Heymans Paul, Adolf, Alfons sans couleur politique déterminée
né en 1895 à Gand décédé en 1960 à Uccle
Ministre (affaires économiques, classes moyennes et agriculture) entre 1938 et 1939(Extrait du Standaard, du 21 novembre 1960)
Zaterdagnamiddag is in eer kliniek te Ukkel de h. Paul Heymans, gewezen minister overleden. Hij was 65 oud.
De h. Paul Heymans die op 21 maart 1895 te Gent geboren werd, promoveerde aan de Gentse universiteit tot burgerlijk ingenieur en aan het Massachusetts Institute of Technology in de Verenigde Staten tot doctor in de wetenschappen.
Van 1922 tot 1926 was hij docent aan deze hogeschool, waarna hij naar Europa terugkeerde en tot 1947 aan de Gentse universiteit een leerstoel bezette.
Van 1935 tot 1938 was hij tevens voorzitter van de raad van beheer van de Kredietbank tot hij benoemd werd tot goeverneur van de Nationale Maatschappij voor Krediet aan de Nijverheid, wat hij tot 1946 bleef. Van 1938 tot 1947 nam de h. Heymans ook het voorzitterschap waar van het herdiskonterings-en waarborginstituut en in 1951 werd hij ere-voorzitter van dit instituut.
De h. Paul was aktief in talrijke verenigingen ; zo was hij tot voor een jaar voorzitter van de bond der grote gezinnen van België, en van het huisvestingsfonds van deze vereniging alsook van Caritas Catholica. Hij had bovendien de leiding van de Brabantse afdeling van het Vlaams Ekonomisch Verbond.
Van 15 mei 1938 tot 20 januari 1939 stond hij aan het hoofd van net ekonomische zaken, middenstandszorg en landbouw.
In 1954 werd hij aangewezer als kommissaris-generaal van het paviljoen van de Heilige Stoel op de 'WT te Brussel 1958.
De overledene was houder van talrijke Belgische en buitenlandse eretekens.
De h. Paul Heymans was tijdens de ganse bezetting van 1940-1945 eveneens voorzitter van “Winterhulp”.
Hij was de broeder van Prof. Corneel Heymans, oud-rektor van de universiteit van Gent en Nobel-prijswinnaar voor geneeskunde.
(Extrait du Soir, du 20 novembre 1960)
On apprend le décès survenu samedi après-midi, à l'âge de 65 ans, dans une clinique d'Uccle, de M. Paul Heymans, ancien ministre.
Né à Gand, le 1er mars 1895, M. Paul Heymans obtint successivement les grades d'ingénieur civil à l'université de Gand et de docteur en sciences au Massachusetts Institute of Technology aux Etats-Unis
Chargé de cours à cette haute école de 1922 à 1926, M. Heymans regagna ensuite l'Europe et occupa jusqu'en 1947, une chaire à l'Université de Gand.
Appelé en 1935 à la présidence de la Kredietbank il assuma cette fonction jusqu'en 1938, date à laquelle il fut nommé gouverneur de la Société nationale du crédit à l'industrie, poste qu'Il occup a jusqu’en 1948. De 1938 à 1947, M. Heymans assuma la présidence de l'Institut de réescompte et de garantie. En 1951, il fut nommé président d'honneur à cet organisme.
M. Paul Heyman s'occupa activement de nombreuses associations : président de la ligue des familles nombreuses de Belgique et du fonds du logement de cette ligue et du secours international de Caritas Catholica. II dirigea également la section du Brabant du Vlaams economisch verbond.
Du 15 mai 1938 au 20 janvier 1939, M. Heymans géra le département des Affaires économiques des Classes moyennes et de l'Agriculture.
En 1954, il fut appelé aux fonctions de commissaire général de la section du Saint-Siège près l'exposition internationale et universelle de Bruxelles 1958.
Le défunt était titulaire de nombreuses distinctions honorifiques belges et étrangères.
(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 25 novembre 1938)
Etre ministre ! Rêve de tous les parlementaires et de tous les aspirants parlementaires. Etre ministre de quelque chose, de n 'importe quoi... mais l'être. S 'entendre donner de l'« Excellence » par l'huissier en chef, par les solliciteurs et par le président du Cercle Gaulois ? Noble ambition, de moins en moins déçue, car notre époque fait une effroyable consommation de ministres et, après tout, ce qu'il y a de plus intéressant ce n 'est pas de l'être; c'est de l'avoir été. « Tu sacerdos in œternum ». Tu es Monsieur le Ministre à perpète. Ainsi notre ami Bouchery est-il e t sera-t-il, jusqu'à sa dernière heure : Monsieur le Ministre. li n'est pas un journaliste qui l'aborderait en usant de termes autres.
