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Nolf Pierre (1873-1953)

Portrait de Nolf Pierre

Nolf Pierre, Adrien, Emile, Louis (indéterminée)

né en 1873 à Ypres décédé en 1953 à Bruxelles

Ministre (instruction publique-sciences et arts) entre 1922 et 1925

Biographie

(Extrait du Soir, du 15 septembre 1953)

On annonce le décès, survenu lundi matin, du docteur Pierre Nolf, di matin, ancien ministre, médecin du Ro et ancien président de la Crois-Rouge de Belgique. Le docteur Nolf a été trouvé mort, assis à sa table de travail, en son domicile de Jette-Saint-Pierre.

Professeur émérite à l’Université de Liège, le docteur Nolf était né à Ypres, le 26 juillet 1873. était membre titulaire de l'Académie royale de médecine et de la Classe des Sciences de l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts. Il était également membre de l'Institut royal colonial et membre associé de l'Académie de médecine de Paris, ainsi que de la Société de biologie de Paris. Il était encore membre honoraire de l'Académie de médecine du Mexique et de l'Académie de médecine du Brésil.

Médecin principal pendant la première guerre mondiale, de 1917 à 1920, le docteur Nolf fut, après le conflit, nommé directeur de la Fondation médicale Reine Elisabeth. Il fut ministre des Sciences et des Arts, de novembre 1922 à mars 19251, et président de la Croix-Rouge de Belgique, de 1925 à 1945.

En 1040, le prix Francqui lui fut attribué. En 1927, le défunt avait accompagné le roi Albert et la reine Elisabeth au cours de leur voyage au Congo belge. Auparavant, il avait aussi accompagné les souverains dans un voyage en Egypte.

Le docteur Nolf a publié, de 1895 à 1950, de nombreux articles dans des revues scientifiques belges ct étrangères. Il était grand cordon de l'ordre de Léopold et grand officier de la Légion d'honneur. II était également titulaire de plusieurs distinctions honorifiques étrangères.


(COLARD A., Nolf, Pierre (partim), dans Biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1967, t. XXIV, col. 609-620)

NOLF (Pierre-Adrien-Emile-Louis), médecin, physiologiste, professeur et ministre des Sciences et des Arts, né à Ypres le 26 juillet 1873, décédé à Bruxelles le 13 septembre 1953.

Pierre Nolf est issu d'une vieille famille bourgeoise de West-Flandre. Après de brillantes études primaires et secondaires dans sa ville natale, c'est à Liège qu'il va conquérir ses diplômes universitaires, attiré par la réputation de certains maîtres. Son goût marqué pour les mathématiques et les sciences naturelles le dirige vers la médecine et la biologie auxquelles il consacre toute une vie de labeur et de recherches incessantes. Ses hauts grades obtenus à chaque examen attirent sur ce jeune homme à l'intelligence vive et à l'assiduité exemplaire, l'attention des professeurs. Parmi eux, Edouard Van Beneden, zoologiste et embryologiste dont les exposés lumineux et le savoir pénétrant fascinent les étudiants bien doués. De même qu'Albert Brächet qui plus tard brillera au premier rang des morphologistes et des embryologistes, Nolf entre au laboratoire de Van Beneden, y devient élève assistant en 1893, et publie en 1895 son premier travail, Étude des modifications de la muqueuse utérine pendant la gestation, chez Vespertilio murinus, dans les Bulletins de l'Académie royale des Sciences, Lettres et Beaux-Arts de Belgique, 3e série, t. XXX, p. 206-240.

Docteur en médecine en 1896, lauréat du concours universitaire, il part pour Marburg dans le laboratoire du professeur Kossel puis à l'Institut Pasteur à Paris chez Emile Duclaux. Au contact de ces savants, sa vocation pour la recherche scientifique s'affirme. Elle se renforcera lorsqu'en 1897, nommé assistant à la clinique médicale de l'Université de Liège, il a pour chef le professeur Masius, ancien élève de Schwann et de Claude Bernard, dont les qualités de clinicien se doublent de l'esprit critique du chercheur rompu aux disciplines de l'expérimentation physiologique.

