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Merlot Joseph (1886-1959)

Biographie

(Extrait du Peuple, du 2 février 1959)

Depuis trois ans, il opposait à l'implacable maladie une étonnante, une farouche, une souvent victorieuse résistance. Combien de fois n'eûmes-nous pas à craindre le pire, et combien de fois ne fûmes-nous pas abasourdis, joyeusement abasourdis de voir reparaître Joseph au Parlement, à la tête du cortège du Premier Mai, dans nos meetings électoraux, dans nos réunions ?

Hélas, le mal a fini par vaincre. La pénible nouvelle nous est parvenue, courant de bouche en bouche, nous emplissant de tristesse et de rage : JOSEPH MERLOT EST MORT.

Joseph Merlot a fortement marqué de sa puissante personnalité la vie publique de notre pays, et particulièrement de la région wallonne.

Porte-drapeau de la Fédération Liégeoise du P.S.B., il fut, vingt-cinq années durant, bourgmestre de la plus grosse commune industrielle du pays (ainsi qu'il aimait de le dire), maïeur de Seraing-la-Rouge. De 1936 à 1949, il fut - la période de guerre exceptée - de tous les ministères à participation socialiste. Nommé Ministre d'Etat dès la Libération, il présida fougueusement aux destinées du Congrès Wallon. A la mort d'Arthur Jauniaux, l'Union Nationale des Mutualités l'appela à sa présidence.

La prodigieuse activité du défunt aurait suffi à combler l'existence de plusieurs hommes normalement doués. Et seule la fécondité remarquable de ses multiples talents et une vitalité peu commune avaient permis l'accomplissement d'une telle existence mouvementée et chargée de responsabilités.

Voilà, sommairement esquissée en traits généraux, la personnalité du défunt.

L'éveilleur de consciences

Il était né à Seraing le 14 septembre 1885, dans une famille de cinq enfants. Son père était contremaître aux usines Cockerill. Le cycle de ses études moyennes accompli, le jeune Joseph était occupé comme aide-comptable, en 1902, pour le compte d'une firme de Bruxelles, où il séjourna deux ans.

L'année suivante. son affiliation au Syndicat des Employés entraînait son adhésion au P.O.B., dont l'épanouissement des puissantes organisations sociales et économiques allait faire un grand parti auquel la classe ouvrière de ce pays doit l'extraordinaire floraison d'œuvres sociales citées en exemple à l'étranger aujourd'hui.

Or, en 1903, la conscience ouvrière s'éveillait à Seraing. Des embryons de groupements corporatifs voyaient le jour. Il fallait les doter d'une doctrine, coordonner leurs efforts et orienter leur réalisme constructif stimulé par un avide besoin, par une immense aspiration à la justice sociale. Ici, Joseph Merlot se trouva à côté de l'éveilleur de consciences que fut Alfred Smets, ainsi qu'une poignée de jeunes militants.

Plusieurs années furent consacrées à fusionner ces groupements épars. Mais le rapprochement de ces derniers fut considérablement facilité par le retentissement universel qu'eut l'assassinat de Francisco Ferrer en 1909, en Espagne, qui trouva une particulière résonance dans la conscience collective des travailleurs du bassin industriel liégeois.

L'unité des « groupistes » fut effectivement réalisée en 1911.

Mais déjà dès 1907, Joseph Merlot pressentait la fusion de ces groupements épars et il avait pris l'initiative de créer le premier facteur capable d'en assurer l'unité étroite.

Avec quelques amis, il avait lancé une souscription de parts sociales de cinq francs au capital d'une société coopérative dont le premier objectif était l'acquisition de locaux destinés recevoir le siège officiel du Parti et de ses organisations annexes. Ce qui est aujourd'hui encore le siège social des Pharmacies du Peuple fut alors au départ l'immeuble dont l'association acquit la propriété.

Du tribun au mandataire public

C’est d'ailleurs là que Joseph Merlot fit ses premières armes de tribun populaire. Un jour, à l'issue d'une exaltante manifestation populaire. Alfred Smets, fortement enroué, le hissa de force à la tribune. Le jeune Merlot prononça là son premier grand discours public. Le tribun s'était en lui révélé et sa fructueuse carrière politique allait commencer.

Elu au conseil communal de Seraing aux élections de 1911, il était désigné comme échevin des Finances par son groupe. Ainsi, à vingt-six ans, il devenait le plus jeune échevin de Belgique.

Candidat aux élections législatives en juin 1912, il était désigné à la première suppléance sur la liste socialiste pour l'arrondissement de Liège, à la Chambre des Représentants.

Lors de la première occupation du pays en 1914, on vit Joseph Merlot diriger les différents comités de secours du ravitaillement des populations civiles et ses dons constructifs naturels furent mis à l'épreuve. La paix revenue, on assista dans le pays à l'extraordinaire expansion des organisations socialistes, à laquelle Merlot œuvra avec son dynamisme peu ordinaire pour une très large part.

