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Bovesse François (1890-1944)

Portrait de Bovesse François

Bovesse François, Louis, Charles, Marie libéral

né en 1890 à Namur décédé en 1944 à Namur

Ministre (communications-transports, justice et instruction publique-sciences et arts) entre 1931 et 1937

Biographie

(Extrait de : DRICOT E., 150 ans d’enseignement secondaire de l’Etat en Wallonie et à Bruxelles, publié chez Agers (texte repris sur le site de l’athénée royal François Bovesse de Namur, consulté le 9 avril 2026)

François Bovesse (1890 -1944)

Chaque Namurois peut trouver en François Bovesse un trait de caractère suscitant l’admiration. En effet, l’homme déborde d’activités en sens divers.

Le Défenseur de la culture et des arts

Élève à l’Athénée où il obtient son diplôme de gréco-latine en 1909, ses poèmes attirent déjà l’attention. À 22 ans, en 1912, il lance l’hebdomadaire Sambre et Meuse qui fait la part belle à la littérature régionale. On ne compte pas les revues auxquelles il apporte sa collaboration ou son soutien.

Il écrit des comédies musicales, publie des articles dans le quotidien libéral La Province de Namur ; son ouvrage le plus abouti est sans doute, en 1938, Douceur mosane qui révèle si besoin en était encore son amour du terroir et de ceux qui y vivent.

Comme ministre de l’Instruction, des Arts et des Lettres, en 1935 il fonde l’Orchestre National de Belgique, encourage le classement de nombreux bâtiments ou encore lance une réforme scolaire prônant dans le fondamental l’apprentissage in situ.

L’homme de loi

Nanti d’un doctorat en Droit obtenu à l’Université de Liège en 1914, il témoigne sa vie durant d’un sens aigu de la justice toujours teinté d’humanisme. Avocat, substitut de l’auditeur militaire de Calais à la fin de la Première Guerre mondiale, ministre de la justice en 1934 puis en 1936, où il s’érige en ennemi personnel des rexistes qui ne l’épargnent pas dans leur revue Le Pays réel.

L’homme politique militant wallon de la première heure

Fondateur du Comité Central de Wallonie, promoteur des « fameuses » Fêtes de Wallonie qui animent les mois de septembre de la Cité mosane depuis 1923, il refuse les lois linguistiques de 1930 ou se bat pour renforcer dans le sud du pays les moyens de défense militaire qu’il juge trop faibles. À ce titre, les Chasseurs Ardennais lui sont redevables de leur existence.

Parce qu’ami de l’homme et de la liberté, il montre à ses concitoyens l’exemple à suivre dans la résistance à l’occupant. Mobilisé en 1914, il participe à la défense du fort d’Évegnée. Bien que blessé et infirme, il prend encore part au combat pour la ville d’Anvers.

Devenu, en 1937, Gouverneur de la Province de Namur, le Premier Ministre Pierlot le nomme en 1940 haut commissaire du Gouvernement belge à Sète (Hérault) où il s’occupe de l’accueil des réfugiés. De retour à Namur en septembre 1940, il est interdit de toute fonction publique.

Comme avocat, il fustige l’attitude de certains collaborateurs ce qui lui vaut 6 mois d’incarcération à la prison de Saint-Gilles.

Les Allemands l’utilisent ensuite comme otage roulant sur les trains en attendant une fin qui paraissait inexorable et qu’il avait lui-même imaginée : son assassinat par les rexistes, à son domicile, le 1er février 1944.

Le personnage avait alors acquis une telle dimension que ce meurtre réveilla le patriotisme de milliers de Namurois qui, bravant l’interdit, escortèrent, la rage au cœur, la dépouille de leur Gouverneur jusqu’au cimetière de Belgrade.

Comment l’Athénée, en 1980, aurait-il pu choisir un autre patronyme ?


(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 11 janvier 1924)

Tout va mal. La machine administrative grippe comme la machine sociale et comme la machine politique. Quand on les tient entre quatre-z-yeux, les dirigeants eux-mêmes, les ministres ; les grands parlementaires en sont réduits à plaider les circonstances atténuantes : « Je voudrais bien vous y voir : nous avons hérité d'une situation impossible : tout ça, ce sont les conséquences de la guerre. »

« D'accord », répond le bon public, « mais vous êtes là pour tout remettre en ordre; si vous n'en êtes pas capables, passez la main à d'autres. »

Et, de plus en plus, l'impression s'impose que le personnel politique et le personnel administratif, le personnel politique surtout, est usé, vidé, bon pour les Invalides. « Tous ces dirigeants des anciennes équipes, qu'ils soient libéraux, catholiques ou socialistes, qu'on les colle donc dans des conseils d'administration, qu'on les installe dans des séquestres, qu'on leur confie la défense judiciaire de l'Etat, puisque c'est l'habitude, mais qu'on n'en entende plus parler ! »

Ce sentiment régnait déjà plus ou moins confusément au lendemain de l'armistice. On se félicita alors, en Belgique comme en France. de voir beaucoup de jeunes députés pénétrer dans l'enceinte parlementaire, portés par l'enthousiasme patriotique ou par le vœu des combattant. Et ce fut en France la Chambre bleu horizon, en Belgique la Chambre.. actuelle. La Chambre bleu horizon a donné beaucoup de déceptions à nos voisins : la nôtre... Que dire de la nôtre ? Nous n'en avons jamais eu de plus médiocre, de plus bavarde. de plus bassement politicienne.