Dès cette époque, Nolf a fait son choix : sans quitter la nosologie et l'observation clinique, c'est avant tout vers le laboratoire que l'orienteront ses dilections. L'occasion s'offre à lui en 1899 d'entrer à l'Institut de Physiologie que dirige Léon Frédéricq. Pendant quinze ans, il y poursuivra d'arrache-pied un labeur acharné se traduisant par plus de soixante titres de travaux expérimentaux parus dans les recueils de l'Académie de Médecine ou les Archives internationales de Physiologie. Dès 1901 toutefois, il mène de pair une activité hospitalière comme chargé de cours de Polyclinique médicale et de clinique des Enfants. Mais plus qu'à l'hôpital, c'est dans la solitude du laboratoire qu'il passe des heures enrichissantes et fécondes.

Quand survient la guerre en août 1914, il se replie vers le pays natal et se met à la disposition du ministère de l'Intérieur pour organiser à Saint-Idesbald-Coxyde l'hôpital pour les civils de Belgique non occupée, atteints de maladies infectieuses.

La fièvre typhoïde en particulier décime alors la population avec tout le cortège de symptômes graves qu'elle affecte à cette époque où le traitement actif de cette maladie sévère se limite à peu près à des bains refroidissants. Nolf innove une thérapeutique par injections de peptone qu'il étendra plus tard au traitement des septicémies. Cette thérapeutique lui a été suggérée par des travaux antérieurs sur la propeptone menés sous l'angle de l'expérimentation physiologique pure. Elle donnera entre ses mains des résultats favorables impressionnants.

La reine Elisabeth dont l'intelligente curiosité du fait médical est toujours en éveil est mise au courant de ces succès au cours des visites fréquentes qu'elle fait aux formations sanitaires du front. Elle est frappée par l'étendue des connaissances et par la profondeur de la pensée du docteur Nolf et les signale au Roi. A partir de ce moment va s'établir entre les Souverains et lui un contact permanent qui durera pendant le règne entier et bien au-delà.

La guerre des tranchées s'éternisant, le commandement militaire avait pris conscience en 1916 du danger que présentait pour le moral et la pugnacité du soldat du front le fait d'être envoyé dans un hôpital de l'arrière en cas de maladie de quelque durée. Aussi décida-t-il de créer en Belgique libre, à Adinkerke, un grand hôpital pour cas médicaux. Il en confia l'organisation et la direction au professeur Nolf nommé pour la circonstance lieutenant-colonel médecin. Celui-ci se met à l'œuvre sans désemparer. Dix-sept baraquements de vingt-cinq lits, avec services annexes, pharmacie, laboratoire de recherches cliniques, sont édifiés en un temps record. Des médecins choisis parmi les assistants de clinique médicale universitaire sont désignés. Dès mars 1917, l'Hôpital « Cabour » (d'après le nom d'une villa voisine) fonctionne à plein rendement. Environ quatre cents malades graves y séjournent depuis le premier jour de leur affection, jusqu'à guérison complète. Sous l'impulsion d'un chef ponctuel, minutieux et sévère, cette ruche est le lieu d'une besogne constante qui ne se limite pas seulement aux soins aux malades, car la confrontation avec une pathologie souvent nouvelle est l'occasion d'une série de travaux cliniques auxquels l'animateur exigeant qui les conduit, associe ses collaborateurs.

La guerre terminée, le professeur Nolf retourne à ses études de prédilection. En 1919, nommé titulaire du cours de pathologie générale à l'Université de Liège, il rédige à l'intention de ses étudiants son traité : Notions de physio-pathologie humaine, remarquable par sa densité, sa concision et sa clarté et dont cinq éditions échelonnées jusqu'en 1943 n'ont pas épuisé l'intérêt.

