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de Laveleye Victor (1894-1944)

Portrait de de Laveleye Victor

de Laveleye Victor, Auguste libéral

né en 1894 à Bruxelles décédé en 1944 à Bruxelles

Ministre (justice et instruction publique-sciences et arts) entre 1937 et 1945

Biographie

(Extrait du Soir, du 16 décembre 1945)

M. Victor de Laveleye, ancien président du parti libéral, ancien ministre, député de Bruxelles, est mort à son domicile de la rue Franz Merjay, dans la nuit de vendredi à samedi.

Peu après la libération, M. de Laveleye avait été appelé faire partie du Cabinet Pierlot, en qualité de ministre de l'Instruction publique. Il s'était attelé courageusement à la besogne et, en quelques semaines, avait réussi à prendre en main tous les rouages d’un département particulièrement lourd où les questions qui se posent journellement sont à la fois techniques et politiques. Hélas ! la maladie devait bientôt mettre sa griffe redoutable sur le visage volontiers rieur de M. de Laveleye, qui était le plus courtois des hommes. Le ministre dut subir une grave intervention chirurgicale. II apparut rapidement qu’il ne pourrait plus continuer à assumer sa dure tâche de ministre.

Lorsque le gouvernement Pierlot se retira, M. de Laveleye réduisit son activité politique.

On ne le vit plus que rarement à la Chambre. Le mal qui devait l’emporter continuait à le ruiner, à le détruire. M. de Laveleye gardait le sourire cependant et sa conversation demeurait affable et charmante.

Nous n'allons pas retracer toute la brillante carrière de cette personnalité, particulièrement douée, qui honora le parti libéral. Au reste, nos lecteurs, que dis-je ? tous les Belges le connaissaient. Durant les sombres années de l'occupation, la voix, tour à tour vibrante, sarcastique, réconfortante, de M. de Laveleye les appelait chaque soir au poste de la B.B.C. Nous avons encore dans les oreilles cette voix ardente qui ponctuait chacune de ses allocutions optimistes d'un magnifique et imperturbable : « Courage, on les aura les Boches ! »

On les a eus, les Boches ! M. de Laveleye eut la joie d’assister à l'écroulement de ce régime nazi qu'il avait combattu dès avant la guerre en poursuivant, ici même, de ses attaques véhémentes et clairvoyantes, la caricature odieuse du nazisme que fut le rexisme.

M. de Laveleye joua un rôle politique dans les années qui précédèrent la guerre. Dans le second cabinet van Zeeland, il assuma les fonctions de ministre de la Justice en un moment particulièrement difficile.

M. de Laveleye rut aussi un brillant avocat et un grand sportif. C’est une belle figure de la démocratie belge qui vient de disparaître à l'âge de cinquante ans.


(Extrait de La Dernière Heure, du 19 décembre 1945)

In memoriam. Hommage à Victor de Laveleye

Victor de Laveleye était un vrai gentilhomme. C’est peut-être l'hommage le plus juste qu'on puisse rendre à cette nature ardente et généreuse, à ce noble caractère qui était incapable d'une lâcheté, d’une bassesse ou d'un détour.

Sa vie droite et transparente est une belle leçon de morale et de civisme, comme celle d'un amiral ou [un nom propre illisible] ou d un président Roosevelt. Nous ne savons pas, en vérité, de plus haut exemple de courage et de dévouement, de simplicité et de désintéressement.

Une vie droite et courageuse

Courageux, il le fut au feu quand, volontaire à dix-neuf ans, il fit une campagne magnifique que ses compagnons d’armes – des [un mot illisible], des sans-grades ) évoquent avec admiration.

Courageux, il le fut au travail, dans l'exercice de cette profession d’avocat qu'il aimait passionnément et qu'il pratiqua avec autant de [un mot illisible] que de conscience. Paul [un nom propre illisible] qui plaida avec lui dans procès de la Compagnie des Wagons-Lits contre la Mittel-Europae le tenait en particulière estime et lui prédisait le plus haut avenir.

Courageux, il le fut encore sur le terrain de la politique, où il combattait pour une idée avec le « fairplay » du grand sportsman qu’il était, ce qui lui assura la confiance de ses amis et le respect de ses adversaires. II assuma la présidence du parti libéral à une époque pour l'avenir du pays. Au temps de la fureur du rexisme, il affronta Degrelle dans un combat singulier qui se termina à son avantage. Et si ce dernier fut arrêté et finalement battu dans sa campagne démagogique, le mérite de la victoire revient principalement à Victor de Laveleye, qui sut mobiliser les forces de son parti, galvaniser les enthousiasmes et passer résolument à la contre-offensive.