Les élections communales de 1921 furent pour les socialiste sérésiens l'occasion d'une rentrée victorieuse au Conseil. Et en mai Joseph Merlot était désigné pour l’exercice de la première magistrature. Il ne rendit le tablier que vingt-cinq ans plus tard, après avoir administré et déployé au service de ses concitoyens les mille et une ressources de son ardente nature et de ses dons multiples. A Ia Chambre des Députés, où il siégea de 1924 à 1958, son rôle fut également de tout premier plan.

Une vie débordante

A la fois ministre et bourgmestre, membre du Bureau National du Parti Socialiste Belge, président de la Fédération liégeoise du Parti, président de l'Union Nationale des Mutualités Socialistes, président de la Fédération liégeoise des Mutualités Socialistes Syndicales et président du Congrès National Wallon, ministre des Travaux publics de 1936 à 1938. de l'Intérieur et de la Santé publique de 1938 à 1939, de l'Intérieur en 1946 et du Budget de 1946 à 1949 ; membre fondateur de l'Intercommunale de Démergement, président de I'AS.B.L. médico-chirurgical Léonard Merlot, président de la Société Mutualiste et de Dépôts, président de la Société Coop. « Les Pharmacies du Peuple » : président fondateur de « La Maison Sérésienne », président-fondateur du « Crédit Populaire », société agréée par la Caisse d'Epargne en vue de prêts pour la construction d'habitations; président-fondateur de la Société mutuelle des Administrations publiques, administrateur de l'« Association Liégeois d'Electricité » ; administrateur du Conseil Economique Wallon et fondateur de la Maison du Peuple de Seraing en 1907, toutes ces activités, fonctions et mandats, ceux de ministre et de bourgmestre exceptés, il les exerça simultanément jusqu'à la veille de sa maladie. Mieux, après les premières attaques, il reparut à de nombreuses reprises aux séances et manifestations diverses, étonnant tous

ses amis par la verdeur intacte de son esprit et par la vivacité de ses interventions.

Joseph Merlot se retira volontairement du Bureau National du parti et de la Chambre des Représentants en 1958, mais il resta jusqu'à l'ultime soupir le Président de la Fédération Liégeoise.

Pendant plus d'un demi-siècle de luttes, incessantes, le militant fougueux, l'administrateur éclairé, le mandataire public bâtisseur, l'homme d'Etat responsable qu'il fut, mit ses talents exceptionnels et sa formidable capacité de travail au service de la plus juste et la plus noble des causes : celle des humbles.


(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 29 juillet 1938)

La démocratie a ses légendes, d’autant plus tenaces qu'on ne les colporte pas toujours par simple amour du pittoresque. Il semblerait, à entendre certains apôtres du Suffrage Universel, que l'âge d'or date d'hier. Nous ne connaissions pas, auparavant, l’orgueil de voir d'humbles gens s'échapper de leur milieu et accéder aux plus hautes charges de l’Etat, elles étaient réservées aux classes supérieures et nul, parmi les croquants, ne se serait arisé de grimper précipitamment jusqu'au dernier échelon. Beaucoup le croient de confiance et quelques-uns n'hésiteraient point à bouleverser le monde de fond en comble de crainte de voir le prolétaire retomber dans l'esclavage sans horizon de jadis.

Tout cela, en vérité, est un admirable thème de meeting. Bobards que tout cela. De tout temps, des hommes issus des classes dites inférieures se sont hissés à la première place dans l'ordre politique aussi bien que dans la société bourgeoise. Et s'il nous paraît maintenant du dernier snob de proclamer, à la manière de Veuillot, que l'on monte d'un tonnelier ou d'un métallurgiste, alors que d'autres descendent un Croisé, il était du « dernier gothique » à la fin de l’Ancien Régime, de reprocher sa naissance à un plébéien de bonne tournure cherchant à faire son chemin.

Dubois, fils d’un apothicaire, fut archevêque de Cambrai, cardinal et ministre du Régent ; son rival, le cardinal Alberoni, ministre de Philippe V, était fils de jardinier ; Fleury, dont le père était un modeste percepteur, décrocha le chapeau et devint ministre de Louis XV.

Et M. Joseph Merlot, qui ne fera jamais partie du Sacré Collège, est ministre du Roi et ancien voyageur en margarine…

* * *

M. Merlot est ministre du Roi et ce n'est pas un petit ministère, un ministère de seconde zone que lui a confié le camarade Spaak, qui avait besoin de lui comme garant auprès des syndicats. C'est un des plus importants leviers de commande, c'est l'Intérieur.

