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Gerard Max-Léo (1879-1955)

Portrait de Gerard Max-Léo

Gerard Max-Léo, Henri (indéterminée)

né en 1879 à Liège décédé en 1955 à Uccle

Ministre (finances) entre 1935 et 1938

Biographie

(Extrait du Soir, du 27 novembre 1955)

M. Max-Léo Gérard est mort, samedi à 3 heures du matin. des suites d'une crise cardiaque.

Il était né à Liège le 24 avril 1879. Après de brillantes études à l'Athénée royal et à l'Université de Liège, il était devenu ingénieur civil des mines A.I.L.G. et Il était entré dans l'Administration. Ingénieur au Crédit Général liégeois de 1905 à 1917, il avait été nommé directeur au ministère des Affaires économiques où il n'était resté qu'un an. Dès 1919, il devenait secrétaire du Roi et il devait le demeurer jusqu'en 1924. Dans la suite, de 1925 à 1926, il avait assumé la charge de directeur politique de L’Indépendance belge, puis avait été désigné en qualité de directeur général du Fonds d'amortissement de la dette publique.

Devenu ministre des Finances, dans le premier cabinet van Zeeland, formé au printemps de 1935, M. Max-Léo Gérard eut notamment à élaborer l'arrêté royal n°185 sur le statut légal des banques, la commission bancaire, l'Institut de réescompte et de garantie, l'Office central du crédit hypothécaire. Ce fut un Grand Argentier dans toute l'acception du mot, se souciant avant tout d'une scrupuleuse économie des deniers publics. Il avait en horreur tout gaspillage, et c'est la raison pour laquelle il stimula l'activité des inspecteurs des finances. S'il était si avare de l'argent de tous, c'est qu'il considérait que cet argent représentait la peine et l'espoir des hommes. Il avait le sens de l'ordre public et de l'initiative privée. Ses interventions au Parlement étaient toujours marquées au coin du bon sens, de la modération, de l'intérêt général. Il arrivait avec sa petite valise : les parlementaires prétendaient qu'il y détenait, comme son collègue britannique des Finances, tous les secrets d'Etat dispersés dans les dossiers budgétaires ; d'autres affirmaient malicieusement que cette belle valise, bien polie, bien nette, servait à le distinguer de son frère, Gustave-Léo, administrateur-délégué du Comité central industriel, à qui il ressemblait si fort..

Après son passage rue de la Loi, M. Max-Léo Gérard]entra à la Banque de Bruxelles, dont il assuma la présidence.

Quand il cessa d'être secrétaire du roi Albert. M Max-Léo Gérard écrivit : « Nul n'est sorti de cette maison que pour servir encore. »

M. Max-Léo Gérard resta fidèle à cette devise. Son activité, dans le secteur privé, ne l'empêcha point de suivre attentivement l'évolution des grands problèmes politiques et économiques. Il présida la Société d'économie politique, l'Institut belge des finances publiques, l'Institut international des finances publiques, l'Association belge des banques. C'est à lui que le gouvernement fit appel pour exercer la présidence de la commission, assez récemment fondée, en vue de la réforme des administrations. Ses idées - il était petit-fils et fils de député ; M. Rey. ministre des Affaires économiques, est son neveu - M. Max-Léo Gérard les exprima en des études qui furent rassemblées dans un ouvrage publié en 1949 : « Ecrits de 40 années. » C'était un esprit pondéré, lucide, profondément attaché à notre régime parlementaire


(Extrait du Standaard, du 27 novembre 1955)

De bekende financier en oud-minister Max-Leo Gerard is zaterdagochtend te 3. u. 30 in de leeftijd van 76 jaar aan een hartaanval bezweken.

Hi werd als zoon geboren van Leo Gerard, de burgemeester van Luik, op 24 april 1879. Zijn tweelingbroer Gustave-Leo was later direkteur van het centraal nijverheidskomitee en een specialist inzake kwesties van de rationalisatie van de arbeid.

Max-Leo studeerde aan het ateneum en de universiteit van Luik (Montefiore-instituut) waar hij het diploma van burgerlijk ingenieur bekwam.

Hij was direkteur bij het ministerie van ekonomische zaken in 1917-1918, en van 1919 tot 1924 sekretaris van koning Alibert. In die hoedanigheid speelde hij een beslissende rol in de stichting in 1920 van het agentschap Belga.

Na deze hoge funktie werd hij belast met de post van politiek direkteur van L'Indépendance Belge (1924-1926). In 1926 werd hij benoemd tot direkteur-generaal van het fonds tot delging der staatsschuld en bleef zulks tot 1935.