Comme ministre

Comme ministre de la Justice dans le gouvernement qui suivit la défaite rexiste, il sut prendre ses responsabilités dans la question de l’amnistie, où il voyait une œuvre d’abaissement. Fort de cette conviction, il brava superbement l'impopularité d’un instant, en véritable homme d'Etat, car il était de ces gens, sans peur et sans reproche, qui ne reculent pas plus devant l’hostilité té des foules que devant l’ennemi. Ayant eu l'honneur d'être son collaborateur à cette époque, nous pouvons rendre témoignage du sens aigu de ses devoirs qu’il apporta à l’exercice de sa haute charge. Aucune raison politique ne pouvait déterminé à faire un acte nomination, par exemple – que sa conscience eût reprouvé. Et quand les jeux de la politique le poussèrent à abandonner un ministère où il n'eut pas le temps de mener une œuvre, il rentra dans le rang sans rancune et sans amertume. Car, s’il avait le goût de [un mot illisible] et l’ambition de l’Etat, il n’avait pas la vanité du pouvoir. Il avait sa plume de journaliste et ce n’est aux lecteurs de La Dernière Heure que nous rappellerons la qualité de ses articles.

Comme député

Il connaissait bien les problèmes de la politique étrangère, auxquels il [un mot illisible] toujours sa prédilection et qu'il [un mot illisible] avec une grande sûreté de jugement, une belle franchise et un constant souci d'objectivité.

Elu député de Bruxelles en 1939, il se signala tout de suite à la Commission des Affaires étrangères.

Enfin, la guerre vint. Il offrit de reprendre du service, ce qui lui fut refusé en raison de son Age. Il décida de servir quand même et il fut un des premiers à partir pour Londres où il organisa la section belge de la B.B.C.

Comme speaker

Ce que fut son rôle au micro, à cette grande œuvre quotidienne de la résistance morale à l'occupant, chacun le sait, car chacun l’écoutait, qui entendait notre langue dans tous coins de Belgique, de France et de Navarre. Le fameux V, devenu le signe de la victoire en marche, est de son invention. comme la célèbre formule : « Courage. on les aura les Boches. » Ce qu’on sait moins, ce sont les circonstances périlleuses et épuisantes de sa vie à Londres, où il laissa sa santé. Esclave du devoir, il fut à son poste d'émission, comme un soldat est à son poste de combat. Il ne connut ni trêve, ni repos, ni week-ends, ni congés, pendant quatre ans. Il méprisait la fatigue et le confort, comme il méprisait le danger en narguant les Stukas. Et jamais il ne parut plus grand à ceux qui le voyaient ainsi chaque jour pour faire la guerre des ondes et gagner la bataille des cœurs, en assumant toutes les responsabilités de sa lourde mission. Signalons qu'il était le seul étranger admis à siéger avec les Anglais au conseil des chefs de section de la B.B.C., où ses avis étaient particulièrement écoutés.

Au jour de la libération, il rentra au pays, discrètement, après un émouvant adieu à son cher micro.

M. Pierlot fit appel à lui pour la réorganisation du ministère de l'Instruction publique. II s'attela cette tâche, de toute son âme en rêvant d'une grande œuvre d’éducation nationale. Etait-il, en effet, plus beau champ d'action pour un homme de sa nature ? II prit des Initiatives hardies et heureuses, notamment en ce qui concerne les organisations de jeunesse.

Devant les coups du sort

Mais le mal dont il souffrait devait le clouer bientôt sur un lit de clinique. Il supporta l'épreuve avec une souriante résignation.

A peine était-il convalescent, qu'il fut blessé au cœur par la nouvelle de la disparition de son fils, Charles-Auguste de Laveleye, sergent à la R.A.F.. dont l’appareil avait été abattu au cours d'un raid au-dessus de Berlin.

Courageux toujours, il domina sa douleur pendant les semaines de cruelle incertitude qui attendaient la confirmation d’une mort glorieuse - en s'appuyant sur l'épaule d'une compagne dévouée, qui lui était infiniment chère, et de sa toute jeune fille.

Puis il partit pour San-Francisco comme délégué de la Belgique à la conférence des Nations-Unies. Il participa activement aux travaux préparatoires de la Charte et donna de nouvelles preuves de savoir et de sagacité.

Le mal fatal

Rentré au pays, il reprit le chemin d u Parlement. Mais le mal le guettait, inexorable, et ses traits émacies trahissaient son destin. II s'alita de nouveau, pour ne plus se relever cette fois. Il lutta vaillamment, jusqu'à la limite de ses forces, avec une foi qu'il puisait dans un optimisme foncier. Il y a quelques jours encore, malgré son extrême faiblesse, il nous entretenait des projets qu'il formait pour la prochaine campagne électorale qu'il croyait fermement mener aux côtés de ses amis, pour le triomphe de ses convictions démocratiques.

Un destin tragique enlève au pays un de ses citoyens d'élite qui n'aura pas pu, hélas ! donner la pleine mesure de ses dons exceptionnels.

Ceux qui eurent le privilège de son amitié entretiendront le culte de son souvenir. Le souvenir d'un noble cœur.

Robert FENAUX.