S 'il n'y a, pour les masses, que des « ministres », il y a, pour ceux qui assurent ces charges éminemment fugitives, toutes sortes de ministères.
Il en est de tout repos, les Colonies par exemple, où il suffit de ne faire absolument rien pour avoir la certitude sinon de faire bien, du moins de ne point s'attirer d'histoires. Les Transports offrent des ressources identiques ,de même que les Affaires étrangères, du moins avant l'affaire de Burgos : « je continuerai l’œuvre de mes prédécesseurs, auxquels je rends hommage. La politique traditionnelle de la Belgique, etc.. » Applaudissements et « Brabançonne ». Les P. T. T. sont une oasis ; il n'y a que l'I.N.R. qui y soit parfois un peu gênant, mais le conseil de gestion sert de parapluie. Le Ministre en est quitte pour proclamer son impuissance. Ainsi en est-il de son collègue des Transports s'abritant, à la moindre ondée, derrière la S.N.C.F.B. La Défense Nationale, à condition de ne pas s'appeler Devèze, est un autre secteur pépère. Pour plus de sécurité, on y a mis provisoirement un général, lequel fait fort bien sa besogne, el qui, par sa seule présence , neutralise les divers partis.
Il y a la Justice aussi, la merveille des merveilles, le ministère au-dessus de tous les ministères, le plus important, le ministère grandiose !
D'autres départements assurent aux titulaires une quiétude moins confortable. S'ils sont certains de mécontenter les uns, ils sont non moins certains d'être approuvés par les autres. Voyez l'Instruction Publique. Si le ministre fait de l'anticléricalisme - c'est le dernier endroit où ce jeu se joue - il a pour lui tous les anticléricaux de Belgique et, réciproquement, s'il fait du flamingantisme, il aura des défenseurs ardents. Le Ministre de l' Intérieur est logé à la même enseigne. Celui du Travail aura toujours pour lui tous les ouvriers et celui des Travaux Publics est hors circuit, à l'abri des ovations comme des huées. Le Ministre des Finances est honoré à l'égal d'un Dieu, par ses collègues - c'est lui qui procure le fric - tout le monde le respecte et l'admire, même les contribuables qui attendent de lui la fin de leurs maux.
Il n'y a pas bien longtemps, l'Agriculture assurait également au titulaire une popularité de bon aloi auprès des Boerenbonden et annexes. Les Affaires économiques garantissaient à M. Van Isacker la confiance admirative des milieux industriels.
En règle générale, un ministre qui n'avait d'autre ambition que de l'être, se contentait d'entériner, avec quelque condescendance, les décisions de ses chefs de service et, s'il était attaqué par les uns, il avait la certitude d'être défendu par les autres.
Les ministres tombent, naturellement. Les plus belles choses ont une fin. Quoi qu'en dise La Fontaine, la tempête a raison du roseau comme du chêne, celui-ci dans sa chute écrase celui-là. Ainsi Bouchery et combien d'autres ...
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Le plus souvent, c'est le premier ministre qui entraîne toute l'équipe dans sa chute ; plus rarement, de moins en moins, c'est un des rameurs de la galère qui coule le bateau, corps et bien.
Il est plus que probable que le départ, prochain à ce que l'on assure, de M. Paul Heymans, ne provoquera aucune catastrophe . Il fera au moins deux heureux, le futur ministre des Affaires économiques et le futur ministre de l’Agriculture, aucun premier ministre ne risquera encore de confier ces deux portefeuilles à un seul et même heure.
Autant vaudrait marier l'eau et le feu.
M. Paul Heymans, ministre cumulard, des Affaires Economiques, des Classes Moyennes et de l' Agriculture - c'est une justice à lui rendre - est parvenu, en un temps record, à atteindre à l'impopularité la plus totale. Tout le monde lui tombe sur le dos, les agriculteurs parce qu'il favorise trop les industriels, les industriels parce qu'il pratique une politique par trop agricole, les charbonniers parce qu'il ne protège pas assez leur industrie, les métallurgistes parce qu'il fait la part trop belle aux charbonniers, les margariniers, les producteurs de beurre, les importateurs de tomates, les viticulteurs d'Hoeylaert, les flamingants parce qu'il ne l'est pas assez, les autres parce qu'il l'est trop, tous les Anversois, ce qui est grave, les marchands d'autos, etc ., etc ., etc .
