Accueil Séances Plénières Tables des matières Législation Biographies Documentation Note d’intention

Hubert Eugène (1853-1931)

Portrait de Hubert Eugène

Hubert Eugène (indéterminée)

né en 1853 à Saint-Josse-ten-Noode décédé en 1931 à Liège

Ministre (instruction publique-sciences et arts) entre 1921 et 1922

Biographie

(Extrait de La Meuse, du 3 février 1931)

On annonce de Bruxelles, où il vivait depuis plusieurs années, la mort de M. Eugène Hubert. A Liège, où il passa une notable partie de sa vie active, II comptait parmi les personnalités.

M. Hubert est né à Saint-Josse-ten-Noode, le 8 mai 1853. Il débuta à Liège comme professeur à l’Athénée puis enseigna à l'Ecole normale des Humanités. Il fut nommé le 13 décembre 1883 professeur extraordinaire à l'Université de Liège et il y enseigna la philosophie. Trois ans plus tard, il était admis à l'ordinariat et, le 8 mai 1923, M. Hubert atteignait l'éméritat.

M. Hubert fut nommé recteur en 1918, mais en raison des événements ne put prononcer son discours de rectorat qu'en janvier 1919.

C'est lui qu'incomba donc la tâche particulièrement lourde et glorieuse, de reconstituer les cadres de notre Alma Mater et de procéder à la réouverture de l'Université, fermée pendant l'occupation ennemie.

Cette séance inaugurale fut empreinte d'une très grande solennité et le recteur - personne n'en a perdu le souvenir - eut une attention toute particulière pour les étudiants anciens combattants, qui turent d'ailleurs l'objet de sa sollicitude constante.

M. Eugène Hubert était membre officier de la Légion d'honneur depuis le 16 octobre 1919 et grand officier de l'Ordre de Léopold depuis octobre 1921.

II était, en outre, titulaire de nombreux Ordres étrangers et membre correspondant de plusieurs Universités savantes. II était titulaire du prix quinquennal d'histoire.

En 1922. il succéda à M. Destrée comme ministre des Sciences et des Arts dans le cabinet Theunis.

La mort l'a surpris au moment où il préparait un important ouvrage consacré à la correspondance de Henri van der Noot, l'agitateur brabançon, rival de Vonck.

Sa disparition sera cruellement ressentie à Liége, où M. Hubert ne comptait que de chaleureuses sympathies.


(HARSIN P., Eugène Hubert, dans Revue Belge de Philologie et d’Histoire, 1931, t. X, n°1-2, pp. 454-458)

D'une merveilleuse vigueur de corps et d'esprit, défiant les années, s'acquittant avec une étonnante régularité de ses multiples tâches académiques et scientifiques, sans cesse en quête de nouvelles entreprises, tel nous apparaissait encore E. Hubert au début de janvier, à la présidence de la Commission communale d'histoire du pays de Liége.

Aussi la mort qui vient de le ravir, en frappant cruellement l'Université qu'il a tant aimée, a-t-elle plongé tous ses amis dans la stupeur.

Sans doute, vers la mi-janvier, une légère attaque d'apoplexie avait été comme un avertissement, mais on l'avait revu le 28 janvier à la Bibliothèque de l'Université où il contait avec désespoir que tout travail intellectuel lui avait été momentanément interdit. Le surlendemain, frappé à nouveau, il entrait dans le coma et, le dimanche 1er mars, au petit jour, il rendait le dernier soupir.

Retracer la carrière d 'E. Hubert n'est pas notre but. D'autres, plus qualifiés, le feront ailleurs. Qu'il nous soit simplement permis d'évoquer quelques souvenirs de la vie de notre ancien Maître.

Bruxellois de naissance, louvaniste d'éducation universitaire, Hubert était liégeois d'adoption. C'est à l'Athénée de Liége qu'il débuta dans la carrière de l'enseignement, c'est à l'Alma Mater de cette ville qu'il pris son doctorat spécial en 1882 et qu'il fut nommé professeur extraordinaire l'année suivante.

