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Crokaert Paul (1875-1955)

Portrait de Crokaert Paul

Crokaert Paul, Gustave, Corneille catholique

né en 1875 à Bruxelles décédé en 1955 à Bruxelles

Ministre (colonies et guerre) entre 1931 et 1932

Biographie

(Extrait du Standaard, du 6 avril 1955)

De gewezen katholieke minister Paul Crokaert is Maandagavond, na een langdurige ziekte, te Brussel op tachtigjarige leeftijd overleden.

De h. Crokaert die tussen beide wereldoorlogen een opvallende figuur was in onze politieke wereld promoveerde in de rechten te Leuven in 1898. Hii was een van de oprichters van het Algemeen Belgisch Studentenverbond. Aan het toppunt van een schitterende loopbaan aan de Brusselse balie werd hij in 1929 toe stafhouder verkozen.

Omstreeks 1902 begaf hij zich in de politiek onder de leiding van wijlen Jules Renkin. In 1914 volgde hii de regering naar Le Havre en in 1920 werd hij als vertegenwoordiger van de christen-democraten tot raadsheer benoemd bij het ministerie van Arbeid en tot van de Hoge Arbeidsraad.

In 1925 stichtte hij een groepering voor de middenstand en in 1929 werd hij voor de eerste maal verkozen tot senator. Toen in 1931 de h. Renkin met de regeringsvorming werd belast, trad de h. Crockaert in de regering ais minister van Koloniën.

Bij een kabinetswijziging in 1932 ging hij over naar Landsverdediging. In die hoedanigheid was hij verantwoordelijk voor het optreden van de regering tegen een heftige agitatiebeweging in de Borinage en verhinderde hij een marsj op Brussel.

Na ziin ministerschap werd de heer Crokaert de invioedrijke voorzitter van de katholieke associatie der hoofdstad. Als senator placht hij van leer te trekken te. gen de Haute Finance. tegen de « geldmuur ». De Rexisten sloegen dankbaar munt Ilit zijn redevoeringen de Senaat. In 1936 koos de h. Crokaert echter partij tegen Degrelle toen deze de rexistsche gekozenen van het arrondissement Brussel ontslag deed indienen en zelf als candidaat optrad bij de daaropvolgende tussentijdse verkiezing waarbij de h. Van Zeeland zich in de strijd wierp als candidaat van de grondwettelijke partijen.

De laatste groepering die zich in dit politiek tweeeevecht uitsprak, was de katholieke burgerkring van Brussel en toen eindelijk in de senaat de h. Crokaert tijdens een grote rede tegen het rexisme partij koos voor de h. Van Zeeland, werd aan het rexisme in de hoofdstad een grote slag toegebracht.

De h. Crokaert schreef ook verscheidene boeken, onder meer over de oorlog van 1914 en de hervorming van de Staat.

Hij was ere-voorzitter van de internationale advocatenunie en van het Belgisch nationaal middenstandsverbond.


(Extrait du Courrier d’Afrique, du 8 avril 1955)

Cette semaine, s'est éteint, en Belgique, Paul Crockaert, ancien ministre des Colonies.

Avec lui disparaît non seulement une figure marquante du Barreau, de la politique, du monde colonial, mais aussi toute une époque.

Dès le début d'une longue carrière, il aura été un chef de file.

Avocat avant tout, son talent et son prestige lui valurent la joie et l’honneur d'être bâtonnier de l'Ordre des Avocats.

Il débuta jeune dans la vie politique à l'école de Jules Renkin. Son activité s'y déploya surtout dans le domaine social.

Décidé à mettre en pratique « Rerum Nomarum », il créa œuvres et organismes sociaux.

En 1929, il fut élu sénateur.

Disciple de Jules Renkin, à son contact, Paul se passionne de bonne heure pour les problèmes coloniaux. En 1931, il était appelé à prendre le Département des Colonies, dont il fut le onzième ministre. II garda ce portefeuille pendant un an, et apporta des réformes administratives et notamment judiciaires en matière coloniale.

Avocat, homme politique et d'œuvres, écrivain, il aura déployé dans tous les domaines une activité débordante et généreuse.

De grande stature, le visage énergique, d'un abord froid, Paul Crokaert était néanmoins un homme joyeux parmi ses amis, maniant l'humour avec talent.

La Belgique et l'Eglise Catholique perdent en lui un homme éminent.


(Extrait du Soir, du 6 avril 1955)

M. Paul Crokaert, ancien ministre et ancien bâtonnier de l'Ordre des avocats de la Cour d'appel, est mort lundi soir, à Bruxelles, à l'âge de 80 ans.