(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 14 mai 1937)

Ce n'est pas la première fois que nous consacrons notre première page à M. Victor de Laveleye. Quand il devint président du parti libéral, nous avons présenté à nos lecteurs ce « jeune espoir du vieux libéralisme. » Le voici ministre, ministre de la Justice. Saluerons-nous le soleil levant ? Ce n'est pas notre habitude. Seulement, on ne sait pas très bien si la lumière dorée qui auréole M. de Laveleye, ministre, est celle du soleil levant ou du soleil couchant.

Quand nous esquissions son portrait lors de son élection à la présidence du parti libéral, il était non seulement le « jeune espoir du vieux libéralisme » mais aussi celui du jeune libéralisme. Il apparaissait comme le prince d'une génération nouvelle, un prince éclatant et sonore.

« Si M. de Laveleye, disions-nous, avait été rexiste, socialiste, communiste ou même catholique flamand, le bruit qu'il eût ait n'aurait étonné personne. C'eût été un appel de trompette au milieu de beaucoup d'autres fanfares. Mais M. de Laveleye est libéral ; il a klaxonné dans le dortoir, jeté du picrate dans l'aquarium, piqué un tisonnier rougi dans le bloc du frigo. Son rêve est de décapitonner la chambre close où le vieux parti toussotait au coin du feu ; il mettra le vieillard debout, lui fera courir le galop de la désankylose. »

Et c'est pourquoi toute la jeune équipe le suivait ou l'accompagnait. Or, depuis qu'il est ministre, toute la jeune équipe le lâche ; c'est à l'appui, à la caution des vieux Sachems qu'il doit d'avoir échappé... de justesse au blâme rédhibitoire du parti indigné, et ce sont les jeunes, les modestes, les sans-grades, les « militants » de province, ceux-là mêmes qui, naguère, l'acclamaient comme leur chef, comme le futur leader du parti, qui le renient.

Il fut, durant huit jours, il est encore dans une certaine mesure le ministre aux outrages. Peu de ministres, et même peu d'hommes politiques en ont tant entendu : « Renégat, traître, vendu, arriviste. » Les ordres du jour de condamnation, sinon de flétrissure, sont arrivés des quatre coins de la province. Et à Bruxelles, les deux assemblées devant lesquelles il a eut à comparaître, ont peut-être été parmi les plus houleuses que le parti libéral ait jamais vues.

Il faut dire que la façon dont il était entré dans le ministère Van Zeeland était un peu... inattendue. Chargé par le parti de faire au premier ministre certaines conditions, le parti exigeait que le libéral appelé à remplacer M. Bovesse, fût un parlementaire, et un Wallon, décidé à combattre l'amnistie ; il sortait de l'entrevue le portefeuille sous le bras, lui qui n'est ni député ni sénateur, et qui n'est pas Wallon ; quant à l'amnistie, il se réservait d'étudier la question et d'agir selon sa conscience.

Comment les choses se sont-elles passées? Quelle fut au juste la conversation de M. Van Zeeland et M. de Laveleye? Comme elle n'eut pas de témoin, on ne le saura probablement jamais, mais vue schématiquement, l'histoire est de la meilleure comédie politique, du pur Rabagas. Evidemment... L'intérêt public, les considérations supérieures du salut national, la nécessité pour un homme d'Etat de s'affranchir de la tyrannie des clubs, de répudier l'absurde mandat impératif... Ce sont là d'excellentes raisons, mais pour les purs, d'autant plus purs qu'ils sont bien assurés que leur pureté ne sera jamais mise à l'épreuve, pour les petits camarades à qui le portefeuille eut pu revenir ou qui se l'imaginaient, ces excellentes raisons ne valent rien. Il n'y a que les principes : « Périssent les colonies plutôt qu'un principe », cet axiome sert toujours la loi des masses politiques irresponsables.

M. de Laveleye, d'ailleurs, a tenu tête à la meute avec un courage et un cran qui lui vaudra la sympathie des sportifs. Au cours de la bataille électorale contre Rex on l'avait vu toujours au premier rang, opposant la démagogie à la démagogie, pour la mieux combattre bien entendu, donnant de sa personne, ne ménageant ni son temps ni sa voix ; on l'a retrouvé le même quand une bonne partie de son propre parti s'est dressée contre lui. Cette séance du Conseil national du parti libéral nous a rappelé de bien vieux souvenirs : les représentations houleuses de « L'Ennemi du Peuple », de Ibsen, avec Lugné Poe et la figuration d'étudiants bénévoles qui eng... le docteur Stockmann, et cette forte parole du docteur ibsénien: « L'homme seul est fort. » Mais ce propos est plus philosophique que politique. Le spectacle de l'homme seul tenant tête à la foule est toujours admirable quand on le considère au point de vue esthétique ; il ne laisse derrière lui qu'un beau souvenir dans l'esprit de quelques artistes, à moins que l'homme seul, payant de son sang sa solitude, ne devienne un martyr dont un parti puisse se faire un drapeau.