En novembre 1922 une circonstance fortuite va dériver vers des fonctions toutes différentes et pour lesquelles il n'était pas préparé, la carrière du professeur Nolf. Après une crise ministérielle difficile, Georges Theunis est appelé à former un nouveau cabinet et se propose de gouverner en homme d'affaires la « Société anonyme Belgique » comme il se plaît à dire. Il entre dans ses vœux de désigner à certains postes ministériels des compétences choisies en dehors du monde politique. La faveur et la confiance du Roi proposent au premier Ministre le choix du docteur Nolf comme ministre des Sciences et des Arts. Éloigné autant qu'il se peut des luttes du forum, Nolf accepte par esprit civique une charge qui s'avère particulièrement lourde au moment où se pose la flamandisation de l'Université de Gand.

Flamand d'origine, Nolf était acquis aux légitimes prétentions des néerlandophones de posséder un enseignement universitaire dans leur langue. Nourri de culture française, il lui répugnait de voir disparaître les écoles spéciales du Génie civil et des Arts et Manufactures de renommée internationale fréquentées par de nombreux étudiants étrangers et des facultés qu'avaient illustrées des savants de réputation mondiale comme le physicien Plateau, le psychiatre Guillain ou l'historien Henri Pirenne. Il conçut un projet de loi inspiré par la modération et la bonne volonté. Mais la solution de compromis qu'il fit adopter ne contenta personne ; l'opinion flamande dans sa majorité jugeait très insuffisantes les mesures prises, qui étaient dénoncées par contre comme une spoliation par l'opinion bruxelloise et wallonne épaulée par une notable minorité de Flamands. Une manifestation monstre groupant plusieurs dizaines de milliers de participants se déroula dans la capitale pour protester contre la « loi Nolf ». En vain !

Plus tard, une initiative législative du docteur Nolf devait avoir de plus heureux effets. Elle visait à introduire dans le programme des études universitaires des réformes que l'évolution du progrès scientifique rendait nécessaires. Grâce à elles, le grade de licencié était créé aux facultés des sciences et de philosophie et lettres. De même le grade de licencié en Sciences dentaires à la Faculté de médecine. Ce plan de réformes fut repris dans ses dispositions les plus importantes par la loi votée en 1929 sous Vauthier, ministre des sciences et des arts.

Quand en mai 1925 tomba le cabinet Theunis, le docteur Nolf abandonna sans regret ses charges ministérielles qui lui avaient apporté peu de satisfactions et quitta sans amertume le climat des assemblées parlementaires où il ne se sentait pas à son aise. Il lui tardait de s'atteler à la grande œuvre qui allait occuper désormais une large part de ses activités : La Fondation médicale reine Elisabeth.

L'idée maîtresse qui présida à cette création est que les progrès de la clinique médicale sont inséparables de ceux de la recherche médicale pure. D'où la nécessité d'adjoindre aux services de médecine dans un même complexe hospitalier, des laboratoires bien équipés où puissent se poursuivre, en une symbiose fructueuse, des travaux scientifiques en liaison avec les investigations cliniques. Avec le soin jaloux et l'esprit d'économie qu'il apportait à toute chose, Nolf conçut les plans et surveilla l'édification de vastes locaux érigés dans l'enceinte de l'Hôpital Brugmann à Bruxelles. Bien plus, pendant un quart de siècle, il anima ce foyer scientifique, qui concrétisait l'idéal de vie qu'il s'était toujours assigné, par ses travaux personnels, par ses conseils et par ses directives à une nouvelle équipe de chercheurs.

