Sap Gustave, Charles catholique
né en 1886 à Kortemark décédé en 1940 à Bruxelles
Ministre (travaux publics, agriculture, classes moyennes, finances, affaires économiques et intendance-ravitaillement-reconstruction) entre 1932 et 1940(Extrait du Standaard, du 20 mars 1940)
Een groot Vlaming is heengegaan
Met diepe verslagenheld zal Vlaanderen, zal het land het overlijden vernemen van den h. Sap, minister van Economische Zaken, den man, die gister nog in den bloei van zijn leven, aan het hoofd stond van het ministerie van Economische Zaken, Middenstand en Ravitailleering, en met vaste hand, in deze bewogen tijden dit ministerie leidde.
De dood heeft minister Sap getroffen terwijl hij zijn best ten krachten ten dienste stelde van het land, terwijl hij als een koene strijder in de bres stond op een der meest belangrijke sectoren van ons nationale leven.
Op deze ministerieele taak, zooals trouwens op al wat door hem werd verricht, drukte hij den stempel van zijn sterke persoonlijkheid. Hij had de gewoonte de zaken onbevangen in hun volle werkelijkheid te beschouwen en met een scherpen blik eerst al de mogelijkheden te overzien alvorens een beslissing te treffen. Hij was een man die vasthield aan de realiteit der dingen. In een zijner jongste redevoeringen gaf hij van zichzelf nog volgende rake typeering : “Ik ben geen optimist, noch pessimist, doch een realist.” Zijn groote begaafdheid, zijn sterke persoonlijkheid en zijn onwrikbare wilskracht heeft hij in dienst gesteld van den Katholieken en den Vlaamschen strijd van na den oorlog. In dezen strijd - de h. Sap was vooral een strijder - heeft zich op den voorgrond geplaatst als een der meest markante figuren.
Hij was een man, die zijn eigen wegen door het leven had gebaand. Zijn karakter was dat van den stoeren, keikoppigen West-VIaming. Men heeft veel gesproken en veel geschreven over het moedig sterke karakter van den h. Sap. Niemand heeft wellicht in deze na-oorlogsche bewogen politieke jaren meer strijd gekend dan hij en elk ander zou wellicht er aan ten onder zijn gegaan, doch hier ook weer heeft zijn realisme en vooral zijn karaktersterkte hem doen standhouden.
Voor de Vlaamsche beweging was in dezen tijd van verwezenlijkingen een sterke stuwkracht. Als Vlaamsch minister heeft hij immer een open oog gehad voor de Vlaamsche belangen en in vele gevallen heeft hij door zijn krachtdadig optreden in den schoot der regeering positieve resultaten weten te bewerken, die als zoovele Vlaamsche verwezenlijkingen waren.
In deze voor ons land zoo moeilijke tijden was de medewerking van den h. Sap voor de regeering ongetwijfeld het hoogste belang.
De neutraliteitspolitiek, die hij tijdens de vele spreekbeurten dezer jongste dagen nog op zoo duidelijke wijze had toegelicht vond in hem een kordaat en vastberaden verdediger niet alleen omdat deze neutraliteitspolitiek overeenstemde met zijn persoonlijken aangeboren drang naar onafhankelijkheid, maar vooral omdat hij er diep van overtuigd was, dat daardoor de belangen van land en volk op de beste wijze werden gediend.
Zijn realiteitszin was het tevens, die hem onweerstaanbaar dreef tige actief van dezen onder dit opzicht zoo breeddenkenden Vlaming, naar de gedachte van solidariteit den zelfs maar kunnen bevroeden. Zijn levensdraad is afgesneden op een oogenblik, dat ons land, dans ons volk mannen, van het formaat van den heer Sap niet ontberen kan.
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Indien, zooals theologen het leeren, de eeuwigheid die ons wacht, aangepast zal zijn bij de persoonlijkheid van elk van ons, dan mogen we vertrouwen, dat de woorden « Ik ben geen optimist, noch pessimist. doch een realist”, waarmede hij zijn houding tegenover den huidigen toestand kenschetste, ook nu voor den waakzamen Vlaamschen minister hun waarde hebben behouden.
