Heyman Henri (Hendrik), Constantin, Joseph catholique
né en 1879 à Saint-Nicolas décédé en 1958 à Gand
Ministre (industrie-travail et prévoyance sociale) entre 1927 et 1932(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 8 janvier 1932)
N'est-ce pas Béranger qui a mirlitonisé cette pensée romantique et passablement coco :
« La République a deux ailes, »
« L'ouvrier et l'étudiant. »
Nos partis démocratiques, le rouge et le noir, ont pareillement deux clans bien distincts de dirigeants. Ils cohabitent sous le même toit, dans le même immeuble, l’un au bel étage, et l'autre sous les combles, et ne se rencontrent que dans l'escalier, c'est-à-dire dans le couloir - vertical - de la vie publique. C'est l'aristocratie et c'est la roture.
Chez les socialistes, il y a aussi l'aristocratie et la roture, la noblesse est de robe, de chaire universitaire et, parfois, un tout petit peu de « phynances », bien qu'à la pratique cette influence dorée se soit surtout révélée par l'assistance discrète de ces irréguliers que, dans le parti ouvrier, on baptise les « sympathisants. »
La roture est purement manuelle.
Dans la démocratie-chrétienne, il en va autrement. Celle-là n'est pas sortie du giron plébéien de Marianne. Elle a été bercée sur les genoux des duchesses. L'Eglise lui réservant un rôle glorieux, celui de pourfendre cette hérésie nouvelle surgie de ce XIXème siècle, - ce stupide et odieux XIXème siècle, - et qui se révélait d'autant plus effroyable qu'elle s'adressait non pas à quelques méchants parpaillots raisonneurs sentant le souffre et l'étoupe, mais aux multitudes immenses du travailleur : le socialisme !
Aussi bien les premières manifestations de la démocratie-chrétienne organisée - organisée par le haut patriciat bien pensant - eurent-elles le caractère agressif et négatif très prononcé d'une croisade contre ce nouveau parti rouge qui, à travers les hostilités les plus brutales, était en train de faire sa trouée.
C'est bien pourquoi feu l'écuyer Arthur Verhaegen de Naeyer, quand il eut réussi à faire financer son entreprise de défense sociale par les fameux barons du coton de Gand, s'empressa d'appeler son nouveau groupe : « Ligue anti-socialiste belge. »
Par ailleurs, on afficha des titres moins belliqueux ; on baptisa « cercles ouvriers » les offices d'embrigadement plus ou moins forcé des pauvres diables précipités aux trousses « des compagnons de la sociale » et dont M. Fieullien, Corneille. est demeuré le prototype. Même, il arriva que des Wallons osèrent donner à leurs formations de combat l'estampille « démocratique. » Ce qui décida un jour M. Helleputte, l'empereur de la Campine, à arborer cette étiquette, au grand scandale des conservateurs et de M. Woeste en particulier, qui s'effrayait plus encore des mots que de la chose.
Il n'avait pas tout à fait tort, car, à force de jouer avec les mots, on finit par évoquer les idées qu'ils représentent. Il arriva que de braves gens, convaincus et sincères, se laissèrent prendre à la griserie des vocables et se mirent à formuler des revendications politiques et sociales qui s'apparentaient singulièrement à celles des Antéchrists et corrupteurs du peuple, qu'ils avaient pour mission d'exterminer.
Abomination de la désolation ! La vieille garde conservatrice aurait donc couvé des œufs rouges ! Voici qu'une nouvelle hérésie, plus dangereuse encore, parce qu'elle avait la séduction évangélique, risquait de doubler l'autre !
Ah mais ! ah mais ! cela ne se passerait pas ainsi ! Pour mater ces traîtres et leur enlever le moyen de nuire, on aurait recours à la manière forte et à la tactique enveloppante. Ce pauvre abbé Daens qui avait pris la démocratie de l'Eglise au sérieux s'éteignit de misère et de douleur, dans une persécution odieuse, tache bien vilaine, sur le drapeau des glorieuses milices catholiques. Plus heureux que lui, l'abbé Pottier se pourvu d'une savante retraite à Rome, où, à l'ombre du dôme de Saint-Pierre, il put étudier, se recueillir et se taire.