Heureusement, l'aventure de M. de Laveleye ne s'est pas terminée ainsi. Tout porte à croire que les grandes colères vont s'apaiser. M. de Laveleye faisait partie d'une équipe, il ne fait que changer d'équipe ; mais l'événement, au point de vue de la psychologie politique de ce pays et de ce temps, suggère quelques réflexions.

* * *

La situation du ministère Van Zeeland est, en vérité, assez paradoxale. C'est un ministère tripartite où tous les partis traditionnels sont représentés avec un dosage assez exact et que préside un technicien de la finance et de l'économie qui, issu d'un milieu catholique et sincèrement catholique de conviction, est officiellement sans parti. Si l'on se place au point de vue de la pure doctrine, le gouvernement tripartite est déjà par lui-même une négation du régime parlementaire qui comporte essentiellement une majorité et une opposition constitutionnelle, l'une contrôlant l'autre : un Parlement sans opposition ne peut se concevoir qu'aux époques de crise et pour un temps relativement court ; s'il s'éternise, il ne tarde pas à apparaître comme une inutile machine préposée à enregistrer aveuglément tous les actes du pouvoir ou, pis, comme un syndicat de politiciens se partageant l'assiette au beurre. Mais - toujours si l'on se place au point de vue de la pure doctrine - le cas actuel est encore plus étrange. Le gouvernement Van Zeeland est composé de socialistes qui n'ont plus la confiance des masses socialistes, les libéraux qui ne peuvent plus paraître devant les assemblées de leur parti sans se faire emboîter, et de catholiques qui ne savent plus très bien ce qu'ils représentent, tant leur parti est divisé et décomposé. Dans ces conditions, le gouvernement devrait être en proie à l'anarchie la plus complète. Et cependant il dure. Il gouverne. Il ne gouverne même pas trop mal, car sans revenir à l'image un peu usée de l'oasis, il faut convenir que la situation de la Belgique est, tant au point de vue économique qu'au point de vue social, incomparablement meilleure que celle de ses voisins : point de grève, un chômage en régression, une incontestable reprise des affaires.

Cela tient sans doute en grande partie au prestige personnel de M. Van Zeeland. Il a été positivement plébiscité à Bruxelles et il vient de faire à Liége un voyage triomphal. Son prestige international est considérable et beaucoup de Belges en ont un peu la tête enflée. Cela tient aussi à ce qu'en réalité la crise n'est pas finie et que nous sentons confusément que nous avons encore besoin d'un ministère de salut public. Mais cela tient peut-être aussi à ce que le vrai parlementarisme a fait son temps.

* * *

Tout cela est très bien. Nous n'avons pas le fétichisme du Parlement. Mais il est assez comique que dans la lutte contre Degrelle. M. Van Zeeland soit a paru comme le défenseur du régime parlementaire dont son ministère est la négation et que secrètement il ne doit pas plus admirer que ne l'admire son adversaire.

Notons d'ailleurs que la formation de M. Van Zeeland est essentiellement antiparlementaire. C'est un professeur, un technicien de la finance. Or, le technicien, celui qui sait ce dont il parle, a instinctivement l'horreur, ou du moins la méfiance d'un système politique qui, par la seule vertu de l'élection, confère la compétence universelle à des gens qui, en réalité, n'en ont aucune. Aussi bien est-ce comme non-parlementaire, afin de remédier à une dangereuse pagaille parlementaire, qu'il fut appelé par le roi à reprendre les rênes d'un gouvernement défaillant. Comment accepterait-il d'un cœur léger de revenir à l'état de choses qu'il a été appelé à corriger ?

Seulement, et par ce trait, il apparaît comme beaucoup moins naïf en politique qu’on ne l'a dit et qu'il l'a peut-être volontairement laissé croire, il s'est bien gardé de faire un étalage de doctrine à la manière spectaculaire d'un Léon Degrelle. S'il arrive à détruire le régime parlementaire sous prétexte de le réformer, ce sera à la manière douce et sans que les parlementaires s'en aperçoivent. Serait-ce là le fond de sa politique, sa véritable arrière-pensée ? Pourquoi pas ? On lui prête l'intention, ou du moins le désir, de fonder une sorte de superparti, de parti national, qui grouperait autour de lui tous les hommes de bonne volonté. Fort bien ; les gens qui en ont assez de toutes les vaines agitations de ces dernières années ne demandent pas mieux, mais un superparti implique la disparition des autres partis; c’est le système allemand, le système italien, le système russe, le système Degrelle : un parti unique bénéficiaire du régime et sur lequel s'appuie un gouvernement de fait. Et n'oublions-nous pas que cela implique la suppression de la liberté de discussion et de la liberté de la presse ? Ce sont des choses auxquelles les membres du gouvernement ou du moins les personnalités agissantes du gouvernement, les Spaak, les De Man, les Van Ysacker, les Marcel-Henry Jaspar, qui forment le noyau du superparti, n'aiment sans doute pas à réfléchir, mais qu'il n'est peut-être pas encore interdit de leur rappeler.