Mogen wie voor hem bidden, het voorbeeld van zijn klaarziende koelbloedigheid dankbaar gedenken.
Bidden ! Onze groote doode rekent er op. Hij, die nooit aanspraak heeft gemaakt op erkentelijkheid voor wat hij deed, heeft het grootste recht op het eenige blijk van dankbaarheid, dat voor hem waarde heeft : gebed voor een ziel opdat zij ruste in den vrede “dien de wereld niet geven kan.”
(Extrait de La Libre Belgique, du 20 mars 1940)
M. Gustave Sap est mort subitement. Le ministre des Affaires économiques a succombé à une angine de poitrine dans la nuit de lundi.
Mardi, de bonne heure, une funèbre nouvelle s'est répandue, comme une traînée de poudre, dans les milieux politiques : M Sap est mort. Dans les sphères ministérielles, la nouvelle a provoqué une véritable stupeur. M. Sap, en effet, assistait encore au Conseil de cabinet qui s’était terminé dans la soirée de lundi. Le ministre des Affaires étrangères y avait pris une part active par l’exposé et la discussion du problème charbonnier. Il avait l’humeur qu’on lui connaissait de longue date, faite de résolution, de ténacité, de combativité. Il avait formé encore des projets, exprimé ses intentions pour demain… Hélas ! quelques heures plus tard, l’angine de poitrine, soudaine et implacable, le terrassait.
Gustave Sap était né à Cortemarck le 21 janvier 1886. Licencié du degré supérieur en sciences commerciales et consulaires et docteur en sciences politiques et sociales, il fut nommé à 27 ans, en 1913, professeur à l'école de commerce de l'Université de Louvain. En 1918, il devenait professeur à la Faculté de droit, et, deux ans plus tard, il était nommé professeur ordinaire de l'Université.
Pendant la guerre 1914-18, Gustave Sap avait été secrétaire du ministre de l’Agriculture et des Travaux publics. Mais cet homme n’était pas fait pour les tâches secondaires. Esprit farouchement indépendant, il était doté d’une forte personnalité et animé d’une humeur ardemment combative. La politique était le milieu naturel où il devait évoluer. Il y entra, dès le 16 novembre 1919, comme député catholique pour l’arrondissement de Roulers-Thielt. Il fut réélu par la suite, à chaque consultation électorale, spécialement comme représentant des classes moyennes.
Les vingt années qu’il a passées dans la vie politique ont été abondamment replies et singulièrement mouvementées. Gustave Sap s’était fait deux spécialités : les questions économiques et financières et le problème des langues. Selon qu’il était hors du gouvernement ou dans le gouvernement, il en jouait avec habilité, agissant ouvertement lui-même ou faisant agir les autres par le moyen d’un organe de presse dont il était devenu le maître.
C’esy, en effet, par le Standaard, dont il était devenu, par étapes rapides, le principal actionnaires, qu’il agissait et faisait agir. Il avait progressivement éliminé de la haute direction du journal des personnalités de premier plan du mouvement flamand, et il était finalement resté le seul personnage politique – ou à peu près – qui déterminait la ligne politique du journal. Si bien que l’on appelait couramment le Standaard l’organe de M. Sap.
L’influence de ce journal dans les milieux dirigeants des catholiques flamands est incontestable. M. Sap en jouait avec une non moins incontestable dextérité. Aussi, afin de neutraliser une opposition toujours latente de sa part, maints gouvernements en firent un ministre. En mai 1932, il entrait dans le gouvernement Renkin, avec le portefeuille des Travaux publics. Quelques mois plus tard, dans le cabinet de Broqueville, il joignait à ce portefeuille celui de l’Agriculture et des Classes moyennes. En juin 1934, dans le cabinet de Broqueville remanié, il prenait le portefeuille des Finances, M. Van Cauwelaert lui succédant à l'Agriculture, et M. Forthomme aux Travaux publics.
