Travail, de l'Industrie et du Ravitaillement, en 1918. Joseph Wauters l'avait choisi comme chef de cabinet. Arthur exerça un grand prestige sur les représentants des nombreux milieux avec lesquels il devait entrer dorénavant en contact. Il joua un rôle important dans les nombreuses négociations de cette période d'après-guerre pendant laquelle furent jetées des bases de notre législation sociale. Il y eut aussi de nombreux conflits qu'il fallait résoudre avec la collaboration des membres du cabinet de Joseph Wauters dont faisaient également partie Paul-Henri Spaak, Albert Chômé et Joseph Bondas.

Lors de la grande famine russe en 1921, la Fédération Syndicale Internationale désigna Arthur Wauters comme haut commissaire pour l’organisation des secours aux enfants affamés. Il fit de nombreuses conférences dans nos Maisons du Peuple et se rendit lui-même en U.R.S.S. pour assister à la répartition des vivres et des vêtements réunis en quantités considérables par les travailleurs socialistes et par le mouvement syndical international. Quelque temps après, il accompagna en Russie Emilei Vandervelde, qui avait voulu défendre devant les juges soviétiques les socialistes révolutionnaires, au cours d'un procès politique retentissant. Wauters consacra une brochure à ce dernier. Elle parut à la maison d'édition L’Eglantine, la coopérative qui succéda à la librairie du Peuple et, dont, Wauters avait pris la direction. L'Eglantine contribua à la vulgarisation de nos idées et de notre doctrine, à une époque où la jeunesse était avide de mieux connaître le socialisme.

Arthur Wauters publiait régulièrement des articles et des éditoriaux dans notre journal depuis qu’il avait repris sa vie militante. Il fut rédacteur pendant plusieurs années. Ses camarades le trouvaient toujours prêt à se charger de toutes les besognes, même les plus humbles. Quant Jeck, son aîné, nous eut quittés, en juin 1929, le Conseil général du Parti le désigna pour prendre sa succession. Il fut successivement notre directeur général et notre directeur politique. Il a laissé auprès de tous les membres de notre personnel d'avant la guerre, le souvenir d'un homme très bon et compréhensif. Nos plus anciens se souviennent avec gratitude des encouragements qu'il leur donnait. Chaque jour, au début de la matinée, il réunissait pendant un quart d’heure la demi-douzaine de rédacteurs chargés de responsabilités politiques, pour faire un tour d'horizon de la presse - il avait lu tous les journaux avant d’arriver au bureau ! - et des événements. En le quittant, chaque rédacteur savait ce qu'il avait à faire pour que le journal présentât un ensemble cohérent.

Esprit méthodique et ordonné, il rédigeait chaque mois un cahier documentaire dans lequel étaient relatés fidèlement et chronologiquement, les faits et les événements politiques. Les extraits de presse et les déclarations politiques importantes étaient repris dans ce cahier, qui constituait un vade-mecum indispensable aux militants et aux journalistes.

Arthur succéda également à Joseph Wauters comme député de l'arrondissement de Huy-Waremme. En 1937, il succéda à Emile Vandervelde comme ministre de la Santé publique.

Au lendemain de la première guerre mondiale, il publia un ouvrage très documenté sur la réforme agraire. En sa qualité d'Hesbignon, il s'intéressa toujours aux problèmes agraires. En 1935, il fut nommé professeur d'économie agraire à l'Université libre de Bruxelles. Il avait d'ailleurs gardé le titre de professeur honoraire à I'U.L.B.

Il avait déposé à la Chambre des propositions de loi organisant la représentation élective de l'agriculture et des classes moyennes, organique des conseils de prud'hommes agricoles, sur le bail à, ferme, mettant à charge du propriétaire la contribution foncière...

L’un de ses grands amis, M. Max Gottschalk, président du Centre d'économie régionale de l'Institut de sociologie nous rappelait jeudi qu'Arthur Wauters, qui avait fait des études de sciences politiques et sociales, était considéré comme l'un des collaborateurs scientifiques les plus éminents de cet Institut, et que son autorité était unanimement reconnue dans les divers domaines auxquels il avait consacré ses nombreux ouvrages.

Wauters avait fait un voyage au Congo dont il rapporta des impressions très vives, et d'ailleurs peu conformes aux vues colonialistes de l'administration.