M. Merlot, ancien maïeur rouge de Seraing, ancien voyageur en margarine, va avoir à présider aux élec{ions communales, à offrir un solide rempart à la poussée rexiste et pour commencer, à mettre fin à cette ennuyeuse histoire d’Enghien où l’on voit un bourgmestre courageux résister au nom des libertés communales à une loi absurde et antinationale. M. Merlot, naguère fougueux défenseur des libertés communales, va-t-il les combattre comme ministre de l'Intérieur ? Bien embarrassante, cette histoire-là, mais ce diable d'homme pourrait bien arriver à la résoudre.

Son destin hors série ne s’est pas réalisé en coup de foudre. Le génie de M. Merlot se révéla avec une méthodique lenteur. Son étoile ne brilla point d'un éclat fulgurant dès qu'elle apparut au firmament de Seraing. Ce ne fut ni une comète, ni une étoile filante, mais un astre que les astronomes politiques avaient vu apparaître.

Le futur ministre de l’Intérieur commença par naitre à Seraing, le 14 septembre 1885. Ce fut sa première chance. Car s'il naquit au sein d'une famille fort honorable dont des membres, sinon le chef, possède sa « place » dans la ville de Cockerill, le petit Joseph eut aussi le privilège d'hériter du caractère jovial, fanfaron, primesautier et volontiers frondeur de ces Rivageois dont la turbulence troublait les nuits de Mgr Prince-Evêque. Il s'identifiait arec l'esprit de l'antique cité mosane où l'amour du clocher est si profondément enraciné.

Ce véritable enfant de Seraing était intelligent, au surplus, de mine agréable, et débrouillard. Que d'atouts pour réussir ! Il n'avait pas la langue dans sa poche et quand, après les billes et l’école buissonnière, le moment vint pour lui de se lancer dans la vie, il n' hésita guère : il se ferait voyageur de commerce.

Pourquoi choisit-il la margarine et non point la flanelle ou les tabacs et cigares, comme son ami Joseph Bologne, présentement sénateur de Liége et, comme lui, grand gesticuleur d' hémicycle ? Nous l’ignorons. En tout cas, M. Merlot se dévoua corps et âme à la margarine. Sa persévérance est récompensée et le voici, aujourd’hui, dans le beurre.

Avec une activité et une faconde aussi débordantes, Joseph Merloi ne pouvait point borner son existence à la prédication des graisses ménagères et à l’étude forcément rudimentaire du flamand limbourgeois. Il aspira au rôle d'homme public, Socialiste et sympathique à la plupart, épaulé par les siens, sa voie était tracée. A peine le temps d'organiser quelques meetings - un jeu pour un garçon si bien doué du côté de la langue et si convaincu - et Joseph Merlot élu conseiller communal. Il avait vingt-six ans, et le pied à étrier,

Un an plus tard. en 1912, il est en selle et promis à de nouvelles destinées. Nommé échevin des Finances, il allait le demeurer jusqu'en 1921 et pénétrer, par la méthode pratique, les arcanes de la science financière, Quant à savoir à quelles dispositions naturelles le grand argentier sérésien avait obéi en acceptant une charge aussi lourde et apparemment étrangère à ses préoccupations quotidiennes, nous ne le savons pas davantage. Toujours est-il que l'échevin Merlot ne s’acquitta pas trop mal de sa tâche.

Dès cette époque, cependant, des milieux qui ne partageaient point ses opinions se crurent fondés à lui reprocher Ses tendances mégalomanes. A quoi Merlot répliquait qu’il envisageait avant tout le bien de ses administrés et que la monnaie est ronde pour qu'elle roule. Le fait est que, échevin d'une cité populaire et populeuse comme Seraing, en constante évolution économique et sociale, Joseph Merlot avait l’ambition de tirer le meilleur parti des circonstances et qu'il lui eût paru... de mauvaise politique de n'être pas à la pointe du progrès communal, Polémiques, querelles et attrapades (même avec Lahaut) ne l’émurent pas plus que de raison. La guerre, du reste - au cours de laquelle, président des Comités de Secours et d'Alimentation, il fit courageusement son devoir civil - avait accumulé les dévastations dans l'immense usine de John Cockerill. La population s'en ressentait vivement. Des mesures durent être prises dans tous les domaines, tandis que les désastreuses inondations de 1920 ajoutaient encore aux difficultés de l'heure. L'échevin des Finances. tout à tous, se dépensa avec énergie. Son autorité y gagna, sa surface électorale s'élargit. Lorsque, en 1921, l'écharpe mayorale de Julien Pulzeys fut disponible, Joseph Merlot la ceignit sans susciter d'étonnement. Cette fois, il galopait vers la gloire.

* * *

Dans un pays féru, comme le nôtre, d’autonomie communale, la charge de bourgmestre n'est une sinécure. A côté des manifestations officielles et spectaculaires, elle exige, surtout dans les grandes agglomérations, un sens aigu des réalités, beaucoup de doigté et de labeur obscur. Il s'agit de présider Conseil Communal. parlement au petit pied, de ménager amis et adversaires, de prendre parfois des décisions lourdes de conséquences ; les questions de personnes ont une importance indéniable, Le droit de police du bourgmestre est une arme à deux tranchants et l'appel au gendarme, un des attributs essentiels du maïeur, ne laisse pas de poser des problèmes irritants. Joseph Merlot s'en rendit compte bien vite.

