Troclet Léon socialiste
né en 1872 à Bagimont décédé en 1946 à L!ège
Représentant 1900-1904 et 1907-1936 et 1945-1946 , élu par l'arrondissement de Liège(Extrait de LIVRAUW F., Le Parlement belge en 1900-1902, Bruxelles, Société belge de Librairie, 1901, p. 338)
Léon TROCLET
Représentant socialiste pour l’arrondissement de Liége, né à Bagimont (Luxembourg) le 14 février 1872
Ouvrier couvreur en ardoises. – Fit de sérieuses études primaires et obtint en 1890 le certificat d’électeur capacitaire. – Ancien secrétaire du Syndicat du Bâtiment, du Cercle L’Etincelle de Charleville (Ardennes françaises) et de la Jeune Garde socialiste de Liége ; secrétaire de la Fédération liégeoise du Parti ouvrier et de la Ligue ouvrière antialcoolique de l’arrondissement de Liége, membre du Comité de la Libre-Pensée et de diverses associations ouvrières. – Délégué du Parti Ouvrier à tous les Congrès socialistes tenus en 1894 et en 1900. – Collabore à différents journaux politiques belges et français, notamment : Le Peuple, Le Journal de Charleroi, La Travail, La Tribune liégeoise, L’Antimilitariste, L’Emancipation, Le Socialiste ardennais, La Jeunesse socialiste, etc. – Fonda en 1900 avec quelques amis Le Combat et Le Réveil du Luxembourg, dont il est actuellement le secrétaire de rédaction. – Est l’auteur du Catéchisme du Conscrit socialiste et d’un ouvrage sur Les Unions professionnelles et les Réformes ouvrières, à l’usage des ouvriers du bâtiment. – A été condamné en 1895, par la Cour d’assises du Brabant, à 5 mois de prison pour délit de presse, et par la Cour d’appel de Liége, à 5 autres mois pour un discours antimilitariste. – Siégea au Conseil provincial de Liége pour le canton de Fléron pendant la session de 1900. – Nommé membre de la Chambre le 27 mai 1900. – Remplit les fonctions de secrétaire au Bureau provisoire à l’ouverture de la session ordinaire de 1900-1901.
(Extrait de La Wallonie, du 9 octobre 1946)
Une pénible nouvelle nous parvient : celle de la mort de Léon Troclet, échevin de la Prévoyance Sociale de la Ville de Liège et député.
Léon Troclet était une figure populaire de notre ville qu'il aimait particulièrement.
II s'est éteint lundi, au moment même où, en la séance spéciale du Conseil communal, on prononçait son éloge, retraçant une activité communale dépassant le quart de siècle.
Il était né le 14 février 1872, à Bagimont-sur-Semois, d'une modeste famille paysanne du « Pays gaumais » qui comptait sept enfants et dont le père, à la suite d'un accident de roulage, ne se trouvait plus en état d'assurer la subsistance. Vers sa 15ème année, il fut placé en apprentissage chez un patron couvreur de Charleville.
Mêlé immédiatement au mouvement socialiste des Ardennes françaises, il est remarqué par Jean-Baptiste Clément, surnommé l'apôtre des Ardennes (l'auteur du « Temps des cerises »), qui lui confie bientôt le secrétariat du Cercle d'études « L'Etincelle » de Charleville et ensuite de la Fédération Socialiste du département des Ardennes.
A la suite d’incidents de grève, Léon Troclet, sujet belge, dut quitter la France et, en 1894, vint se fixer à Liège.
Il entre immédiatement au Parti Ouvrier Belge et dès 1895 participe à toutes les formes d'activité du mouvement ouvrier.
Il est élu député, une première fois en 1900. Non réélu au scrutin suivant, il rentre au Parlement en 1904, à la suite du décès du député Mineur Joseph Wettinck. de Jemeppe.
Pendant l'intervalle de ses deux mandats parlementaires, il siège au Palais Provincial en qualité de conseiller provincial du canton de Fléron.