De sorte que le clan noble de la démocratie-chrétienne, assagie et docile, put régner sans conteste sur des troupes assez restreintes et peu militantes. Elle se trouve en somme représentée au Parlement par le susdit écuyer Verhaegen, le comte Carton de Wiart, M. de Ponthière et quelques autres vicomtes de Ghellinck ou de Pelichy qui, au sein d'une majorité catholique formidable, n'eurent pas même à esquisser le geste vain de l'indépendance et de l'audace sociales.
A vrai dire, dans les dernières années qui précédèrent la guerre, politiquement et parlementairement la démocratie-chrétienne n'existait guère. Sur les cent et un députés qui constituaient la majorité catholique, n'y avait pas un seul ouvrier !
Survinrent les événements de 1914 et, par la suite, l’immédiate après-guerre. L'Europe fut bouleversée par la bourrasque que vous savez : chez nous, on connaît ou plutôt on ne connait pas assez le coup de baguette de Lophem.
Minutes d'Histoire grosses d'un siècle, comme disait Carlyle.
Puisqu'on en était, selon les points de vue différents, aux abdications et aux émancipations, la démocratie-chrétienne belge devait suivre la mode. Le rouge écarlate du manteau d'honneur dont on drapait les socialistes n'épouvantait plus personne dans un pays où les « citoyens » étaient appelés dans les conseils de la Couronne. II fallait autre chose pour séduire et capter le Démos, qui sommeille au fond des consciences totalement chrétiennes. On imagina donc de détacher et non pas de séparer du vieux parti catholique traditionnel, les formations de combat destinées à opérer sur le terrain des masses ouvrières, tandis que d'autres s'occuperaient de la paysannerie, de la petite bourgeoisie et de la haute société ultramontaine. C'est ce qu'ils appellent à Patria, le « Standorganisation » (organisation des états sociaux).
Pourvus d'une autonomie réelle, - au point qu'on les vit présenter des listes séparées aux élections de Bruxelles, de Roulers et de Courtrai, - les démocrates-chrétiens avaient aussi adopté un programme politique et social qui, à part l'idéologie marxiste, se rapprochait singulièrement de ce programme socialiste qu'on s'efforçait de combattre, par l'homéopathie sans doute.
Calquant son organisation sur celle de ses adversaires ou plutôt de ses concurrents, la Ligue des Travailleurs Chrétiens eut, à son tour, ses syndicats, ses mutualités, ses iournaux propres et, dès la première expérience de suffrage universel, ses élus à part. Cet état-major politique, la démocratie-chrétienne avait dû, en quelque sorte, l'improviser, le composer au moyen d'inconnus, voués à des tâches obscures d'hommes d'œuvres : instituteurs, secrétaires de syndicats et de mutualités, agents de coopératives, demi-intellectuels qui voyaient enfin poindre les rayons d'une fonction politique inespérée.
Il y avait aussi, en Flandre, quelques abbés, mais la plupart de ceux-ci ont bifurqué vers le frontisme, dont la démagogie est plus simpliste, plus brutale et la mystique plus farouchement intransigeante.
* * *
C'est de ce milieu qu'est sorti M. Henri Heyman, l’actuel ministre du Travail.
Il était temps, nous direz-vous, qu'on en parlât dans cette biographie qui s'allonge, se déroule en fresques interminables, sans que son personnage eût daigné jusqu'ici apparaître. Que voulez-vous ? On ne comprendrait pas la brusque ascension d'hommes, la plupart d'apparence médiocre, sans grande culture, sans vastes horizons, sans éducation ni traditions politiques, si l'on ignorait de quelles convulsions véritablement historiques a surgi leur fortune politique de nouveaux riches ! Sans la guerre, sans la dure nécessité de faire front au suffrage universel, le parti catholique n'eût jamais consenti à retirer sa tutelle à ces enfants mineurs qu'il allait brusquement, sans éducation, préparation ni entraînement, lancer dans l'arène publique.
Sans doute, démocratie n'est pas nécessairement synonyme de médiocratie. Quoi qu'on pense de leur politique, des hommes comme Emile Vandervelde, Louis de Brouckère. Jules Destrée, Emile Brunet, Camille Huysmans et cet étonnant Edouard Anseele qui est véritablement une force da la nature, comptent dans la vie politique du pays.
