Balthazar August, Joseph socialiste
né en 1893 à Gand décédé en 1952 à Mariakerke-lez-Gand
Ministre (travaux publics, industrie-travail, prévoyance sociale et communications-transports) entre 1938 et 1944(Extrait du Peuple, du 25 juillet 1952)
On annonce le décès, survenu à Mariakerke-lez-Gand, d'Auguste Balthazar.
Le défunt était âgé de soixance ans. Au lendemain de la première guerre mondiale. il fut très actif comme militant socialiste dans sa ville natale de Gand.
Rédacteur du quotidien socialiste gantois Vooruit, il en devint le directeur après la mort se Paul de Visch.
Il fut échevin et député. Il fit partie de plusieurs gouvernements. Il était ministre du Travail et de la Prévoyance sociale en 1940, au moment de l'agression hitlérienne. Balthazar passa une grande partie de la période de la guerre en France et finit par rejoindre les autres membres du gouvernement à Londres.
Après la libération, il ne reprit plus son activité au sein du P.S.B. Bien qu'il ne jouât plus aucun, rôle politique. il commit la maladresse de prendre des attitudes personnelles dans certaines questions qui divisèrent l'opinion publique belge.
Balthazar était malade depuis plusieurs mois.
(Extrait du Het Laatste Nieuws, du 24 juillet 1952)
De h. Balthazar is in de nacht van Dinsdag op Woensdag overleden in zijn woning te Gent-Mariakerke. Hij werd gedurende enkele maanden verpleegd in een ziekenhuis.
De h. Aug. Balthazar werd te Gent geboren op 10 October 1893. Hij behoorde tot degenen die voor het Vlaamse rechtsherstel gewonnen waren en er voor opkwamen, dat de Gentse socialistische partij een daadwerkelijker medewerking zou verlenen aan de Vlaamse beweging.
Tijdens de oorlog 1914-1918 was de h. Balthazar Belgisch krijgsgevangene in Duitsland. Na zijn terugkeer nam hjj een bedrijvig aandeel in de socialistische politiek en werd verkozen tot gemeenteraadslid in 1921, waarna hij, in 1923, schepen van Gent werd.
Hij werd achtereenvolgens redacteur, hoofdopsteller en bestuurder van het dagblad Vooruit. In 1929 werd hij tot volksvertegenwoordiger gekozen en hij zetelde in de Kamer tot na de bevrijding.
De h. Balthazar was achtereenvolgens minister van Openbare Werken, in de regering Spaak, van Mei 1938 tot Februari 2939 en minister van Openbare Gezondheid in het cabinet Pierlot, van 3 September 1939 tot het uitbreken van de oorlog in 1940.
In Mei 1940 week hij met de regering Pierlot uit naar Frankrijk. Naderhand kwam hij over naar Londen, werd met een zending belast in Verenigde Staten en Canada, en daarna opnieuw opgenomen in de regering Pierlot.
Na de oorlog heeft hij zich teruggetrokken uit het politiek leven.
(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 25 mai 1934)
Le citoyen Balthazar, échevin de Gand ?
Le point d'interrogation s’impose. Le citoyen a été échevin de Gand. Il l'est encore officiellement, mais il l'est par sa seule volonté. Désavoué par le Conseil Communal, il aurait dû normalement donner sa démission. Il déclara, au contraire, qu'il resterait à son poste, coûte que coûte. Il est l'école de l’école du Général Cambronne. Trouvera-t-il, dans le parti socialiste, un barde qui, tel Victor Hugo, lui donnera la gloire qu'un mot fameux conféra à son immortel modèle ? Toujours est-il que son attitude ne manque pas de crânerie. Des censeurs malintentionnés diront sans doute que, s'il se cramponne à son écharpe, c'est que celle-ci comporte certains avantages, qu'il aime le pouvoir et ses projets. Pourquoi ne répondrait-il pas qu'il occupe un poste de combat et qu'il ne désertera pas au moment où la tranchée socialiste subit les assauts des défenseurs du « mur d'argent » ?
