Delattre Achille socialiste
né en 1879 à Pâturages décédé en 1964 à Baudour
Ministre (industrie-travail, prévoyance sociale et affaires économiques) entre 1935 et 1948(Extrait du Peuple, du 14 juillet 1964)
Achille Delattre nous a quittés hier
C’est à 18 h 15, lundi dans la clinique mutualiste de Baudour, si chère à son cœur de défenseur des travailleurs, que s'est éteint Achille Delattre.
Il était à Baudour depuis samedi après-midi, ramené de l'hôpital Brugmann, où tout avait été essayé pour sauver ce vaillant octogénaire que la classe ouvrière n'oubliera pas.
C'est à l'issue de trois jours de coma qu'il a rendu le dernier soupir.
Ses parents, ses amis, depuis quelque temps, le savaient condamné. Mais il a résisté pendant des semaines.
Cet infatigable lutteur du socialisme devait prolonger longtemps, miraculeusement, son ultime combat contre une mort qui ravit au P.S.B. un de ses plus ardents, de ses plus authentiques serviteurs.
Achille Delattre repose maintenant dans la chambre mortuaire que le personnel de la clinique Louis Caty lui a aménagée, dans la douleur.
Ce mardi, sa glorieuse dépouille sera transportée chez lui, à Pâturages.
Le Borinage socialiste lui des funérailles empreintes d'une indicible tristesse.
Aux proches, aux amis, à la Fédération boraine du Parti, notre journal présente ses condoléance les plus émues et l'expression de plus vive fraternité.
* * *
Quelle belle vie, que celle d'Achille Delattre ! Droite, unie, tendue vers un but unique : l'émancipation de sa classe. Ouvrier, comme ses ancêtres aussi loin que remontent les registres paroissiaux, il pressent, dès sa prime jeunesse, qu'il tiendra un rôle dans la lutte de l'opprimé contre l'oppresseur. Comme les autres enfants du pays borain, il prend le chemin de la mine. Là, il retrouvera ses petits compagnons âgés de 13 ans, comme lui, et même plus jeunes, qui tournent au « diable volant » (roues d'aération) ou tirent des chariots pleins de charbon.
En 1902, il a 22 ans. Il sait que l'union des travailleurs conditionne leur force. Il a entendu parler en 1886, l'année terrible, des massacres d’ouvriers qui, chassés par le chômage et la misère, erraient en bandes à travers les villes et les campagnes. Il n'oubliera jamais que le général Vandersmissen, envoyé à Charleroi pour réprimer l'émeute, a donné l’ordre aux troupes et aux particuliers, de tirer à vue, sans sommation. Cela ne doit plus jamais se représenter.
C'est alors qu'il fonde le syndicat des mineurs de Pâturages. Après sa journée, qui est longue, Delattre étudie, se cultive. Intelligent, il connaît ses lacunes et sait que le capitalisme dispose d'états-majors étoffés et compétents. A ce point de vue, les travailleurs des mines sont les plus défavorisés. Ceux qu'on appellera plus tard les troupes de choc du socialisme, avaient été éveillées par l’action des de Fuisseaux. Aussi, ils répondirent en masse aux appels du syndicalisme.
On parle de lui avec respect...
D'année en année, la propagande s’intensifie, les actions se multiplient.
Il devient indispensable de fédérer leurs activités. Dix-sept ans plus tard, en 1919, Delattre assure le secrétariat de la Centrale des Mineurs du Borinage qui, dès ce moment, prend un nouvel essor, On parle avec respect de l'ancien petit vendeur de L'Avenir du Borinage, du polémiste qu'il est devenu par la suite, de celui qui ne tardera pas à jouer un rôle éminent dans le pays. A la même époque, le secrétaire représente ses camarades â la Commission nationale mixte des Mines. Bientôt, les patrons reconnaissent dans ce militant de premier ordre, un technicien de la mine d'une compétence peu commune.
C'est le temps où Joseph Wauters dirige le département du Travail et de la Prévoyance sociale. Déjà, le problème du charbon est à l'ordre du jour. N'est-ce pas, comme on l'a répété pendant longtemps. la seule richesse de la nation ?