La direction de cet institut et du service de médecine y annexé ne l'empêcha pas d'assumer d'autres responsabilités : celle de président de la Croix-Rouge de Belgique qu'il remplit de 1925 à 1945. Même pendant la guerre de 1940-1945, il put exercer ses fonctions et réaliser son programme grâce à l'autorité qui s'attachait à son nom. Gouverneur de la Ligue des Sociétés de Croix-Rouge, il accomplit les missions de sa charge dans des pays lointains avec un désintéressement absolu, supportant seul les frais occasionnés par ses déplacements. Il fut aussi le premier président du Fonds Reine Elisabeth d'assistance médicale aux indigènes (Foréami) dont l'action fut si efficace dans la lutte contre la maladie du sommeil. Il faut souligner enfin la part, effacée sans doute mais si déterminante, qu'il prit dans l'instauration du Fonds national de la Recherche scientifique et l'on peut croire que les opinions qu'il exprima sur ce sujet devant un grand Roi qui savait écouter et tenir compte de sages avis, ne furent pas sans inspirer le discours retentissant par lequel Albert Ier lançait un cri d'alarme à propos de la crise des laboratoires et proclamait l'indispensable soutien à donner aux vocations scientifiques.

Médiocre « debater » dans les joutes parlementaires (communication personnelle à l'auteur de M. Emile Brunet, président de la Chambre des Représentants), orateur sans faconde au verbe châtié mais monotone, Nolf excellait par contre dans le colloque singulier né au hasard de la discussion d'un cas clinique ou de l'évocation d'un fait politique ou artistique. Alors apparaissaient les facettes d'un esprit supérieur, apte aux subtils rapprochements scientifiques, historiques ou philosophiques que facilitait une mémoire étonnante. Au cours d'une conversation improvisée, menée mezza voce, l'interlocuteur, conquis, décelait dans les yeux bleu clair du maître, une flamme qu'attisait le désir de communiquer sa conviction profonde et voyait ses traits s'illuminer d'un sourire d'une étrange douceur. Il découvrait, charmé, les aspects insoupçonnés d'une vie intérieure intense et savait gré à cet homme, d'ordinaire rigide et secret, de les lui révéler.

Ascète d'une sobriété et d'une frugalité vraiment conventuelles, le professeur Nolf menait dans la probité morale et la plus scrupuleuse honnêteté une vie d'une intégrité et d'une simplicité totales que paradoxalement le destin avait comblée de titres et d'honneurs. De nombreuses distinctions scientifiques et honorifiques jalonnèrent son extraordinaire carrière : membre de l'Académie royale de Belgique (Classe des Sciences), membre et président de l'Académie royale de Médecine, membre d'honneur de nombreuses sociétés savantes : l'Académie de Médecine de France, la Société de Biologie de Paris, l'Académie de Médecine du Brésil, l'Académie nationale de Médecine de Mexico. Prix quinquennal des sciences médicales en 1910, il obtint en 1940 le Prix Francqui. Il était titulaire de nombreuses distinctions belges et étrangères, mais, sans doute, la distinction à laquelle il attachait le plus de prix était la modeste Croix civique de l r e classe (1914-1918) qui lui fut octroyée ainsi qu'à ses adjoints pour le dévouement apporté sur le front de l'Yser aux victimes des épidémies de fièvre typhoïde, de dysenterie bacillaire, de méningite cérébrospinale et de grippe.

Bien après qu'eût sonné en 1943 l'heure de l'éméritat, Nolf conserva une alacrité de corps et une jeunesse d'esprit que l'âge semblait ne pas devoir entamer. La longue liste de travaux originaux qu'il publia après cette date et jusqu'en 1953 en témoigne. Il était revenu aux problèmes du début de sa carrière de savant mais l'élan de son génie inventif ne s'était pas affaibli.

La mort le surprit dans des conditions qu'il eût certainement souhaitées. Le lendemain du jour où il avait fait au Congrès d'Hématologie d'Amsterdam une communication remarquée, il avait repris ses tâches coutumières, prolongées comme d'habitude par une veillée studieuse. On le retrouva au petit matin affalé sur son bureau où restait allumée une lampe amicale. L'opuscule qu'il venait de lire avait chu par terre, échappé de ses mains défaillantes. C'était un essai sur les mouvements en musique.

Sa longue vie fut marquée par un sens aigu du devoir, une ardeur au travail insigne, une austérité sans faille.

(… La suite de la biographie, consacrée aux travaux scientifiques, n’est pas repris dans la présente version numérisée.)