M. Paul Crokaert était né à Bruxelles le 1er décembre 1875. Ancien sénateur, il fut ministre des Colonies dans le cabinet J. Renkin. du 6 juin 1931 au 23 mai 1932, puis ministre de la Défense nationale dans le même cabinet jusqu'au 22 octobre 1932. Il était président honoraire de I'Union internationale des avocats et de la Fédération nationale des classes moyennes de Belgique.

On lui doit plusieurs ouvrages, notamment l’Immortelle mêlée, (l'épopée belge militaire de 1914), Brialmont : éloge et mémoires , la Réforme de l'Etat.


(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 11 septembre 1925)

Rien n'est plus rare qu'une véritable vocalion. Le futur grand peintre qui, tout petit, ne peut s'empêcher de crayonner sur les murs, le grand capitaine qui apprend à commander aux armées en bataillant contre ses camarades dans la cour du collège, appartiennent à la légende. Tous les galopins du monde ont crayonné sur les murs, et ils ne sont pas tous, heureusement, devenus peintres ; tous les petits garçons bien portants se sont battus arec leurs camarades et ne sont pas devenus des Alexandres.

Et pourtant, cela existe, la vocation. Il y a des hommes qui semblent nés pour un certain ordre d'activité, qu'une science, un art, un métier passionnent exclusivement. Il y a des vocations financières : on connaît des banquiers, dont on raconte avec admiration qu'étant au collège, ils prêtaient à la petite semaine. L'esprit processif, qui fait les bons acocats, s'observe chez les enfants tout petits ; et, quand il apprenait ses lettres, le triple comte Poullet devait déjà se hausser du col comme quelqu'un qui sait qu'il aura un jour des armoiries. Mais jamais vocation ne put être aussi caractérisée que celle de Paul Crockaert.

A l'âge de la première culotte, il ne connaissait déjà d'autre jeu que celui des soldats de plomb. Ses premières lectures, à ce que nous assure un de ses amis que nous voulons croire, ne furent ni Le Petit Poucet, ni les Mémoires d'un Ane, ni le Robinson Suisse ; ce fut l'Histoire de Napoléon. A l'âge où les petits garçons bien doués rêvent de devenir de grands hommes, Paul Crockaert, dans son imagination, faisait manœuvrer des régiments. Or, l'ironique destinée, lui ayant donné une santé délicate, en a fait un avocat et un journaliste.

Comme journaliste, du moins, il put contenter, dans une certaine mesure, ses aoûts militaires, d'abord en se spécialisant dans les questions qui touchent à l'armée, mais surtout en suivant les grandes manœuvres.

Ces grandes manœuvres davant la guerre, sont, pour la plupart de nos confrères, un des meilleurs souvenirs professionnels. Aux yeux de la plupart d'entre eux, c'étaient de véritabtes parties de plaisir, des vacances « à copie ». Pendant une huitaine de jours, on se promenait par les champs et les bois, entre camarades, en auto ou à bicyclette, on se rencontrait dans de bonnes auberges, où l'on déjeûnait joyeusement. Quant à la copie, on recevait de l'officier chargé de ce soin, le « thème » de la manœuvre, puis, autour, on brodait de la prose plus ou moins fantaisiste, on brossait des tableaux militaires, on recueillait ou on inventait des anecdotes. Quant à l'enseignement militaire des manœuvres, on s'en souciait comme une cigogne de billets de concert. A quoi bon chercher à comprendre, puisque, tout de même, le lecteur n'y comprendrait rien? D'ailleurs, les manœuvres, n'est-ce pas, « la petite guerre », comme on disait, c'était une plaisanterie, une façon d'occuper les militaires. Paut Crockaert, lui, prenait les manœuvres au sérieux ; il étudiait le thême sur des cartes, se retrouvait dans les mouvements stratégiques, les commentait avec une rare intelligence, et faisait la critique des opérations aussi bien, sinon mieux, que les professionnels. Les confrères souriaient, se servaient parfois de sa science, mais le considéraient comme un doux maniaque : prendre l'armée au sérieux, quelle idée, dans un pays neutre comme la Belgique ! Hélas ! la suite de l'histoire a démontré que c'est Paul Crockaert qui avait raison.