Pendant quarante années, il dispensa à des milliers d'étudiants les trésors d'une érudition qui toujours s'étendit. Professeur d'histoire de Belgique, il variait sans cesse son enseignement, en développant, de préférence au point de vue des institutions, tantôt les grands faits de notre moyen âge, tantôt ceux de l'un des siècles de l'époque moderne. Professeur d'histoire contemporaine et d'histoire diplomatique de l'Europe, il s'attachait surtout aux événements de la Révolution française , du Premier Empire ou de la période 1815-1848. Professeur d'encyclopédie de l'histoire, il donnait aux futurs historiens un cours original et d'une si riche documentation que chacun le consulte encore avec fruit. Dans ses divers enseignements, Hubert a toujours conservé les qualités maîtresses qui le distinguaient : la clarté lumineuse de l'exposé, l'ordre méthodique des matières, la précision des données, le souci de la forme. Et, par dessus tout, le désir de faire comprendre : d'une part en faisant de continuels rapprochements avec ce qui se passait ailleurs ou ce qui se passe aujourd'hui, d'autre part en indiquant avec soin sur quelles sources se fonde notre connaissance du passé. Les non-professionnels de l'histoire ont pu acquérir aux cours d'E. Hubert quelques notions de critique, monde qui leur était en somme par ailleurs fermé.

L'a t-il aimé ce métier de professeur ! L'éméritat fut pour lui un vrai coup de poignard. Peu après la parution de l'arrêté, le dernier jeudi de mai, E. Hubert nous donnait, aux cinq élèves du doctorat, la leçon finale du cours d'encyclopédie. Celle-ci achevée, le professeur - toujours un peu sévère et intimidant d'aspect - la pélerine jetée sur les épaules, se dirigeait vers la porte du petit auditoire. Il hésita un instant, revint vers nous, qui attendions respectueusement levés, et, les larmes aux yeux, serra successivement notre main dans les siennes en murmurant à chacun de nous : « Bonne continuation dans votre carrière. », puis, sanglotant réellement, il disparut. Nous attendions toujours, à la fois surpris et émus, et alors nous comprîmes : E. Hubert venait de donner la dernière heure de cours de sa vie.

Les a-t-il aimés les étudiants ! A considérer Hubert à la fin de sa carrière, les cheveux blancs, la taille élevée, l'allure majestueuse, la voix un peu sèche et perçante, nul ne se sentait rassuré, dans son auditoire. Le jour de l'examen paraissait devoir être un jour redoutable. Mais alors, l'étudiant, surpris et charmé, voyait apparaitre un autre Hubert, plein de bienveillance et de sollicitude, qui lui recommandait de ne pas trop « bloquer », qui l'encourageait pour Sss autres examens et ne l'interrogeait lui-même que sur les grandes lignes de son cours. Aussi, lorsqu'en octobre 1921, E. Hubert déposa la dignité rectorale, put-il terminer son discours d'adieu en ces termes, accueillis par des acclamations délirantes : « ...Si d'autres ont pu, mieux que moi, vous servir et vous plaire, nul, j'ose l'affirmer, nul ne vous a aimés davantage. »

Le rectorat d'E. Hubert fut d'ailleurs des plus glorieux. Au début de la période de restauration nationale, il s'est trouvé l'homme qu'il fallait non seulement pour reprendre les traditions universitaires d'avant-guerre, mais surtout pour pourvoir aux besoins nouveaux. Premier président de la commission du Patrimoine universitaire, il contribua plus que personne à faire de cette institution le moteur de la vie scientifique de l'Université de Liége. Il fut le fondateur de la Maison des étudiants dont le succès alla croissant.

De plus hautes destinées l'attendaient d'ailleurs. Un mardi de novembre 1921, qu'il nous faisait cours d'histoire contemporaine, nous vîmes le concierge pénétrer dans l'auditoire et lui dire quelques mots à l'oreille. Hubert descendit de chaire, en nous priant d'attendre quelques instants. Le temps s'écoula et comme nous commencions à manifester un peu bruyamment notre impatience, le prorecteur réapparut, rétablit l'ordre d'un regard et nous demanda cinq minutes encore. Un quart d'heure après, il nous annonçait qu'il ne pourrait nous faire cours ce jour-là. Nous apprîmes alors que MM. Paul Berryer et Charles Magnette étaient venus solliciter notre Maître d'accepter le portefeuille des Sciences et des Arts. Hubert refusait avec énergie. On le convainquit de la nécessité de se rendre à Bruxelles pour faire part de son refus à Sa Majesté elle-même. Lorsque le soir du même jour, revenu à Liége, il regagnait sa demeure, la mort dans l'âme, il était ministre des Sciences et des Arts !

