Charles Paul, Marie, Joseph (indéterminée)
né en 1885 à Bruxelles décédé en 1954 à Saint-Josse-ten-Noode
Ministre (colonies) entre 1931 et 1935(Extrait du site de la Banque Centrale du Congo (liste des gouverneurs) (consulté le 6 avril 2026)
Paul-Marie CHARLES. Il est né le 28 avril 1885 à St-Josse-ten-Noode.
Docteur en droit de l’Université de Louvain, il a débuté sa carrière dans la magistrature. Il a été tour à tour Substitut du Procureur du Roi à Mons (1911), à Bruxelles (1913), Auditeur Militaire en campagne (1914-1918), Premier Substitut du Procureur du Roi à Bruxelles (1920) et Substitut du Procureur Général près la Cour d’Appel de Bruxelles (1924). Puis, il a orienté sa carrière vers le Congo Belge. Il a été successivement Conseiller juridique au Ministère des Colonies et Professeur à l’Université Coloniale d’Anvers (1925) ; Chef de Cabinet du Ministre des Colonies (1927) ; Secrétaire Général du Département des Colonies (1929). Entre 1929 et 1934, le Roi Albert 1er lui a confié la formation coloniale du prince royal. Il a été appelé au gouvernement et a occupé à deux reprises le poste de Ministre des Colonies. Entre les deux mandats, il a exercé les fonctions d’Administrateur-Général des Colonies et Chef du personnel de ce ministère depuis le 27 juin 1931.
Le 13 janvier 1938, il fut nommé Président du Conseil d’Administration de la Banque du Congo Belge, puis Gouverneur de ce précurseur de l’Institut d’Emission. A ce titre, il siégeait au Conseil de Régence de la Banque Nationale de Belgique. Il était aussi Président de l’Office d’Exploitation des Transports Coloniaux (OTRACO), Président de la Royale Union Coloniale Belge, Président de l’œuvre de Saint Vincent de Paul et de la Fondation Damien, Membre du Conseil Colonial depuis 1940.
Il est décédé le 6 avril 1954.
(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 14 mars 1930)
S'il est un ministère qui doit être mis à l’abri des sautes de vent parlementaires et... financières, c'est bien le ministère des colonies. Il doit aussi, d'ailleurs, être mis à l'abri des convoitises de nos démagogues flamingants qui, dit-on, n'auraient pas demandé mieux que de mettre la main dessus parce que de lui dépendent bon nombre de places d'administrateurs et de prébendes financières. ce qui est fort utile quand il s’agit de s'assurer une majorité. On assure que c'est pour cela que M. Jaspar s'est décidé à le reprendre en main lui-même. C'est pour cela aussi qu'Il s'est adjoint en qualité de secrétaire général, c'est-à-dire, en somme, de vice-ministre non parlementaire. M. Charles.
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Ce n'est pas un colonial. Aussi, bien qu'en réalité, cette nomination récente ne fut que la consécration d’un état de fait, car ce n'est pas d'hier que M. Charles est l'âme administrative du ministère des Colonies, a-t-elle provoqué quelques protestations.
« Eh bien, a-t-on dit, et les compétences ? C'est toujours la même chose. Il fallait un calculateur ; c'est un danseur qui obtint la place. »
Mais on commence à revenir de celte confiance dans les « compétences » qui servit tout un temps de thème aux critiques d'ailleurs généralement justifiées que l'on fait du régime parlementaire. On s'est aperçu qu'an danseur intelligent valait souvent mieux pour diriger, fût-ce les finances de l'Etat, qu'un calculateur obtus. Trop souvent les compétences ne voient que leur spécialité : on connaît l'histoire de ce savant ingénieur français dont on fit, dans nous ne savons plus quel cabinet, un ministre des travaux publics, a cause de sa compétence. Jamais ministre ne fit un fiasco plus complet ; les dossiers moisissaient sur le bureau de ce grand laborieux parce qu'il ne pouvait pas s'empêcher de refaire lui-même tous les calculs. En somme, ce qu'il faut à ceux qui sont appelés à diriger les affaires publiques, c'est une méthode de travail. La plus mauvaise est peut-être la méthode scientifique qui est trop minutieuse et trop rigide ; la meilleure est malgré tout celle de l'avocat qui est la plus souple et la plus vivante ; l'étude d'une affaire, c'est toujours l'étude d'un dossier. Et tout comme un dossier, une affaire d'Etat doit être examinée avec partialité.
M. Charles a été avocat, puis magistrat. Il débuta dans la carrière à Mons, comme substitut. Certes. ce Bruxellois - il est né à Saint-Josse - n'eut pas temps de passer « « Montois cayaux » mais on se souvient à Mons qu'il occupa plusieurs fois le siège du ministère public à la Cour d'assises du Hainaut. Vers la fin de 1913, il passe à Bruxelles.