Il a réussi, c e qui est mieux encore, à s'attraper avec M. Max Léo Gérard ; il a eu une bagarre, au moins, avec son Pr emier ministre, la droite traditionnelle le poursuit, l'autre également ; M. Sap mène contre lui une campagne féroce et tous les fonctionnaires des divers départements qu'il gère, le souhaitent à tous les diables... Au demeurant, le meilleur fils du monde.
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L' Agriculture est perpétuellement en guerre avec les Affaires Economiques . Il ne pourrait en être autrement. M. Spaak crut bon, lorsqu'il constitua son équipe, de réunir les deux départements, irrémédiablement hostiles, sous une même autorité et de confier le tout d un extra-parlementaire, dont on lui disait le plus grand bien, qui avait fait ses preuves comme ingénieur, professeur, industriel et banquier, vlaamschgezind par surcroît, bon catholique. Son passage à la Krediet Bank devait donner aux agriculteurs des Boerenbonden, tout apaisement . On le disait par surcroît intelligent, travailleur, énergique et décidé.
Ainsi devint-il ministre des Affaires économiques, de l’Agriculture, et, par-dessus le marché, des Classes moyennes, ce qui est sans importance aucune. Le seul, le vrai ministre des Classes moyennes serait celui qui réduirait les impôts. Comme il ne peut en être question, on donna aux dites classes moyennes une grande satisfaction : pendant plusieurs mois, le ministre des Affaires économiques s’intitulé : « Ministre des Classes moyennes et des Affaires économiques » ; ainsi les masses contributives pouvaient-elles croire que leur sort passait au premier plan des préoccupations ministérielles !
L’agriculture, considérée isolément, est une rose sans épine. M. Pierlot, ce fort brave homme dont des petits plaisantins voulurent faire un grand homme, fut un excellent ministre de l' Agriculture, le ministre-type. Jamais les Boerenbonden n'eurent le moindre reproche à lui faire.
En ce qui concerne les Affaires Economiques, c'est beaucoup plus compliqué. C'est un organe nouveau créé par des fonctions nouvelles : clearing, contingentements, accords triangulaires, clauses de la nation la plus favorisée , licences, etc ., etc., etc.
Nous ne nous risquerons pas à entraîner le lecteur dans ce maquis, trop certain de nous y perdre. Qu'on sache seulement que le « libre échange » de jadis n'est même plus un souvenir et que pour vendre une bobine de fil ou un attrape-mouche il faut obtenir une licence, il faut que le contingent ne soit pas dépassé, il faut qu'un accord de paiement existe entre le pays de l'acheteur et celui du vendeur, il faut bien d'autres choses et, pour ce qui est d'être payé, c'est une histoire bien plus compliquée encore.
Le ministre des Affaires économiques doit débrouiller tout cela, protéger telle industrie contre le dumping étranger, assurer des débouchés à telle autre, conclure des accords avec un pays sans se mettre les autres à dos, ceci en passant par le Ministère des Affaires étrangères, grand maître du commerces extérieur, dégeler des crédits, régler des compensations, fixer des contingents, ouvrir et fermer les barrières à bon escient, etc ., etc .
Quoi qu'on fasse, on a la certitude de léser des intérêts et de faire des mécontents. Ce serait, dans le cas présent, sans aucune gravité, si M. Paul Heymans n'était en même temps ministre de l Agriculture dont les intérêts sont aux antipodes de ceux de l'industrie. A vouloir tenir la balance égale entre l'une et l'autre, il s'est fait contrer sur toute la ligne.
C’est qu'il avait pris l'affaire au sérieux. Il voulait faire de grandes choses, estimant que si on était( venu l'arracher à sa confortable situation, c'était pour organiser, réformer, gérer. Oh ! illusions de la jeunesse !
Pour un ministre, Paul Heymans, en effet, est très jeune. A peine est-il quadragénaire. Voici trente ans, son père, professeur à l'Université de Gand, dont les travaux sur la tuberculose font encore autorité, l’envoya, en compagnie de son frère Corneille, au bagne, c' est-à-dire au collège Saint-Joseph de Turnhout, où les Jésuites concentraient les insoumis, les incorrigibles, les mauvaises têtes, les sales caractères provenant de leurs différents établissements. Là ,ils étaient matés ... ou supposés l’être. Ni Corneille, aujourd'hui professeur à l' Université de Gand: ni Paul, provisoirement ministre, ne s’y firent remarquer par cette ardeur au travail, cet esprit de discipline, cette propension au renoncement et à l'humilité qui caractérisent les bons élèves des bons pères. Ils avaient leur petit caractère à eux et on ne parvint pas à le leur extirper.