Mais alors, ces jeunes députés, ces mandataires des générations nouvelles, ces voix de la victoire ?

Ah ! voilà… C'est que le métier de député, le métier d'homme politique est un métier comme un autre, n’en déplaise à ceux qui se figurent que l'investiture du suffrage suffit à donner à n'importe qui le droit et le pouvoir de décider n'importe quoi. L'ancien personnel est usé, vidé, pourri de scepticisme et de bien-vivre. Tous ces grands avocats qui, ayant acquis le droit de mettre sur leur carte de visite : « ancien ministre » ont satisfait leur ambition, ne songent plus qu'à plaider quelques grandes causes, au besoin pour les profiteurs de guerre, à bien marier leurs enfants, et à jouir de la vie. Mais ils ont quelque expérience ; ils savent comment on manœuvre les couloirs ; ils connaissent la stratégie des assemblées ; ils savent traiter une affaire, écrire une lettre, au besoin faire un rapport dans lequel il y a l'air d'avoir quelque chose. Les jeunes n'ont que des velléités et des appétits. En arrivant à la Chambre, ils avaient au moins de la bonne volonté et de l'enthousiasme. ils parlaient à tort et à travers, mais cette intempérance oratoire avait du moins le mérite de traduire de belles espérances. On pouvait en déduire qu'ils avaient du tempérament. Seulement, le milieu a agit. Ils se sont adaptés ; ils se sont mal adaptés. Ils portent maintenant le virus parlementaire dans les veines et ils n'ont pas eu le temps, semble-t-il, d'acquérir l'immunité que confère un long séjour dans le milieu infecté.

Il faut dire à leur décharge que, dans son désir d'une prompte panacée, le public a beaucoup trop attendu d'eux. On réclamait l'homme de génie. L’homme de génie n'a jamais couru les rues. Pour s'en procurer un, il ne suffit pas de mettre une annonce dans Le Soir ou même dans le Pourquoi Pas ? Et puis. dans notre bon pays. dès qu'un jeune se met en avant, la galerie goguenarde s'empresse de trouver qu'il exagère : aussi la grande habileté pour un jeune est-elle peut-être de se tenir longtemps en réserve.

Bovesse, notre héros du jour, est-il ce jeune sage. cet espoir des derniers jours ?

* * *

C'est le benjamin de la Chambre.

Regardez-le, tel que Ochs l'a représenté à la première page : il a l'air d'un gosse. Le visage plein, les joues rondes. les yeux candides. Quand on va au dancing, c'est très précieux l'air d'un gosse : quand on siège dans une commission parlementaire, c'est gênant, et nous avons connu des citoyens, avocats, parlementaires, hommes d'affaires, qui s'affublaient prématurément de lunettes pour avoir la gravité qu'on exige, par préjugé, de ceux qui dirigent les affaires humaines. Bovesse ne parte pas de lunettes, mais il sait garder dans toutes les circonstances une gravité de bon ton, que tempère d'ailleurs une naturelle bonhomie wallonne très propre à créer autour d'un député, même jeune, cette sympathie de couloir qui est nécessaire à la réussite parlementaire.

Il plaît. Il parle bien. avec facilité, avec fougue, mais il ne parle pas trop. On dirait qu'instruit par l'exemple de quelques-uns de ses jeunes collègues, il évite ces succès faciles qui agacent aussi bien les députés muets que les orateurs concurrents.

A-t-il des idées ?

On ne sait trop. Il serait dans tous les cas fort excusable de ne pas les avoir encore mises au net. Jeune avocat en 1914, il partit aussitôt pour la guerre. C'est un combattant, lui aussi : il a le droit de porter à sa boutonnière le petit arc-en-ciel glorieux qui à l'étranger signale de loin le Belge à l'admiration des foules. Il y des gens qui vous diront qu'en fait de tranchées, il a surtout connu celles de Calais, où il remplissait les fonctions de substitut de l'auditeur militaire : mais quoi, c'était peut-être pour un avocat la façon de servir. Et puis, quand on interroge un combattant sur un autre combattant, n'a-t-il pas toujours un petit sourire supérieur ? Le véritable esprit de combattant ne consiste-t-il pas à dénier la qualité de combattant à tous ceux qui ne sont pas au moins morts ? Toujours est-il que Bovesse a fait la guerre. Avant de devenir substitut de l'auditeur militaire de la base belge de Calais, il avait été simple sergent au 14ème de Ligne, et il avait fait cette campagne de 1914, qui fut d'autant plus dure que nous élions alors aussi mal préparés que possible et tous les soldats intelligents le savaient. Que les chineurs n'oublient pas que Bovesse est chevalier de l'Ordre de Léopold avec palmes du 25 août 1914.

Après l'armistice, il fut nommé chargé de cours à l'Ecole militaire, et se fit inscrire au barreau de Namur où il était rentré portant le glorieux uniforme de la victoire. C'est sur un pavois de lauriers que ses électeurs l’ont porté à la Chambre. Cela donne tout de même, encore aujourd'hui, une certaine autorité. Cela donne aussi certaines idées claires. simples et saines... Croyez-vous ?