La guerre éclate. Jeune encore et plein d'enthousiasme patriotique, il se précipite vers le bureau de recrutement. On lui répond que la place des magistrats n'est pas au front mais sur leur siège, fût-ce, comme c'était le cas pour Charles, « un siège debout. » Il ronge son frein. Requérir ! Contre qui ? Requérir alors que tout monde se bat ! Il trouve enfin à s'employer. Aussitôt après la fin des opérations militaires dans la région d'Anvers, il y est envoyé, en mission spéciale, dans les communes qui avaient souffert du bombardement et de l'occupation militaire. Tout y était dans le plus grand désordre. Les services publics ne fonctionnaient plus, le brigandage ou du moins la maraude commençait à sévir. Les administrations communales et les bourgmestres - quand il y avait encore des bourgmestres - ne savaient plus à quel saint se vouer. Ils se vouèrent à saint Charles. Celui-ci, sans crainte des responsabilités, agit en véritable proconsul, faisant restituer aux paysans le bétail réquisitionné, organisant avec des moyens de fortune une véritable police rurale et, quand l'occasion se présentait, faisant passer la frontière aux jeunes gens qui voulaient rejoindre l'armée.
Naturellement, les Allemands finirent par prendre ombrage de cette activité. Charles fut inquiété, arrêté, puis relâché, toujours traité en suspect.
Puis ce furent les années mornes et vides de l'occupation, les années d'attente. Enfin l'armistice, le retour du Roi et du gouvernement. L'activité judiciaire reprend et comment ! Charles est d'abord chargé des affaires de trahison et de trafic avec l'ennemi. Il y déploie une rare énergie et rencontre de l'autre côté de la barre les maîtres les plus réputés du barreau. Nommé substitut du procureur général après neuf ans de carrière, il devient le collaborateur le plus intime du procureur général Servais.
C'était une rude école que celle de Servais. Le procureur général n'était en général pas tendre pour ses subordonnés. Charles lui plut et quand le ministre des Affaires Economiques lui demanda de désigner un magistrat actif et énergique pour diriger la juridiction compliquée des dommages de guerre. c'est Charles qu’il désigna.
On se souvient de la pétaudière que furent à un moment donné ces tribunaux des dommages de guerre. Toutes les influences politiques étaient mises en jeu. Or la moindre injustice avait des répercussions considérables - on s'en aperçoit encore aujourd'hui. Charles remit un peu d'ordre dans son secteur et, ô miracles ! il y parvint sans mécontenter trop de monde et en se faisant le minimum d'ennemis. En vérité, il fallait pour cela que ce Chartes fût un habite homme.
On s’en aperçut bien vite dans les hauteurs gouvernementales. On vit que sous son air de rondeur souriante Charles cachait une grande finesse et ce sens de l'opportunité qui est une des qualités essentielles du monsieur qui veut parvenir et même, somme toute, parvenir à quelque chose. C'est ce qu'il fallait aux Colonies où l'on a à manier des coloniaux qui ne sont pas toujours commodes et des gens de finances qui sont redoutables. Aussi quand il fallut donner un successeur au regretté Denyn, le ministre des Colonies songea-t-il à ce Charles qui passait pour un véritable « Charles », comme on dit à Bruxelles. Le procureur général Servais s'opposa d'abord de toute sa force au départ de son précieux collaborateur ; mais on fit valoir la raison d'Etat. On avait tant dit que Charles était l'homme nécessaire qu'il l'était devenu. Il y eut de touchants adieux et Charles s'en fut s'installer parmi les dossiers coloniaux comme directeur du cabinet ministériel.
Mais les directeurs du cabinet passent comme les ministres. On ne sait pas ce que M. Tschoffen eût fait de Charles s'il n'eut été emporté comme la plume au vent par la même bourrasque que la Banque Chaudoir. En le nommant secrétaire général, M. Jaspar l’a mis à l'abri de ces sautes de vent.
C'est une bonne précaution pour Charles, pour le ministre et aussi pour la Colonie. Car ce dont notre politique coloniale a le plus besoin, c'est de continuité. Ce n'est pas la peine de le contester : tout la monde sait que notre Congo subit une crise, une crise de croissance, c'est entendu, mais qui n'en présente pas moins certains dangers. Il y a de grosses questions à résoudre. Il faut concilier l'humanitarisme doctrinal des uns et l'autoritarisme utilitaire des autres, l'intérêt de l’Etat et l'intérêt des sociétés dont on ne peut se passer.
Il est temps d'adopter une politique indigène cohérente et précise. Ce ne peut être qu'une œuvre de longue haleine. Il paraît que notre Charles a sur tout cela des idées. Il ne les a pas fait connaître à son de trompe, car ce Charles n'est pas de ces imprudents qui se plaisent à faire le Jacques pour épater les petits camarades. Ce grand laborieux passe pour un réalisateur. Nous allons le voir à l'œuvre.