* * *

Vint la guerre... Paul Crockaert, qui, entre deux manœuvres, avait fait du Barreau avec succès, de la politique avec conviction - il était à l'aile gauche démocratique du parti catholique - se trouva emporté, lors de l'invasion, dans les bagages du Gouvernement jusqu'au Havre. Il ne pouvait être question, pour lui, d'entrer dans l'armée, sa santé le lui interdisait, mais il eût fait un merveilleux correspondant de guerre. Seulement, au début de la guerre, il n'y avait pas de correspondants de guerre ; tout au plus, permettait-on aux journalistes de commenter le communiquë. Et puis, dans les bureaux du Gouvernement, on avait besoin de Paul Crockaert. Or, si Paul Crockaert a la passion de l'armée, ce n'est pas une passion de dilettante. Certes, le jeu militaire l'intéresse par lui-même, mais encore veut-il qu'il serve la patrie. Ne pouvant servir le pays comme soldat, il entendait le servir comme journaliste, comme juriste, comme fonctionnaire. On sut fort bien l'employer. Mais, comme tous ceux qui avaient le service national dans l'âme, il ne se trouva pas là au moment où ses services devaient recevoir leur récompense. Et, quand on revint au pays, Paul Crockaert se retrouva avocat comme devant.

Au fait, en dehors du métier de général, c'était celui qui convenait le mieux à son esprit d'indépendance. Car ce catholique discipliné a une horreur native de cette discipline de Comité qui, dans notre pays surtout, est indispensable à ceux qui veulent réussir en politique ou qui tentent d'édifier un avenir administratif sur la politique.

Voilà donc Paul Crockaert redevenu avocat comme tout le monde, et de telle manière que le Barreau eût pu suffire amplement à son activité. Mais, comme la passion des choses militaires te tenait toujours, il a trouvé le moyen de la satisfaire en faisant de l'histoire : il s'est fait l'historien du seul général belge d'avant la guerre, dont le nom a dépassé nos frontières : Brialmont.

* * *

C'est une singulière figure que celle de ce général Brialmont, qui avait peut-être le génie d'un grand chef de guerre, qu'animait le plus ardent patriotisme, et dont la destinée voulut qu'il n'eut jamais une armée à commander. On dirait qu'une fée maligne intervint à son berceau pour empêcher les bonnes fées qui l'avaient si magnifiquement doué, de le servir jusqu'au bout. Il passa toujours à côté des circonstances qui permettent aux grands hommes d'être de grands hommes. Né pour commander des armées, il appartint à un pays neutre qui ne voulait pas d'armée. Ingénieur militaire d'une réputation universelle, il construisit, dans les Balkans et dans son propre pays, des forteresses admirables, mais qui ne devaient servir à rien, parce que, quand le moment vint de les employer, on avait inventé des canons qui réduisaient toutes les forteresses en poudre. Homme politique, ministre de la guerre, magnifiquement dévoué à son pays et à son roi, il passa sa vie à prêcher à ses compatriotes une réorganisation de la défense nationale qui leur eût peut-être épargné bien des larmes, mais à une époque où personne n'était capable de l'écouter. Est-il une destinée plus mélancolique ?

Or, aux Champs-Elysées, du moins, l'ombre du général Bialmont, si elle est en communicalion avec notre terre, aura eu la consolation de voir que quelqu'un l'a compris et l'a fait compréndre. Le livre que Paul Crockaert lui a consacré, et qui, outre les mémoires du feu général, comprend un éloquent éloge, est un véritable monument. Ce n'est pas seulement la cordiale, intelligente et sympathique figure de Brialmont que Crockaert y fait revivre : c'est toute une période de l'histoire belge, cette période de l'organisation nationale qui, certes, ne fut pas sans grandeur, qui nous a valu plus de quatre-vingts ans de bonheur, mais où l'on voit se développer tous les germes de discorde qui nous causent nos difficultés d'aujourd'hui. Sur bien des points, Briatmont eut, de l'avenir, une vision divinatoire. Paul Crockaert nous le fait voir, ct c'est ce qui rend son livre plein d'enseignements.

* * *

L'esprit public, en ce moment, est plutôt sombre. Les déceptions d'une paix mal faite, l’incapacité des gouvernants qui n'arrivent ni à imposer la paix, ni entre Flamands ni entre Wallons, ni entre employeurs et employés, l'impression angoissante qu'on a de voir la Beigique ballottée au gré des grandes puissances, dont aucun bon sens ne gouverne plus les caprices, tout invite l'honnête citoyen, l'homme dans la rue, à jeter le manche après la cognée et à tirer le plus de jouissances possibles dè l'heure présente, en attendant le mauvais jour suivi d'un plus mauvais soir. Dans un tel état d'esprit, la lecture d'un livre comme le Brialmont de Crockaert est un excellent tonique. Il apparaît comme le commentaire de la fameuse devise du Taciturne : « Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre, ni de réussir pour persévérer. » Cette decise, hélas, n'est-elle pas celle des patriotes qui voient leur pays déchiré, divisé, joué par ses propres politiciens et par ceux des pays voisins ? Il a des moments où, quand on ne veut pas vivre au jour le jour sans pensée, le seul refuge est le passé...