Les entreprises socialistes à forme capitaliste, dont Anseele, le maître, le grand patron du citoyen Balthazar, fut le propagateur sinon l'inventeur, sont, en effet, partout dans le monde, dans une passe difficile, mais particulièrement en Belgique, et particulièrement à Gand, cette Mecque du socialisme coopérateur. Déconfiture de la Banque des Coopératives en France, déconfiture de la Banque du Travail en Belgique, les institutions industrielles et commerciales qui, naguère, étaient l'orgueil du P.O.B. , obligées de demander l'aide d'un gouvernement bourgeois, toute la meute des vieux adversaires renforcée de la meute des jeunes partisans hurlant aux chausses des vieux chefs et des vieux militants et leur reprochant de s'être fait lesprêtres d'un veau d’or qui a beau porter le bonnet rouge, n'en est moins l'ancien veau d'or. Dans ces circonstances, le plus sage eût été, peut-être, de courber l’échine, d'invoquer la crise et de se faire oublier pendant quelque temps...
C'est ce que disaient certains amis politiques du personnage, car, dans le parti socialiste aussi, il y a des amitiés qui ne sont que des haines vigilantes. Un des espoirs de la sociale nouvelle manière, le camarade Spaak, n'écrivait-il pas tout récemment, en part de l'échevn gantois : « J'ai pitié de lui. Il est l’un des deux ou trois hommes du parti qui, pour le moment, n'ont qu'un seul droit et qu'une seule attitude à prendre : garder le silence et se faire oublier. »
Notre Balthozar n'a pas précisément suivi ce conseil. Quelques jours après, il se faisait porter en triomphe par ses fidèles électeurs gantois. Il n'a pas du tout envie de se faire oublier, le dénommé Balthazar. Il fait tête à l'orage. On veut sa peau ? On ne i' aura pas. N... de D... Cette peau, c'est la peau du parti.
Il faut avouer que, devant cette attitude, les Gantois, d'abord un peu éberlués, n'ont pas été loin d' admirer plus ou moins ce cran. Du moins, vaudra-t-il à notre Balthazar de figurer dans la galerie de Pourquoi Pas ? C'est l'homme du jour. Et, d' ailleurs, cet homme du jour est un assez curieux personnage. Il passe pour le continuateur, pour le fils spirituel de cet Anseele au mélancolique crépuscule de qui nous consacrions naguère un articles. D'Anseele à Balthazar, n'y aurait-il pas tout ce qui sépare le socialisme des temps héroiques du socialisme d'aujourd'hui ?...
* * *
Si vous parlez à des Gantois du citoyen Balthazar, neuf d'entre eux sur dix vous diront, avec une nuance particulière : « C'est un arriviste. » Et ils ajouteront même souvent : « Un arriviste de la pire espèce. » Qu'est-ce que la pire espèce ?
Les arrivistes abondent parmi les bipèdes sublunaires. On en connait des variétés infinies. Mais on peut d'abord les diviser en deux grandes catégories : ceux qui réussissent et ceux qui ne réussissent pas. Où placer notre personnage d'aujourd' hui ? Dans la première, bien sûr. Parti de rien, il devint échevin, député, directeur du Vooruit. C’est une réussite. Regardons-y de plus près. Il y a quelques semaines, il aurait pu dire : Quo non ascendarn ? Il est encore, en apparence, au Capitole, mais si près de la roche tarpéienne qu'il doit avoir le vertige. On raconte que quand il était à l'école de Brienne, le jeune Napoléon Bonaparte, autre arrivisfe, mérita d'un de ses maîtres, cette note : « Ira loin. si les circonstances le favorisent. » Nous ne savons pas si l'un des instituteurs, qui fut chargé de défricher l'intelligence enfantine du gosse Balthazar, pensa à proférer sur son élève quelque prédiction analogue à celle du professeur de Napoléon, mais nous pouvons constater, en étudiant la biographie du citoyen Balthazar, que les circonstances, après l'avoir servi, l’ont souvent desservi. C'est peut-être une victime du sort, cet échevin gantois.
