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Heenen Gaston (1880-1963)

Portrait de Heenen Gaston

Heenen Gaston, René, Joseph tendance politique indéterminée

né en 1880 à Hasselt décédé en 1963 à Ixelles

Ministre (colonies) en 1939.

Biographie

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(Extrait du Face à Main, du 3 septembre 1955)

Ainsi que nous l'avons dit dans notre dernier numéro, c'est sur le général Gaston Heenen que s'est porté le choix du Roi quand il s'est agi de donner un président au nouvel Office de l'Information et des Relations Publiques du Congo belge et du Ruanda-Urundi.

Nul mieux que lui ne pouvait remplir ces hautes et délicates fonctions qui exigent, on s'en doute, une foule de qualités exceptionnelles. Le général Heenen les possède toutes. Sa prestance - il est certainement le plus élégant de tous les vice-gouverneurs généraux que le Congo ait jamais connus - et son autorité qui est grande, font de ce vieux colonial demeuré jeune de corps et d'esprit, l'homme qu'il fallait à la tête de cet Office.

II a derrière lui une carrière militaire et civile complète et bien remplie qui lui a permis d'acquérir une connaissance et une expérience étendues et profondes des gens et des choses du Congo. Il n'ignore rien des aspirations des populations blanches et noires et de toutes les nécessités requises par le développement politique, économique et social de l'Afrique belge...

Le général Heenen est né à Hasselt en 1885. Dès l'adolescence, le métier des armes l'attira. A l'âge de seize ans, il s'engageait comme volontaire l'armée. Sous-lieutenant d'infanterie, il rêvait de grandes aventures que la vie militaire en Belgique, à cette époque heureuse pour les civils, ne permettait guère d'espérer.

Aussi ne s'étonna-t-on pas de le voir partir en 1911 pour le Congo. II y reçut le commandement du secteur de Lukafu, puis celui du Haut-LuapuIa au Katanga. Peu avant que n'éclatât la guerre de 1914. il se trouvait attaché au secrétariat général du Katanga où il remplissait les fonctions de secrétaire privé du Gouverneur, le colonel Tombeur. Il avait alors le grade d'administrateur principal et ses activités étaient à la fois civiles et militaires.

C'est ainsi qu'il eut à s'occuper de la mobilisation des troupes du Katanga. Il allait aussi, naturellement, participer à la glorieuse campagne de notre armée coloniale. On le mit à la tête d'un bataillon à la frontière nord de la Rhodésie. II occupa en 1915 la position fortifiée de Saisi, poussa des reconnaissances offensives un peu partout, devint chef d'état-major de la Brigade Sud que commandait le colonel Olsen, et le resta jusqu'en octobre 1916.

Après la prise de Kigema, appelé au commandement du cercle de Karema, il eut à faire face avec succès à un retour offensif des Allemands. Deux citations à l'ordre du jour reconnurent la vaillance.

En 1918 et en 1919, comme Commissaire de district, il commanda le Lomami, organisa la grande chefferie Luyungu, s'occupa des préparatifs de construction du rail du B.C.K., établit la carte du Lomami, y introduisit la culture du coton et traça les premières routes carrossables.

En 1922, il était commissaire général du Katanga, collaborait au développement industriel, présidait la naissance des grands élevages et mettait au point en 1924 le bases de l'organisation des centres extra-coutumiers.

En 1925, après une mission officielle au Maroc, il accompagna le duc de Brabant dans son voyage à travers le Katanga, travailla à l'établissement du réseau routier et à la réforme de la Bourse du Travail. A la fin de 1926, le ministre des Colonies, Edouard Pécher, l'appelait à Bruxelles et lui confiait la direction de son Cabinet. Mais le jeune ministre devait mourir brusquement quelques jours plus tard. Henri Jaspar prit sa succession et, lui aussi, attachaMI. Heenen à son Cabinet.

Le 1er juillet 1927, Gaston Heenen était nommé vice-gouverneur général. Comme Gouverneur du Katanga, il fut chargé de recevoir le roi Albert et la reine Elisabeth lors de l'inauguration en juillet 1928 du chemin de fer du B.C.K. L'année suivante, ce fut l'inauguration du rail Lobito-Dilolo. Le vice-gouverneur général déploya alors jusqu'en 1933, dans une foule de domaines fort divers, de remarquables activités qui eurent pour résultat de transformer le Katanga grâce à toute une série de grands travaux dans les régions où l'industrie minière se développait de plus en plus. Elisabethville devenait une vraie ville moderne. Jadotville voyait s'étendre sa voirie ; on y installait la distribution d'eau et des écoles nouvelles étaient construites. Les centres miniers achevaient leur équipement.

En 1931, le gouverneur Heenen organisa à Elisabethville une Exposition Internationale qui remporta un très gros succès malgré la grande crise économique qui sévissait alors et qui dura de 1929 à 1934. On sait qu'elle fut particulièrement dure pour le Katanga. Là encore, le vice-gouverneur général Heenen donna la preuve de son savoir-faire en luttant efficacement pour en atténuer les effets et en prenant des mesures législatives qui devaient aider les colons menacés dans leurs intérêts vitaux.

En 1933, le gouverneur général du Congo, qui était alors le général Tilkens, décida de modifier l'organisation administrative de la colonie dans des conditions que le gouverneur du Katanga désapprouvait. Le vice-gouverneur général Heenen donna sa démission comme le firent en même temps les gouverneurs Alfred Duchesne.