Pendant tout ce temps, M. Sap et le Standaard avaient mis la sourdine à l’action linguisitque. C’était l’action financière qui sollicitait, dès ce moment, M. Sap. La crise économique était ouverte, les finances de l’Etat étaient mal en point, des bruits couraient quant à la stabilité de la monnaie. Au gouvernement, il y avait deux conseillers techniques : MM. van Zeeland et Ingenbleek - et beaucoup ont prétendu que si le gouvernement de Broqueville est tombé en novembre 1934, c’est à cause de dissensions internes causées par l’opposition Sap-van Zeeland quant à la solution du problème financier…
Quoi qu’il en soit, le cabinet Theunis succéda au gouvernement de Broqueville, mais ne tint guère que quatre mois ; il dut faire place au premier ministère van Zeeland en mars 1935.
M. Sap, qui n'avait pas été du cabinet Theunis, ne fut pas davantage du gouvernement van Zeeland. Une année passa, consacrée entièrement au redressement économique et financier du pays. Puis l'union dite nationale s'abandonna aux prodigalités qui allaient, à nouveau, mettre le Trésor à mal. M. Sap attendait son heure. Elle vint en mars 1937, à la veille d'une élection partielle dans la capitale, qui mettait en compétition M. van Zeeland et M. Degrelle. Il y avait eu l'emprunt Mendelssohn à propos duquel M. Sap avait annoncé une interpellation. En réalité, on se le rappelle, l’interpellation fut une philippique justifiée contre M. van Zeeland et sur le régime dit de la « cagnotte » fonctionnant à la Banque Nationale.
M. Sap, on s’en souvient, souleva contre lui toute la Chambre, à cette occasion. Il fut désavoué la droite qui l'exclut de son sein. Mais il avait le voile qui couvrait pudiquement de agissements dont la révélation provoqua l'indignation dans tout le pays. Le gouvernement lui-même, M. Man étant ministre de Finances, fut contraint de mettre fin aux pratiques en usage à la Banque nationale, et il apparut bientôt que M. Sap avait eu raison. Des procès avaient été engagés par celui-ci contre des parlementaires qui l'avaient avec une particulière verdeur de termes, notamment M. Bodart et De Vleeschauwer. Après quelques épisodes judiciaires, tout rentra dans l’ordre, et M. Sap lui-même rentra le tête haute dans le giron de la droite parlementaire.
Depuis lors, M. Sap était redevenu ministre des Affaires économiques, dans le premier cabinet Pierlot, en 1938.
Il meurt sur la brèche, en pleine bataille même, peut-on dire, car dans les conjonctures où la guerre étrangère a jeté le pays, le ministre des Affaires économiques tient un poste de premier plan où il faut déployer de l’énergie et du courage et témoigner d’une particulière lucidité d’esprit. Ces qualités, M. Gustave Sap les possédait à un haut degré. Il avait le goût du travail et une endurance à toute épreuve. Il avait même, d'une certaine manière, le goût de la difficulté, pour elle-même et pour l'habileté, l’énergie ou - pourquoi ne pas le dire ? - la malice qu'il fallait pour la vaincre. On a dit qu'il avait mauvais caractère. Peut-être parce qu'il avait tout simplement du caractère. Quand il n'y aurait eu que les affaires de la Banque Nationale - en quoi, en dépit de l’une ou l’autre outrance de ses attaques à l'égard de M. van Zeeland, il a eu raison sur toute la ligne - ce serait suffisant pour le prouver.
Nous avons plus hait fait allusion à son rôle dans les affaires linguistiques. C’est un domaine où cet homme qui affectait une certaine froideur a donné cours au tempérament passionné qui était, en réalité, le sien. On ne pourrait dire qu’il y garda la mesure dont un homme de cette valeur eût dû donner l’exemple. Et peut-être est-il permis de croire que sa soudaine disparition mettra fin à une surenchère qui a rendu pour une grande part la question linguistique particulièrement irritante.
Il reste que le ministre qui vient de mourir a rendu des services à son pays, particulièrement dans la gestion de l'Agriculture et des Affaires économiques. Homme de tête, il meurt à un moment où le pays a besoin de dirigeants énergiques et lucides. Sa disparition sera ressentie tant plus.
A Mme Gustave Sap, aux membres de sa famille, nous présentons l'expression émue de nos chrétiennes condoléances.