Ce fut un douloureux sacrifice de toute une année. De son passage rue de la Loi, Hubert a conservé une vision de véritable horreur. Certes il était l'homme le moins fait au métier de politicien. Mais peut-être, au fond de son cœur, gardait-il l'espoir d'accomplir œuvre féconde. De fait, plusieurs réformes consacrées par lui dans le cadre de l'enseignement supérieur suffisent à attester son heureuse influence. Et ce serait stricte justice que de les rappeler ici, si notre intention n'était d'esquisser seulement quelques traits de la physionomie d'E. Hubert. Quoiqu'il en soit ses intentions n'ont pas toujours été bien appréciées ; d'inexplicables froissements se sont produits. Hubert, la droiture même, poussant parfois l'impartialité jusqu'à l'excès, en fut ulcéré. Aussi garda-t-il jusqu'à la fin de ces jours une plaie saignante, qu'il s'efforça de ne pas découvrir. Il préféra se retirer dans la pénombre, cultivant quelques amitiés personnelles, mais rompant délibérément avec tout ce qui comportait de l'officiel ou de l'académique. Aussi, selon sa volonté, les funérailles de cet homme chargé d'honneurs (Grand officier de l'Ordre de Léopold en 1921, Grand Cordon de l'Ordre de Léopold II en 1922) furent-elles d'une émouvante simplicité.

Il nous reste à dire un mot de son activité scientifique qui fut réellement débordante. Depuis la publication de son premier livre sur la condition des protestants dans les Pays-Bas jusqu'au moment où la mort interrompit la préparation de son édition de la correspondance de Van der Noot, c'est par dizaines qu'il faudrait énumérer les volumes sortis de sa plume. La bibliographie complète d'Hubert trouvera sa place ailleurs. Rappelons seulement ici qu'il s'était fait une spécialité de l'étude du XVIIIème siècle belge, qu'il connaissait mieux que personne et de celle des églises réformées des Pays-Bas. Un de ces principaux travaux fut consacré aux relations qui s'engagèrent de 1648 à 1713 entre les Pays-Bas espagnols et la République des Provinces-Unies ; un autre retraça l'histoire des garnisons de la Barrière. C'est au règne de Joseph II qu'il revenait avec une réelle prédilection. Ses trois discours rectoraux (1919-1920-1921) sont d'importantes contributions à la connaissance de cette période, sur laquelle, en dehors de multiples articles de revue, il a publié des sources de sérieuse importance : la correspondance des ambassadeurs français à Bruxelles de 1780 à 1790, celle du résident liégeois à Bruxelles, etc. La période révolutionnaire l'attirait également : il donna en 1921 une édition de la correspondance des résidents liégeois à Paris et à La Haye (1785 à 1793) ; en 1929, de celle de Boutteville, et était sur le point d'achever de réunir celle du fameux Van der Noot, au moment de son décès.

En juin dernier, comme nous travaillions ensemble aux archives du Ministère des Affaires étrangères à Paris, il nous faisait part de son intention de publier la correspondance des ministre de Louis XV accrédités à Bruxelles pendant le règne de Marie-Thérèse. On le voit, dans sa 78e année, E. Hubert, infatigable, mûrissait de nouveau projets.

Ce qui caractérise cette vaste production c'est le souci de la documentation exacte et précise, sa connaissance approfondie de toutes les sources de l'histoire du XVIIIème siècle. Chose étrange, après avoir accumulé tant de travaux préparatoires, tant d'éditions de textes, tant de recueils de documents, Hubert ne nous a pas laissé sur cette période de notre passé le travail élaboré exhaustif, qu'on était en droit d'attendre de lui. Il est même probable qu'il n'a jamais songé à l'écrire. Il se défiait des généralisations et des synthèses. Infatigable liseur d'archives, il ne croyait pas le moment venu de passer à la seconde phase du travail scientifique, pour la fin de l'ancien régime. Il a préféré se consacrer modestement à la mise à la portée de tous de ces documents sans lesquels l'histoire n'existe pas. On ne pourrait lui en faire un grief.

D'ailleurs la valeur de ses travaux lui avait ouvert en 1910 les portes de l'Académie et de la Commission royale d'histoire. Et, en 1921 , il reçut la consécration suprême du travail scientifique en Belgique : le prix quinquennal d'histoire nationale.

Nous voudrions que les amis du défunt et surtout Madame Eugène Hubert puissent trouver en ces pages, très imparfaites, mais sincères, une image du souvenir que nous conservons pieusement à celui qui a bien mérité de l'Université de Liége, de la science historique et de la Patrie belge.