Et Van Remoorlel ? Et Mathieu ? Ce sont aussi des mandataires des combattants. L'un est le représentant du bolchevisme des tranchées sous sa forme la plus basse. le porte-parole de ces jass de mauvaise humeur, qui sont rentrés au pays avec la conviction très simple que, puisqu'ils s'étaient battus, le pays leur devait. pour le moins. une rente leur vie durant, un titre de baron et un logement aux frais de l'Etat. L’autre, après quelques interventions heureuses. a évolué très rapidement vers l'internationalisme germanophile. N'est-ce pas cela l'esprit combattant sous sa forme parlementaire ?

Et bien non. Le mérite de Bovesse. c'est précisément d'avoir représenté l'esprit combattant dans ce qu'il a de plus sain. Bovesse n'a peut-être pas encore des idées très arrêtées sur la réforme de l'Etat, le renforcement du principe d'autorité, le juste équilibre des pouvoirs de l'Etat et du contrôle parlementaire. Peut-être ne voit-il pas plus clair dans les questions de change que nos économistes les plus distingués. Peut-être n’a-t-il sur les arcanes de la politique anglaise que des lueurs assez vagues : mais dès que le sentiment ou l’intérêt patriotique sont en jeu, il voit clair, il va d'instinct du bon côté : et, s'il y a péril, il marche au canon. On l'a vu dans toutes les discussions importantes, qu'il s'agisse des questions linguistiques ou des questions de politique étrangère : il ne finasse pas, il n'intrigue pas, il ne cherche pas à plaire à tel ou tel patron parlementaire.

C'est bon signe. Nous ne lui ferons pas la mauvaise blague d'insinuer que le pays compte sur lui, ou même que le parti libéral met son espoir en sa jeune éloquence : ces insinuations-là sont les meilleurs moyens de couler un débutant parlementaire. Contentons-nous de dire qu'au cours de cette législature, il donné ni déception. ni faux espoir : c'est encore bon signe.

Nous ne verrions aucun inconvénient à ce que ce jeune parlementaire finisse par devenir un vieux parlementaire.


(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 14 février 1936)

François Bovesse. Le destin, parfois, créant entre l'homme et le nom de mystérieuses correspondances, signifie le premier par le second, enclôt un destin tout entier dans la magie de quelques syllabes.

Napoléon, trois brèves qui symbolisent l'éclair : Na-po-lé; la dernière, on, c'est le tonnerre. Prononcez : Sap ! on entendra le coup sourd de la mine explosante ; et pourrait-on, s'appelant Broqueville, arborer la bobine de Lahaut ?

Louons d'abord le ciel que ce gars-ci, on l'ait prénommé François. François, c'est accueillant et c'est cordial. C'est tout rond et bien français, donc très mosan... Franchise, prud'homie, avec on ne sait quelle grâce accorte...

Mais attendez. Après François, il y a Bovesse. Quelque chose de pondéreux, de bien assis, avec une terminaison chantante, partant un nom bien namurois, un écho familier des coteaux wallons, des venelles qui dévalent vers le fleuve ; une rime à caresse, adresse, Nanesse, botteresse ; le type de ces patronymes de la Belgique gauloise qui lambinent un peu - parce qu'il faut toujours prendre le temps de tailler une bavette avec un voisin, mais qui se font pardonner ce petit défaut par leur musicalité, leur saveur agricole : Fertis aratra, boves...

Alphonse Daudet, qui épinglait à ses héros des noms admirables, aurait aimé celui-ci. On le voit très bien signant un roman qui se serait intitulé : La Fortune de François Bovesse.

De fortune personnelle, le petit François n'en trouva guère dans son berceau. Son père était fonctionnaire aux finances, et l'enfant grandit dans un milieu qui n'avait rien de commun avec cette haute bourgeoisie de Namur qui se mêle à la noblesse et se défend étroitement contre toute intrusion d hommes nouveaux. Lorsqu'il eut terminé ses humanités à l'Athénée de sa ville natale, non sans un très bref séjour chez les Jésuites dont il n'a pas gardé de traces, François Bocesse dut songer à gagner sa vie sans trop de retard et, bien qu'il rêvât théâtre comme beaucoup de Wallons qui ont belle voix et prestance avantageuse, la réalité quotidienne se présenta à lui sous les espèces d'un modeste rond de cuir, sur lequel il débuta sans nul enthousiasme.

Il eût fait un mauvais employé. Car cet homme, par ailleurs si bien doué, n'a ni le don ni le goût de la paperasse, de la fiche bien rangée dans le casier vert. Mais il eut l'idée de poursuivre ses études tout en grattant le papier de l'Etat. Il s'inscrivit à l' Université de Liége, trouva moyen de concilier son gagne-pain et les Pandectes. Il y fallait de l'énergie, surtout en ce temps-là, car les étudiants-employés étaient rares, et l'on pensait, non sans raison, que la formation universitaire exige que l'élève s'y consacre tout entier.