(Extrait du Soir, du 20 mars 1940)
M. Gustave Sap, ministre des Affaires économiques, est subitement, dans la nuit de lundi à mardi, d'une angine de poitrine.
Né le 21 janvier 1886, à Cortemarck, M. Gustave Sao fit ses études à l’Ecole normale catholique de Thourout, puis à l’Université de Louvain, où il devint licencié en sciences commerciales et consulaires, ainsi que docteur en sciences politiques et sociales. Dans la suite, il professa à l'Université de Louvain. Remarqué par feu M. Helleputte, il entra au service de ce dernier comme secrétaire particulier et se mit à faire de la politique. De mars 1915 à novembre 1918, il fut, au Havre, le collaborateur direct de M. Helleputte, alors ministre de l'Agriculture et des Travaux publics. La guerre ne l'empêcha pas de servir activement Ia politique flamingante.
Elu député suppléant le 16 novembre 1919. M. Sap devint député de Roulers-Thielt le 20 novembre 1921, et, depuis lors, fut constamment réélu.
Au Parlement. M. Sap s'occupa principalement de questions juridiques, économiques et coloniales. Il fut cosignataire de la proposition de loi modifiant le bail à ferme et rapporteur du projet de loi prorogeant la durée de la Banque Nationale et du budget des Colonies. II Intervint dans les discussions relatives à la situation financière et à la politique coloniale.
M. Sap, qui était ministre des Affaires économiques dans le cabinet Pierlot depuis le 18 avril 1939, avait été ministre des Travaux publics, puis de l'Agriculture de 1932 à 1934, et ministre des Finances en 1934. Il combattit la dévaluation avec âpreté, notamment dans un grand discours qu'il prononça à Roulers, le 11 novembre 1934. A la Chambre, il Intervint à différentes reprises véhémence dans les débats sur les pleins pouvoirs, sur le Boerenbond et sur le régime de la Banque Nationale.
Le 17 mars 1937, M. Sap attaquait violemment M. van Zeeland, Premier ministre, au sujet de l'administration de la Banque Nationale, provoquant la dislocation du gouvernement.
M. Sap exerça, ces dernières années, une grande influence sur l'orientation de notre politique extérieure. II mena dans les réglons flamandes une virulente campagne contre les accords militaires franco-belges, et il n'est pas douteux que cette attitude eut des répercussions directes sur la modification de notre politique vis-à-vis de la France et de l'Angleterre. Dans les conseils du gouvernement, M. Sap défendait avec fougue une politique de neutralité étroite.
II s’était fait le champion du « los van Frankrijk ».
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Ministre des Affaires économiques, M. Sap se trouva devant une tâche écrasante. La mobilisation de centaines de milliers d’hommes créait des problèmes nouveaux et délicats, d'autant plus que l'armée des chômeurs avait tendance à augmenter. Les pays voisins s'enfermant des régimes de guerre, la question du ravitaillement des populations et de l'approvisionnement des usines se posa avec acuité. Il fallut prendre des mesures énergiques en ce qui concerne notamment la politique des prix. Elles furent parfois critiquées, mais on peut dire que leurs résultats ne furent point si mauvais. Alors que la plupart des autres pays souffrent de restrictions diverses, le rationnement n’a pas encore dû être instauré chez nous. Nos stocks sont considérables.
Au point de vue social, M. Sap, en collaboration avec M. Balthazar, son collègue du Travail, parvint à rapprocher les patrons ouvriers au sein de la Conférence nationale du Travail. Ici aussi des résultats appréciables furent obtenus et on en escompte d'autres qui permettront à la Belgique de maintenir sa législation sociale tout en renforçant sa position économique et militaire.
(Extrait du Peuple, du 20 mars 1940)
M. Gustave ministre des Affaires économiques, est mort subitement dans la nuit de lundi à mardi d'une angine de poitrine.