(Extrait de La Meuse, du 5 février 1931)

Ceux qui ont connu Eugène Hubert, il y a quelque quarante ans, se souviennent d'un professeur correct, courtois et affable, qui faisait sa leçon sur l'Histoire contemporaine d'un ton sec et avec une lumineuse clarté. Sa méthode était sûre, sa documentation précise et abondante, ses subdivisions rigoureusement logiques. Ainsi pouvait-on, avec un peu d'application et de mémoire aussi, retenir la matière du cours et faire assez facilement bonne figure à l'examen.

L'aspect sévère du professeur pouvait faire redouter l'examinateur. Il n'en était rien. Le récipiendaire était vite mis à l’aise et il lui fallait ne pas s'être donné la peine d’ouvrir ses cahiers pour ne pas formuler une réponse à peu près satisfaisante.

Eugène Hubert était fort sympathique aux étudiants. Ils admiraient son savoir et ils connaissaient son bon cœur.

Mais c'est au lendemain de l’armistice qu’il conquit vraiment le monde universitaire, il fut le recteur de la Restauration.

Notre Université avait subi, pendant l’occupation allemande, les pires outragea et les plus odieuses souillures, - sans parler des cambriolages qui y furent commis.

Eugène Hubert remit de l'ordre dans la maison, tout en y taisant régner une discipline ferme et paternelle.

IL s’occupa de l’installation de la Maison des Etudiants ; il veilla à la Fondation universitaire, et, avec Marcel Dehalu, le compétent et dévoué administrateur-inspecteur, il contribua à la restauration glorieuse de notre Université.

Il devint ministre des Sciences et des Arts, malgré lui, sur l’insistance du Roi. Il s’acquitta complétement de sa mission, mais la politique militante n’était pas son fait et nous savons, de science personnelle, que le jour où il put envoyer sa démission de ministre, fut un des plus beaux jours de sa vie.

Nous saluons en lui un savant éminent à qui l’on doit la découverte de nombreux documents d’archives et de travaux de haute portée historique ; un professeur distingué ; un recteur « magnifique » et, surtout, un homme probe, consciencieux et loyal.

Mestré.


(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 3 mars 1922)

Le ministre invisible

Eh bien, il existe ! Il existe en chair et en os, disons-le froidement. Les gens qui ont prétendu que le ministère des sciences et des arts n'était gouverné que par un mythe en ont menti. Il n'est pas vrai non plus qu'Eugène Hubert soit le pseudonyme de M. Klompers, ou de Poldermann : c'est le nom d'une personne naturelle, ayant ses quatre membres, une tête, un cerveau, une redingote, peut-être une âme. Il est vrai qu'il est aussi difficile à découvrir, rue de la Loi, que sous notre dessin de première page. Mais en y mettant du temps et de la patience, on y arrive.

Au fait, on en a déjà parlé, de cet Eugène Hubert. N'avez-vous pas entendu prononcer ce nom à propos des études historiques belges ? N'y a-t-il pas un Eugène Hubert qui fut recteur de l'Université de Liége ?

Eh bien, c'est le même !

- Pas possible' Comment, c'est cet homme doux, paisible, aimable et indulgent, ce professeur consciencieux, mais sans grand relief, que l'on a chargé de gouverner le monde ingouvernable des artistes, des gens de lettres et des professeurs flamingants !

- Parfaitement ! C'est un coup de la politique et des bureaux. et l'homme le plus surpris d’être M. le ministre Hubert, c'est sans doute M. Eugène Hubert lui-même.

Il était si bien dans sa chaire de l'Université de Liége. On ne l'y remarquait pas beaucoup. mais il n'en demandait pas tant. Il donnait un cours honorable et jouissait de la sympathie générale : les gens heureux n'ont pas d'histoire, même quand ils sont historiens.

Quand nous disons qu'on ne l'y remarquait pas beaucoup, nous oublions qu'il avait du moins été remarqué par ce bon connaisseur d'hommes qu'est Maurice Wilmotte. L'an dernier, comme la d franco-belge des échanges universitaires se réunissait à Bruxelles, sous la présidence de Destrée, le nom de M. Eugène Hubert fut pour la première fois produit au grand jour ministériel par ce voyant de la politique qui, jadis, inventa Célestin Demblon pour faire pièce à Frère-Orban. On se demandait quel professeur belge envoyer en France. « Il y a un nom qui s'impose, c'est celui de M. Pirenne », dit Destrée. « Hé, hé ! » murmura aussitôt Wilmotte qui faisait partie de la commission, « il y a aussi M. Eugène Hubert. »

C'était dit de ce petit ton moitié figue moitié raisin qui est assez dans la manière oratoire de Wilmotte. Pas moyen d'oublier un nom prononcé de cette manière. On voit bien qu'on ne l'a pas oublié, puisque le voilà ministre. C'est peut-être Wilmotte qui fut le Warwick de cet invisible souverain du Bois Sacré.