* * *

Enfin, il fut avocat. Et comme beaucoup de ses jeunes confrères que le destin n'a point fait naître dans une maison de robe, il comprit que seule la politique pouvait le tirer de la médiocrité. On cherchait tout justement un suppléant sympathique, débrouillard et libéral à une personnalité du barreau namurois qui commençait à lorgner du côté de la retraite. François Bocesse se trouvait à point. Il fut tout de suite en selle et se mit à jouer, sans un instant de défaillance, le grand jeu de la popularité. du trémolo et des attendrissements.

François Bovesse jeune n'avait compté que des amis. Dès qu'il fut député, cela devint du délire, dans ce Namurois pourtant si raisonnable. Comment résister à ce diable d’homme ? Le voilà en gare de Namur : il tutoie le contrôleur des coupons, trouve un mot aimable pour le marchand de journaux, tombe dans les bras d’un concitoyen qui le sollicite à l'instant où il montait dans le tramway de la Plante, rappelle à ce quidam qu'on est de vieux copains tous deux et qu'il ne faut pas l'appeler M. le Ministre, et après avoir caressé la tête blonde d'une demi-douzaine de bambins dont les mères ont bien de la chance d'avoir engendré de tels produits, il ne gagne le but de son voyage qu'après avoir pris un verre au grand café d'en face et semé l'optimisme au cœur des citadins.

Mais, dira-t-on, tous les parlementaires en usent de même ! - Sans doutez mais il y a la manière, et les dons naturels. Bovesse sait rester digne sans cesser d'être ému. Le ciel, qui lui prodigua ses faveurs, lui a donné d'admirables yeux bruns, tantôt vifs, tantôt moqueurs et qui jettent, comme l'on disait au Grand siècle, des « torrents de lumière. » Haut en couleur, la tête puissante un peu rejetée en arrière, les dents encore belles en dépit çà et là de quelques paillettes d'or, la chevelure drue, tout plein de sécurité solide et d'aisance sans bassesse, il possède enfin, et c'est là le secret de son triomphe, la plus belle voix de Belgique.

* * *

Quelle que soit la circonstance, faste ou néfaste, il parle. Sa parole est diversifiée infiniment, sa lyre a toutes les cordes. S'il fait l'éloge du vin, au dessert, on dirait Gambrinus, mais c'est un Gambrinus assez avisé pour railler légèrement son œnophilie, et chanter le los de la treille sans encourir le reproche d'un bas épicurisme ; dit-il, en un thrène grave et déchirant, nos deuils nationaux ? Toute la Belgique est en larmes à l'instant où on le radiodiffuse ; défend-il la cause sacrée de la culture wallonne ? Le flamingant pâlit, Anvers est soucieux et Sap se contracte en son antre ; et s'il encourage un poète, il tient la citation voulue en réserve ; il parle de l'œuvre et de l'homme avec un tact si parfait que les auditeurs sentent aussitôt que François Bovesse lui-même est un peu poète, et ils ne se trompent pas, il fait quand il lui plaît de jolis cers. Enfin, il excelle dans les visites d'école. Au milieu des enfants, il est vraiment supérieur à lui-même, et sans doute t-il de rival, en ce genre. que M. Louis Marin, ministre français et normalien de grande classe.

Tel est François Bovesse, et l'on sent assez qu'il est apte à occuper presque tous les fauteuils ministériels. Il fut parlait au P. T. T., pour ses débuts. On le verrait très bien à la Guerre, puisqu'il est ancien combattant et ancien professeur à l'Ecole militaire : à la Marine, car il sait parfaitement nager ; à la Justice, puisqu'il est avocat ; à l'Intérieur, puisque l'Intérieur occupe le centre et que Bovesse est de la Belgique centrale ; à l'Instruction publique, enfin, et il y est ; et sans doute, le destin lui a dévolu ce poste de choix en raison de ce fait que l'Instruction publique est le seul ministère philosophique que nous possédions en Belgique et qu'il faut, pour l'occuper, un homme plein de philosophie.

* * *

De la philosophie... Oui ! Il importe d'en posséder une dose solide pour régner dans ce labyrinthe d'intrigues, de contradictions, d'intérêts déchaînés. Dans ce terrain à chausse-trapes, où toute décision, quelle qu'elle soit, est en quelque sorte préjudicielle et fait aussitôt évoquer l'existence de Dieu, la morale éternelle, la liberté humaine, le progrès et les droits des diverses civilisations qui imprègnent notre malheureux pays si divisé !

Le ministre de l'Instruction publique belge fera bien, s'il veut conserver sa charge et filer en paix d'heureux jours rue de la Loi, de se rappeler quelques faits très simples. quelques apophtegmes et mots historiques. Qu'on nous permette d'en citer trois ou quatre :

Primo. Dans un pays catholique, l'enseignement officiel ne peut exister que grâce à la condescendance de l'enseignement libre.

Secundo. Comme le déclarait déjà le comte de Theux dans sa circulaire aux inspecteurs et chefs d'école en 1843, l'enseignement de l'Etat peut toujours être conforme au dogme religieux ; il ne doit jamais y être contraire,

Tertio. Michel Bréal, illustre philologue et grand maître de l'Université. a jugé en ces mots nos traditions scolaires : « La Belgique est le seul pays du monde où l'Etat conspire contre son propre enseignement. »

Quarto: Depuis le début du XVIIème siècle, la Belgique est la contrée qui bat le record mondial da la densité quant aux nombres des établissements de Pères de la Compagnie de Jésus...