Il était rouge, très rouge en ce temps-là, et la vue de Pandore accentuait automatiquement la couleur de ses convictions. Dame ! quand on est le père de ses enfants, l' humeur des enfants détonne quelque peu sur le père. Bref, les citoyens de Seraing et le premier citoyen du lieu n'éprouvaient aucune tendresse pour la Gendarmerie. Or, la maréchaussée est une institution utile et, lors des troubles suscités dans le monde par la condamnation à mort des anarchiste Sacco et Vanzetti, elle eût été fort nécessaire dans la citadelle marxiste. Le bourgmestre ne voulut rien entendre et les vitres de la rue principale furent brisées par des bandes d'énergumènes narguant la police. Depuis ce jour, dit-on, une guerre sourde régna entre l'Hôtel de Ville et la Gendarmerie Nationale. Dès que du vilain était imminent sur un point du territoire communal, le commandant, sous prétexte de manœuvres, y dépêchait d'autorité une brigade, à la barde des autorités civiles, légalement impuissantes à lui faire réintégrer la caserne.

Cependant, la vie de la cité industrielle suivait son cours et Joseph Merlot, bombardé d'office président de mille et un Comités d’intérêt local, entretenait avec les seigneurs du « tchestai », les maîtres de Cockerill, des relations administratives généralement cordiales. C'est que le bourgmestre – « nos père », dans le langage des camarades syndiqués de l’endroit - était avant tout un habile homme, respectueux, au fond, du capitalisme sérésien, qui fait vivre deux tiers de la population. L'expérience, d’ailleurs, l'assagissait. Elle lui apprenait que le vin rouge coupé d’eau est une boisson excellente à tous les gosiers et que, dans notre pays foncièrement attaché aux idées de liberté, il est vain de poursuivre un idéal par trop jacobin et niveleur. Hormis donc la vaudevillesque question de la Gendarmerie, le maïeur évoluait vers une sorte de socialisme national avant la lettre ; il allait même rencontrer son petit chemin de Damas. La célébration solennelle du cent dixième anniversaire de la création des usines Cockerill approchait, en effet. Ce fut le triomphe de Joseph Merlot et l’étonnement de beaucoup. Dans cette ville aux fortes passions politiques, le Roi Albert fut accueilli avec transport. On lui jetait des fleura, tandis que, drapeaux tricolores claquant au vent, M. Merlot, en habit et tenant à la main une somptueuse « buse », conduisait le cortège officiel à travers les rues pavoisées, entouré de tout le gratin réactionnaire du Comité Central Industriel et du cabinet Jaspar... C'était le 1er octobre 1927. Le soir, l’enthousiasme du bourgmestre ne connaissait plus de bornes. Au banquet, le Roi avait prononcé les paroles célèbres, prélude de la création du Fonds National de la Recherche Scientifique : « Le public ne comprend pas assez, chez nous, que la science pure est la condition indispensable de la science appliquée et que le sort des nations qui négligeront la science et les savants est marqué pour la décadence. Des efforts considérables et soutenus, des initiatives multiples s'imposent si nous voulons, et nous devons le vouloir, maintenir notre rang et notre réputation. » Joseph Merlot comprit l'importance nationale et locale de ce discours ; et son toast, où notamment il rendait hommage à l'action bienfaisante de Cockerill, fut celui d'un homme de bon sens dégagé des mesquineries de la politique à la petite semaine. Miracle présence royale : son républicanisme se teintait de loyalisme !

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L'étoile de Monsieur le bourgmestre montait à vue d’œil. Pour que nul n’en ignore, du reste, l’administration communale publiait en 1930 une superbe monographie illustrant par l'image el le texte l’essor économique, intellectuel et social de Seraing. L'œuvre personnelle du maître de l’hôtel de ville et de ses collaborateurs était adroitement soulignée. On n'est jamais si bien servi que par soi-même. Le député-maire de Seraing avait retenu de ses pérégrinations commerciales que la publicité intelligemment entendue est une grande force.

A vrai dire, depuis six ans déjà, il disposait à cet égard une tribune autrement sonore que celle de la communale. Célestin Demblon, mort en 1924, en abandonnent à leur sort Shakespeare et lord Rutland, le suppléant Merlot avait vu sa patience enfin récompensée. C’est un lion rugissant qui succédait à un lion vieillissant. Demblon, las des combats oratoires, avait perdu l'ardeur des jeunes années, tandis que Merlot se jetait hardiment dans la bagarre. Tout de suite, il fit le siège de la tribune, l’investit et ne la quitta plus. On n'entendait que lui ; il n'y en avait que pour lui dès qu'il s'agissait de fiscalité, surtout provinciale et communale. Car c'était un « fiscal », un tempétueux et verbeux fiscal. A défaut de forts arguments, il possédait - et possède encore, le ciel en soit loué ! - une forte voix. Servi par sa verve de Gaudissart, il disséquait une loi d'impôts avec le brio d'un garnement démontant un réveille-matin et expliquait en trente phrases ce qu’un député moyen eût dit en vingt mois. Ce Mirabeau des bords de la Meuse qu'un Barnave, dont l'abbé Maury disait qu' il était un robinet d'eau claire.