Deux mois après son retour en Belgique, le vice-gouverneur général reprenait du service à l'armée comme colonel du 9ème de Ligne. II prit sa retraite d'officier de l'active en avril 1934, succéda au duc de Brabant en qualité de président du Fonds Reine Elisabeth pour l'assistance médicale aux indigènes du Congo (Foréami) et s'intéressa à diverses affaires coloniales privées, continuant ainsi participer au développement économique et social de la Colonie.

En février 1939, au lendemain d'une crise politique mémorable - l'affaire Maertens - le Premier ministre Hubert Pierlot lui offrit de prendre le portefeuille des Colonies. Il accepta. Malheureusement sa carrière ministérielle ne fut pas de longue durée, le Gouvernement dont il faisait partie n'ayant pu vivre que quelques semaines.

La « drôle de guerre » devait donner bientôt à la Belgique encore neutre de légitimes inquiétudes et le 1er septembre 1939, le colonel Heenen était rappelé sous les armes comme chef du département colonial de la mobilisation de. la nation.

Le 10 mai 1940, après l'éclatement des premières bombes ennemies et la violation de notre frontière, il assura le transfert de son service à Middelkerke et, par étapes successives, jusqu'à Bordeaux.

Après la débâcle de juin 1940, il fut adjoint à Bordeaux au lieutenant-général de Selliers de Moranville. Mais il n'y avait plus rien faire en France ce moment là, pour un officier belge...

Au mois d'août 1940, le général Heenen prend la décision de rentrer en Belgique. Il sait qu'il pourra s'y rendre utile. De fait, il ne reste pas inactif. Il entre dans la clandestinité.

En janvier 1941, il fait partie de l'Armée Secrète. II y est chargé du commandement de la zone du Grand-Bruxelles.

L'année suivante, il représente l'Armée Secrète au Directoire de la Résistance dont la présidence lui est confiée. On sait que ce Directoire avait la tâche de coordonner l'action de tous les groupements de Résistance du pays. Le 26 juillet 1946, le lieutenant général Pire le cita à l'ordre du jour de l'A.S. avec un « motif » très élogieux retraçant toutes ses activités pendant la guerre et rappelant qu'il dirigea sans défaillance le bon fonctionnement de ses services, malgré l'arrestation de la plupart de ses collaborateurs.

En dépit de ces travaux absorbants et dangereux, il trouva encore le temps de se pencher s le sort des Congolais résidant e Belgique et il créa pour eux sous l’occupation une œuvre agissante d'aide et d'assistance.

Après la libération, le généra Heenen collabore avec M. van Zeeland et M. Frans Leemans au service du rapatriement des Belges disséminés par la guerre dans le monde.

De 1945 à 1948, il préside l'Association des Intérêts Coloniaux Belges et, en cette qualité, va au Congo régler des conflits sociaux. II est depuis dix ans le président de la Revue Coloniale Belge. II s’occupe activement de l'assistance sociale au Congo.

En 1950, année troublée, M. Paul van Zeeland chargé de former un gouvernement, avait pensé lui pour le portefeuille de la Défense nationale... Mais d'autres tâches s'imposèrent à cet homme que l'on trouve toujours quand on fait appel à son patriotisme.

Cette année-là le vice-gouverneur général honoraire Heenen va revoir son cher Katanga d'autrefois. Il préside à Elisabethville le Congrès scientifique du Katanga qui accomplit d'excellente besogne et dont les travaux ont eu un grand retentissement à l'étranger comme en Belgique.

Le général Heenen a beaucoup écrit et défendu ses idées avec persévérance et, parfois, avec acharnement. Sur le peuplement du Congo, par exemple, il a nettement pris position contre ceux qui préconisent un peuplement massif. Il veut voir en Afrique des colons de qualité qui, par leur action constructive, apporteront une contribution sérieuse au développement de la Colonie et au bien-être des populations indigènes.

Est-il besoin de dire que le général Gaston Heenen est couvert de distinctions honorifiques ? Nous ne pouvons songer ici en dresser la longue liste. Signalons simplement qu'il a la Croix du Feu, la Croix de guerre 14-18, la Médaille de la Résistance, qu'il y a des palmes sur sa croix d'officier de l'Etoile Africaine comme sur sa croix de guerre, qu'il est commandeur de l'Ordre de Léopold et de l'Ordre Royal du Lion, Grand Croix de l'Ordre de Léopold II, Grand Officier de l'Ordre de la Couronne. etc. Arrêtons-nous ?

Bien que le général Heenen ne soit inscrit à aucun parti politique et qu'il soit issu d'une famille catholique, on l'a toujours considéré, dans les milieux coloniaux, comme étant imbu d'idées libérales. Le certain est qu'il a les qualités qui permettent de dire de quelqu'un qu'il est « libéral » de cœur et d'esprit. C'est un grand compliment. Foncièrement bon et généreux, il est libéral au sens propre du terme. Et d'avoir le goût de l'ordre et de la discipline ne l'empêche pas d'aimer la liberté, pour lui, pour les autres et pour son pays.

On peut prévoir que le général Gaston Heenen sera, pour ses collaborateurs à l'Office de formation du Congo Belge et du Ruanda-Urundi, le meilleur des présidents.


Voir aussi : VAN DER STRATEN J., HEENEN (Gaston-René-Joseph), dans Biographie belge d’outre-mer, Bruxelles, 1968, t. 6, col. 463-469