Tout ceci revient à dire que le ministre libéral de l'Instruction publique, si c'est dans un cabinet d'union qu'il détient ce ministère d'importance capitale, aura dû par avance donner à ses collègues catholiques les apaisements les plus précis et les plus concordants quant à son activité future. Quoi, dira-t-on, des apaisements concernant les subsides ? Point du tout. La question des subsides à l’enseignement libre, qui fait couler beaucoup d’encre radicale et socialiste, nous paraît à nous, qui ne faisons pas de politique, la chose la plus simple du monde : puisque les catholiques ne veulent pas des écoles de l'Etat et que, d’autre part, en tant que contribuables, ils paient pour ces mêmes écoles, qu'on subsidie leurs écoles à eux, comme c'est d'ailleurs la vieille tradition, et qu'on n'en parle plus sinon pour vérifier si l'argent qu'on leur verse va effectivement aux maîtres de l’enseignement libre - ce qui n’a pas toujours été le cas.

* * *

Mais non : les garanties précises que doit donner un ministre de l'Instruction publique libéral à ses collègues catholiques ne portent pas seulement sur cette question. Il faut, en outre, que l'on soit assuré qu'il ne changera rien aux traditions de l'enseignement public, c'est-à-dire qu'il y souffrira le contrôle discret que les propres adversaires de cet enseignement exercent sur lui.

En effet, et par le plus grand des hasards, tout le haut personnel de l'enseignement supérieur est catholique, sauf deux ou trois fonctionnaires dont l’un, placé à la comptabilité. ne peut être dangereux, et dont un autre a été choisi parce que sa personnalité elle-même promettait quelque chose d'anodin. Il y a bien dans cette équipe d’autres dirigeants qui ne sont pas des catholiques déclarés, mais ce sont des fonctionnaires qui n'ont pas de missions capitales. Le fait essentiel. c'est que les leviers de commande sont aux mains de croyants très fermes, au surplus excellents serviteurs de la Belgique, mais qui ne peuvent en conscience souhaiter que l'enseignement public se dilate et acquière la dignité, le rayonnement dont il jouit par exemple en France.

A cet état de choses, nul ne peut rien changer, et un ministre de l'Instruction publique sous la direction duquel l'enseignement de l'Etat prospérerait, c'est-à-dire verrait son crédit croitre auprès des classes dirigeantes et qui raflerait à son concurrent libre des élèves d'élite, ce ministre-là verrait se lever contre lui d'innombrables boucliers.

M. Bovesse, qui est aussi fin qu'on peut le souhaiter, n'ignore rien de cette situation. D'ailleurs, pas plus que ses prédécesseurs, il ne dispose de fonds suffisants pour remédier à la détresse de l’enseignement de l'Etat.

Celui-ci se donne presque partout dans des locaux fort misérables, avec un matériel insuffisant. Une surpopulation désastreuse s'est produite ; faute d’argent, on n'a pas accru le nombre des maîtres, et ceux-ci, pratiquement surmenés, ne peuvent suffire à la tâche Si l'Etat voulait s'attirer les élites, il s'efforcerait d'aménager au moins quelques établissements modèles, du type de ceux que les Jésuites possèdent dans Saint-Michel. Ces établissements disposeraient des meilleurs maîtres, dont on aurait soin de faire discrètement la réclame, comme les Pères excellent à le faire pour les leurs. On éviterait à ces professeurs choisis des surcharges exorbitantes, on tâcherait d'écarter de leurs auditoires les jeunes gens trop mal doués ; on se pénétrerait de cette vérité qu'un bon enseignement exige des maîtres frais, en présence de classes homogènes. On y veillerait à plus de confort et même à un peu de luxe ; on tâcherait d'y sélectionner la population scolaire, selon ses origines, car nombre de parents répugnent à l'école de l'Etat en raison de l'extrême mélange social qui y règne. Bref, ces établissements à renommée brillante seraient en quelque sorte des catalyseurs, qui transformeraient l'atmosphère générale des écoles officielles... Mais il n'a jamais été question de cela, non plus que du resserrement de la discipline, indispensable dans nos écoles, où l'élève récalcitrant a été soigneusement armé contre le maître par une série de circulaires qui réduisent à zéro l'autorité du professeur.