Celui qui fut le père de la journée de huit heures cherche un conseiller. Son choix se porte immédiatement sur Achille Delattre et le nomme attaché de cabinet. Enfin, il trouve l'occasion de donner sa mesure.
Secrétaire national de la Centrale des Mineurs
Mais ses amis des premiers jours ne le perdent pas de vue. Ce militant de premier ordre doit demeurer des leurs. Ce n'est pas le moment de laisser de tels hommes en chemin. D'ailleurs, Delattre le voudrait-il, qu’il ne le pourrait pas.
Le secrétariat national de la Centrale doit remplacer son titulaire. C'est un poste de première importance, à la tête de 120.000 syndiqués. Quel meilleur candidat que cet homme né pour ainsi dire dans la maison, et qui ne vit que pour elle ? Sans quitter son Borinage natal, Delattre assume la lourde tâche, se dépense dans les secteurs où on le réclame, visite les sections locales et les fédérations régionales.
Avec son arrivée coïncide un renouveau d'activité et de propagande.
C'est l'époque des grandes réformes. Le suffrage universel, les pensions, les lois sur la réparation des accidents de travail, les pensions ouvrières et surtout la journée des 8 heures révolutionnent le monde ouvrier. Pour la première fois dans la longue histoire du prolétariat, la première ligne de défense patronale est enfoncée. Aussi, les réactionnaires organisent la contre-offensive. Tous les militants sont sur la brèche.
Le Borinage l'envoie au Parlement
Aux élections de 1920, le Borinage envoie Achille Delattre au Parlement. Pour lui, il n'est pas question de « prendre l'air » de l’hémicycle, de s'assimiler les mœurs parlementaires, d'attendre le moment propice au « maiden speech ». Un coup de grisou s'est produit à Charleroi, tuant plusieurs ouvriers. Les responsables sont ceux qui poussent à la production, sans souci de la sécurité des travailleurs. Le pays doit le savoir et il faut que les responsables répondent de leur carence. Son premier discours sera une interpellation où il dénoncera l’impéripétie capitaliste. Désormais, les mineurs comptent un défenseur en plus, là où se font les lois.
L'action syndicale et revendicative continue, mariée à celles du parti socialiste et des autres centrales professionnelles. De plus en plus, le patronat se raidit quand il ne se dresse pas directement contre les conquêtes prolétariennes. De ce fait, les grèves sont inévitables. L’année 1924 voit éclater un conflit général. Delattre est à son poste de commandement. Sous son autorité, la victoire est remportée.
Une réputation internationale
Sa réputation atteint les milieux internationaux. Deux ans après les événements que nous venons d'évoquer, la Fédération internationale des Mineurs sollicite Delattre au poste de secrétaire. Pendant sept ans, il imprimera au mouvement ses vertus de travail et de persévérance.
Pendant cc temps, apparaîtront les prodromes de la grande crise charbonnière dont nous vivons aujourd'hui le dénouement. Les remèdes ne sont pas nombreux. Il n'y a pas deux routes à suivre. Encore convient-il de la déterminer.
Notre camarade étudie la question et établit les bases d'un plan impressionnant, qui surprendra les experts.
Le Conseil économique de la Société des Nations s'est réuni et entendra, pendant des heures, le développement d'une motion préconisant une entente entre les pays charbonniers pour la production et l'organisation du marché. Ce n'est autre chose que la préfiguration du pool charbon-acier !
Les années passent et le mouvement ouvrier doit remplir sa tâche : défendre les intérêts de ses membres.
Le pilote est à la barre
Juillet 1932 voit surgir, à un moment où l'on ne l'y attendait pas, une explosion de mécontentement qui, au bout de trois jours, vire à l'émeute et presque à la révolution.
Cette année-là, les manœuvres du fond des charbonnages gagnent 22 fr. par jour. La misère est grande. Un directeur du charbonnage de Maurage, qui vient de revenir du Congo, refuse de recevoir une délégation ouvrière et dit :
« J'ai dressé les nègres. je vous dresserai aussi. »
C’en est trop. Les hommes débraient sur te champ. D'autres puits suivent, bientôt imités par le personnel des usines. En quatre jours, la grève est générale Faut-il le dire, le pilote n'a pas quitté la barre, évitant les écueils dont les staliniens hérissent la route. Qu'importe, notre ami n’écoute que la voix de sa conscience et celle de ses camarades de lutte. Après des semaines de pourparlers, il augmente la somme des avantages inscrits au crédit de ses mineurs.