* * *
Nous manquons de renseignements sur ses jeunes nnées. Il serait difficile, d'ailleurs, et oiseux, d'étalir scientifiquement si la nourrice du bébé Balhazar avait le lait plus ou moins aigre, ou si la tartine de confiture du même marmot, un peu grandi, tombait du côté face plus souvent que du côté pile, quand elle lui échappait des mains. Les données historiques manquent à cet égard. Ce que l'on sait du jeune Balthazar, dès l'instant qu'il eut revêtu la robe-prétexte, en l'espèce l' uniforme assez peu seyant du « piotte » de deuxième classe, prouve qu'une mâle fortune le poursuivit inexorablement. Nous ne voulons pas faire entendre par là qu'il ait tâté de la salle de police plus souvent qu'à son tour ; nous n'avons pas lu le feuillet de punitions du soldat Balhazar ; il se pourrait que ce feuillet fût vierge ; ce n'est pas à la caserne que le sort s'acharna sur ledit soldat, mais à la guerre, qui éclata peu après qu'on l’eut initié aux arcanes du maniement d'armes.
En ce temps-là, c'est-à-dire en 1914, les socialistes détestaient déjà la guerre, bien qu'ils n'eussent pas encore inventé l'objection de conscience. Le 31 juillet, ils avaient proclamé, au Cirque Royal, rue de l'Enseignement, leur horreur des tueries qui menaçaient l'humanité ; ce qui n'avait pas empêché les élus marxistes du Reichstag de voter, comme un seul homme, les crédits demandés, par Guillaume II, pour entrer en campagne. Il apparut alors que c'était bien servir la cause du peuple, que de cornbattre, même les armes à la main et sous l'uniforme, les hordes germaniques ; des socialistes notoires et notables, tels Vandervelde et Destrée, pour ne pas aller chercher des exemples à l'étranger, prononcèrent, sur ce thème, à l'époque, maints discours éloquents.
Le soldat Balthazar, socialiste orthodoxe, ne pouvait pas penser autrement qu'eux. Il est donc permis d'affirmer qu'il partit, acec son régiment, tout bouillant d'une sainte ardeur, prêt à en découdre, sur le champ de bataille, avec les suppôts casqués de la réaction en armes. Las ! il avait compté sans le hasard des batailles ; avant d'avoir eu le temps de tirer un coup de fusil, il fut pris au collet par qun uelconque grenadier poméranien ; le pourfendeur de ces odieux traîneurs de sabre d'outre-Rhin fut fait prisonnier aux premières heures d'un conflit qui devait durer quatre ans et davantage. On decine sa rage ; enflammé d'un saint zèle, il était prêt à mourir pour la cause ; et voilà que, tandis que la ferraille ennemie fauche ses camarades autour de lui, ce n'est pas la mort qu'il trouve sur son chemin, mais un fantassin allemand qui l'oblige à faire « kamerade. »
Des âmes comme la sienne, pourtant ne se laissent pas abattre dès le premier revers. Prisonnier, il garde la volonté de résistance. L’ennemi n'en a pas fini avec lui. On raconte des choses horribles sur les camps allemands de prisonniers ; les hommes y sont soumis aux plus affreuses privations, sans parler des mauvais traitements qu'ils y endurent ; ils y meurent, assure-t-on, comme des mouches ; le soldat Balthazar garde l'espoir de souffrir pour la démocratie, temporairement foulée aux pieds par les barbares en armes, mais non vaincue ; il opposera, aux brimades de ces barbares, un front serein ; il mourra plutôt que de composer avec eux.