Paul Heymans se lançait dans les études de mathématiques les plus échevelées, ce à quoi Turnhout ne l'avait certes pas préparé, lorsque la guerre éclata. L'aîné, milicien de la classe 13, rejoignit son régiment ; son cadet s' engagea ; tous deux en revinrent avec des étoiles d'or au collet et une collection de croix et de médailles vraiment exagérée pour des gens qui n'avaient pas, de quatre ans et demi, quitté la troupe. Un journal de Charleroi rayant, à la suite de son voyage à Berlin, traité de feldwebel, notre ministre, en guise de droit de réponse, lui adressa la copie de ses citations. Ça tenait une bonne demi-colonne, grand format.
Après la grande bagarre, le lieutenant d artillerie démobilisé termine ses études, acquiert des tas de diplômes, ingénieur de ceci, ingénieur de cela, etc., et s'en va enseigner dans les Amériques. Il en revient quelques années plus tard pour occuper une chaire à l' Université de Gand, s'occupe d'industrie, de banque et un beau jour, devient président du conseil d'administration de la S. N. C. I., organisme « parastatal » , situation plantureuse. Il fut un temps où le droit international conduisait à tout. Ce temps était passé, les faveurs de la fortune allaient aux professeurs d'économie politique à condition qu'ils fussent plus ou moins américanisés et flamingants. M. Paul Heymans était économiste et il avait l'air d'y croire. Il avait été dans les Amériques. Il n'avait plus qu'à devenir flamingant. Il le devint. Et comment ! Il ne lui en fallut pas davantage pour occuper un poste dans un organisme parastatal. Entre-temps d'ailleurs M. Heymans s'était marié et il a une floppée de gosses, la vie est belle.
Et Spaak en fait un ministre, non seulement des Affaires économiques, mais encore de l'Agriculture ! Paul Heymans croit que c'est arrivé. Il va apporter de grandes réformes, assurer un juste équilibre entre l'industrie et r agriculture, trouver des débouchés nouveaux à nos exportations, organiser les professions, pour qu' elles puissent mieux se défendre, coordonner les efforts de nos producteurs pour qu'ils puissent lutter contre la concurrence étrangère sur les marchés tes plus lointains, réaliser des ententes commerciales, conclure des accords non plus bilatéraux, mais polygonaux. Que ne va-t-il faire ? Il se rend à Berlin, à Rome, tâter le terrain, préparer d'éventuels traités de commerce. Il va jusqu'à prétendre faire travailler ses fonctionnaires !
Le résultat, on le connaît. Il n'est plus question que de sa démission prochaine. Les journaux lui consacrent des pages de critiques acerbes. On lui reproche tout ce qu'il a fait, ou voulu faire, tout ce qu'il n'a pas fait et l'on trouve des mobiles de lucre à ce dont il est impossible de lui faire grief. Quelle dégelée, mes frères ! Ça lui apprendra à être ministre !
Paul Heymans a dû perdre beaucoup de ses illusions depuis qu'il est ministre, il a en tout cas conservé sa jovialité. S'il est sec, autoritaire, à ne pas prendre avec des pincettes, lorsque les circonstances l'exigent, dans le privé c'est un fort joyeux drille et un artiste, au goût très sûr, qui se constitue une collection de tableaux, fort honnêtes.
Sous peu, chargé de tous les péchés d'Israël, il quittera le ministère pour retourner à la S. N. C. l. où il a fait réserver sa place. Ce n'est peut-être pas digne de la vertu des anciens âges, mais c'est plus loyal que les cagnottes et autres trucs bancaires. Sa situation est nette, il est en congé à demi-solde. Avec Heymans, au moins, on est fixé. Quand il quittera le ministère, il ne fera pas pitié.
Et M. Spaak embauchera un nouveau ministre des Affaires économiques et un nouveau ministre de l'agriculture qui, l’un et l'autre, défendront âprement les intérêts contradictoires de leurs départements respectifs. Au moins auront-ils, l'un et l’autre, une partie de l'opinion publique pour les soutenir.
A moins que, soutenu par M. Spaak qui a voulu cette expérience, qui prétendait sortir des sentiers battus, M, Paul Heymans ne persévère, sous les huées, les coups de sifflet et les trognons de choux. Mais comme Sap s'est juré d’avoir sa peau, nous ne lui en donnons plus pour fort longtemps.
Voir aussi :
VAN DEN WIJNGAERT M., Heymans, Paul, sur le site de la Digitale Encyclopedie van de Vlaamse Beweging (consulté le 27 avril 2026)