* * *

Toujours est-il, qu'en agglomérant M. Victor de Laveleye à ce noyau du superparti, notre subtil Premier a peut-être bien fait un coup de maître en disloquant le parti libéral après tous les autres. Grand favori des clubs libéraux, adversaire éclatant du rexisme qui, quoi qu'on en dise, est la forme belge du fascisme, c'est-à-dire de l'antiparlementarisme international, le nouveau ministre de la Justice apparaissait, en effet, comme le suprême espoir du parlementarisme libéral. C'est donc un transfuge de marque et on comprend la fureur des clubs et de tous ces obscurs militants qui sont la force des clubs et qui croient encore aux principes et aux formules.

Le fait est que son cas personnel est tout à fait significatif. Il appartient à la même génération que M. Paul-Henri Spaak et sa conversion, ou si vous voulez son évolution, ressemble étrangement à celle de ce dernier. On raconte qu'un jour de confidences et d'abandon, notre jeune ministre des Affaires Etrangères, répondant à un ami qui faisait une allusion un peu ironique à son changement de front, aurait déclaré avec une franchise un peu cynique : « Que voulez-vous, j'étais ambitieux. Je voulais jouer un rôle dans la politique de mon pays que je croyais pouvoir servir. Mais, dans notre régime actuel, pour jouer un rôle, il faut d'abord entrer au Parlement. Il faut être d'un parti. Le parti catholique ? Quand on appartient à la famille Janson, il n'y a pas à y songer. Le parti libéral ? Toutes les avenues étaient bouchées par les beati possidentes, gens fort respectables d'ailleurs, mais fort solidement accrochés à leurs places et à leurs mandats. Il en était un peu de même dans le parti socialiste, mais là du moins on faisait place aux jeunes, parce que l'on créait une jeunesse extrémiste. J'ai été d'emblée à l'extrême du parti socialiste pour y tailler ma place. Une fois que j'ai été solidement installé, j'ai pu agir par moi-même et réaliser mes idées personnelles. Le propos, que nous tenons de seconde main, est peut-être inexact dans ses détails ; il est psychologiquement vrai. Un autre ministre de la même génération, un libéral celui-là, à qui on reprochait de faire de la démagogie, répondait : « Que voulez-vous, ce n'est pas notre faute si on nous a donné le suffrage universel : nous devons bien l'accepter tel qu'il est et le flatter pour nous en servir. »

M. de Laveleye n'a peut-être pas autant de franchise ni de cynisme, mais il doit penser à peu près de même. On lui prête ce mot: « Je n'ai pas voulu manquer l'occasion de devenir un homme d'Etat. Un homme d' Etat, c'est un homme politique qui sait appliquer ses principes aux circonstances. »

Pourquoi M. de Laveleye, le ministre aux outrages, ne deviendrait-il pas un homme d'Etat, un homme d'Etat d'après la formule du « Brain Trust » de M. Roosevelt et de M. Van Zeeland ? Il suffit pour cela qu'il dure. Il serait dommage qu'au début il trébuchât sur une pelure 'd'orange. Malheureusement l'affaire de l'amnistie est une pelure d'orange de dimension. Pour ses débuts, il a à concilier l'eau et le feu, le patriotisme et la réhabilitation de la trahison, M. Van Cauwelaert et les anciens combattants.

S'il y réussit, tous les espoirs lui sont permis. S'il échoue... il aura du moins la gloire d'avoir risqué une forte partie...


(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 10 novembre 1944)

Victor de Laveleye. Courage, on les aura, les Boches !

Tous les jours, à 7 h. 1/4, les Belges, - les vrais, car il y en avait malheureusement qui ne l'étaient pas ! - les Belges de partout, tournaient le bouton de leur poste avec satisfaction.

A la même heure, dispersés dans bien des pays du monde ou enfermés dans leur logis par les liens de la Gestapo que l'on sentait présente même quand elle n'était pas agissante, les Belges de partout se rapprochaient dans la même pensée. Et ils n'étaient pas seuls car bien des gens d'autres pays partageaient cette pensée. Seulement, ceux qui n’étaient point Belges disaient : « On va écouter les Belges » tandis que ceux qui étaient Belges disaient : « On va écouter Victor ».

Celui qui allait parler et dont les ondes de la B.B.C. apportaient à tous, comme une manne, la voix un peu frottée d'accent brabançon, était devenu leur camarade, leur copain. On s'asseyait autour du poste comme autour d'une table à laquelle a pris place un ami familier, qui va raconter des histoires. Victor les racontait, avec bonhomie, avec émotion, mais sans souligner exagérément ses sentiments. II n'ignorait pas qu'il parlait à des gens sensés, d'esprit posé et enclins à la critique, des gens à qui « on ne la fait pas ». Victor savait ce qu'il devait dire et il le disait comme il fallait. Ses commentaires étaient clairs et mesurés.