A ces maux se joint l'encombrement des programmes. M. Bovesse a voulu au moins y porter remède. Il a imaginé des délassements... obligatoires. Les pédagogues et les potaches, il faut bien l'avouer, n'ont manifesté pour les dits délassements intellectuels qu'un enthousiasme modéré. Beaucoup de gens du métier estiment que des interludes de ce genre peuvent être bons à la condition d'avoir lieu de temps en temps, dans les classes supérieures des Athénées, là où les jeunes gens ont déjà des préoccupations intellectuelles. Que sortira-t-il de cet état de choses, il faut bien le dire, peu encourageant On ne saurait en juger par avance. M. François Bovesse, ministre brillant et, comme disait l'autre, d'activité polyvalente, quittera quelque jour l'Instruction publique sans en emporter de souvenirs souriants. Il franchira d'un pied alerte le seuil de cette maison d’atrabilaires ; il prendra quelque portefeuille moins morose. La terre continuera de tourner en rond, et les gens d'école continueront à gémir... Après tout, pourquoi pas, s'ils y trouvent quelque consolation En tout cas, cela ne gêne personne, car l'audience dont ils disposent soufre terriblement du manque de hauts-parleurs…


(Extrait de Vers l’Avenir, du 25 octobre 1945)

Les monstrueux assassins de François Bovesse condamnés à mort

Du sang qui crie vengeance

Oui, c'est le grand procès namurois Les matins sont venus à 8 h. et bien avant l’audience, on s'écrase dans cette salle où, tantôt, les juges belges après des débats qu'il n'est point besoin d’éterniser vengeront François Bovesse en appliquant à ses assassins la seule peine concevable.

Les misérables, en aveu, n'en attendent point d’autre, conscients sans doute que leur triste peau ne payera jamais le sang répandu.

Van Nimmen Benjamin baisse sa tête, grosse et chevelue, et pleure silencieusement. Il est en uniforme gris.

Defaux, plus calme, en gabardine bleue, qui laisse passer un col de chemise brun, répond d'une voir imperceptible à l'interrogatoire traditionnel d'identité.

Un troisième accusé manque : le chef-tueur Lambinon, illustre dans l'ignominie, l’assassin du bâtonnier Braffort, du bâtonnier Foncoux, du bourgmestre de Warre ; l’organisateur des tueries de Charleroi et de l'assassinat de François Bovesse.

Sur la table des pièces à conviction s'étale un plan des lieux et se carre un paquet ficelé dans du papier gris : les vêtements de François Bovesse, des vêtements troués et tachés d’un sang qui crie vengeance.

Abel BERGER.

* * *

Les débats

Le Conseil de Guerre fait son entrée à 9 h. 10. M. Carlo Bronne préside. II est assisté de M. Dautrebande, comme juge civil, du colonel Hottelet, du commandant Lacrosse et du lieutenant Dutrieux. Le chevalier de Schaetzen, premier substitut, occupe le siège du ministère public. Greffier : M. Bayens.

Maîtres Falmagne et Derenne, désignés d'office, prennent place au banc de la défense, avec M. le bâtonnier Lorand.

Une sourde rumeur s'élève de la foule lorsqu'on introduit les deux accusés présents ;

VAN NIMMEN Benjamin. né à Thisselt le 20-3-1895, domicilié à Mont-sur-Marchienne. et DEFAUX Gustave, né a Falisolle, 2-5-1912, domicilié à Aiseau.

Le crime

Dans un silence impressionnant, M. le premier substitut de Schaetzen donne lecture de l'exposé des faits :

M. le gouverneur Bovesse, ancien ministre, a été lâchement assassiné à son domicile, à Namur, le 1er février 1944.

Les circonstances du drame sont les suivantes :

Vers 6 h. 45. une auto pilotée par Lambinon lui-même, stoppe Avenue Cardinal Mercier. Quatre autres occupants de la voiture, dont 3 S.S. Wallonie et un civil, sonnent plusieurs fois à la porte et menacent de l'enfoncer. La servante va ouvrir sur l'ordre de M. Bovesse.

Trois S.S. pénètrent dans la maison. Le S.S. Defaux brise les fils téléphoniques. Les S.S. Van Simmen et Boulaert, accompagnés du civil, montent et, sous la menace du revolver, se font indiquer la chambre du Gouverneur.

M. Bovesse, pris de doutes, fait des difficultés pour suivre les assassins qui prétendent l'emmener pour un simple interrogatoire. Ils le traînent au rez-de-chaussée, mais le Gouverneur résiste à nouveau près du porche.

Boulaert en réfère d'urgence à Lambinon, resté en rue, et dit en rentrant : « abschiessen ». Immédiatement, deux coups de feu retentissent, atteignant M. Bovesse à la joue. Touchée au thorax d’une deuxième balle, la victime parvient à s’enfuit à travers la salle à manger, jusqu’à la cuisine, où elle s’affaisse.

Van Nimmen a suivi M. Bovesse dans la salle à manger, mais le revolver s’enraye et l’obscurité force l’assassin à battre en retraite.

Les tueurs regagnent la caserne où ils vont rendre compte au commandant Bosquion de leur forfait.

Dès la veille, au soir, en effet, Lambinon arrivait spécialement de Bruxelles pour préparer avec le commandant Bosquion le plan de l’exécution.

Bosquion avait choisi les trois S.S. et projeté d’emmener M. Bovesse en voiture et de l’abattre dans un des fossés des environs de la ville.

L’assassinat de François Bovesse avait été décidé par Rex en guise de représailles suite à l’exécution du traître Gignos, d’Auvelais.

Les assassins

Les trois prévenus s'identifient comme suit :

1) VAN NIMMEM Benjamin, né en 1895, domicilié à Mont-sur-Marchienne.

Ancien combattant de l’autre guerre, il s'est engagé en 1941, à la Légion Wallonie. Blessé au front russe, il a été décoré de la Eisernkreuz et promu obergefreiter. Il a participé, en août 1944, à l'expédition organisée contre le maquis de Ciney.