Voici enfin que s'ouvre la grande période de sa vie, l'aboutissement logique de son action. C'est là qu'il va donner sa pleine mesure. En 1935, l’ancien petit colporteur, le mineur et le syndicaliste accède au pouvoir. Il devient ministre du Travail et de la Prévoyance sociale et occupe le fauteuil de Joseph Wouters, son ancien « patron », qui l’initie à la discipline administrative. Il n'est pas besoin de longues phrases pour rappeler son action féconde. A peine est-il installé, rue de la Loi, qu'il convoque la première Conférence du Travail, dont les résultats inspirent encore les réformateurs ouvriers.
De grandes réformes
Depuis des années, on discute de la nécessite de donner aux travailleurs, ce que l’on appelait alors les congés payés. Delattre en défend si bien le principe que les éléments démocratiques du Parlement le suivent. Combien de bénéficiaires de cette loi se rappellent encore le nom de celui à qui ils la doivent ?
Sans doute, la semaine de quarante heures figure aussi au cahier des revendications. Si on ne peut encore généraliser la mesure, on l'appliquera où on pourra. Le port d'Anvers en bénéficiera le premier. Les mineurs, ses frères de lutte, bataillent pour la diminution des heures de travail. Une fois encore, Delattre portera la journée à 7 h 30, sans diminution de salaire.
Les adversaires dirent alors que la mesure porterait un coup fatal à la production de charbon: or elle passa de 50.000 à 95.000 tonnes. Devant ce succès, il s'adresse par la radio. à ses camarades :
« Camarade mineurs.
« Je viens vous remercier et vous féliciter au nom du Gouver. nement et de la Nation. » Et il continue :
« Depuis 45 ans, j'ai rempli diverses fonctions au sein des organisations des mineurs. Le hasard veut, aujourd'hui, que je sois à l'endroit où les responsabilités sont les plus grandes. Ces responsabilités, je les ai acceptées, parce que cette confiance que j'ai toujours eue envers vous, je la conserve en moi, puissante, vivifiante. De votre côté, comptez franchement sur moi, je ne faillirai pas mes devoirs. »
Delattre a largement tenu parole : jamais, il ne faillit à ses devoirs. Sorti de charge en octobre 1948, il demeure à la disposition de son syndicat. C'est lui qu'il représentera aux conférences de Londres et de Pittsburg. Et c'est lui qui, après la conférence de Londres qui décida de relever la condition du mineur, fit adopter par le B.I.T. la motton portant le salaire de cette catégorie de travailleurs 25 % plus haut que le salaire des autres ouvriers.
Pourtant, malgré la multiplicité de ses tâches, « Achille » participe à la direction du P.S.B. Pendant 22 ans. il appartint au Bureau du Parti où ses avis étaient des plus écoutes. A la Libération, c'est lui qui présida à la réorganisation du Parti dont il assuma la présidence jusqu'à l'élection de Buset.
Si le mouvement syndical absorba le plus clair de l’activité de Delattre, il prêta au mouvement politique toute son autorité. Dés 1908, il est élu conseiller communal à Pâturages. Trente ans plus tard, il sera bourgmestre. poste qu’il abandonnera pendant la guerre et qu'il reprit à la Libération.
L’écrivain
Le plus grand travailleur doit se donner des loisirs. Delattre consacre les siens à la poésie et à la littérature. C'est d'abord Le chant de la mine, bientôt suivi par les livres d'histoire et de souvenirs : Dans la bourrasque et de Histoires sociales. Ce fut ensuite des souvenirs et une Vie d'Alfred de Fuisseaur. C’est dans ses livres qu'apparaît le Delattre tendre et humain, à qui l’on doit le Delattre défenseur des humbles et des malheureux.
Les catastrophes minières l'ont ému. Plus d'une fois, il a assiste à la remonte des cadavres brûlés et mutilés de ses camarades ,anéantis par le gaz que rien pu dompter. Partout où il le peut il donne l'alarme, sonne le rassemblement des savants. Son action est telle qu'un centre d'étude du grisou est organisé. Pendant des années, Delattre a étudie la question. Ses observations, il les publie dans un livre qui attire l'attention des savants. Ce ne sera pas la moins utile de ses œuvres.