Le port avantageux, l’œil vif, le teint rosé, le geste rond, Joseph était sourd à l'appel du dernier train, insensible aux regards suppliants de l' hémicycle. L’ hémicycle finit par se lasser et, plus saunent qu'à son tour, l’intarissable parla dans le désert.

M. Merlot ne se tut, relativement, que lorsqu'il ministre. M. van Zeeland, en juin 1936, l'avait embarqué dans sa galère et prié de prendre les Travaux Publics que le Père du Plan quittait pour les Finances. Le maïeur de Seraing ne se le fit pas dire deux lois. Plus ingénieux qu'ingénieur, il allait donc pouvoir s'initier aux mystères de l'hydraulique, de l'asphalte et des pelles à vapeur. Membre de la Commission nationale des grands travaux depuis 1927, il n’était certes pas plus ignorant de ces choses que les Anseele, les Ruzette, Laboulle, Sap, Forthomme, Van Cauwelaert. de Man et autres techniciens d'occasion qui défilèrent avant dans les bureaux de la rue de Louvain. Peut-être même sa qualité de bourgmestre d'une localité que l'art de l'ingénieur et la persuasion du parlementaire avaient pourvue abondamment de défenses contre les crues hivernales, lui donnait-elle une connaissance superficielle des divers problèmes à résoudre. Mais le nouveau mi,istre, dédaignant quelque peu ses propres fonctionnaires, s' entoura, dit-on, de créatures dont le bagage scientifique était moins considérable que l'ardeur politique. Les résultats furent assez piètres. L'Administration des Ponts et Chaussées, par bonheur, est un corps habitué changer de maître au gré de l'humeur parlementaire, et les dégâts finissent le plus souvent par être réparés sans trop de dommage grâce aux gens du métier.

Notre ministre, du reste. était plus préoccupé de résorber - paraît-il - le chômage à grands coups de petits travaux réputés rentables et de subsides de l' O.R.E.C. que de doter le pays d'un complément d’outillage national. L'O.R.E.C. et M. Merlot firent excellent ménage, tant sous le second ministère Van Zeeland que sous le ministère Janson.

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En dépit de quelques cabales, le député-bourgmestre de Seraing - car, contrairement à tout sain usage, M. Merlot se cramponnait à son écharpe - continua en effet de présider aux destinées des Travaux publics après la chute du pèlerin de Princeton. Ce fut le beau temps. Paul-Emile Janson, débordé par l’appétit grandissant des socialistes, était impuissant à freiner ce qu'on a appelé le glissement à gauche. Frétillant comme poisson dans l'eau, M. Merlot usa largement des crédits du budget extraordinaire et des conseils de I'O.R.E C., pour donner des gages substantiels de sa libéralité aux communes de Wallonie ; on a même prétendu que Seraing fut particulièrement choyée. Tout cela est de l' histoire et il ne reste plus qu’à payer la note. M. Nothomb, cependant, et la Droite crièrent au scandale : le Congrès catholique d'avril dernier retentit de déclamations comminatoires, le cabinet Janson tomba entretemps, et M. Merlot fut promu ministre de l' Intérieur.

Tout ce bruit, désormais, ne pouvait plus intéresser officiellement que le « nouveau », l'ancien échevin Gust Balthazar. Mais Joseph Merlot, qui avait le sénateur luxembourgeois sur le nez, ne déposa pas les armes. Il y avait eu, à la Chambre et au Sénat, échange de mots aigres ; il jugea de son devoir de répondre une lois pour toutes. Ce fut une mémorable séance de déballage. Joseph Merlot défendit pendant trois heures la gestion de sa maison de verre et Pierre Nothornb s'attacha à démontrer, en trois heures aussi, que cette maison de verre était bien sombre. Les historiens de l'avenir les départageront sans doute, avec plus de sérénité que les hommes de 1938...