N’ayant pas encore été condamné par le Conseil de guerre, il est poursuivi et pour le crime. et pour port d'uniforme ennemi.

2) DEFAUX Gustave, né en 1912. Domicilié à Aiseau.

Engagé à la Légion Wallonie, en 1941, il est titulaire de la médaille de l'Est. et porte le grade de gefreiter. Il a été condamné pour ces faits à la détention perpétuelle, par le Conseil de guerre de Charleroi, le 22 février 1945.

3) LAMBINON Charles, né en 1911, à Verviers, chef du département rexiste « S.I. », sécurité et information, comprenant la brigade Z., auteur de nombreux autres assassinats à Bruxelles, Wavre, Charleroi. etc.

Van Nimmen et Defaux, qui comparaissent aujourd'hui, sont en aveux complets.

Lambinon est toujours fugitif.

Deux autres sont morts :

1) BOULAERT Emile. de Pâturages. S. S. Wallonie, également caserné à Namur, décédé en Allemagne. en janvier 1945.

2) BOSQUION Camille, de Jauche, lieutenant aux S. S. Wallonie, commandant de compagnie de S S. namurois. tué dans un accident d’auto en 1944.

L'interrogatoire des accusés

Pleurnichant, Van Nimmen rappelle qu'il s'est bien conduit à la dernière guerre. Le Président signale qu'il a été condamné deux fois au Havre pour des broutilles. Van Ximmen s'est engagé à la Légion parce qu'il ne travaillait que dix jours par mois comme cordonner. Au front russe, il cumula - qu'il dit - les fonctions de cuisinier, de facteur et d'estafette. Il fut cependant blessé et hospitalisé à Jitomir. Devenu ordonnance de Bosquion, caserné à Namur, il a fait partie de l'expédition punitive au cours de laquelle l’Hôtel de Ville de Ciney fut incendié.

Van Nimmen pleure maintenant à chaudes larmes. II est Belge, gémit-il, pas Allemand. C'est une loque ruisselante. aujourd'hui. ce terrible S.S., un fantoche dégonflé.

Defaux, marié et père d'un enfant, a voulu laisser croire qu'il avait été interné à Dave en 1937. En réalité, il avait été engage comme domestique à l'asile.

Après un stage de travail volontaire en Allemagne, il s'engage à la Légion Wallonie en septembre 1941, ce, déclare-t-il, suite à des déboires conjugaux. Defaux a servi à Dniepopetrovsk.

Van Nimmen est à nouveau sur la sellette. M. Bronne, avant de poursuivre son interrogatoire, rappelle brièvement les agressions dont M. Bovesse fut victime, et l'exécution du traître Gignot et de sa femme à Auvelais.

« On ne parlait pas cet événement à la caserne des S. S. », affirme Van Nimmen.

Le commandant Bosquion et Lambinon, en civil, ont appelé Van Nimmen la veille du drame et lui ont annoncé qu'il y avait du « travail » pour le lendemain à l'aube. Toute indiscrétion ou désobéissance, précisa Bosquion, sera punie d'envoi au front russe. Bosquion et Lambinon fournirent les noms des hommes choisis. Van Nimmen a convoqué, de leur part, Boulaert et Defaux.

Van Nimmen, qui ne sait visiblement quelle perche saisir, raconte que Boulaert n'est pas mort, comme des pièces officielles l'établissent.

Van Nimmen tire

On en arrive au passage particulièrement pénible de l'interrogatoire : le récit du drame.

Van Nimmen balbutie des aveux. Il a poussé la servante et, revolver au poing, a fait descendre M. Bovesse dans le hall. Au moment où, M. Bovesse se débattant, Boulaert, qui avait été aux ordres, rentre en criant : « abschiessen ! » Van Nimmen a tité deux coups de feu. Les yeux clos, le misérable raconte comment il a été empêché d'achever sa victime par l’enrayage de son arme.

Les explications de Van Nimmen deviennent incohérentes.

De retour à la caserne, Lambinon donne mille francs à Van Nimmen pour aller chercher des liqueurs. Van Nimmen empoche la monnaie, 168 fr.

L'accusé joue une pitoyable comédie : il égratigne son banc en répétant : « Les ordres… discipline... » M. Bronne l'apostrophe sèchement et le misérable se calme.

Defaux donne à son tour, d'une petite voix précipitée, le récit de sa participation au crime. « Je ne voulais pas faire partie de l’expédition, proteste-t-il. Seuls, les ordres m’y ont contraint. »

Le Président rappelle que Matthys, chef de Rex a. i., a déclaré n'avoir pas ordonné l'assassinat, mais avoir été avisé après coup.

L'audition des témoins

Le premier témoin entendu est M. le Commissaire aux délégations judiciaires, Jean Depaepe, de Namur, que le président Bronne félicite pour son opiniâtreté et sa sagacité dans les recherches des coupables.

M. Depaepe s'est livré à de multiples investigations aussitôt après les faits. C'est une femme d'ouvrage, ayant travaillé à la caserne des S.S. à Namur, qui a fourni à M. Depaepe les noms de Defaux, Van Nimmen et Boulaert.