(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 24 août 1923)

M. Nolf.

Est-ce le naufrageur de l’Université de Gand ? Est-ce le sauveur de l’Unité nationale ?

Les avis sont très partagés. Certes, la formule Nolf, puisque formule Nolf il y a, n’a rien d’enchanteur. Peut être qu’en cherchant bien, aurait-on pu trouvé, même parmi les systèmes transactionnels, quelque chose de moins fâcheux pour l’avenir scientifique de l’université de Gand, mais à ceux qui reprochent à M. Nolf d’avoir supprimé, grâce à sa formule, plus des deux tiers des cours de français et d’avoir, en somme, rendu l’université infréquentable pour les Wallons et les étrangers, le ministre peut répondre : « Nous aurions voulu vous y voir ! » ou, plus noblement : « La critique est aisée… mais l’art est difficile. Mettons que vous ayez raison au point de vue des intérêts de la culture française en Belgique. Mais nous nous sommes mis au point de vue national. Est-ce notre faute si la faiblesse des gouvernements précédents a laissé prendre au mouvement flamingant une telle puissance qu’il était devenu impossible d’essayer de lui barrer la route sans risquer la guerre civile ? Est-ce M. Nolf qui avait créé la situation parlementaire en face de laquelle il s’est trouvé ? Vous savez bien qu’il n’avait que le choix entre la dissolution et la transaction. La dissolution, avec notre système électoral et notre chère R.P., n’eût probablement rien changé. Elle eût coûté tr !s cher ; elle eût mis notre pays en état d’infériorité pour les négociations graves dans lesquelles il était engagé. La transaction était donc le parti le plus sage. M. Nolf a donné une formule qui vaut ce qu’elle vaut. Si elle avait fait plus de place au français, les flamingants l’auraient repoussée.

« - Ouais !! Vous plaidez les circonstances atténuantes.

« - Oh ! Quand on parle d’un acte politique, il faut toujours plaider les circonstances atténuantes. Un acte politique n’est jamais qu’un pis-aller.

« - C’est donc un homme politique que M. Nolf ? Et nous qui croyions que c’était un savant, une « compétence » !

« - Oh ! un savant qui met le nez dans la pétaudière parlementaire, s’il ne s’enfuit pas épouvanté au premier contact, se laisse gagner par le milieu. En lui, le savant est « refoulé », comme dit Freud, le politicien seul demeure. M. Leclère a été asphyxié dès la première séance de la Chambre à laquelle il a pris part. M. Eugène Hubert, le ministre malgré lui, n’a résiste quelque temps que parce qu’il a été ministre le moins possible. M. Bolf demeure et règne… C’est bien un homme politique ; les savant est « refoulé. »

* * *

Et pourtant, c’est incontestablement un savant de valeur que M. Nolf. Par sa science et son incontestable talent, ce Flamand, cet Yprois, s’est imposé à l’Université de Liége, où il a fait ses études médicales et où il est très rapidement devenu professeur. « Attiré par la science pure plus que par la clientèle, il a pour ainsi dire fréquenté tous les laboratoires », racontait dans La Meuse ? son confrère le docteur Pierre Schuind, saluant sa nomination ministérielle.

Il a notamment travaillé avec Van Beneden et avec Léon Frédericq. Il fut l’assistant du professeur Masios, puis, à l’institut physiologique, fut nommé chargé de deux cours de clinique infantile. La guerre le surpris dans ces fonctions. Elles ne le préparaient pas à la carrière militaire et, pourtant, nous le retrouvons à Cabourg, avec la barrette et les trois étoiles au collet, dirigeant « manu militari » - un peu trop, disent certains - le personnel sous ses ordres. Il avait été nommé colonel d’emblée, ce qui n’est pas trop mal pour quelqu’un qui n’avait même jamais fait partie de la garde civique. En 1919, nous le trouvons professeur de pathologie générale.

* * *

Dans une revue des étudiants en médecine, en 1902, on chantait, sur l’air de La Périchole, en s’adressant au professeur Nolf, qui venait d’être désigné en qualité de chargé de cours :

« Tu grandiras (ter), tu le sais, n’est-ce pas, Nolf ? »

Et c’était, ma foi, vrai !