Nouvelle désillusion : les Allemands se conduisent fort honnêtement avec le prisonnier Balthazar. Il est dirigé sur le camp de Gôttingen, réputé, entre tous, pour Ie régime de faveur dont jouissent ceux qui y séjournent. Tandis que des milliers de soldats moisissent misérablement dans les autres camps, celui-la offre, à ceux qu'il héberge, un séjour presque agréable. On y organise des conférences ; on y joue au football ; on y reçoit la visite de personnages de marque comme un certain Borms, par exemple, qui vient y plaider la cause de l'Allemagne sous couleur de servir la Flandre ; on n'y est brimé en aucune façon. C'est désespérant Le soldat Balthazar, qui rêve toujours de se sacrifier, en tombe malade... Il eût pu souffrir pour la cause.
Une fois de plus, sa malchance se manifeste. Il est évacué sur la Suisse, où il va faire une cure en attendant la fin de la guerre. Puisque, décidément, il voit bien qu'il ne lui sera pas possible de mourir, sinon pour son pays, ce qui serait bien bourgeois, du moins pour l'humanité, dont les Allemands et leurs alliés méprisent et violent toutes les lois, il se résigne à vivre. Il utilise ses loisirs de convalescent - car il va beaucoup mieux depuis l'instant que, la frontière franchie, il s'est troucé en Suisse - à parfaire ses études. Il s'assied sur les bancs d'une université.
Les hasards de la guerre ne lui ont pas donné l'occasion de faire de grandes choses sur les champs de bataille ; il va chercher une compensation en conquérant un grade académique ; et, fort de cette idée, il travaille d’arrache-pied. Une fois de plus, le destin lui est contraire : il n'a pas acquis encore le moindre parchemin, que la guerre se termine ; il rentre au pays sans avoir achevé les études si courageusement entreprises. D'aucuns n'ont-ils pas dit que Foch avait eu tort de signer si tôt l'armistice du 11 nocembre 1918 ?...
Quoi qu'i! en soit, la parenthèse de la guerre étani refermée, comme disait M. Woeste, les études du soldat Balthazar, renvoyé dans ses foyers, se trouvèrent interrompues. Moins heureux que le patriarche de Maldeghem, qu'il devait retrouver, plus tard, sur les bancs de la Chambre, où, plus honnête, le jeune militant socialiste ne crut pas pouvoir faire état d'un diplôme universitaire qu'il aurait conquis chez les Helvètes. Il prit ses inscriptions à l' Université de Gand, non encore flamandisée à ce moment, pour y continuer à cultiver son esprit. Nous ne savons au juste quelle spécialité il y travailla. La chose importe peu, au demeurant, puisqu'il ne persévéra pas en ses efforts jusqu'à la sanction des examens. D'autres travaux allaient bientôt absorber toute son activité.
La période qui s'ouvrit à la signature de la paix en 1919, fut fertile, on le sait, en fortunes rapides. Le Parti Ouvrier Belge offrait, de ce point de vue, des perspectives particulièrement alléchantes aux jeunes gens qui ne manquaient pas d'entregent. A Gand, plus que partout ailleurs, peut-être, Anseele, dont la popularité n'avait fait que grandir depuis qu'il avait décisivement contribué à Lophem, à faire prévaloir le principe du suffrage universel pur et simple, Anseele vieillissait. Il vieillissait sans héritier ; son fils qui depuis est rentré dans l’obédience marxiste, nageait dans les eaux du libéralisme. Le citoyen Balthazar, dont la jugeotte est sûre en ces choses-là, se dit qu'il y avait là une place à prendre. Dans son zèle à servir le parti, il décida qu'il valait autant que ce fût lui qui la prît, que de la laisser occuper par un autre. Et il dressa ses batteries en conséquence.