(Extrait du Soir, du 14 juillet 1964)
M. Achille Delattren ministre d'Etat, est mort lundi à 18 h 45, à la clinique Louis Caty, à Baudour, où il avait été ramené, samedi, venant de l'hôpital Brugmann à Bruxelles. L'ancien ministre était malade depuis de nombreuses semaines.
Le militant et l’homme d'Etat
M. Achille Delattre, qui est une grande figure du socialisme et du syndicalisme. était né à Pâturages le 24 août 1879. Fils de mineur, il travaille dans la mine dès l’âge de 12 ans tout en suivant, le soir, les cours de l'Ecole industrielle de sa commune. De santé précaire, il quitte le charbonnage en 1904 pour devenir marchand de journaux puis se lancer dans la politique. Elu conseiller communal en 1907, il devient échevin en 1921. A cette époque, il est également élu député sur la liste socialiste de Mons. En 1939. il devient bourgmestre de Pâturages. L'activité de M. Achille Delaitre se manifeste également sur le plan syndical car il est secrétaire de la Centrale des mineurs et en devient président après la guerre.
M. Delattre est ministre du Travail de 1935 à 1939, ministre du Combustible et de l'Energie de 1947 à 1948. En 1946, il est nommé ministre d'Etat.
A la Chambre, M. Delattre fut le promoteur de plusieurs lois sur le travail dans les mines, la sécurité, les loisirs, la santé et la retraite des ouvriers mineurs.
Citons notamment : la loi sur les congés payés. la semaine de 40 h, les allocations familiales. la création du Fonds national de placement et de chômage. la création des homes de santé pour lese mineurs à Morlanwelz et Awans. etc...
M. Delattre était également l'auteur de plusieurs publications se rapportant à l'industrie minière : La lutte contre le grisou en Belgique, Dans la bourrasque, Combats, Une grande bataille sociale, Réflexions sur le syndicalisme, Le chant de la mine, Histoire de nos Corons, etc...
Ancien combattant.
M.Delattre était grand cordon de l’Ordre de la Couronne et titulaire de nombreuses et hautes distinctions honorifiques étrangères.
(Extrait du Journal de Charleroi, du 28 mars 1935)
L’accession d’Achille Delattre au ministère du Travail
La nouvelle de la désignation d’Achille Delattre comme ministre du Travail et de la Prévoyance Sociale, a comblé de joie le mouvement ouvrier tout entier.
L'accession de notre ami, au poste qu'occupa avec tant de relief, dans les conditions les plus difficiles, notre grand et inoubliable Joseph Wauters est un honneur pour les travailleurs en général, mais surtout pour les mineurs.
C’est de leur rang qu'Achille Delattre est sorti ; c'est dans son sein qu'il s’est formé ; c'est parce qu'il concentre en lui toutes les qualités qui distinguent les hommes de la mine et ceux de notre race qu'il a gravi tous les échelons de l'échelle sociale.
Le représentant le plus autorisé du mouvement ouvrier, accédant au ministère du Travail et de la Prévoyance Sociale, c'est la classe ouvrière qui y monte, c'est elle qui trouve sa récompense dans la reconnaissance de ce qu'elle vaut.
Que l'on mesure la distance parcourue et l'on comprendra la fierté que nous éprouvons - que notre classe laborieuse ressent - devant l'événement.
Achille Delattre vit le jour dans une humble maisonnette d'un hameau de Pâturages.
Son père disparut de bonne heure, hélas ! laissant de nombreux enfants à charge d'une femme qui se dressa devant le malheur et fut capable d'élever honorablement les orphelins.
Le nouveau Ministre du Travail - notre cher ami Delattre - descendit au fond de la mine, pour y gagner son pain, aussitôt que le lui permirent ses forces et les lois en vigueur.
II y resta jusqu'au moment où, trahi par un état de santé précaire, il dut se livrer à d'autres occupations, non moins rudes, mais moins meurtrières.
Le citoyen dans les corons et de Wasmes, le journal L'Avenir dont il devint par la suite rédacteur.