M. Sap avait encore assisté au conseil de cabinet lundi soir. Après le conseil, vers 8 heures, il était rentré dans l'appartement qu'il occupe place Poelaert. II se sentait un peu fatigué et, peu après. il s'alita se plaignant de douleurs dans la région du cœur. On chercha vainement à atteindre un médecin. Finalement, un agent de police de faction à proximité du domicile du ministre, et qui s’était complaisamment mis à la disposition de Mme Sap, revint accompagné d'un praticien. Mais les soins de celui-ci furent inutiles. Le ministre s'éteignit dans les bras de sa femme.
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M. Gustave Sap, qui vient de disparaître de façon inopinée, est l'une des personnalités qui ont le plus défrayé la chronique politique au cours des deux dernières décades.
On ne peut dire qu'il avait l’étoffe d'un homme d'Etat. Il lui manquait pour cela le sens de l'humain et des conceptions assez larges pour embrasser l'ensemble des problèmes politiques. Mais il était doué d'un sens politique fort aiguisé qu'il mettait au service du partisan qu'il était, et de ses préoccupations personnelles, qui étaient dominantes.
Aussi farouchement conservateur que flamingant, il a toujours été à la pointe du combat pour le maintien des privilèges de l'Eglise catholique, des gros propriétaires et des industriels, en même temps que pour les revendications flamandes les plus radicales.
Il poursuivait les buts qu'il s'était assignés avec une ténacité et un esprit de suite extraordinaires, n'hésitant pas pour les atteindre à utiliser toutes les ressources d'une vive intelligence et des moyens discutables.
Ses amis politiques le craignaient. Quand l'un d'eux était chargé de former un ministère, il lui arrivait parfois de prendre M. Sap dans son équipe, pour éviter être exposé à son opposition, même au cabinet dont il faisait partie.
Les socialistes ont constamment trouvé en lui un adversaire irréductible, un adversaire à qui il n'était pas toujours possible de laisser le bénéfice de la bonne foi. En s'inclinant devant sa dépouille mortelle, ils ne peuvent évoquer d'image plus bienveillante que celle d'un lutteur opiniâtre dont l'action était propre à leur rappeler, si c'eût été nécessaire, qu'ils ne peuvent rien attendre en dehors de ce qu'ils conquerront de haute lutte.
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La carrière de M. Sap
Le ministre des Affaires économiques, qui vient de mourir, était né à Cortemarck, en Flandre Occidentale, le 21 janvier 1886. Il disparaît donc âgé de 54 ans à peine.
Fils d'une famille modeste, il fit ses études d'instituteur. Puis, il fit des études universitaires et conquit, successivement, les grades de licencié du degré supérieur en Sciences commerciales et consulaires et de docteur en Sciences politiques et sociales. En 1912, M. Sap fut lauréat du concours universitaires des bourses de voyage et, en 1913, il fut nomme professeur de sciences financières à l'Ecole de commerce de l'Université de Louvain. Après la guerre. il obtint la chaire d'Economie politique à la section flamande de cette même Université.
Mais ce n'est pas une carrière universitaire que M. Sap devait faire. La politique et la finance l’attiraient avant tout.
Pendant la guerre déjà, il devint secrétaire du ministre de l'Agriculture de l'époque, feu Helleputte. En cette qualité, le jeune Gustave Cap accompagna le gouvernement au Havre.
Dès le début de sa vie politique, M. Sap fut conservateur, clérical et flamingant. Il ne devait jamais varier.
En 1919, il entra au Parlement, comme colistier de M. Aloïs Van de Vyjvere dont il devait prendre plus tard la succession comme chef de file des catholiques de l'arrondissement de Roulers-Thielt et de la Flandre occidentale.
Parallèlement. M. Sap entra dans les affaires. Un mariage riche l’introduisit dans les milieux financiers. II devint un des dirigeants de la Banque des Boerenbonden et entra dans d'autres conseils d'administration. Ses adversaires lui ont souvent reproché ses relations avec une grande firme industrielle allemande.
Puis, M. Sap fit un voyage au Congo et en rentra avec un dossier dont il se servit pour attaquer, en sa qualité de rapporteur du budget des Colonies, le ministre des Colonies d'alors, feu Henri Jaspar. La lutte des deux hommes n a pas été oubliée dans les milieux politiques.