Il cultiva d'abord sa popularité. Il fit des conférences dans les cercles ouvriers, des conférences qui ne tenaient pas de la politique pure. Il vint à celle-ci par la tangente, ce qui était souverainement habile, car, en somme, certains militants vieillis sous le harnais, eussent pu prendre ombrage d'une ascension trop rapide de ce nouceau venu. Au début, le jeune Balthazar sut n' effrayer personne. Il commença modestement une carrière, qu'il voulait rapide. Mais il joua si bien les utilités que, bientôt, il sut se rendre indispensable. Il avait, du reste, sur la plupart de ses rivaux qui, sans être tous des prolétaires taillés sur le patron d'Anseele, n'en étaient pas moins de formation uniquement populaire, cet avantage dont il sut jouer de main de maître, un vernis d’intellectualité. Quoi qu on puisse en penser, cela vous pose un homme, de nos jours, même et peut-être surtout dans le parti socialiste. Ce fut un atout décisif dans le jeu du citoyen Balthazar ; et ce l'est encore…
Une fois lancé, le jeune militant suivit la filière : il devint conseiller communal, puis conseiller provincial, enfin député. Grâce à la « tripartite » - puisque c'est l' horrible mot consacré - ses pairs socialistes du conseil communal de Gand en firent même un échevin des finances et des régies. Accessoirement, l' appétit lui venant en mangeant, le citoyen Balthazar, désormais sorti définitivement du rang, avait pris la direction de l'importante feuille gantoise du parti ouvrier flamand, le Vooruit, en bousculant d’ailleurs quelque peu un « camarade » que ses travaux antérieurs eussent normalement désigné pour occuper ce poste. Nous passons sous silence les nombreux emplois qui lui furent attribués, par là-dessus, dans les multiples affaires dépendant directement ou indirectement du parti. Arriviste ou non, le citoyen Balthazar était arrivé. Tout au moins, tout le monde l'a cru, et lui tout le premier sans aucun doute,
* * *
Mais le tout n'est pas d'arriver. Il faut se maintenir. Les bonnes gens disent communément que ce qu'on bâtit trop vite manque de solidité. Le citoyen Balthazar qui dédaigne parfois fort visiblement les bonnes gens, pourrait bien vérifier à ses dépens l'exactitude de cet apophtegme. Le fait est que son étoile a terriblement pâli en ces derniers temps. La guigne au séant verdâtre, dont nous avons constaté plus haut l'influence néfaste sur sa carrière militaire, le poursuit visiblement aussi sur le terrain politique. Il faut dire, d'ailleurs, qu'il lui a fait la partie belle.
Grisé par un succès trop rapide, le citoyen Batthazar, député, échevin d'une grande ville et directeur d'un journal qui tient place honorable dans la presse belge, s'est cru tout permis. Il a pris des allures cassantes qui furent loin de plaire à tout le monde. Admirateur et quelque peu disciple de Camille Huysmans, il a posé au cynique ; mais le cynisme de Camille n'est pas à la portée du premier venu ; malgré ses dons incontestables en telle matière, le citoyen Balthazar n'est pas homme à jouer sans défaillance semblable personnage. Par ailleurs, Gand n'est pas Anvers. Bien qu'il ait été appuyé par le vieil Anseele en maintes circonstances assez critiques, le directeur du Vooruit ne sortit pas toujours vainqueur des attrapades mémorables qu'il eut avec d'autres socialistes du terroir gantois. Il arriva même qu'il y laissât de ses plumes. N' est-ce pas en semblable occurrence qu'il dut prendre illico un repos de quelques mois, qui ressemblait beaucoup à un limogeage temporaire, dans une lointaine villégiature ardennaise ?