Député de 1904 à 1936, il rentre de nouveau la Chambre en 1945, jusqu'à la dernière dissolution, pour achever le mandat de Lucien Dejardin, décédée l'an dernier.
L'activité du Premier Questeur Léon Troclet a été considérable.
Parmi les nombreux projets de loi qui portent sa signature, il faut rappeler ses initiatives en ce qui concerne le soutien des chômeurs involontaires, les lois en faveur des employés, les conseils de prud'hommes et des conseils de prud’hommes d'appel.
Au lendemain de la guerre 1914-1918. il a été rapporteur de la révision constitutionnelle et de la loi instituant le suffrage universel en Belgique.
Retraçons en un mot son activité communale.
Il est élu conseiller suppléant au scrutin du 18 octobre 1903. En sa séance du 25 janvier 1904, le Conseil communal procède à la vérification des pouvoirs de Léon Troclet, appelé à remplacer Jules Keppene, démissionnaire. Il fut constamment réélu depuis lors.
En la séance du 23 janvier, il est proclamé cinquième échevin.
Ses principales activités consistèrent en la reprise par la Ville des établissements d'instruction professionnelle.
Il fut aussi un défenseur acharné des régies.
Il fut attaché en outre, pendant plusieurs années, à la rédaction de notre journal.
« La Wallonie » présente à son fils Léon-Eli Troclet, ministre du Travail, et à sa famille, ses condoléances émues et fraternelles.
Les funérailles auront lieu jeudi 10 octobre, à 11 heures du matin.
(Extrait de La Wallonie, du 12 octobre 1946)
La note du jour : Léon Troclet
D’autres ont dit et rediront ce que fut l'homme politique et la reconnaissance que doit à son vieux leader la population ouvrière du pays de Liège. D'autres encore parleront de l'homme aimable, discret et toujours fraternel... Je veux, ici, dire le regret que j’ai connu en apprenant la mort de cette figure si pittoresquement liégeoise qui était devenue un « type » dans le décor de la cité.
La vraie popularité n’est-elle pas celle qui porte à la scène, dans les revues locales, l’homme que chacun identifie immédiatement et salue l’apparition du « sosie » par un « ah » sympathique ? Celle popularité, faisant fi des contradictions de la politique, combien de fois Léon Troclet l'a-t-il connue ? Léon Troclet : une cravate Lavallière, un grand chapeau d'artiste, une moustache aux crocs impeccables.. Un caricaturiste de talent l’aurait « croqué » en quelques lignes en faisant ressortir ces différents attributs. Il avait « créé » ainsi, dès le début du siècle, le « type » même du militant socialiste. Sa parole chaude avait conservé un accent français tout particulier qui « chantait » d’une manière spéciale dans toutes ses harangues ou ses improvisations littéraires. Car Léon Troclet, quand l'homme politique s’effaçait devant le conférencier des cercles d'études, se révélait poète attendri lorsqu'il évoquait Jean-Baptiste Clément ou rappelait les pages de Jules Vallès à propos de la Commune de Paris.
Avec Léon Troclet disparaît un de ces Liégeois qui influencèrent la jeunesse des premières années du siècle. Demblon, Troclet, Smets… autant de noms qui sont et resteront dans les mémoires des quinquagénaires d’aujourd’hui.
La terre wallonne lui sera légère car il l’a aimée cette terre - nôtre comme savent l’aimer ceux-là pour qui la Wallonie, comme la France, est une personne.
Michel DUCHATTO
(Extrait de La Meuse, du 10 octobre 1946)
Autour du Perron
Une figure bien liégeoise vient de s’éteindre : Léon Troclet est mort, à l’âge de 74 ans et depuis 50 ans, il était mêlé à la vie de notre cité.
C’était un représentant des temps héroïques du socialisme. C'était le militant dans toute l'acception du terme. Il fut un lutteur qui risqua la prison pour défendre ses idées. Et si même on ne partage pas celles-ci, on doit s'incliner devant le courage de celui qui les défendit avec ardeur en des temps difficiles.
