Carnoy Albert, Joseph catholique
né en 1878 à Louvain décédé en 1961 à Louvain
Ministre (intérieur et santé publique-hygiène) entre 1927 et 1929(Extrait du Standaard, du 13 janvier 1961)
De h. Albert Carnoy, oud-minister, emeritus professor van de Leuvense universiteit en lid van de koninklijke Vlaamse akademie voor taal en letterkunde, is donderdagmorgen te 5 uur te Leuven overleden.
De aflijvige was in 1878 te Leuven geboren, en voltooide aldaar zijn humaniorastudiën. In 1902 werd hij docent, en in 1904 professor aan de Leuvense universiteit. Tijdens de eerste wereldoorlog doceerde hij aan de universiteit van Pennsylvanie.
Na de oorlog hervatte hij zijn kursussen te Leuven en bleef professor tot 1951. Hij was een befaamd filoloog en oriëntalist, lid van talrijke wetenschappelijke genootschappen en o.m. voorzitter van de taalkundige kring van België, erevoorzitter van de Zuidnederlandse maatschappij voor taal en letterkunde en voorzitter van de geschieden oudheidkundige kring van Leuven en omgeving.
Van 1921 tot 1936 was hij Senator voor Brussel (Vlaamse zijde) en van 1927 tot 1929 minister van binnenlandse zaken en volksgezondheid. Hij nam als dusdanig verscheidene initiatieven die geleid ebben tot de verwezenlijking van Benelux.
Onder de talloze wetenschappelijke werken die door prof. Carnoy werden gepubliceerd, vermelden : “Les Indo-Européens”, “Linguistique grecque”, “Origine des noms de communes de Belgique.”
(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 4 janvier 1929)
M. Carnoy, ministre de l’Intérieur
Il est le mari d'une femme supérieure... C’est évidemment une qualité. Cela suffit-il pour être ministre ?
Pourquoi pas, si la femme est tellement supérieure qu'elle est digne d'être ministre ? Le féminisme fait des progrès chaque jour, et nos petits-enfants verront sans doute les portefeuilles tomber en quenouille. En attendant, pourquoi une femme supérieure ne serait-elle pas ministre par personne interposée ?
Le véritable ministre de l'Intérieur, ce n'est donc pas M. Carnoy, professeur à l'universit& de Louvain : c'est le mari de Mme Carnoy. Mais il est une vieille habitude : c'est le mari qui porte le titre, même quand c'est la femme qui exerce les fonctions.
Mme Carnoy, du reste, a de qui tenir. Vous souvenez-vous des « Indépendants », ces espèces de chevaux-légers du parti catholique qui, sous un déguisement, se tirent envoyer à la Chambre par les électeurs bruxellois, en ce temps-là également mécontents des libéraux et des vieux sachems du parti consolateur ? Parmi eux se trouvait « un vieux lutteur » qui ne manquait ni de talent ni surtout de roublardise politique et qui, plus tard, s'en fut se reposer de ses campagnes électorales sur un siège de magistral limbourgeois, en attendant la cour de cassa{ion. Qui ne se souvient de M. Silvercruys, qui fut une des gloires de cet hybride et éphémère parti ?
Eh bien ! c'est la fille de ce M. Silvercruys, gloire lointaine, à qui le Destin réservait de remplir les ambitions politiques de son père, car si M. Albert Carnoy représente l'arrondissement de Bruxelles dans le groupe restreint des sénateur' démocrates-chrétiens flamingants. par réincarnation des protéiformes indépendants d'autrefois, il est avéré que c'est Madame qui accepta de tenir d'une main ferme le gouvernail de la tricolore caravelle belgeoise, cinglant vers ses destinées...
Carnoy, lui, en serait peut-être resté à ses chères études : il ne se sentait appelé par aucun décret de la Providence à gouverner ses semblables. Mais quand devant M. Jaspar, cherchant désespérément un ministre de l’Intérieur, on eut prononcé le nom de Carnoy, Mme Carnoy dit à son époux d'un ton sans réplique : « Lève-toi et marche ! » Et voilà pourquoi M. Carnoy, dit Carnouille, Wallon et flamingant, est le grand-maître de nos communes.
* * *
- Mais lui ? Tout de même, il existe, ce ministre, ce mari de Mme Carnoy ?
- Plus ou moins. Son histoire, comme celle du forgeron de François Coppée, sera brève.
Albert Carnoy, Wallon du Hainaut, linguiste et professeur, apparaît à l'horizon louvaniste au début du siècle. En 1905, année du jubilé, il publie une étude « sur le latin des inscriptions d’Espagne » et puise à cette source, dit-on, son parler basque... Puis il se marie, il prolifère et occupe à Corbeek-Loo lez-Louvain une coquette propriété qu'il a dénommée Les Conifères, et que les boches lui brûleront jusqu'au sol. En reconnaissance de quoi, la villa, aujourd'hui reconstruite, est dotée d'un nom germaniques « Sparrenhof. »
Chassé par la Kultur, Carnoy part pour l'Angleterre et gagne l'Amérique. Il est linguiste : il ira enseigner la philologie aux fils élégants des cow-boys enrichis.