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En attendant, l’enfant de Seraing est ministre de le l’Intérieur, le premier titulaire socialiste de cet important levier de commande. Hélas ! force lui fut de payer de sa démission de bourgmestre ce nouvel honneur. Devant les protestations de la Droite, de la gauche libérale et d’une fraction de l'extrême-gauche, Joseph Merlot s'inclina après s'être fait tirer l'oreille. Il n'est plus aujourd'hui que le grand chef des maïeurs et le plus fidèle ami de la gendarmerie nationale. Et la plage de Blankenberghe, dont il est le familier depuis des années, ne compte pas d'homme plus optimiste et chaque jour plus heureux, depuis que Sa Majesté lui ait fait « le très grand honneur de le nommer son ministre. »

C'est pourtant avec une curiosité mêlée de défiance que d’aucuns attendaient à l'oeuvre le successeur de M. Octave Dierckx. Saurait-il, le cas échéant, maintenir l'ordre et tenir tête à ses amis rouges ? N’abuserait-il pas de ses pouvoirs pour brimer l'opposition, notamment les rexistes, avec qui il a un œuf à peler depuis la fameuse bataille navale qui mit naguère en révolution les rives de la Meuse sérésienne ? Autant de questions auxquelles il semble prématuré de répondre, encore que la dernière vienne apparemment de recevoir une réponse adéquate par la révocation du bourgmestre degrellien de Lombeek.

Cet incident administratif incitera-t-il M. Merlot à hâter la création du Conseil d'Etat envisagée par la Chambre ? N'étant point juriste, M. Merlot est peut-être insuffisamment instruit de la portée du projet et de son opportunité. Il y a le sacré bourgmestre d'Enghien qui vient de renouveler sa démission. Il va falloir appliquer la loi, la lwâ, comme dit M. Spaak, et cette loi est impopulaire, Cette loi est une loi flamingante dont les électeurs de M. Merlot ont fini par reconnaître le caractère néfaste. Et puis, il a d’autres chats à fouetter pour l'instant. Les élections communales approchent : leur poids retombe sur ses épaules. Bien qu’il ne soit plus juge et partie, il ne saurait demeurer indifférent à l’enjeu du scrutin. C'est dire combien il est enclin à concentrer son activité sur l'objet précis de sa mission ministérielle. Il a donc serré au fond d'un tiroir son fameux projet d’étatisation de l' industrie électrique, dont la révélation par la presse de droite fit tant de bruit il y a quelques mois. Et surtout, au milieu des dissensions du P.O.B. dont il est une des réserves, entend-il laisser s'effacer les pénibles souvenirs que suscite encore chez ses amis son intervention vengeresse, lors des malheurs de la Banque du Travail, contre les nantis de la nuance Anseele-le-Vieux ?


(Extrait du Face à Main, du 2 juin 1945)

M. Joseph Merlot, ancien ministre, bourgmestre de Seraing, rescapé d’Oraienburg

Grand branlebas à Liége, l'autre dimanche, lorsque courut par toute la ville cette réconfortante nouvelle que M. Joseph Merlot. s'en revenant des enfers allemands, allait arriver en gare des Guillemins ! Binamèye !... C'était donc vrai ? Un miracle devait s'accomplir... Il s'agissait de le célébrer, et ce n'est pas au pays de Grétry qu'une telle fête du cœur pouvait se passer de musique. L'Harmonie des Policiers était en mission à Sainte-Walburge ; on la rappela dare-dare ; elle draina sur son passage la foule des grands jours emboîtant le pas aux autorités, si bien qu'à 18 h. 30, lorsque la Micheline venant de Bruxelles entra en gare, c'est aux accents de la « Brabançonne » et au milieu d'une tonitruante ovation que M. Merlot mit pied à terre, salué par M. le gouverneur Leclercq, par M. le bourgmestre Gruselin et par M. le commissaire en chef Strauven.

Fort amaigri, les traits fatigués et un peu vieillis, mais l'âme au soleil, l'ancien ministre embrassa les siens avec effusion, serra des mains amies, accueillit avec bonhomie les félicitations des autorités et les vivats de la foule anonyme, puis, en voiture, gagna Seraing, où l'attendait une réception plus chaleureuse encore, faite de l'enthousiasme général et de la sympathie populaire.

Quelques jours plus tard, en grande pompe, avec des fleurs et des discours, cependant que l'on entendait battre le cœur de la vieille cité mosane, le Conseil communal réinstallait dans ses fonctions mayorales M. Joseph Merlot. Puis, à son tour, dans la même semaine, la Chambre des Représentants acclamait à l'unisson le député socialiste de Liége et l'ancien ministre qui s'en revenait siéger au Parlement. A cette occasion, M. le président Van Cauwelaert évoquait les cruelles épreuves par lesquelles venait de passer son malheureux collègue ; il rappelait son arrestation comme otage en 1941, sa courageuse conduite patriotique, qui lui valut d'être repris par la Gestapo, en 1943, et envoyé, pendant cinq mois à la prison de Saint-Gilles, son transfert dans le camp de Vucht, en Hollande, son calvaire à Berlin et à Rostock, à travers les abominations de la soldatesque et les affres de la faim.