Les écrits du docteur Nolf - ils sont plus de cents - ont paru la plus dans des revues d’expression française, quelques-uns dans des revues allemandes et anglaises, mais par un seul n’est rédigé en langue néerlandaise, ni en patois flamand.

Le savant professeur a étudié les nucléines, les albuminoïdes, le mécanisme de la globulose, l’osmose, la cryoscopie du sang, sa coagulation, l’action thromboplastique du chlooroforme, la nature du complément hémolytique, l’obtention de la thrombozyme à l’état de pureté, le mal de mer et les propectones, celles-ci en vingt travaux au moins.

« Avouez, ajoute le docteur Pierre Schuind, qu’à part le mal de mer, bien peu de ces études sont à la portée du vulgaire. »

Avouons. Mais étonnons-nous de ce que le savant docteur Nolf ait abandonné toutes ces savantes études pour devenir ministre. Cela dénote un furieux amour du bien public ou une furieuse ambition. M. Nolf est-il possédé par le démon du bien public ou par le démon de l’ambition ? C’est ce qu’on peut se demander. Peut-être aime-t-il tout simplement « commander. »

* * *

C’est un plaisir que de chercher la vérité ; c’est le plus pur, le plus noble des plaisirs. C’est aussi un plaisir de commander, il est moins pur, mais il est plus immédiat, et pour certaines natures, il dépasse tous les autres. Quand on y a goûté, il paraît qu’on a beaucoup de peine à s’en passer.

Le goût du commandement vint au docteur Nolf pendant la guerre. Comme on l’a vu, il fut fait d’emblée colonel et chargé de la direction de l’hôpital Cabourg, près de La Panne. Dans toutes les armées, après une période de tâtonnements, où les médecins militaires défendirent âprement leur situation, on colla des grades plus ou moins élevés aux meilleurs praticiens et aux meilleurs chirurgiens civils, qui, sans cela, eussent été réduits à poser les bandes, tandis que quelque vieux médecin de régiment eût charcuté le patient selon des méthodes à la mode du temps du baron Larey. Certains d’entre eux, et non des moindres, portèrent l’uniforme sans élégance et n’arrivèrent jamais à distinguer un caporal d’un général de division. D’autres prirent leurs galons très au sérieux et jouirent délicieusement de s’entendre appeler : mon major, mon colonel, mon général. Le docteur Nolf fut de ceux-là. L’hôpital Cabourg, admirablement dirigé au point de vue médical, fut mené tanbour battant, au point de vue administratif : le savant Nolf avait non seulement les qualités d’un colonel ; il avait les vertus d’un adjudant.

L’histoire des services sanitaires, pendant la guerre, mériterait d’être écrite. Elle contiendrait des pages admirables, car, à certains moments, notre service de santé accomplit, avec des moyens de fortune, de véritables miracles : à la fin de la guerre, les hôpitaux militaires belges, surtout ceux de La Panne, pouvaient être considérés comme des modèles. Elle contiendrait aussi des pages du plus hait comique, dont les rivalités entre grands chefs feraient les principaux frais. On n’a jamais pu tirer très bien au clair, notamment, la grande querelle entre les docteurs Nolf et Depage. Au commencement, ces deux illustres praticiens paraissaient unis comme deux doigts de la main. Nolf passait même pour un poussin de Depage, et Nolf, né malin, laissait dire.

C’était le temps où Depage était tout puissant. C’était sous ses ordres directs que la Reine faisait son service d’infirmière et l’auguste « nurse » se prêtait de fort bonne grâce aux manières rudes du chirurgien. Mais Depage, impulsif, alla trop loin. A force de rudoyer la pauvre petite cours de La Panne, d’exiger, d’imposer, de tsariser, il finit par se rendre insupportable. Or, à mesure que le crédit de Depage baissait, le crédit de Nolf augmentait. Aussi Nolf passa-t-il pour un bon courtisan.