Vous nous direz que les démocrates-chrétiens se flattent d'avoir, de leur côté, le vicomte Poullet de Ferme, MM. Tschoffen, Van Cauwelaert et d'autres Intellectuels. Mais ceux-là ne sont que des oiseaux de passage dans le paysage démo-chrétien et Ils gardent soigneusement une patte dans le nid conservateur.
Tandis que les hommes comme M. Heyman sont « peuple » des pieds à la tête. Quand, dans les cérémonies officielles, notre ministre se montre éblouissant et magnifique dans son uniforme tout couturé d'or, constellé de plaques et barré de grands cordons, il vous a tout de même l'air d'un brave petit bourgeois de Saint-Nicolas ou de Tamise qui aurait mis son beau costume de dimanche.
Car il est de Saint-Nicolas. M. Heyman, et il suffit pour s'en convaincre de l'entendre s'exprimer, avec une éloquence limpide, dans ce parler savoureux et clair, le seul flamand véritable et correct que l'on parle en Belgique et qui fait contraste avec les abominables patois baragouinés par les Beulemans d'Anvers, de Gand, de Bruges. de Saint-Trond et de « bachten de Kupe. »
Evidemment, quand il s'exprime en français. M. Heyman n'est plus en forme. La phrase est rocailleuse, le terme est impropre, l'hiatus, le velours, le cuir, le solécisme, l'entorse à la syntaxe, tous ces éléments de pittoresque finissent par plonger dans un ahurissement narquois et jovial celui qui, pour la première fois, subit cet assaut d'éloquence française d'expression belge.
Mais faites-en donc autant en « moedertaal » ! Donnez donc, dans ce pays bilingue, cet exemple de bonne volonté d'un ministre belge voulant garder le contact avec tous ses compatriotes, exemple que MM. Masson et Destrée ont, leur vie ministérielle durant, regretté de n'avoir pu suivre.
M. Heyman, qui est instituteur, s'y est appliqué et, comme il a l'intelligence de s'attacher beaucoup plus au fond de ce qu'il a à dire qu'à la forme où il pourrait s'entortiller, on est bien vite tenté de l'écouter dans ses raisonnements qui frappent par le ton de la sincérité et de la conviction.
C'est, en somme, l'éloquence du cœur - fait rare dans les milieux parlementaires - qui compense chez M. Heyman l'absence de dialectique étincelante ou de rhétorique empanachée. faut l'entendre parler, avec quelle émotion et quel respect, de son prédécesseur socialiste, feu Joseph Wauters, pour comprendre la dévotion qu'il consacra lui-même, à la charge de ministre du Travail, dont il a été investi il y a un peu plus de quatre ans.
* * *
C'était une lourde succession. M. Wauters avait été, pour les ouvriers, le « père de la loi des huit heures, de la loi des pensions et l'animateur généreux da ce mouvement mutualiste » dont il avait décuplé les effectifs.
M. Heyman s'était préparé à cette succession, non seulement par sa vie d'homme d'œuvres, mais aussi par son activité parlementaire concentrée sur les problèmes du travail. II fut, à diverses reprises, rapporteur, au ministère de l'Industrie et du Travail, de la ratification de la Convention de Washington et d'un grand nombre de lois sociales préparées par les gouvernements tripartis. Sous le ministère Poullet-Vandervelde qui réalisait, assure-t-on, son idéal gouvernemental, la majorité démo-chrétienne-socialiste n'eut pas de rapporteur plus fidèle, plus vigilant, plus attentif. Aussi s'étonna-t-on de voir que M. Jaspar n'eût pas songé à lui quand il dut, une première fois, remanier son ministère. Il lui préféra M. Baels dont la démocratie, si elle existe, est plutôt assoupie.
Et voyez l'ironie des choses : M. Heyman, cet homme qui désirait ardemment collaborer avec les socialistes, ne put devenir ministre qu'à raison du départ des socialistes.
Quand il apparut pour la première fois au banc des ministres, flanqué de cet autre démocrate ( ?), l'incaricaturable M. Carnoy, un député d'extrême-droite, M. Delor, s'écria :
« Mais c'est Double-Patte et Patachon ! »
C'était tout à fait cela. Au côté de ce grand escogriffe dégingandé de Carnoy, ouvrant tout large le compas de ses longues jambes, M. Heyman, tout petit, tout menu, sautillait en érigeant vers son interminable copain, un visage noyé de béatitude et d'humilité affectueuse.