En 1940, il avait pu rejoindre la Grande-Bretagne. Parlant et écrivant l'anglais, il rendit des services éminents à la propagande à travers le monde libre pour la cause des alliés. Il s'enrôla même dans la « Home Guard », créée par Churchill pour la défense du territoire britannique. II en devint caporal.

En 1945, il fut chargé, en qualité de ministre plénipotentiaire, de la direction des services de l'information au ministère des Affaires étrangères. Il fut ensuite ministre de Belgique à Varsovie. Organisateur remarquable, il se vit confier la direction de l'Organisation internationale pour l'agriculture et l'alimentation (F.A.O.), l'une des organisations spécialisées des Nations Unies, et la représentation de la Belgique à l'Œuvre internationale de l'Enfance à Paris.

C'est en 1952 qu'il fut désigné ambassadeur à Moscou, en remplacement de M. Goffin. Il remplit cette fonction jusqu'au 10 août 1955. Atteint par la limite d'âge, il prit une retraite très relative.

Animé d'un intense besoin d'action, il allait prendre toute une série d'initiatives et assumer un certain nombre de charges importantes au service du pays.

Il laissera à ce dernier le souvenir d'un citoyen particulièrement méritant.

L’un de nos confrères disait d’Arthur Wauters qu’il était un éveilleur d’idées. C’est très juste. Ce don rendait passionnante la vie de ceux qui ont eu le bonheur de travailler avec lui. Un jour, alors qu'il fit un séjour à Ostende après une maladie qui l'avait cloué au lit pendant des semaines à Moscou - il disait qu'il ne dormait vraiment bien qu'au littoral - il demanda à l'un de nous d’aller passer une journée avec lui. Il se plaignait du fait que les Occidentaux, et les Belges en particulier, ignoraient tout de la réalité russe. Il avait étudié celle-ci sur place. Il était au courant comme nul autre du fonctionnement du régime communiste. « Il nous faudrait un centre d'étude des pays de l'Est », ajouta-t-il. Peu après son retour définitif en Belgique, il réussit à réaliser le projet dont il avait parlé à Ostende. Il créa le centre d'étude des pays de l'Est, qui est une section de l'Institut de sociologie Solvay, et le Centre national pour l'étude des pays à régime communiste, qui est un organisme interuniversitaire. Il présidait l'un et l'autre.

A son initiative, ces centres ont organisé une série de semaines d'étude qui ont suscité un vif intérêt dans tous les milieux. Ils ont organisé pour la semaine prochaine un colloque consacré au problème de la division internationale du travail. Arthur Wauters devait le diriger, en compagnie du professeur hollandais Tinbergen.

Il continuait à prendre un vif intérêt à l'évolution des pays communistes. On se souvient qu'il fit plusieurs voyages en Chine, en Pologne - en compagnie de la reine Elisabeth - et en Yougoslavie.

Il avait créé, il y a peu de temps, une société internationale pour l'étude scientifique des problèmes du socialisme.

Il était un socialiste ardent et un journaliste qui avait gardé le don d'enthousiasme, sans lequel l'exercice de notre profession ne se conçoit pas. Samedi dernier encore, il était parmi nous, à la Maison d'Erasme à Anderlecht, à l'occasion de la Journée de l'Association des Journalistes socialistes. Il avait toujours ce teint frais et juvénile, ce regard malicieux que nous lui avions toujours connus. Il nous parla de ses projets et de son activité qui restait débordante. Il dut nous quitter pour accueillir un camarade français.

Nous ne l'avons retrouvé sur le petit lit de sa chambre d'étude dont la fenêtre s'ouvrait sur l'horizon du Brabant vallonné, qui baignait dans une douce et mélancolique lumière dorée. Il semblait reposer, les traits détendus. Hélas ! nous ne connaîtrons plus son accueil si amical qui mettait à l'aise le plus humble de ces milliers d'hommes auxquels il a apporté la bonne parole d'un socialisme vraiment fraternel et confiant dans le progrès social.

On appréciait aussi ses grandes qualités en dehors de nos rangs. Il se vit confier d'importantes missions : membre de l'Académie royale coloniale et du Conseil d'administration de l'Institut universitaire des territoires d'outre-mer (Unitom), administrateur de la Société d'Inga, vice-président du Comité d'aide aux réfugiés du Congo. Mercredi après-midi, il avait encore présidé une séance de ce comité.

