Warocqué Raoul, Abel, Henri libéral
né en 1870 à Bruxelles décédé en 1917 à Bruxelles
Représentant 1900-1917 , élu par l'arrondissement de Thuin(Extrait de Le Messager de Bruxelles, du 31 mai 1917)
Dans son hôtel de l'avenue des Arts, Raoul Warocqué vient de s'éteindre...
Au nombre de nos industriels de marque dont l'esprit fut toujours ouvert à toutes les innovations profitables à l'essor national, M. le député Raoui Warocqué figure en belle place.
Après avoir débuté dans la carrière diplomatique qui, bientôt, lui parut n'offrir qu’un champ d’action trop restreint à son activité, M. Raoul Warocqué, reprenant les traditions familiales, résolut de se consacrer à la grande industrie, au sein de laquelle, depuis cent ans, ses ancêtres avaient occupé à tour de rôle des situations importantes.
Administrateur-délégué des Charbonnages de Mariemont et Bascoup, dont il a particulièrement assumé la gestion, M. Raoul Warocqué, faisait encore partie du Conseil d'administration d’autres sociétés importantes : des Charbonnages de Courcelles-Nord, de Ressaix, du Hainaut, du Grand-Hornu, des Forges du Centre, des Forges de Clabecq, des Ardoisières de l'Escalière, etc.
Il fut également un expansionniste convaincu de ce que la richesse de la Belgique reposait sur l'extension des relations du pays avec l'étranger et la conquête des marchés mondiaux, et il prit une part active notamment à la création des Mines de Luhan, des Mines de Kaiping. de la Société des Recherches Minières en Chine, de la Société Maritime I' « Océan », etc.
M. Raoul Warocqué était président de la Chambre de commerce sino-belge ; il figurait égaiement au nombre des fondateurs de la Revue Economique Internationale à laquelle il collaborait personnellement.
C'est à lui que l'on doit la création de l'Institut Commercial des Industriels du Hainaut ; de l'Institut d'Anatomie de Bruxelles, de l'Institut de Sérothérapie du Brabant, de l'Institut Bactériologique du Hainaut, de l'Athénée du Centre, du Lycée de jeunes filles de Mariemont ; il fut administrateur de l'Université Libre de Bruxelles et membre de la Commission de l'Ecole des Mines de Mons.
La famille Warocqué, depuis le début du XIXème siècle, époque à laquelle Nicolas Warocqué fonda le Charbonnage de Mariemont, se créa très justement une renommée de philanthropie accueillante et facile. Elle exerça constamment une action bienfaisante, moraiisatrice, cherchant sans relâche à améliorer le sort de ceux qui l'entouraient et intervenant chaque fois que de leur concours pouvait résulter un bienfait.
Immensément riche, car Raoul Warocqué avait bénéficié des titres et de la fortune de toute la famille, il ne s'est désintéressé d'aucune manifestation de l'activité humaine, et, n'ayant pas de besoins pour lui-même, simple, accueillant, bon, sans faiblesse, il se montra durant toute sa vie d'une générosité sans pareille.
Outre ses travaux industriels dont nous avons parlé, M. Raoul Warocqué encouragea l'industrie, le commerce sous toutes leurs formes, les arts et les lettres, accumulant dans son vaste et beau château de Mariemont les œuvres les plus rares, en faisant un musée qu'il destinait à son pays.
Outre les subsides qu'il accordait à toutes les œuvres philanthropiques, la création de cités ouvrières modèles pour ses ouvriers, il dotait généreusement les dispensaires de Tournai et de Mons, les écoles professionnelles et industrielles de Charleroi et de Saint-Ghislain, la Maternité Elisabeth, la Crèche Mary, des orphelinats, des écoles gardiennes et primaires de Morlanwelz, des écoles ménagères, des cours spéciaux professionnels pour jeunes gens et jeunes filles, l'hôpital Louise etc.