Patachon fit fortune, car M. Heyman était devenu ministre au beau temps des vaches grasses. Les affaires marchaient, la Bourse était flamboyante. le trésor regorgeait de banknotes et l'on parlait de dégrèvements massifs. Aussi bien, M. Jaspar laissa-t-il la bride sur le cou à son ministre démo-chrétien, histoire de préciser qu’un ministère de coalition clérico-libérale n'est pas nécessairement un ministère réactionnaire.
Et M. Heyman y alla de tout cœur dans l'Interventionnisme social, refondit, en l'élargissant, le régime des pensions de vieillesse. Il obtint 300 millions pour la construction de logements à bon marché, 50 millions pour les familles nombreuses. II accepta sans hésiter les propositions de M. Delattre, améliorant les pensions des mineurs. Il se rallia au projet de M. Fischer qui créait un fonds spécial pour les mutilés et estropiés congénitaux et, dans les banquets d'exposition, où son affabilité souriante, sa bonne volonté de tout arranger enrayaient les effets de son éloquence improvisée, M. Heyman faisait la roue, glanant les sympathies à la ronde, s'auréolant d'une popularité qui fut précieuse aux élections de 1929.
En effet, on devine le parti que les démocrates-chrétiens tirèrent des hauts faits de leur ministre et ce fut un spectacle amusant que celui de cette victoire radico-socialiste, que les conservateurs attribuèrent à la réaction contre les ingérences sociales de l'Etat, et les démo-chrétiens à l'engouement du peuple pour le réformisme hardi de M. Heyman. Ils avaient peut-être raison tous les deux, car en politique il arrive que les contraires s'additionnent au lieu de s'annihiler.
Tout auréolé de son triomphe personnel, M. Heyman paraît enfin se dégager de cet aspect de petit garçon humble et soucieux qu'il a toujours l'air d'avoir quand il se trouve en présence des grands lascars de son parti catholique. Le fait est qu'il acquiert une autorité qui commençait à gêner M. Jaspar et que, dans le gouvernement actuel que M. Renkin préside bien plus qu'il ne le dirige, M. Heyman fait office de provincial.
Malheureusement, il est tout particulièrement victime de la dureté des temps actuels. Il y a longtemps qu'il a dû fermer le robinet de l'assistance gouvernementale aux nouvelles œuvres sociales que les rouges et les noirs se disputent a la foire aux surenchères.
Et le fameux projet instaurant les assurances sociales et qui, aux dires de M. Jaspar, devait entrer en application en 1930, - c'était le monument du centenaire dédié aux travailleurs, - est relégué aux oubliettes où il attendra - sait-on jusques à quand ? - des temps plus prospères.
Pour l'instant, - du moins les confidents du ministre l'assurent-ils - M. Heyman a fort à faire. même et surtout au sein du gouvernement, pour défendre les droits acquis, pour empêcher que l'on touche au système onéreux, mais indispensable selon lui, du secours-chômage, sans lequel le bon populo de chez nous deviendrait, paraît-il, la proie des agitateurs bolchevistes.
C'est une thèse adoptée par un homme dont la sincérité et le bon vouloir sont évidents ; elle doit lui valoir de l'estime et de la considération.
Brisons-là : les épines se mettent à se détacher de nos roses. Et concluons que M. Heyman n'est certainement pas un grand homme, mais qu'il a un grand mérite : il ne croit pas qu'il est un grand homme ou du moins n'a pas l'air de le croire…
(Extrait du Standaard, du 6 avril 1958)
De h. Hendrik Heyman, minister van staat, C.V .P.-Kamerlid en ondervoorzitter van de Kamer, is vrijdag omstreeks 21 u. 30 overleden in de Gentse kliniek, waar hij een heelkundige bewerking had moeten ondergaan. Hij was 78 jaar oud. De uitvaart zal vrijdag te 11 u. te Sint-Niklaas plaatsgrijpen.