Comme échevin, longtemps avant que l’on parlât des fonds gelés de la Banque belge du Travail, il avait eu quelques initiatives malencontreuses. Les Gantois font encore des gorges chaudes, à l’heure qu'il est, à propos d'une vaudevillesque étable municipale qu'il avait fondée un jour que le travaillait sans doute la nostalgie du « ranz des vaches » entendu en Suisse au temps de son internement. L'affaire fit un fiasco lamentable. Elle coûta fort cher aux contribuables et ne fit aucun bien à la réputation de son promoteur en tant qu'admiinistrateur de la chose publique. Le « tripartisme » - toujours lui - aidant, il n'en resta pas moins échevin, pour le malheur des contribuables cités plus haut puisqu'il vient de laisser volatiliser quelque vingt millions de leur belle galette dans la déconfiture d’un établissement dont il était et est encore administrateur. S'il fallait une preuve de plus que la malchance poursuit le pauvre homme, n'est-ce pas e n cette aventure qu'on pourrait la trouver ?
* * *
Par ces temps d'escroqueries sensationnelles, l'honnête homme se trouve fort embarrassé, qui, d'aventure, reste en possession de quelque argent à placer après qu'il a payé ses contributions. C'est tout un problème que d empêcher cet argent de se volatilser. Le problème se complique encore si celui qui doit le résoudre est comptable envers des tiers, des fonds qu'il doit placer. C'était - et c'est toujours - le cas du citoyen Balthazar, échevin des finances et des régies municipales de Gand.
Il ne pouvait tout de même pas mettre dans la poche de son gilet le trésor de la cité, tout réduit que fût celui-ci, et les réserves de ses régies. Il fallait bien qu'il trouvât un endroit sûr où placer ces capitaux qu'il avait à gérer, de par ses fonctions. Or, le. citoyen Balthazar, il l'a dit et répété, n'a qu'une confiance très limitée dans la solidité des banques en général. La difficulté consistait donc, pour lui, à en choisir une qui lui donnât tous ses apaisements. Le hasard voulant qu'il fût administrateur d'un établissement de crédit, mais rouge, son premier mouoernent a dû le porter à confier tous les fonds municipaux à cet établissement où il avait un droit de regard. Seulement, il y a la politique qui empoisonna, dès l'origine, toute cette affaire. Nous avons dit que la municipalité gantoise est « tripartite ». Les catholiques et les libéraux eussent crié à la partialité si le citoyen Balthazar avait suivi sa première inspiration. Il se crut donc obligé de faire trois parts à peu près égales des capitaux qu'il lui allait placer. Tout au plus, put-il grossir un peu le magot qu'il confia à la banque dont il était personnellement administrateur.
Et voilà que c'est précisément cette banque-là - alors qu'il y en a tant d'autres - qui ferme ses guichets. N' est-ce pas le comble de la déveine ? Un homme qui aurait l'âme moins bien trempée que ne l'a le citoyen Balthazar, après un si mauvais coup du sort, jetterait le manche après la cognée, et renoncerait à administrer, fût-ce durant une heure de plus, la chose publique ; mais ce n'est pas son genre ; il se cramponne à son écharpe comme si sa vie en dépendait. On ne sait, en vérité, ce qu'il faut le plus admirer en tout cela : l'entêtement de l'échecin à vouloir forcer le destin, ou la patience des Gantois qui semblent admettre d'un cœur assez élger qu'un homme si malchanceux continue à admiistrer leurs affaires...
Physiquement, le citoyen Balthazar ressemble étrangement à cet autre politicien malchanceux qui a nom Daladier. Celui-ci n'a pas hésité à s'en aller quand il a vu que les choses se gâtaient. Il est vrai qu'il s'agitait sur un théâtre plus vaste, tout de même, que le forum gantois. Mais la grandeur du théâtre ne fait rien à l'affaire. Nous est avis que le citoyen Balthazar ferait bien de méditer sérieusement sur un tel précédent.
Voir aussi :
1° VANSCHOENBEEK G., Balthazar Auguste Joseph, sur le site du Maitron (consulté le 28 avril 2026)
2° VAN CAMPENHOUT N. - VANSCHOENBEEK G, Balthazar August, sur le site de la Digitale Encyclopedie van de Vlaamse Beweging (consulté le 28 avril 2026)