Au nom du Gouvernement, M. Spaak, ministre des Affaires étrangères, s'associait aux paroles de commisération et d'affection qui venaient d'être prononcées. Et, que ce fût à Liége, à Seraing ou à Bruxelles, partout où il remerciait des marques t'estime dont il était le héros, M. Joseph Merlot n'était guidé que par les impératifs de sa conscience. Trois devoirs dominaient sa pensée : lancer un appel désespéré pour le rapatriement immédiat de ses compagnons de captivité, en train d'agoniser dans les pourrissoirs, réclamer une épuration vigilante et sévère, pour écarter du pays les kolllaborateurs et les traîtres, rendre hommage à la Patrie meurtrie et à la Liberté. Incidemment, presque timidement, comme s'il ressentait quelque pudeur à nous faire frémir d'horreur, il illustrait son discours de quelques souvenirs. Ainsi furent silhouettés rapidement, sur un fond de grisaille, tous ces malheureux abattus d'une balle dans la nuque dès que la faiblesse physique ne leur permettait plus de tenir debout dans les rangs ou ceux qui, au cours d'une marche forcée, de treize jours, n'eurent d'autres ressources que de s'alimenter de racines et d'herbages ou de dépecer des cadavres de chevaux au long des routes.

Il est vrai, nous savions à quoi nous en tenir. Buchenwald, Dachau, Oranienburg, Belsen et combien d'autres enfers avaient livré leurs secrets infernaux, leurs diaboliques raffinements de cruauté. Et ces ovations, qui montaient en tumulte vers le bourgmestre de Seraing, étaient comme autant de menaces expiatoires pour ses bourreaux.

Bien sûr, c'étaient donc, au premier chef, les souvenirs de la guerre qui nous assaillaient, en acclamant le rescapé, mais aussi c'était l'homme lui-même qui nous revenait en mémoire dans tout son passé.

Fils du peuple, né à Seraing en 1885, M. Joseph Merlot n'a cessé d'œuvrer à la grandeur de la démocratie. Il y a œuvré en Wallon jovial, primesautier et frondeur, ouvert aux idées nouvelles, débrouillard et, pour tout dire, sympathique. Certes, la loquacité, dont est doué cet ancien voyageur en margarine, n'a pas manqué de le servir, mais son intelligence et son travail obstiné en ont fait the right man in the right place.

Conseiller communal à vingt-six ans, il devenait, un an plus tard, échevin des Finances de la commune de Seraing, et se spécialisait rapidement dans les questions financières et communales. Ceux qui lui reprochaient alors une certaine tendance à la mégalomanie durent bien reconnaître, par la suite, combien il avait vu juste en faisant confiance à l'avenir de son industrielle et industrieuse cité.

A quarante-quatre ans, devenu bourgmestre à la mort de Putzeys, il joua un rôle actif au sein de l'Union des Villes, où ses interventions étaient toujours écoutées avec attention. Puis, en 1924, entré à la Chambre comme successeur de feu Célestin Demblon, il se classait parmi les meilleurs orateurs de son parti. Sa franchise, respectueuse de la mesure dans l'expression, et sa grande sincérité, lui valaient tout de suite l'estime de tous ses collègues, si bien qu'en 1936, lorsque M. van Zeeland constitua son deuxième cabinet, nul ne s'étonna de le voir appeler à la tête du département des Travaux publics, mission à laquelle l'avait préparé son rôle à l'Union des Villes et des Communes. L'année suivante, M. Paul-Emile Janson, Premier ministre, lui, confiait le portefeuille de l'Intérieur, poste qui était occupé pour la première fois par un socialiste. Après quoi, jusqu'à la tourmente de 1940, M. Merlot reprit sa place dans l'hémicycle.

Mais, de même que pendant la guerre 14-18, il avait servi son pays en présidant le Comité de Secours et d'Alimentation, et en s'y dépensant largement, de même, au cours de la nouvelle occupation allemande de 1940, il avait courageusement accompli ses devoirs civiques en s'inscrivant cette fois dans la Résistance. On sait le reste, et dans quel état d'épuisement il vient de rentrer à Seraing après sa longue détention. Mais M. Joseph Merlot est doué d'un robuste tempérament ; il ne tardera pas à se rétablir, à retrouver force et vigueur, et soyons assurés que nous le reverrons bientôt à la tribune se faire le champion des causes qu'il s'est promis de défendre dès son retour au pays. Au lendemain de l'autre guerre, beaucoup d'entre nous - et peut-être le député socialiste de Liége en était-il - ont cru avoir remporté une grande victoire sur eux-mêmes en tuant la haine. Ils n'avaient fait que de laisser tromper leur vigilance par les finasseries de Stresemann. Mais quel impossible Pierre l'Ermite oserait se lever encore aujourd'hui pour prêcher l'oubli des injures, des violences et du « chiffon de papier » ? La haine est revenue dans nos cœurs, la vengeance dans nos mémoires. La haine est sainte ; la vengeance est sereine. « Soyez durs ! » s'exclamait Nietzsche. Nous n'avons jamais mieux compris qu'aujourd'hui.