Op 25 maart 1935 werd hij in het eerste kabinet Van Zeeland minister van financiën tot 28 januari 1937. Na de h. Soudan nam hij dezelfde post waar van 15 mei tot 6 december 1938 in het ministerie Spaak.

De aflijvige werd in 1939 aangesteld tot voorzitter van de Bank van Brussel en in 1951 tot erevoorzitter. Hij behield zijn funktie als voorzitter van de Belgische Bank voor Afrika.

De h. Max-Leo Gerard was tevens voorzitter van het Belgisch genootschap voor staathuishoudkunde, de Belgische bankvereniging, en het Internationaal instituut voor overheidsfinanciën. Hij was voorzitter van het nationaal komitee ter bevordering van het mobiliën-spaarwezen, voorzitter van het verbond der werkgevers in de handel, het banken het verzekeringswezen, en lid van het beheerskomitee van het fonds tot delging van de lening van Belgisch-Kongo 1888.

De overledene was tevens lid van Begisch-Kongo 1888.

De overledene was tevens lid van de Hoge Raad voor financiën, van de Centrale Ekonomische Raad, en van de raad van de Belgische dienst voor buitenlandse handel.

In 1929 en 1930 was hij Belgisch afgevaardigde op de internationale opiumkonferentie, welke door de Volkenbond was belegd, en maakte als dusdanig een studiereis van tien maanden in het Verre Oosten.

Max-Leo verleende zijn medewerking aan verscheidene ekonomische tijdschriften, alsmede aan Le Flambeau en La Revue générale belge. In 1949 verscheen een keuze uit zijn geschriften onder de titel : Ecrits de quarante années.

De meest vooraanstaande Europese deskundigen op het gebied van de ekonomie en de financiën, schatten hem hoog, en beschouwden hem als een der hunnen.

De aflijvige had als voorzitter van de kommissie handel-verkeer-bankwezen verleden week nog in verband met de 45-uren week deelgenomen aan de besprekingen met de h. Van Acker, eerste minister.

In zijn testament heeft hij de wens uitgesproken dat zijn begrafenisplechtigheid een privé karakter zou hebben.

De aflijvige was de oom van de minister van ekonomische zaken, de h. Jean Rey.


(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 24 mai 1935)

Max-Léo Gérard

Continuons à constituer la galerie des binettes ministérielles.

Dans cette carte d'échantillon de la jeunesse réformatrice de nos vieux partis historiques que représente le ministère Van Zeeland dit d'Union Nationale, voici le libéral.

Un libéral participant autrement qu'en qualité de belle-mère époustouflée à une expérience d’économie dirigée, c’est assez paradoxal, mais en politique nous n en sommes pas à un paradoxe près, et le fidèle collaborateur de M. Van Zeeland et de M. De Man n’en est pas moins un libéral authentique, c’est même un libéral-type.

* * *

Dans une centaine d’années, un professeur d'Université, embarrassé de trouver, pour l’un de ses disciples un sujet de thèse socio-littéraire, daignera peut-être jeter un docte coup d’œil sur la collection de Pourquoi Pas ? sans doute enfouie à cette époque dans les caves poussiéreuses de la bibliothèque royale. Il se dira : Après tout, si l’on relisait les biographies, que publiait cette fameuse gazette, toute joviale, toute ronde tout à fait sans prétention, mais dont la bonne humeur réjouissait les contemporains des derniers chemins de fer ? Peut-être qu’on y trouverait des familles de portraits de quoi tenter une esquisse de l’histoire naturelle du Belge, de l exposition universelle de 1910 à celle de 1935.

Et après avoir feuilleté, il précisa, s’adressant au disciple, d'un ton ad hoc : Pour commencer, vous me ferez un essai sur la physionomie du grand bourgeois libéral, au temps de la concentration économique d après le Pourquoi Pas ? de 1910-1935. J’inscris votre sujet de thèse pour le concours universitaire. Prenez bien garde qu’il y a de tout, dans cette collection : des marchands de moules, des empereurs, des flûtistes, des ministres, les confusions sont faciles...

Parmi les physionomies de cette époque qui lui apparaîtront comme les plus représentatives, il est probable que celle de Max-Léo Gérard retiendra l’attention de notre apprenti historien. Du grand bourgeois libéral Max-Léo Gérard semble, en effet, avoir collectionné tous les traits : les plus rigides, les plus âpres, les plus nobles, les plus fortuits.