Au cours de la nuit, il s'était levé pour écrire, car ce grand travailleur que plusieurs alertes auraient dû inciter à plus de prudence, se levait quand le sommeil ne venait pas. Vers 5 h. 30, jeudi matin. il appela ses proches. Il ressentait le malaise qui est le signe des crises cardiaques. A 6 heures, il s'éteignit doucement.


(Extrait du Soir, du 14 février 1960)

M. Arthur Wauters, ancien député, ancien ministre, ancien ambassadeur de Belgique à Varsovie et à Moscou, est décédé inopinément jeudi, à 6 heures du matin, dans sa demeure de Rhode-Saint-Genèse.

Le défunt avait commencé sa carrière comme chef de cabinet au ministère du Travail, lorsque son frère Joseph en était le titulaire. Il fut ensuite, jusqu'en 1940, directeur du journal Le Peuple.

Arthur Wauters était né à Waremme le 1er août 1890. Lors de la première invasion du pays, en 1914, il s'engagea comme volontaire et obtint bientôt son grade d'officier. Il accompagna Emile Vandervelde en Russie, lors de la révolution de 1917.

Pendant la Deuxième Guerre mondiale, M. Wauters rejoignit l'Angleterre où il devint caporal dans la Home Guard créée par Churchill pour défendre le sol anglais.

En 1944, il fut chargé de la direction des services de l'information au ministère des Affaires étrangères avec le titre de ministre plénipotentiaire. Il entra ensuite dans la diplomatie. II était aussi professeur d'économie agraire à l'Université de Bruxelles.

Depuis qu'il avait quitté la carrière diplomatique, atteint par la limite d'âge, il dirigeait à l’Institut de sociologie Solvay le centre d'étude des pays de l'Est, de même que le centre d'étude des pays à régime communiste.

M. Arthur Wauters avait également créé, il y a peu d'années, une société internationale pour l'étude scientifique des problèmes du socialisme.

Il avait été pendant quelque temps administrateur de la société d'Inga. De plus, il était vice-président du Comité d'aide aux réfugiés du Congo. II était aussi membre de l'Académie royale des territoires d'outremer et du Conseil d'administration de l'Institut universitaire des territoires d'outre-mer (Unitom).

M. Wauters s'intéressa surtout, au carrière politique, aux questions sociales et agricoles, de même qu'à tout ce qui touchait la santé publique (il avait d'ailleurs été nommé ministre de la Santé publique le 28 janvier 1937). En tant que député, il avait soumis à la Chambre une proposition de loi organisant la représentation élective de l'agriculture et des classes moyennes, une proposition de loi organique des conseils de prud'hommes agricoles, une proposition de loi sur le bail à ferme, une autre tendant à mettre à charge du propriétaire la contribution foncière.

Esprit méthodique et organisateur, M. Wauters remplit des fonctions importantes dans son parti et dans des organisations internationales. Il publia un grand nombre d'ouvrages qui expriment ses préoccupations au sujet des grands problèmes avec lesquels les peuples sont aux prises. C'était un éveilleur d'idées. Sa vive curiosité intellectuelle le portait à examiner les questions de l'heure dans un esprit de paix et de rapprochement des peuples. A Moscou, par exemple, il étudia de près le fonctionnement du régime communiste et suivit avec attention et lucidité son évolution. Revenu au pays, au terme d'une brillante carrière diplomatique, il voulut servir encore. Il continua d'observer le cours des choses en U.R.S.S. et fit un voyage en Chine populaire. Il attira l'attention, dans nos colonnes notamment, sur la nécessité de mieux connaître la situation dans les pays d'au-delà du rideau de fer et préconisa, à cet effet, l'étude de la langue russe.

Toujours fidèle à sa foi socialiste, de nature généreuse et optimiste, malicieux et réaliste en vrai Wallon de Hesbaye, journaliste dans l'âme par l'intérêt toujours vif qu'il portait aux grands problèmes du monde, M. Arthur Wauters laissera le souvenir d'une très attachante figure de la politique belge.


Voir aussi : AMSAB-ISG – VERMOTE M., Wauters, Arthur, sur le site de la Digitale Encyclopedie van de Vlaamse Beweging (consulté le 25 avril 2026)