De retour au patelin natal, il écrit livre sur livre, en même temps qu'il escalade un siège au Sénat et que l'accueille avec respect l'Académie flamande, où trônent les grands patriotes : Styn Streuvels, Frans Van Cauuelaert et le professeur Dr Félix Daels. Survient une crise ministérielle, Kamiel a été rendu à sa famille ; il faut, paraît-il, que le démo-christiano-flamingantisme soit représente au sein du nouveau cabinet Jaspar-Hymans ; d'autre part, le député démo-chrétien de Bruxelles, Wavrien de naissance, Wallon sans mélange de sang, mais devenu flamingant lui aussi par électoralisme, le rapporteur ordinaire du budget des Sciences et des Arts, a été, lui aussi, rendu aux joies saines du foyer...
Alors. M. Cyrille Van Overbergh, dit frère Cyrille, sénateur et doyen du parti, voudrait rentrer comme ministre aux Sciences et Arts, d'où le bon scolaire l'a un jour chassé en même temps que Schollaert. Ne serait-ce pas pour lui l'apothéose, et qui sait si, un jour prochain... la présidence du Conseil... ? Mais on est inflexible sur un point : c'est Maurice Vauthier qui, grand favori, changera de département : et l'on offre à Van Overbergh l'Intérieur. Furieux, il sort en claquant très fort la porte et lance, tel le Parthe, sa flèche : « Alors, prenez Carnoy ! »
On prit donc Carnoy, car Mme Carnoy avait dit : « J’accepte au téléphone ; et la vengeance cyrillique fut assouvie. Car si jamais ministre causa des embarras à son président du Conseil, c'est bien ce flamingant honteux, cet activiste à la manque, ce Carnouille, dit Quart-de-Nouille, qui n'a jamais osé se prononcer ni pour ni contre l'amnistie, aussi impopulaire auprès des Wallons que des Flamands. « Ah ! pourquoi ne l'a-t-on pas laissé à sa chaire de l'Université de Louvain et à sa linguistique ? », gémissent les politiciens ; c'est d'autant plus regrettable qu'il est, dans sa partie, un homme tout à fait remarquable.
En vérité...?
- Mais oui. n'est-il pas l’auteur d'ouvrages on ne peut plus savant ?
- Oui, mais les ouvrages tout à fait savants sont, hélas ! ceux qu'on ne lit pas. N'ayant pas lu et n'ayant aucune envie de lire les ouvrages de M. Carnoy, Nous avons été demander l'avis d’un spécialiste.
« Carnoy, nous dit cet homme, eh bien, il est l’auteur de plusieurs livres savants. Mais il faut dire que, dans le monde savant, ils ont toujours été accueillis avec une certaine fraîcheur.
« En 1921. il publiait Les Indo-Européens. Préhistoire des langues, des mœurs et des croyances de l'Europe, et M. A. Meillet, professeur au Collège de France, associé de l'Académie royale de Belgique, élu depuis lors membre de l'Institut, écrivait dans le Bulletin de la Société de linguistique : « Apres les grands ouvrages de Schrader et de MM. Hirt et Feist, il est facile de faire un petit livre sur les Indo-Européens. Celui de Carnoy répond mal aux besoins du public français : il est trop peu sûr. Le douteux, le faux et le vrai s’y côtoient de manière telle que l'on ne peut recommander l'ouvrage au public. »
- « Et son Manuel de linguistique grecque, sorti de presse en 1924, lui vaut ce jugement du même M. Meiliet : « Ce manuel démontre - la démonstration était superflue - qu'il ne suffit pas de quelque connaissance des manuels existants et du désir d'y ajouter certaines nouveautés, au moins apparentes, pour écrire un manuel de linguistique grecque. Dès l'abord, on aperçoit l'insuffisance et l'inexpérience de l'auteur. La terminologie est parfois barbare, parfois incohérente, presque toujours prétentieuse et imprécise... Il donne la mesure de son imprudence en citant, page 161, des formes russes dyelaio « je fais », sdyelaoi « je ferai » : on voit qu'il a ouvert sans guide une grammaire russe qu'il ne savait pas lire. Chaque page porte témoignage d'une ignorance qui choquerait chez un élève et qui scandalise chez un auteur... On éprouve une inquiétude à penser que des étudiants avertis sont exposés à se servir d'un tel ouvrage. »
« Et cette sévérité n'est pas propre à Meillet, et ne s'exerce pas à l’occasion de deux outrages seulement, sur quatre ou cinq, M. Joseph Veindryes, professeur à la Sorbonne, n'a été plus « tendre » pour la grammaire grecque. Mais nous ne pouvons ici reproduire des jugements qui, identiques quant au fond, ne diffèrent que par des détails dans l'expression d'un dédain à la raillerie amusée.
« Et voilà ! nous dit notre spécialiste : à part cela, il est possible que M. Carnoy soit un excellent financier, un remarquable agriculteur, et même un bon ministre... »
Bon ministre ?... Au fait, tout irait peut-être beaucoup mieux si Mme Carnoy était ministre toute seule.
Voir aussi :
° SWIGGERS P. Carnoy, Albert, dans Nouvelle biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2003, t. 7, pp. 49-52.
2° Carnoy Albert, sur le site de la Digitale Encyclopedie van de Vlaamse beweging (consulté le 7 avril 2026)
3° MANIET A., In memoriam Albert Carnoy (Louvain 7 novembre 1878 - Louvain 13 janvier 1961), dans la revue L'Antiquité classique, 1960, t. 29, fas. 2, pp. 304-311 (disponible sur le site Persée, consulté le 7 avril 2026)