De h. Heyman werd 22 mei 1879 geboren te St-klaas (Waas). Na zijn studies aan de normaalschool in zijn geboortestad zette hij zich helemaal in voor de uitbouw en groei van de kristelijke arbeidersbeweging aan de zijde van pater Rutten. Hij was er zich van bewust dat de katolieke Vlaamse beweging nauw verbonden is met de geestelijke heropbeuring en het maatschappelijk rechtsherstel van de arbeiders.
Tijdens de eerste wereldoorlog was hij brankardier en in 1919 reeds werd hij tot lid van de Kamer van Volksvertegenwoordigers gekozen voor het arrondissement Sint-Niklaas. In november 1925 werd hij benoemd tot kwestor en sinds maart 1946 was hij ondervoorzitter van de Kamer.
Van 1927 tot 1932 was hij minister van nijverheid, arbeid en sociale voorzorg in de regering Jaspar-Renkin. In 1945 werd hij minister van Staat. Ook op het plan van de gemeentelijke politiek was hij aktief. In 1921 werd hij gemeenteraadslid van zijn geboortestad, schepen en - van 1933 tot 1946 - burgemeester van Sint-Niklaas.
Ondertussen was hij van 1920 tot 1945 algemeen voorzitter van het Algemeen Christelijk Werkersververbond. Sinds de jongste wereldoorlog is hij tevens Belgisch afgevaardigde geweest bij de raad van Europa te Straatsburg en voorzitter van de kommissie voor sociale kwesties bij deze Raad.
Ook de jongste maanden was de h. Heyman nog zeer aktief op politiek gebied. In de Kamer werd geen enkele belangrijke sociale aangelegenheid behandeld, zonder dat hij er het standpunt van de kristelijke arbeidersbeweging liet gelden. Bovendien heeft hij zich biezonder onderscheiden, wanneer problemen betreffende het lager of technisch onderwijs werden besproken
De h. Heyman nam sinds enkele jaren het voorzitterschap waar van het kristelijk verbond van ouderdomsgepensioneerden.
De regering heeft zijn verdiensten erkend door vele hoge onderscheidingen. Hij is groot officier in de Leopoldsorde, ontving het groot-kruis in de Kroonorde, is groot-officier in het Erelegioen, drager van het oorlogskruis en vele burgerlijke eretekens. Hij is kommandeur in de orde van St-Gregorius de Grote, ontving het kruis Pro Ecclesia et Pontifice eerste klas, naast een dozijn buitenlandse groot-linten in de meest verscheiden kleuren.
Met de h. Heyman gaat een verdienstelijk, loyal en dienstvaardig mens heen. Aan de geachte familie, alsmede aan de kristelijke arbeidersbeweging bieden wij onze kristelijke deelneming aan.
(Extrait du Peuple, du 8 avril 1958)
Une belle figure
Hendrik Heyman vient de mourir. Il avait été, entre les deux guerres, ministre du Travail et de la Prévoyance sociale.
Vice-président de la Chambre, il était aussi ministre d'Etat. C'était une très belle figure de la démocratie chrétienne.
Hendrik Heyman était le fils d'un cordonnier de Saint-Nicolas. A force de travail et de persévérance. il s'était hissé aux plus hautes charges. Il avait su ne jamais démériter.
C'était un homme simple et bon, un adversaire courtois et loyal. Il tenait régulièrement la plume dans la Gazet van Antwerpen à laquelle confiait des éditoriaux souvent très virulents. Comme parlementaire, c'était un modèle d'assiduité. M. P. W. Segers avait dit de lui qu'il montait la tribune comme un prêtre monte à l'autel. Pour être excessive, l'image n'en reflète pas moins fidèlement le respect dans lequel Hendrik Heyman - Rik comme on l’appelait couramment - tenait l'institution parlementaire.
La Chambre en lui un excellent député. C’est avec émotion que nous voyons s'en aller ce grand honnête homme qui servit ponctuellement son pays et son parti.
(Extrait du Soir, du 19 avril 1958)
Le 1er mai, lorsque paraîtra le prochain article de cette chronique, le pays aura été appelé aux urnes. Chaque chroniqueur habituel des grands partis ne manquera pas, au cours des dernières semaines avant le scrutin définitif, de rappeler ici comment lui apparaît le renouvellement des Chambres, et la constitution du gouvernement qui doit suivre.
Aujourd'hui, et si près que nous soyons déjà des élections, je voudrais écrire avec une entière sérénité et vous entretenir de la vie et la mort d'un homme politique.