En 1932, Jules Renkin appela M. Sap au gouvernement et lui confia le portefeuille des Travaux publics. Entre-temps, M. Sap était devenu directeur du Standaard dont il fit l'organe principal du flamingantisme conservateur et militant Cet épisode mit M. Sap aux prises avec M. Van Cauweleert, qui était jusqu'alors le grand maître du journal flamand.
M. Sap resta dans les différents cabinets de Broqueville, comme ministre des Travaux Publics et de l'Agriculture d abord, comme ministre des Finances ensuite. II pratiqua une politique de déflation.
C'est sous sa gestion que se fit la scission des banques, en banques de dépôts et en holdings.
A l'époque où M. Sap était ministre des Finances. il eut à s’occuper des difficultés de la Banque du Boerenbond. II eut également des conflits avec M. Paul Van Zeeland qui, en qualité de ministre sans portefeuille, s'occupait des questions financières.
En novembre 1934. M. Sap abandonna le pouvoir. Toute une série d’événements suivirent, qui sont à la mémoire de tous : l'utilisation, contre les chefs du parti catholique, des « carnets » de M. Sap retrouvés par M. Degrelle ; la lutte de M. Sap contre le gouvernement Van Zeeland et les attaques personnelles auxquelles l'ancien ministre des Finances se livra contre le Premier ministre de la Rénovation nationale ; l'exclusion de M. Sap du groupe catholique de la Chambre et les procès qu'il intenta à tous les dirigeants catholiques ; la réintégration de M. Sap dans le parti catholique...
M. Pierlot rappela M. Sapa et lui confia le département des Affaires économiques. Travailleur opiniâtre, M. Sap partagea son temps entre son action politique et son activité ministérielle, en passant de brefs week-ends au sein de sa nombreuse famille, au château de Beernem, près de Bruges, dont il était devenu le propriétaire depuis quelques années.
On dira plus tard dans quel sens s'exerça son influence au gouvernement Pierlot et on appréciera plus tard, également, son travail à la tête du département qu’il gérait au moment de sa mort inattendue.
(Extrait de La Nation Belge, du 20 mars 1940)
M. Gustave Sap, ministre des Affaires Economiques, est mort subitement en son hôtel de la place Poelaert, emporté dans la nuit de lundi à mardi par une angine de poitrine.
Très discuté de son vivant, eu égard notamment à l'influence qu'il exerça sur le mouvement flamand, Gustave Sap ne mérite plus, en cet instant, que l'hommage dû aux citoyens qui, nonobstant leurs erreurs, s'attachèrent à servir leur pays. Ce dévouement à la chose publique ne peut faire aucun doute pour ceux qui ont frayé avec lui en dehors de l'arène parlementaire. Alors, il se retrouvait lui-même, ct ses propos trahissaient, fréquemment, son souci des intérêts supérieurs avec lesquels il était confronté. Conscient de ce qu'il valait, il a nourri de grandes ambitions et il en a réalisé quelques-unes. Epris d'action, il n'hésita jamais à payer de sa personne pour assurer le triomphe des causes qu'il avait épousées.
Dans une circonstance au moins - il y a de cela trois ans - il montra que ce penchant pouvait le porter à l'intrépidité. Ayant, au cours d'une interpellation, reproché à M. van Zeeland d'avoir, étant Premier ministre, conservé ses attributions de vice-gouverneur de la Banque Nationale, il s'attira le blâme de ses amis politiques et se laissa exclure de son parti plutôt que de se déjuger. C'était déjà là une belle manifestation d'indépendance. Mais il ne se contenta pas de tenir bon. Prenant, à son tour, l'offensive, il assigna le président et cinq membres de la droite parlementaire pour leur demander réparation du tort qui lui avait été infligé. Le jugement rendu dans cette affaire tourna à son avantage. Et, quelques mois plus lard, il était réintégré dans les cadres du parti catholique.
Cet épisode - unique, pensons-nous, dans les annales de la vie parlementaire belge - suffit à définir un caractère. Il dénote, en outre. chez celui qui en fut le héros, une intelligence et une habileté manœuvrière peu communes.