De la propagande, disaient ceux qui, en Belgique, avaient pris le parti de traiter d'anglophiles, c'est-à-dire de prostitués, tous ceux qui n'étaient pas germanophiles. Sans doute, Victor ne parlait-il pas pour s'abstenir de propager ses idées. Mais quand, en tournant un peu plus le bouton ou en changeant d'ondes, on comparaît le commentaire de Victor à celui de Radio Bruxelles ou de Radio Vichy, on se disait tout de même, qu'il y a propagande et propagande et que, parmi tant d'éloquence, il en était une qui avait un accent de vérité et que c'était celle de Victor. On s'était accoutumé à lui à cause de cet accent-là, celui de la vérité, frère de son accent quelquefois bruxellois.

Et comme on attendait la fin du discours ! Quand il avait dit : « Courage et confiance ! On les aura, les Boches ! », on se sentait réconforté. Quelle que fût la noirceur du temps et des nouvelles, on souriait à l'écouter prononcer te mot de « Boches» avec une colère, un mépris et une certitude tels qu'on savait bien que Victor avait raison.

On les a eus. Vraiment non, Victor n'a pas menti !

* * *

Il n'était pas né pour être speaker radiophonique. Plaider, prononcer un discours, faire du sport et l'organiser, c'était son job. Mais radiophoner ! Comment cela lui est arrivé ? En suivant les voies de l'exode. Comme bien des gens. Mais heureusement, tout le monde n'est pas devenu speaker radiophonique. Sinon, on ne parviendrait plus à s'entendre du tout.

Au soleil de juin 1940, un homme se trouvait perplexe à Perpignan. C'était M. de Laveleye. (A ce moment ses intimes étaient seuls à l'appeler Victor ! ) Qu'allait-il faire ? Rentrer en Belgique eût été mal indiqué pour celui qui avait mené si dure campagne contre le Rexisme et le Gros Léon. Mais M. de Laveleye ne pensait pas au passé. Il pensait au présent. Un aviateur belge était là : « Venez avec nous en Angleterre !...» Ils partirent et trouvèrent quelques bateaux anglais à la rive : deux torpilleurs et un paquebot. Cette flottille prit à bord un chargement composé dé Tchèques, de Polonais, de quatorze aviateurs belges et de quelques civils. M. de Laveleye était de ceux-ci. On gagna Gibraltar, l'on attendit un jour et une nuit pour faire convoi. Un charbonnier abritait déjà bon nombre d'Anglais de La Riviera, en route pour leur pays. Somerset Maughan, noir de poussière, y était assis philosophiquement sur un bloc d'anthracite. Ce convoi prit la mer et, au bout de quinze jours, tout le monde débarquait à Liverpool.

La police qui s'était jusqu'à ce •moment montrée très débonnaire, commença ses interrogatoires. Celui de M. de Laveleye fut raccourci par l'intervention opportune d'un policier belge, attaché au Service anglais. II partit tout de suite pour Londres où il retrouva quelques compatriotes autour de l'ambassadeur Cartier de Marchienne. Julius Hoste et Camille Huysmans étaient venus pour lui serrer la main.

Qu'allait-il faire ? Pendant quelque temps il s'occupa, avec ses amis, des réfugiés et, grâce à un jeune homme d'affaires belge qui s'est montré très dévoué pour ses compatriotes, M. Armand Dutry, ils purent donner du travail à certains d'entre eux. Mais M. de Laveleye avait un autre destin de guerre.

II rencontra vite M. Cecil de Sausmarez, qui en décida. Cet intellectuel bien britannique, malgré un nom qui pourrait être ibérique, avait exercé à Bruxelles les fonctions d'attaché de presse. II avait appris justement ce matin-là que la B.B.C. désirait créer une émission belge. « Voulez-vous vous en occuper ? » M. de Laveleye, fort interdit et pris sans vert, n'eut pas le temps d'hésiter. II accepta.

Le hasard, qui le servait décidément, lui permit de trouver aussitôt le coéquipier flamand indispensable qui se révéla tout de suite excellent : Fernand Geerstens, professeur de Librairie et d'imprimerie à l'Institut de l'Abbaye de la Cambre, à Bruxelles. A eux deux, aidés d'un certain nombre de collaborateurs, ils mirent sur pied la Radio belge de Londres. Des spécialistes ? II n'y en avait guère parmi eux. M. Geerstens était, il est vrai, attaché à I'I.N.R. Mais c'était pour les éditions et non pour les émissions ! Tout marcha cependant pour le mieux et le 28 septembre 1940, jour anniversaire de l’offensive libératrice de l'autre guerre, naissait pour les auditeurs de la radio, Victor, que les dieux déposèrent ainsi dans le berceau des ondes britanniques.