Toujours est-il que ce n'est pas à la brigue que M. Hubert doit son portefeuille - il faut lui rendre cette justice. C'est presque le ministre malgré lui, et il paraît que le Roi dut faire à son patriotisme un appel désespéré pour le décider.

« Mais vous allez me tuer, Sire ! », dit M. Hubert.

« Meurs donc », répondit Albert Ier, « mais sois ministre. La patrie le veut ! » C'est du moins ainsi qu'on raconte l'histoire à Liége.

Le fait est que M. Eugène Hubert, en acceptant, tira le cabinet Theunis d'un terrible embarras. Le ministère des sciences et des arts était la pierre d'achoppement qui menaçait de faire chavirer le char de l'Etat. Les socialistes - Destrée en serre-file - venaient de quitter le gouvernement en claquant les portes ; ils étaient donc hors de cause. Pas moyen de nommer un homme politique libéral sans faire hurler les catholiques, ni un homme politique catholique sans faire hurler les libéraux. Il fallait donc exclu re les politiciens pour recourir aux techniciens. Un financier aux finances, un professeur à l'instruction publique, un caporal à la guerre, et un facteur aux P. T. T. : c'est le nouveau dogme des réformateurs politiques. Un professeur ? Mais quel professeur ? Un nom s'imposait, comme disait Destrée : Pirenne. Mais Pirenne ? qui est libéral, venait précisément d’indisposer les libéraux en prononçant au Comité de Politique nationale, un discours qui manquait d’opportunisme, et peut-être d’opportunité. Et puis, Pirenne, c'était encore une fois un ministère personnel, un ministre ayant des idées : il n'aurait pas révolutionné le monde des peintres. mais il eût peut-être révolutionné le monde des professeurs. Or, les bureaux venaient de voir ce que c'est qu'un ministre ayant des idées. Aussitôt Destrée parti, ils commencèrent leur travail de taupe : les potins, les cancans prirent leur essor , tous les directeurs, tous les chefs de bureau qui avalent souffert dans leur dignité administrative en disant: « Oui, Monsieur le ministre », « Oui, Monsieur le chef de cabinet », et, en s'inclinant très bas devant des gens qui n’avaient aucun respect pour les ronds-de-cuir, relevèrent la tête. L'immortel M. Klompers, ayant fait venir différents chefs de service dans son cabinet, prononça ces fortes paroles : « Messieurs, nous en avons fini avec les ministres fantaisistes. »

Tu parles , ô Klompers !

Hubert vint…

Hubert vint. Du temps de Destrée, nous avions eu un ministre qui se faisait servir par ses bureaux et qui, en bon socialiste autoritaire, entendait se faire obéir ; maintenant, nous avons des bureaux qui se font servir par leur ministre. Hubert règne du haut de son invisibilité ; Klompers, Poldermann, Cornette et autres flamingants sournois, mais distingués, gouvernent.

Les flamingants ?! Mais M. Hubert est Wallon, direz-vous ! Parfaitement. Mais ne savez-vous pas qu’un ministre de gauche gouverne toujours à droite et un ministre de droite à gauche ; qu’un ministre flamingant fait risette aux Wallons et qu’un ministre Wallon souris aux flamingants ? c’est dans l’ordre. Et puis, que voulez-vous qu’il fasse, ce pauvre M. Hubert, ministre malgré lui, avec cet entourage de fonctionnaires remuants, pressés de prendre leur revanche et de détruire tout ce que Destrée avait fait sans eux ? Il a conscience de n’être qu’un ministre provisoire et il songé à la retraite. Otium cum dignitate.


Voir aussi :

Eugène Hubert, sur le site de l'Université de Liège (partie : Historique : liste des recteurs de l’Université de Liège) (consulté le 22 mars 2026)

2° LECLERE L., Notice sur Eugène Hubert, dans Annuaire de l’Académie royale de Belgique pour l’année 1941

3° DEMOULIN R.., Hubert Eugène, dans Biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1969, t. 35, col. 440-450,