Pierre d’ARDENNE


(Extrait du Face à Main, du 2 juin 1945)

Quelques anecdotes

Le maïeur de tous

M. Merlot n'est pas de ces socialistes qui se cantonnent dans les théories rigides d'une doctrine et ne jurent que par Marx, Engel ou Vandervelde. II a toujours été, avant tout, un homme pratique, tenant compte des réalités et se montrant compréhensif. Ainsi eut-il vite saisi qu'il servirait mieux l'intérêt des ouvriers en entretenant des rapports intelligents avec les capitalistes de Cockerill et en leur montrant les plaies sociales qu'en se buttant à ne cultiver que des rancœurs et à ne susciter que des grèves et des luttes préjudiciables à tous et à l'avenir de la cité sérésienne. Et tout en disant leur fait aux magnats, il ne cessa d'entretenir avec eux des relations de réciproque estime et d'urbanité.

Aussi le vit-on assister, le 1er octobre 1927, aux cérémonies destinées à commémorer le 110ème anniversaire de la fondation des usines Cockerill, y prendre la parole en présence du regretté Roi Albert, dire avec fermeté ce qu'il pensait et ainsi se grandir sans déchoir vis-à-vis de ses coreligionnaires et vis-à-vis de personne.

Un homme réfléchi

Rouge, très rouge même à cette époque, M. Merlot entretenait cependant, avec les maîtres de Cockerill - ces capitalistes - des relations administratives généralement cordiales. Et, en 1927, lors de la célébration solennelle de la fondation des usines Cockerill, il prouva qu'il réunissait au plus haut degré ces deux caractéristiques contradictoires : pétulance et réflexion.

Le Roi Albert fut accueilli avec délire et fleuri abondamment par les habitants de cette ville turbulente travaillée par la passion politique.

Et l'on put voir M. Merlot, en habit, un splendide « gibus » à la main, conduire le cortège officiel à travers les rues pavoisées entouré de tout le gratin réactionnaire du Comité Central Industriel et du cabinet Jaspar...

Au banquet, le Roi avait prononcé les paroles célèbres, prélude de la création du Fonds national de la Recherche scientifique : « Le public ne comprend pas assez chez nous, que la science pure est la condition indispensable de la science appliquée et que le sort des nations qui négligeront la science et les savants, est marqué pour la décadence. Des efforts considérables et soutenus, des initiatives multiples s'imposent si nous voulons, et nous devons le vouloir. maintenir notre rang et notre réputation. »

M. Merlot comprit l'importance nationale et locale de ce discours ; et son toast, où notamment il rendait hommage à l'action bienfaisante de Cockerill, fut celui d'un homme réfléchi et de bon sens, dégagé des mesquineries de la politique.

M. Merlot reprend son activité

M. Joseph Merlot, qui a perdu exactement la moitié de son poids durant sa captivité au camp d'Oranienburq, reprend avec rapidité « du poil de la bête » .

A peine rentré, il a été réinstallé dans ses fonctions de maïeur et à cette occasion il a fait un appel à la conscience et à la tolérance, soulignant la sereine philosophie qui naît dans le cœur de ceux qui ont souffert.

Puis il a repris contact avec ses amis politiques et la Fédération liégeoise du Parti socialiste qui l'a appelé à sa présidence. Enfin, il a participé à Bruxelles aux travaux du Bureau du parti. Ses collègues du Bureau lui ont réservé une cordiale réception.

Il n’aime pas les gendarmes

La charge de bourgmestre d'une agglomération importante n'est pas une sinécure.

Le bourgmestre doit non seulement « honorer de sa présence » les manifestations officielles et spectaculaires, présider le parlement au petit pied qu'est le Conseil communal, faire preuve de beaucoup de doigté, ménager amis et adversaires, etc., mais il est aussi le chef de la police... L'appel au gendarme en cas d'incidents graves rues est un attribut essentiel du maïeur.

Or, les « râyeu d'ârmâ» de Seraing - et M. Merlot en est un jusqu'à fin fond du cœur - n'éprouvent aucune tendresse pour la gendarmerie. Les sympathies ne se commandent pas, n'est-il pas vrai ? Et, mon dieu, lors des troubles suscités dans le monde par la condamnation à mort des anarchistes Sacco et Vanzetti, le bourgmestre refusa - la police était débordée - de faire appel à la gendarmerie pour empêcher les manifestants sérésiens de briser les vitres de la rue principale de la citadelle marxiste. Cette décision fit couler beaucoup d'encre, à cette époque où le papier d'imprimerie était vraiment pour rien.

Une intervention sensationnelle ?

On prête à M. Merlot l'intention de s'inscrire, dès qu'il aura repris possession de tous ses moyens, pour une interpellation plutôt sensationnelle, au sujet des rapports entretenus dès avant la guerre, avec les nazis, par certaines personnalités belges.