M. Raoul Warocqué était né en 1870. Il meurt donc jeune, sans descendances directe. Son immense fortune, sans aucun doute, va pour une grande part être destinée à des œuvres humanitaires, car le philanthrope défunt aura voulu que sa générosité fasse encore des heureux, même après qu'il nous aura quittés...
Les funérailles de M. Raoul Warocqué ont eu hier matin, dans la plus stricte intimité.
(FAIDER P., Raoul Warocqué, dans Biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1938, t. 27, col. 95-99)
WAROCQUÉ (Raoul), industriel, homme politique et philanthrope, né à Bruxelles le 4 février 1870, mort célibataire à Bruxelles le 28 mai 1917. Fils d'Arthur Warocqué et de Mary Orville, il a manifesté dans plusieurs directions une volonté agissante et féconde, et il s'est acquis des titres spéciaux à la reconnaissance publique, non seulement en fondant de multiples établissements d'enseignement, d'assistance sociale ou de bienfaisance, mais encore en instituant l'État belge héritier du domaine historique de Mariemont et des inestimables collections que contient le château.
Raoul Warocqué tenait de ses parents une fortune que des circonstances de famille avaient sans cesse accrue. Il la géra avec une prudence et un esprit de décision si remarquables qu'il put passer, au début de ce siècle, pour l'homme le plus riche du pays. Cette fortune restera l'exemple typique de celles dont la solidité et l'ampleur sont liées à la prospérité d'exploitations minières et d'établissements industriels sévèrement contrôlés par des individualités puissantes et quelque peu autoritaires. La stabilité de la monnaie, d'une part, et, de l'autre, les heureuses conséquences de « l'Expansion belge », caractéristique du règne de Leopold II, expliquent que Raoul Warocqué, seigneur effectif de Mariemont, ait pu, d'année en année, consolider sa situation et accroître son influence. Aux intérêts qu'il possédait dans la Société des Charbonnages de Mariemont et de Bascoup, s'étaient ajoutées des participations importantes aux entreprises des charbonnages de Campine, et à divers établissements industriels du pays (Clabecq, Gaz et Électricité du Hainaut, etc.) et aussi aux grosses affaires de chemins de fer et de charbonnages que des Belges dirigeaient en Chine
Or, ce serait une erreur de croire que Raoul Warocqué ne surveillait que de loin et à l'aide d'intermédiaires les destinées de ses capitaux. A l'instar de Leopold II, avec qui il s'entendait du reste à merveille, il avait une connaissance directe des affaires, même les plus mesquines en apparence, qui touchaient à sa personne ou à ses biens.
Bourgmestre de Morlanwelz et conseiller provincial du Hainaut, Raoul Warocqué siégea à la Chambre, depuis 1900 jusqu'à la guerre, en qualité de représentant de l'arrondissement de Thuin. Il appartenait à l'opinion libérale et, comme tel, il dut se cantonner dans l'opposition. Son rôle au Parlement, sans être négligeable (lois sur les mines, grandes questions économiques et militaires), ne fut pas de premier plan ; mais son influence dans les milieux politiques était assez considérable, en raison des puissances qu'il pouvait mettre en action. Du reste, il aimait en soi la politique, et il se réjouissait de ses succès électoraux comme de parties gagnées. Mais, en soi, toute passion politique comporte quelques ombres : notamment, une Incompréhension réciproque, une intolérance de parti à parti, au sein même des groupes conservateurs dont les intérêts sont communs.
Raoul Warocqué était anticlérical avec conviction, alors que la bonté de son cœur et son profond altruisme lui dictaient souvent des attitudes, lui inspiraient des largesses qui le faisaient aimer de tous, sans distinction.