Il est Liégeois d’origine, et ne l’a évidemment pas fait exprès ; mais il est cependant à noter que Liège et sa province sont une pépinière de grands bourgeois libéraux. Il s’appelle Max-Léo, et cela non plus, il ne l’a pas voulu. Mais le port du double prénom, c’est incontestable, est un indice de haute bourgeoisie libérale. Il est parfaitement anglomane : et là, on pourrait objecter que la noblesse, elle aussi, est volontiers en coquetterie avec Albion. Mais il ne s’agit pas ici de l’anglomanie superficielle des tattershall, de la chasse au renard des régates de Cowes et du crottin de cheval ; l’anglomanie de Max-Léo Gérard est intellectuelle ; c’est un climat du cœur et de l’esprit. Elle se traduit par la froideur courtoise de l’accueil, par une poignée de main extraordinaire, comme on n’en fait plus, une poignée de main qui vous repousse comme si elle émanait d’un robot électrisé. Elle transparaît dans le vêtement, éclate dans l’accent, qui parvient ainsi à faire oublier la prononciation wallonne ; elle stagne dans la pudeur latente de tout l’homme, et tous les refoulements de la Grande-Bretagne entière sont inscrits dans cette dégaine impassible et ces traits toujours tendus. Bref, c est une anglomanie qui n’est pas très loin de l américanisme ; elle est très universitaire, c’est-à-dire très grande bourgeoise. Enfin, une disposition spéciale de la Providence a voulu que Max-Léo Gérard fût calviniste, comme Guizot, lui aussi bourgeois intégral, et fervent anglophile.

Riche comme il convient à un homme de la caste que nous venons d’évoquer, Max-Léo Gérard n est cependant pas du tout un capitaine d’industrie ni un homme de spéculation financière. Le milieu dont il est issu touche plutôt au haut négoce qu’aux grandes affaires, et sa femme née Cauderlier, elle aussi protestante, avait pour grand-père le directeur-propriétaire d un hôtel très réputé : ce digne homme publia sur la cuisine bourgeoise un livre fort estimé ; le gendre de ses fils ne pouvait faire moins que de cuisiner de l’économie, comme suite toute indiquée à la cuisine économique.

Cuisine excellente, d’ailleurs, et les publications de Max-Léo Gérard dans la Revue Economique et dans Le Flambeau constituent des contributions très solidement documentées sur l’exportation belge et sur les finances publiques : Max-Léo Gérard, du point de vue des titres académiques, est ingénieur : mais il n’a pas du tout cet esprit exclusivement empirique et même - comment dire cela - légèrement primaire qui caractérise, la plume à la main, certains ingénieurs ; sa dialectique est d’un homme pour qui les idées générales ne sont pas de vains mots ; c’est une intelligence souple, ouverte à la contradiction et très avide de s’éclairer, ce qui n est pas non plus très « ingénieur », car rien de plus têtu qu’un mathématicien pur.

Antiplaniste, Max-Léo Gérard a joué d abord, contre de Man, à ce jeu des polémiques philosophico-socioéconomiques qui fera peut-être notre salut à moins qu’il ne nous perde irrémédiablement. Puis, un beau jour, il collabora avec son ancien contradicteur, lorsque Van Zeeland laissa entendre qu’il avait, lui aussi, un plan lequel n’était point celui de l’ésotérique ministre des Travaux Publics.

Palinodie ? Opportunisme ? Point du tout. Sens du service social, tout simplement. Max-Léo Gérard a estimé qu’il pourrait être utile au pays, en infléchissant légèrement sa ligne idéologique, et en entrant dans la combinaison actuelle précisément pour y faire entendre une voix conservatrice. Il a donc accepté, mais il serait aussi naïf qu’inexact de dire qu’il est mandaté par des organismes financiers et qu’il représente en quoi que ce soit des intérêts privés.

Car Max-Léo Gérard, tout comme Van Zeeland, peut être en rapports étroits avec la finance : la finance ne le tient pas.

Un coup d’œil sur sa carrière suffit à le prouver.

* * *

Il a débuté au Crédit Anversois comme secrétaire : situation dans la finance, mais non point poste de commande. Ses publications le firent remarquer du roi Albert, et ainsi il devint le secrétaire du Roi, le resta près de huit ans, et passa de là à une mission en Chine, pour le compte de la S.D.N. Président de la Société d’Economie Politique, ce qui suffit à le classer comme théoricien plutôt que comme praticien, il quitta le service du Roi à la suite de divergences de doctrines, et Francqui le plaça à la direction du Fonds d'Amortissement de la Dette publique. Puis, selon sa vieille habitude, le grand maître de la Société Générale commença à dénigrer celui qu’il venait de mettre en place. Les rapports entre ces deux hommes, le premier tout d instinct et de pratique, l’autre tout imbu de doctrine ne tardèrent pas à se refroidir ; et l’accession de Gérard au Ministère des Finances dans le cabinet Van Zeeland ne fut naturellement pas de nature à recoller le vase d’une entente plus que fêlée.