* * *

La Radio belge était indépendante du Gouvernement Pierlot, ce qui ne l'empêchait pas de bien s'entendre avec lui. La B.B.C. n'était d'ailleurs elle-même rattachée depuis la guerre au Cabinet Churchill que par un accord informulé pour la propagande. Les Belges travaillaient naturellement avec leurs collègues anglais. Mais combien ceux-ci étaient faciles à vivre, pondérés et obligeants ! La B.B.C. est une véritable synthèse de l'intelligence britannique, de son humanisme, de sa tolérance.

Chaque jour, vers 5 heures, une conférence réunissait ceux qu'on appellent les « chefs de régions », c'est-à-dire nationales. Les nouvelles étaient apportées par chacun et le directeur du Service anglais, Noel Newson, grand liseur de journaux, était l'un des plus abondants fournisseurs de « big news ». La discussion permettait notamment de décider si une affaire était d'intérêt limité ou si tout le monde y trouvait son profit. Puis chacun s'en allait et les émissions se succédaient, dans des langues différentes. Victor suivit ainsi le sort de la B.B.C. tout entière. D'abord groupés à Portland Place, non loin d'Oxford Circus, les services furent ensuite dispersés, après un bombardement dont les souffles avaient causé des morts et des dégâts. Cette dispersion des services éparpillait les risques mais elle rendait le travail malaisé, en raison des difficultés de transport. Plus tard tout fut réuni à Bondham, dans le Strand et c'est de très haut que Victor pouvait parler au monde et dire aux Belges « qu'on les aurait, les Boches ! ».

Si vous demandez à M. de Laveleye comment ce slogan qui a fait fureur, est sorti du cerveau de Victor, il vous répondra, en souriant : « C'est un plagiat ! ». Et savez-vous qui Victor a plagié ? II vous le donne en mille : le Maréchal Pétain. A la veille de l'offensive de Verdun, celui-ci a publié un ordre du jour qui se terminait par ces mots : « On les aura. » Il n'a pas ajouté « Les Boches », laissant à Victor le plaisir d’être plus complet que lui. Et, pendant cette guerre-ci, le Maréchal ne les a pas eus !

Ce slogan-là, œuvre de Victor, est strictement belge. II en est d’autres qui sont internationaux ou plutôt qui sont devenus. Mais eux aussi sont nés belges, strictement belges. Le V, le fameux V que tous les soldats britanniques nous mimaient en passant, du pouce et de l'index tendus, bien des gens croient que c'est une invention de Winston Churchill. Eh bien non ! C'est une création de Victor. Il a trouvé un jour que les enfants belges avaient un trop long travail d'écriture quand ils griffonnaient R.A.F. sur les murs ou sur les autos allemandes. R.A.F c'était trois lettres. Victor a donc inventé le V. Le V, ce n'était pas seulement l'initiale de Victor, c'était celle de Victoire, de Victory, de Vrijheid. Cette lettre s'est mise à courir le monde. II y eut bientôt des V partout et à New-York on vendait des cigarettes V et des soutien-gorge V. Mais à son origine, ce V est belge et son père est Victor. Cette fois, c'est Hitler qui a plagié Victor, en lançant son V.1.

* * *

Le voici rentré. II a cessé d'être Victor tout court. II redevenu Victor de Laveleye. Et le sport qu'il pratique, - puisqu'on sait que c'est un sportif - c'est la natation. Il nage à grandes brasses dans cet océan qui est l'Instruction publique en Belgique. Souhaitons qu'il réussisse sa traversée... Et souvenons-nous du temps où nous n'étions pas libres et où Victor nous persuadait qu'on le serait bientôt et qu'on les aurait, les Boches !


(Extrait du Face à Main, du 17 février 1945)

Un malchanceux

Le malchanceux du cabinet Pierlot a été sans conteste M. Victor de Laveleye. A peine avait-il ouvert les dossiers de son administration, installé les Etats-Généraux de la Jeunesse et pris diverses mesures en vue de l'épuration du Département qu'il tomba malade, dut subir une grave opération chirurgicale et, après une assez longue convalescence, se retrouva juste sur pied pour apprendre, le jour-même, qu'il était... démissionnaire ! Sic transit...


(FENAUX, R., de Laveleyye, Victor, dans Biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1967, t. 34, col. 549-552)

LAVELEYE (Victor-Auguste de), avocat, homme politique, speaker de Radio Belgique à la B.B.C., (British Broadcasting Company), né à Bruxelles, le 6 novembre 1894, décédé à Bruxelles le 14 décembre 1945.