C'est l'aspect philanthropique de la personnalité de Raoul Warocqué qui marquera sa mémoire, de préférence à tous les autres. Dès l'âge de 21 ans, il dota l'Université de Bruxelles d'un institut d'anatomie, et dans la suite, il ne ménagea jamais à cette même Université son appui financier ; il soutint également l'Ecole des mines de Mons, et il fonda, dans la même ville, l'Institut commercial qui porte désormais son nom ; à Morlanwelz, il fonda l'Athénée du Centre, le Lycée pour jeunes filles, un orphelinat, une crèche, une maternité ; il subsidia largement les deux Expositions universelles de Bruxelles (1897 et 1910), celle de Charleroi et celle de Saint-Trond ; il n'est pas une œuvre de prévoyance ou d'assistance sociale qui, dans le rayon des établissements industriels qu'il contrôlait, ne reçût de lui une impulsion ou une aide décisives. Il avait une très haute conscience de ses devoirs d'industriel, et s'il défendait son autorité comme un privilège, il en usait d'autre part dans un esprit de justice et de large compréhension des besoins de la classe ouvrière. En laissant à l'État son parc, son château et ses collections, il a hautement affirmé sa conception des devoirs du riche à l'égard de la communauté.
Ces collections attestent la variété et l'étendue de ses goûts. Raoul Warocqué fut un grand voyageur. Outre ses missions diplomatiques en Russie (1896, couronnement du tsar Nicolas II) et en Chine (1910, annoncé de l'avènement du roi Albert), il accomplit de longs et fructueux voyages au Japon (1910), en Egypte (1912) et aux Indes (1914). Il fit des séjours plus ou moins prolongés dans la plupart des pays d'Europe. Ces voyages excitaient et multipliaient ses curiosités, et ils lui fournirent l'occasion de rapporter à Mariemont quelques-unes des grandes pièces qui font l'originalité de ce musée (buste de Cléopâtre, statues de Vichnou et du Bouddha, lanternes japonaises, etc.).
Il eut dès sa jeunesse la passion des porcelaines de Chine et il ne cessa jamais d'accroître, par des achats heureux, la collection qu'il en avait formée ; il réunit aussi un grand nombre de porcelaines de Tournai ; sur les conseils et avec la collaboration de Franz Cumont, il constitua un riche musée d'antiques (marbres et bronzes); il fit exécuter dans le voisinage de son domaine des fouilles dont le produit fait la matière d'un important musée archéologique. D'autre part, sa bibliothèque fut longtemps sans rivale en Belgique par le nombre, la qualité et la valeur des pièces qu'il y avait accumulées : éditions de luxe, reliures anciennes et modernes, autographes, numismatique, etc. Très tôt, - dès 1905, - il rendit publique son intention de léguer à l'État, l'ensemble de ses collections et, en 1910, il fit agrandir le château de Mariemont pour y installer définitivement son musée et sa bibliothèque. Il était très attaché à ce domaine, qui avait été non seulement celui des Warocqué, mais encore, en remontant le fil des âges, celui de anciens gouverneurs généraux des Pays-Bas. De ce passé historique il s'était plu à rassembler des souvenirs et à reconstituer des sites évocateurs, et l'aspect actuel de Mariemont, avec ses ruines grandioses, est son œuvre. Dans ce cadre redevenu royal, Raoul Warocqué offrait des fêtes splendides, restées légendaires. Raoul Warocqué contribuait de la sorte, - parfois à la demande de Leopold II lui-même, - à entretenir et à consolider nos relations avec les pays lointains, clients de notre industrie.
La guerre le surprit à Mariemont, et elle le bouleversa par sa brutalité. Raoul Warocqué se dépensa dans les comités de secours et de ravitaillement, donnant sans compter, soulageant, en plus, d'innombrables détresses privées. Mais la maladie, qui l'avait déjà touché, s'aggrava dès 1915. Il succomba après deux ans de lutte, à l'âge de 47 ans.
Voir aussi : Raoul Warocqué, industriel, philanthrope et mécène, sur le site Focus on Belgium (consulté le 16 janvier 2026)