Mais sa tâche accomplie, il trouvait la force, le courage, de parfaire ses connaissances.
Servi par une intelligence d'élite, possédant un don parfait d'assimilation, une mémoire merveilleuse et un esprit imaginatif peu ordinaire, l'ancien ouvrier mineur fit des merveilles.
Il écrivit des articles de journaux, des contes, des pièces de théâtre - qui eurent beaucoup de succès - en même temps qu'il se lançait à corps perdu dans la politique.
Les circonstances en firent : un échevin ; un conseiller provincial ; le secrétaire de l'organisation régionale des mineurs ; celui de l'organisation nationale, poste plein de responsabilité et d'écueils ; il fut secrétaire international des travailleurs de la mine, délégué du gouvernement dans les questions se rattachant à sa profession.
A la Chambre, il occupe une place considérable et figure parmi les hommes qu'on écoute et dont on apprécie les Interventions. toujours au service de ses nombreuses fonctions, une volonté farouche, une énergie peu commune qui nous le firent souvent admirer. Cet homme s'impose par la conscience qu'il met à accomplir les tâches qui lui sont dévolues, si dures, si arides soient-elles.
Et avec cela : franc du collier, honnête dans toute la force du terme, et mû par l'ambition la plus légitime de servir sa cause ou plutôt celle des travailleurs.
II n'est pas que dans nos milieux, dans ceux de notre prolétariat si éprouvé que l'on se réjouisse de voir Achille Delattre devenir ministre.
Dans les autres, sauf peut-être chez ceux qui se croient de droit divin, on éprouve une égale satisfaction à constater qu'un homme du peuple, qui se distingue par les plus hautes qualités, soit parvenu à l'une des charges les plus élevées dans le pays.
Nous nous félicitons, en tout cas, de l'hommage que rend à notre collègue et ami, le journal La Province. Sous la plume de son directeur politique, M. Fulgence Masson, elle public ce qui suit :
« A M. Achille Delattre est attribué le département du Travail. C'est évidemment sa place. Saurat-il être le ministre de tous, ou restera-t-il le mandataire d'une classe ? L'avenir nous l'apprendra.
« Son avènement est un événement. II sera accueilli avec joie par tous les travailleurs manuels, et surtout par les mineurs. On ne pouvait leur donner un chef plus compétent ct plus autorisé. »
Nous sommes d'autant plus sensibles à cet hommage que d'autres n'ont pu se placer au-dessus des querelles politiciennes, pour saluer un homme dont la vie, le labeur, les qualités, j'allais dire les vertus civiques, honorent plus encore sa classe et sa race, que son Parti.
Quant la question que pose La Province, notre confrère peut être rassuré : Delattre a trop souffert de l'incompréhension de certains éléments de la bourgeoisie, de leur orgueil de classe, que pour ne pas comprendre qu'un ministre ne peut être, dans le sens que l'on veut donner ces expressions, l'homme d'un parti, le mandataire d'une classe.
Connaissant le caractère de Delattre, on peut dire que cette question est superfétatoire.
II a, en effet, trop d'esprit de justice, trop de clairvoyance et trop de bonne volonté, que pour ne pas comprendre comment, à l'heure actuelle, il faut servir les intérêts des travailleurs en servant ceux de son pays.
Et parmi les satisfactions que nous éprouvons à cette heure difficile où le Parti prend les plus graves responsabilités, dans on sait quelle pensée désintéressée, c'est qu'Achille Delattre ne fut point discuté et que, dès le premier jour de la crise, il fut désigné pour le portefeuille du Travail et de la Prévoyance Sociale.
II y accède la tête haute, fier lui aussi de son passé, n'ayant qu'une pensée, une préoccupation : BIEN FAIRE !
Nous le saluons avec l'attachement fraternel que nous lui portons et lui souhaitons bon succès dans la tâche difficile et lourde qui l'attend.
Au Travail, mon cher Ministre.
Jean DUHOT, député de Mons.
Voir aussi :
1° PUISSANT Jean, >Delattre Achille, sur le site du Maîtron (consulté le 23 avril 2026)
2° PUISSANT J., Delattre Achille, dans Nouvelle biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2016, t. 13, pp. 91-95