Il y a quelques jours se célébraient les funérailles du ministre d'Etat Henri Heymans ; il venait de mourir en plein travail : à 78 ans, il prit à peine une journée pour quitter son labeur terrestre et il partit, avec une paix lucide ; pour l'Eternité qu'il a bien gagnée.
On a souvent, sur la carrière d'hommes publics, une opinion toute faite, rarement bienveillante ; mais voici l'exemple d'une vie ! Lorsque nous parcourons les étapes de son existence, Henri Heyman nous apparaît, en tous points, exemplaire et comme l'honneur même du parlementarisme.
Fils d'un Cordonnier de St-Nicolas-Waas, il était et demeura fièrement un fils du peuple. Avec une finesse d'âme et de manières, qui étaient d'un grand seigneur, il consacra soixante années d'action ininterrompue à la grande œuvre de sa vie, le combat social pour l'élévation des travailleurs. A dix-neuf ans, il était instituteur ; à 78 ans, il présidait encore allégrement la commission de l'Instruction publique de la Chambre : pendant prés de deux tiers de siècle, avec lucidité et obstination, il lutta pour l'émancipation intellectuelle des travailleurs, grâce à l'enseignement. Combien de fois l'ai-je entendu, plus enthousiaste que les plus jeunes, prendre la parole au cours des débats d'enseignement et défendre les écoles techniques, qui lui étaient si particulièrement chères !
Son action sociale prit un tour pls personnel encore, tout au long du chemin qui le conduisit, à travers les postes de direction de la Ligue des travailleurs chrétiens, jusqu'à une présence de cinq années à la tête du ministère du Travail. C'est alors que notre législation sociale lui dut, entre beaucoup d'autres, la loi généralisant les allocations familiales.
Mais de quels combats sociaux Henri Heyman ne fut-il pas ? Les masses populaires de Flandre avaient-elles besoin, pour accéder à la culture, d'une langue respectée ? Il participa à côté des ministres d'Etat Van Cauwelaert et de tant d'autres à de flamandisation de ces régions. L'avenir économique des populations laborieuses avait-il besoin d'une Europe sans frontières ? il fut aussi, dès les premières heures, un pionnier de l'idée européenne, membre effectif du Conseil de l'Europe, président de sa commission économico-sociale.
La presse était-elle, enfin, un autre champ d'action éducatif ? Il fut, inlassablement, journaliste ; jusqu'à sa dernière semaine, il rédigea un article hebdomadaire, et il mit à cet apostolat par la plume la même ardeur soigneuse qu'à toutes ses autres actions.
Je n'ai connu Henri Heyman qu'aux douze dernières années de sa vie et je l'ai aimé pour la jeunesse de son accueil. Il était facilement enthousiaste ; bienveillant, je ne l'ai jamais entendu manquer d'urbanité envers personne. Il avait une politesse charmante : adversaires politiques et amis échappaient à toute appréciation péjorative. Sa bonté pouvait ainsi paraître naïve, mais il avait une âme fraternelle, et sa piété discrète était la source de sa charité. On m'a dit qu'à la même heure et au même banc, on le retrouvait chaque matin dans cette église de Saint-Nicolas où nous accompagnâmes sa dépouille mortelle pour la dernière cérémonie religieuse où il fut présent.
Toute la vie d'Henri Heyman est, pour moi, ornée d'éminente dignité et marquée d'un labeur désintéressé au service de ses concitoyens. Il demeure, à mes yeux, un modèle de l'homme public, s'occupant des autres et de lui-même. Henri Heyman n'a accumulé sur cette terre aucun trésor, autre que sa couronne d'enfants et de petits-enfants, mais il emporte celui de la reconnaissance de tout un peuple : nous l'avons vu, à St-Nicolas-Waes ; l'autre vendredi, faire au fils d'un artisan du XIXème siècle, les funérailles que les nations réservent aux grands bienfaiteurs.
1° GERARD E. - WILS L., Heyman, Hendrik, sur le site de la Digitale Encyclopedie van de Vlaamse beweging (consulté le 7 avril 2026)
2° WILS Heyman, Hendrik, dans Nationaal Biographisch Woordenboek, Bruxelles, 1987, t. 12, col. 339-347.