Il était originaire du fin fond de nos Ardennes et il vécut son enfance dans les Ardennes françaises. C'est là qu'il connut Jean-Baptiste Clément, l'auteur de l'élégiaque chanson « Le temps des Cerises » qui s'offrait le paradoxe d'être à la fois un doux poète et un farouche révolutionnaire. C'est J.-B. Clément qui lança Léon Troclet dans la politique. L'élève suivit si bien les conseils de son maître qu'à la suite d'incidents de grève, il fut expulsé de France et c'est alors qu'il vint se fixer à Liège.
Il exerçait la profession d'ardoisier, ce qui permit à des humoristes en mal de jeux de mots faciles, de prétendre qu'il pouvais parodier le roi-soleil en affirmant : « Les toits, c'est moi. »
Léon Troclet était le premier à rire de cette innocente facétie, et c’est pourquoi je me permets de la rappeler ici.
L'humble ardoisier fit du chemin. Il fut conseiller communal, conseiller provincial, député et questeur de la Chambre. Il fut aussi journaliste et sa plume était combattive.
Il avait une connaissance parfaite du mouvement politique du dernier demi-siècle. Il avait un sens précis des contingences humaines. Il se tenait au courant de tout ce qui agit sur les masses.
Ce qui était peut-être le plus séduisant en lui, c'est que cet ancien meneur avait conservé une âme de poète. Lorsqu'il présidait, par exemple, une réunion du « Coin de Terre », il trouvait des mots délicieux pour parler des fleurs et même des légumes. Cet autodidacte sentait remonter en lui des vapeurs virgiliennes. « Le temps des cerises » continuait à chanter en ses oreilles, même lorsqu'il excitait les masses à se rebeller contre le pouvoir.
Je pense que Léon Troclet avait rêvé une belle fin de carrière : Il eût voulu devenir bourgmestre de Liège. Son grand âge ne permit pas d'envisager cette éventualité.
Mais il a dû connaître, en ses vieux jours, une belle compensation : son fils est devenu ministre du Travail et de la Prévoyance socialo et l'est resté malgré toutes les fluctuations politiques, affirmant chaque Jour sa solide personnalité. Léon Troclet a dû avoir ainsi la grande joie de penser qu'un flambeau se transmet de père en fils. Il est loisible de n'être pas d'accord sur la couleur du flambeau. Mais c'est tout de mème un flambeau.
Georges DUPONT.
(Extrait du Soir, du 9 octobre 1946)
M. Léon Troclet, père de l'actuel ministre du Travail et de la Prévoyance sociale est décédé, dans la nuit de lundi à mardi, à l'âge de 74 ans.
Ancien échevin de la Prévoyance sociale à Liège, le défunt député socialiste. avait occupé pendant de longues années les fonctions de questeur de la Chambre des Représentants. Les habitués du Palais de la Nation et ses collègues de l'époque se souviennent de cet homme sympathique, cordial et affable, de sa grosse moustache et du petit pince-nez qui abritait ses yeux de myope.
Particulièrement attaché à l’étude des questions sociales, M. Léon Troclet intervenait très souvent dans les débats qui avaient trait à ce sujet.
L'âge et la maladie l'avalent écarté de la vie politique. Mats on n'avait pu oublié à la Chambre ce personnage au regard malicieux qui fit, sur les bancs de l'assemblée, une courte réapparition en 1945, après la mort de Mme Lucie Dejardin, dont il était le suppléant.
Né à Bogimont, dans le Luxembourg, il était entré au Parlement le 27 mat 1900.
Avant d'y être élu, il avait fait ses premières armes à la « Populaire » et était devenu, en ces lointaines années, secrétaire de la Jeune Garde socialiste de Liège, de la Fédération Liégeoise du Parti Ouvrier et de la Ligue ouvrière antialcoolique de l'arrondissement de Liége, et fut membre de la Libre-Pensée. Il collabora également de nombreux journaux de son parti.
Voir aussi : BIGORGNE D. ,Troclet Léon, sur le site Le Maîtron (consulté le 30 décembre 2025)