Dans quelle mesure est-ce exact ? Vous pensez bien que le docteur Nolf ne sera jamais courtiser de la même manière que tel larbin plus ou moins baronifié qui défaille d’admiration chaque fois qu’un monarque ouvre la bouche : il y a mille manière d’être courtisan. Il y a la manière austère, il y a la manière rude, il y a la manière « paysan du Danube. » Les médecins n’y réussissent pas mal. Depuis Jacques Cœur, le médecin de Louis XI, jusqu’au docteur Thiriar, qui fut le médecin et le factotum de Léopold II, en passant par l’illustre Fagon, le médecin de Louis XIV, l’Histoire compte un certain nombre de guérisseurs tout-puissants dans les cours. Etant donné que notre reine et la fille d’un prince médecin, il était assez naturel que la science médicale fût particulièrement en honneur dans l’entourage de nos souverains. Toujours est-il que, depuis La Panne, le docteur Nolf passe pour très puissant au Palais. C’est d’ailleurs manifestement au Palais qu’il doit son élévation à la dignité ministérielle, ce qui n’a pas manqué de dresser contre lui quelques-uns des purs démocrates que compte encore notre Parlement.

* * *

Le Roi, cependant, aurait pu plus mal choisir, puisque c’est le Roi qui a choisi. On réclamait une « compétence ». Il est certain que le docteur Nolf est une compétence ; une compétence scientifique et professorale. Ce n’est pas une « compétence » artistique, par exemple. Les arts et la littérature, il s’en f… royalement.

« Ce Cézanne, c’est bien un peintre, n’est-ce pas ? » disait-il un jour. Mais, après tout, pour les artistes, il vaut peut-être mieux avoir affaire à un ministre qui ne s’y connaît pas et qui le sait qu’à un ministre qui croit s’y connaître et qui ne s’y connaît pas. Quand il est absolument indispensable à M. Nolf d’avoir une opinion artistique, il consulte Verlant, qui peut se tromper, certes, mais qui incontestablement s’y connaît. Cela a du reste l’avantage, à ses yeux, de bien montrer à son administration qu’il est formellement décidé à faire toujours le contre-pied de ce que faisait Destrée, son prédécesseur, le seul de ses prédécesseurs qui ait compté. Car M. Nolf tient, avant tout, à montrer à son administration qu’il est là, et même un peu là, et que le ministère des Sciences et des Arts date de lui. Elle passait pour une assez joyeuse pétaudière, cette administration : M. Notf entend, lui, en faire une caserne ou… un hôpital. Il veut la diriger comme il dirigeait Cabourg, scientifiquement, militairement, avec l’ « esprit adjudant. »

Cela manque assurément d’agrément pour le fonctionnaire, mais ce n’est peut-être pas mauvais pour le service. Laborieux, d’ailleurs, aussi dur pour lui-même que pour les autres, M. Nolf est de ces chefs qu’on n’aime pas mais dont on n’a garde de se moquer.

C’est un chef… Seulement… voilà : on murmure autour de lui que ce chef, si raide dans le service, est singulièrement souple avec les puissances parlementaires. Souplesse regrettable ? Mais non : aux yeux du physiologiste, une force est une force. Quelle que soit son origine, il faut en tenir compte. Au yeux du colonel, un galon est un galon : ce n’est pas la peine de faire le Don Quichotte…


Voir aussi :

1° FREDERICQ H. Notice sur Pierre Nolf, dans l’Annuaire 1955 de l’Académie royale de Belgique

2° VANDEWEYER L., Nolf Pierre, sur le site de la Digitale Encyclopedie van de Vlaamse Beweging (consulté le 25 mars 2026)

3° MANTELS R., La «Nolfbarak», premier jalon de la néerlandisation de l’université de Gand, sur le site Les Plats Pays (consulté le 25 mars 2026)

Discours prononcés à l’occasion de la remise du prix Francqui à Pierre Nolf en 1940, sur le site de la Fondation Francqui (consulté le 25 mars 2026)