Victor de Laveleye est un enfant de Bruxelles né d'un père banquier et d'une mère appartenant à une vieille famille anversoise. Il était le petit-neveu du baron Émile-Louis-Victor de Laveleye, le publiciste et économiste liégeois. Il a laissé le souvenir attendri de ses années de jeunesse avant l'autre guerre : l'école de la rue de Dublin, l'Athénée de la rue du Chêne, l'ancienne Université de la rue des Sols, la Galerie Bortier, où il errait dans la foule confuse des vieux bouquins, la Bibliothèque Royale où il dévorait Pirenne et toute notre histoire nationale, les petits cafés de la rue de la Putterie où l'on servait du faro à deux sous, le « Léo », le grand club sportif du Sukkelweg, à Uccle, où il faisait ses muscles de jeune champion. A seize ans il force déjà l'atte ion de ses maîtres par des dons étonnants. Rhétoricien, il gagne le pari de préparer du jour au lendemain une conférence de deux heures sur Bossuet. Une autre fois, il a l'audace de pasticher un acte de Molière. Bien doué, il tâte de la peinture et de la sculpture avec talent. Il cultive aussi les Muses et s'essaye très tôt au journalisme.

La guerre interrompt ses éludes de droit en fin de candidature. Engagé volontaire, combattant de l'Yser, pilote d'aviation, l'armistice venu, il achève ses études et entre au barreau. Paul Hymans le distingue et s'assure sa collaboration dans un grand procès international - la Société Européenne des Wagons-Li(s contre la Société allemande Mittel-Europa - qu'ils gagnent brillamment ensemble devant la Cour de La Haye. En 1923, il épouse Renée Hubert, d'Arlon, et deux enfants naissent à ce foyer heureux. Le sport est le dérivatif de ses occupations professionnelles : il le pratique en international du tennis et du hockey.

Puis son tempérament combattif et sa passion des idées le poussent vers la politique. L'idéal du libéralisme répond à ses aspirations. Il le conçoit comme une synthèse harmonieuse des droits de l'homme et des besoins de la société. Il croit fermement à la supériorité du régime parlementaire. Ses convictions sont profondément démocratiques. Il fait ses premières armes au Conseil communal de Saint-Gilles. Chroniqueur et conférencier de talent, rapporteur de la Commission des Affaires étrangères du parti libéral, l'actualité internationale l'attire plus particulièrement.

En 1936, les jeunes le hissent à la tête de son parti dans un grand mouvement d'enthousiasme. C'est l'époque du rexisme, qu'il combat vaillamment. Ministre de la Justice l'année suivante, l'amnistie du docteur Martens, qu'il accorde dans une pensée d'apaisement, lui coûte son portefeuille. Il rentre alors dans le rang, sans rancune. Quelques beaux discours, notamment celui prononcé au meeting du 22 décembre 1937 au Rubenspaleis, organisé par l'Association libérale et constitutionnelle d'Anvers (Face au nouveau Moyen Age, Anvers, Imprimerie J. De Volder, 1938, 16 p.) et une conférence sur Le roi Albert faite au Cercle du Libre Examen de l'Université de Bruxelles (Bruxelles, Imprimerie médicale et scientifique, 1938, 31 p.) le rappellent vite à l'attention respectueuse du public.

Speaker de Radio Belgique à la B.B.C., pendant quatre ans, jour après jour, sans répit ni faiblesse, aux heures sombres comme aux heures claires, il fait héroïquement la guerre des ondes en méprisant les dangers qui l'entourent et le mal qui déjà le ronge. Ses commentaires des nouvelles, qui s'adressent à ses compatriotes occupés, étaient toujours des modèles de sobriété, de pondération et, pour tout dire d'un mot, de probité dans la tâche si ingrate d'informer, d'avertir, de dénoncer et de réconforter en essayant de ne jamais manquer à la vérité ni à l'équitén sous le signe du V fameux et authentiquement sien, que Churchill a rendu illustre par emprunt.

On trouvera le recueil de ses meilleures émissions dans Ici Radio Belgique. Les meilleurs commentaires de Victor Laveleye, recueillis et introduits par Robert Fenaux, préface de Paul-Henri Spaak, Bruxelles, Ad. Goemaere.

La guerre finie, il rentre au pays chargé d'idées et de projets. Sa popularité est énorme. Sa santé exige du repos, mais il ne pense qu'à l'action. Il accepte le portefeuille de l'Instruction publique dans le Cabinet Pierlot. Sa première décision est de créer le Conseil national de la jeunesse. Mais bientôt ses forces le trahissent. Frappé physiquement par la maladie, moralement par la disparition de son fils unique en service à la R.A.F., il trouve encore le souffle de participer activement à l'élaboration de la Charte des Nations-Unies à San Francisco. C'est le dernier acte de sa vie publique. De retour au pays il s'alite pour ne plus se relever. La Belgique perd un de ses plus grands citoyens.

Victor de Laveleye est l'auteur de plusieurs chroniques et articles publiés entre 1926 et 1940 dans Le Flambeau (politique étrangère) et dans Le Soirr (politique intérieure et internationale) et d'un article paru dans l'Expansion belge (septième année, n° 5, mai 1914, p. 306-309) : Un peu d'histoire. Les voyages diplomatiques de Marnix de Ste-Aldegonde.