Au fond, Gustave Sap était, avant tout, un grand réaliste. Nul, moins lui, ne s'est payé de mots, encore qu'il sût jouer à merveille de ce clavier quand, à la Chambre et dans son journal -De Standaard, il secouait le gouvernement dont il n’était pas, ou quand il gonflait les griefs des Flamands composant sa clientèle électorale. Dans cette agitation des esprits il était passé maître, et c'est un point qu'on ne saurait laisser dans l'ombre, même en cet instant qui réduit les griefs à leur plus simple-expression. Par contre, au pouvoir, il a toujours été un collaborateur loyal, et sa modération, alors, au point de vue linguistique, tranchait heureusement sur les diatribes auxquelles il se livrait dans l'exercice de son mandat de député.
Du point de vue humain. sa vie a été une belle réussite. Né à Cortemarck, le 21 janvier 1886, il fut instituteur avant de devenir professeur à l'Université de Louvain où il enseigna à l'Ecole de Commerce, puis à la Faculté de Droit. Pendant la guerre il avait été secrétaire du ministre de l'Agriculture et des Travaux Publics. Epaulé par van de Vyvere dont il fut le colistier pour Thielt-Roulers, il était du député en 1919. II entrait, pour la première fois dans les conseils de la Couronne le 23 mai 1932, comme ministre des Travaux Publics. II devait passer ensuite à l'Agriculture. Du 12 juin 1934 au 20 novembre de la même année il géra les Finances. Enfin, quand M. Pierlot fut chargé par le Roi de former le gouvernement en fonctions, il fut appelé à nouveau et prit la direction du ministère des Affaires Economiques, des Classes Moyennes et de l'Approvisionnement. Ses talents d'organisateur le servirent puissamment à ce dernier poste. Nul doute que si la Belgique a échappé, jusqu'ici, aux rigueurs du rationnement, c'est beaucoup à lui qu'on le doit.
En politique extérieure, Gustave Sap s'affirma hostile aux accords militaires franco-belges et il exerça une influence certaine sur le choix de notre position. II fut un champion déterminé de la neutralité.
Enfin, en matière sociale, Gustave Sap a été, avec M. Balthazar, ministre du Travail, le principal artisan du rapprochement qui s'est accompli entre patrons et ouvriers à la faveur de la Conférence Nationale du Travail.
Au Parlement il s'imposa très vite par la sobriété de ses interventions et par la teneur substantielle de ses suggestions. Son rôle y fut important, tant en Commission qu'en séance publique. II avait été, en 1925, rapporteur d'un projet de loi prorogeant les pouvoirs accordés au gouvernement en matière de tarif des douanes, rapporteur du projet de loi prorogeant la durée de la Banque Nationale et modifiant certaines dispositions des lois relatives à cette institution ainsi que les lois réglant le service du caissier de l’Etat, rapporteur des budgets ordinaires et extraordinaires du Congo Belge et du Ruanda-Urundi pour les exercices 1927, 1928 et 1929.
Son éloquence dépouillée était à l'image de sa personne. Grand, glabre, élancé, le regard froid et scrutateur derrière le lorgnon, il persuadait par la force de l'argumentation ; il ignorait les élans qui entraînent les cœurs. Quand on le voyait à la tribune, insensible aux mouvements que son exposé suscitait dans l'hémicycle, on eût dit d'un banquier dressant le bilan de l'exercice écoulé devant une assemblée d'actionnaires. Au vrai, il était cela
aussi, et l'on sait que son activité d'homme d'affaires, notamment au Boerenbond, n'a pas été étrangère à sa fortune politique.
II meurt jeune, sans avoir donné toute sa mesure. C'est une perte pour le pays qui ne compte plus tellement de fortes individualités. On pouvait attendre de lui plus et mieux qu'il n'a donné, car l'âge, pour les hommes de sa trempe, est souvent le signal d'un heureux apaisement.
Voir aussi :
VAN NIEUWENHUYSE K., Sap, Gustaaf, dans Nouvelle biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2007, t. 9, pp. 210-313
GERARD E., Sap, Gustaaf, sur le site de la Digitale Encyclopedie van de Vlaamse Beweging (consulté le 14