L'amie de Defaux, habilement cuisinée, a reconnu également la participation de Defaux à l'assassinat. M. Depaepe a découvert Van Nimmen parmi les S.S. détenus à Bourg-Léopold. Devaux et Van Nimmen n'ont fait aucune difficulté à avouer.

Devant les plans des lieux, M. Depaepe détaille les circonstances au crime, tandis que M. Bronne montre les deux balles, l'une de 9 mm., l'autre de 7,65 mm., qui ont mortellement blessé M. Bovesse.

M. Lahaut. médecin légiste. rapporte que c’est le projectile de 7.65 qui, ayant atteint M. Bovesse au thorax. a déterminé une hémorragie mortelle. L’agresseur se tenait devant sa victime, à plus de 45 cm. Une balle de 9 mm a traversé la joue de M. Bovesse.

M. l’expert Robert Fisette a dressé les plans des lieux le jour même du crime. II a retrouvé une balle de 9 mm. dans le hall et une de 7,65 dans la salle à manger.

Mme Deville Delina, servante chez M. Bovesse, raconte avec émotion le drame. Losqu’on a sonné à deux reprises, elle s’est dirigée vers la porte mais Mme Bovesse a conseillé de ne ouvrir. Mme Deville a parlementé avec les assassins, fort furieux, qui menaçaient de défoncer la porte. « On vient me chercher comme otage. ouvrez ! » a dit M. Bovesse. Mme Deville a voulu prévenir l’agent de service au pont, mais un civil armé gardait les issues de la maison. Deux coups de feu ont retenti presqu'aussitôt et M. Bovesse courbé et titubant s'est dirigé vers la cuisine. Mme Bovesse tenait la porte. Un « Alleman » a voulu ouvrir. « Celui-ci ! » s’exclame Mme Deville en montrant Van Nimmen. « II a ouvert de force et a essayé de tirer une nouvelle fois mais le revolver s’est enrayé. M. Bovesse m'a regardée et est tombé. Il es mort quelques minutes après. Le jour même on déposait des tracts injurieux dans la boite aux lettres. »

L'audience est suspendue quelques instants.

Le réquisitoire

M. le premier substitut de Schaetzen s'incline devant la mémoire de l'illustre victime dont la famille, par un geste discret et généreux, ne s’est pas constituée partie civile. « Après l’autre guerre, rappelle M. de Schaetzen, M. Bovesse occupait au Conseil de guerre le siège que j’occupe aujourd’hui. » L'Auditeur donne lecture de l'éloge funèbre prononcé par M. le bâtonnier Huart. Il dépeint l’émotion de notre province lorsqu’elle apprit mort de M. Bovesse.

M. de Schaetzen félicite M. Depaepe, qui a mené l'enquête jusqu’à la réussite.

Ressuscitant l'atmosphère de haine dont les rexistes entouraient M. Bovesse. M. le Premier Substitut rappelle sobrement le forfait du 1er février. La participation, au moins morale. de Victor Matthys, chef de Rex a.i. dans l'assassinat de M. Bovesse, n'est qu'un triste hors-d'œuvre dans un ensemble monstrueux. Matthys sera jugé à Bruxelles.

Les prévenus Van Nimmen et Defaux sont en aveu. II y a manifestement préméditation dans le chef de Van Nimmen, Defaux et Lambinon.

Dans le box d'infamie, les deux accusés, grimaçants et pleurnichants, écoutent, une dernière fois, le récit du drame, reconstitué par le ministère public.

La foule applaudit les conclusions de M. Schaetzen, réclamant trois peines de mort, contre Lambinon, contumax, Defaux et Van Nimmen.

Le Président invite instamment le public à garder son calme, et menace de faire évacuer la salle à toute nouvelle manifestation.

Les plaidoiries

Maître Derenne, requis d'office, prend le premier la parole pour assurer la défense accusés. Après avoir évoqué la grande figure de Maître Bovesse, II recherche les éléments qui pourraient atténuer dans un certain sens la responsabilité de Van Nimmen et plaide « la servitude militaire ».

Maître Falmagne, également désigné, dit son émotion d'être amené à prendre la parole en faveur d'un des assassins de François Bovesse, avocat et frère d'armes.

François Bovesse lui-même eût aimé que la pénible mission de plaider pour les tueurs fût remplie. Maître Falmagne, lui aussi, évoque la discipline de fer des armées allemandes et se demande si cette discipline ne diminue pas la responsabilité de Defaux, qui n’a eut qu’un rôle secondaire dans la perpétration du crime.

Van Nimmen et Defaux n'ont rien à ajouter pour leur défense.

II est 11 h. 50, le Conseil se retire pour délibérer.

Le jugement

Le Conseil de guerre rentre en séance après 13 minutes de délibération. M. le président Bronne lit le jugement prononçant la peine de mort à charge de Van Nimmen et Defaux et, par contumace, de Lambinon.


Voir aussi :

François Bovesse, sur le site Connaître la Wallonie (consulté le 9 avril 2026)

François Bovesse, sur le site Belgium WWII (consulté le 9 avril 2026)

Il y a 75 ans - Namur rendait hommage à François Bovesse, sur le site de la Cegesoma (consulté le 9 avril 2026)