Comme on le voit, Max-Léo Gérard, dans presque toute sa carrière, a plutôt fait figure d’économiste attaché à des services publics que de féodal de la Banque ou de l’Industrie. Et sans doute il est bien commissaire chez Cockerill ; mais cela n’est que très accessoire dans l’ensemble de son activité.

Il en est tout autrement de son frère, car Max-Léo a un frère, Gustave-Léo. Celui-là, c’est le Torquemada du Comité Central industriel, l’épouvantail des marxistes, la tête de Turc des « pauv’-ouverriers ». Scrupuleux jusqu’à se contraindre à détester le prolétariat, en qui Il voit la bellua immanis innumerum capitum des anciens théologiens protestants du XVIe siècle, ce Gustave-Léo Gérard-là est le serviteur du libéralisme de combat. Il en est resté à Frère-Orban. Avec l’anticléricalisme en moins. Et si nous l’évoquons ici, c’est que la personnalité de Gustave-Léo, qui, lui, est le portevoix des ces fameux « intérêts privés » dont on parle tant ne va pas sans déteindre quelque peu sur la réputation de Max-Léo, son jumeau, plus spéculatif que spéculateur.

Et ce terme : « spéculatif », est bien après tout celui qui nous paraît convenir le mieux à cet austère homme de doctrine, desséchant d'aspect et aussi éloigné que possible de toute coquetterie politique, et qui croit aux bienfaits du capital comme d'autres croient aux bienfaits du collectivisme. Grand liseur, et par conséquent pénétré de la pensée de ses adversaires, vivant une vie de famille sévère et digne, poussant avec cela le modernisme jusque dans l'éducation de ses enfants qu'il confie aux adeptes de Decroly, Max-Léo Gérard, on le voit, n'est pas dépaysé dans cette équipe d'hommes nouveaux qui croient à la vertu du sérieux, comme au sérieux de la vertu, et qui, prenant la contrepartie du mot de Talleyrand, estiment que l'on ne fait jamais assez de zèle, et que l'on ne rationalise jamais trop toutes les choses de la vie, les publiques comme les privées.

Et ainsi ce n’est pas seulement comme grand bourgeois libéral qu'il est intensément typique. Il représente au surplus l'un des aspects les plus frappants d'une évolution politique qui tend à répudier les services des avocats, des industriels privés, des grands propriétaires et des tribuns professionnels pour leur substituer des équipes de sociologues, d’historiens, d'économistes, commis de l'Etat, cheville ouvrière des institutions scientifiques et paraétatiques, directeurs de sociétés savantes et de revues spéciales. Bref, tous plus ou moins des professeurs, d'université s'entend. Et nous avouons que cela ne nous inspire pas une confiance sans bornes. La « raison démonstrative » du bon Molière nous inquiète un peu. Nous craignons toujours d être aux mains d'Esculapes savantissimes dont nous aurions à essuyer, au cas où nous viendrions à cesser d’être des malades pour devenir des agonisants, l'ennui supplémentaire d'explications médiocrement claires, destinées à nous prouver qu'en tant que sujet d'expérience, nous nous conduisons comme des gamins, et que nous dérangeons l'ordonnance de la partie engagée.

Pourtant, que nous le voulions ou non, l'expérience étant commencée, le mieux est de faire crédit aux expérimentateurs.

Leur bonne volonté et leur honnêteté sont incontestables. Les haines solides qu'ils ont endossées en acceptant le pouvoir leur promet, en cas d'échec, une chute qui ne se fera pas sur du velours. Plus d'un d'entre eux se retrouverait, au lendemain d'une démission qui marquerait un aveu d'impuissance, non seulement sans situation, mais aussi profondément discrédité en tant qu’autorités scientifiques. Or, leur autorité scientifique, c'est peut-être à quoi ces hommes tiennent le plus : Pour plus d’un d'entre eux, cela tient lieu de mystique.

Max-Léo Gérard et ses coéquipiers savent et sentent tout cela. Ils jouent froidement une double et énorme partie : celle de l'Etat et la leur.

Nous, qui ne détestons pas le cran, nous ne nous défendons pas de penser que cela mérite considération.


Voir aussi : GODEAUX J., Gérard, Max-Léo, dans Nouvelle biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2005, t. 8, pp. 156-160