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Streel François (1859-1900)

Streel François, Joseph, Guillaume catholique

né en 1859 à Alleur décédé en 1900 à Waremme

Représentant 1898-1900 , élu par l'arrondissement de Waremme

Biographie

(Extrait du Petit bleu du matin, du 2 janvier 1900)

M. Streel, député de Waremme, malade depuis quelque tempe déjà, a succombé lundi 1er janvier à une pulmonie.

Avant d’être député, M. Streel remplissait les délicates fonctions de juge de paix. Quand MM. Ancion et H. Cartuyvels disparurent de la scène politique, l'un par suite de ses multiples occupations, l’autre emporté par une maladie cruelle, la candidature de M. Streel s' imposa aux catholiques de l'arrondissement de Waremme. Au premier tour de scrutin, M. Streel obtint 11,345 voix et au deuxième tour, il l'emporta par 11,609 voix. La validation de l'élection fut l'objet d'une vive discussion à la Chambre. On se rappelle que les pommes de terre jouèrent un rôle considérable dans l'élection de Waremme, ce qui valut à M. Streel l'épithète de « Parmentier électoral. » L'élection de Waremme fut néanmoins validée le 9 novembre 1898.

Au Parlement, M. Streel joua un rôle assez important. A plusieurs reprises, il fut nommé rapporteur de budgets et de projets. Récemment encore, il fut question de donner à M. Streel un portefeuille ministériel.

M. Streel était un orateur plus disert qu'éloquent, parlait avec une facilité abondante, doué d'une mémoire telle que quatre lignes de notes lui suffisaient pour prononcer un discours ordinairement intéressant.

Lors de la discussion de l'interpellation sur les alcools, M. Streel publia une brochure curieuse, dans laquelle il défendait l'expropriation des distilleries industrielles au profit des distilleries agricoles, afin d'opposer à l'expropriation socialiste. la digue de l'exploitation industrielle parcellaire.

Les funérailles de M. Streel sont fixées jeudi, à 11 heures. L'inhumation aura lieu à Noville.


(Extrait du XXème siècle, du 2 janvier 1900)

L'année 1900 aura commencé tristement pour nos amis de Waremme : leur cher député. M. Guillaume Streel, est décédé le 1er janvier, après quelques jours de maladie. La nouvelle causera dans tout le ays une douloureuse stupéfaction.

M. Streel n'était pas depuis longtemps à la Chambre : il y entra aux élections de 1898, après avoir donné sa démission de juge de paix du canton de Waremme ; mais il y avait rapidement acquis de l'autorité par ses qualités de science et de jugement, par son talent de parole, en même temps que par la courtoisie de ses manières et l'esprit qu'il mettait dans la conversation, il gagnait la vive sympathie de tous ses collègues de droite et même de collègues de gauche.

C'est en partie à l'action de M. Streel, pendant la campagne électorale de 1898, que les catholiques de Waremme durent de maintenir leurs positions contre la coalition libéralo-socialiste. On sait combien la lutte fut chaude à Waremme. Les socialistes avaient importé, dans cette paisible région agricole, leurs tapageuses méthodes de propagande électorale ; mais ils trouvèrent à qui parler. M. Streel les affronta souvent victorieusement dans des meetings contradictoires. Servi par des connaissances très larges, à la fois versé dans la science du droit et très au courant des questions économiques dans leur rapport surtout avec la question agricole, il savait faire face l'adversaire sur tous les terrains, et sa parole facile, nette, habile, et, quand il le fallait, énergique, opposait toutes leurs attaques d'excellentes ripostes.

A peine arrivé à la Chambre, il eut l'occasion de donner la mesure de son talent. L'extrême gauche contesta la validité de son élection et le prit directement à partie, l'accusant de devoir à la fraude sa présence sur les bancs de la Chambre. M. Streel ne se laissa pas intimider et répondit en un discours qui le classa tout de suite parmi les bons orateurs de la Chambre.

Dans la suite il prit part à toutes les discussions importantes ; et il le fit toujours, non seulement avec compétence, mais avec agrément ; car c'était un esprit cultivé, qui s'intéressait en même temps qu'au droit, à la sociologie et la politique, au mouvement littéraire et artistique.

Dans ces derniers temps, il s’était, on se le rappelle, beaucoup occupé de la question des distilleries agricoles, si importante pour son arrondissement. Il était un des hommes assez rares qui voient parfaitement clair dans cette broussailleuse question à la fois agricole et fiscale. '

M. Streel n’avait que quarante ans. Et il n'eut tenu qu’à lui sans doute d'être d'un rang plus élevé encore que celui qu'il occupait dans la politique. Son nom fut, en effet, mis en avant lors de récents remaniements ministériels, et il demeurait une des réserves de la droite pour le cas de nouvelles éventualités de cette espèce.

C'est pourquoi sa mort prématurée est une grande perte non seulement pour l'arrondissement de Waremme, mais pour tout le pays catholique.

Ainsi que nous l'avons déjà dit, M. Streel était malade depuis peu de temps; il succombe à une pulmonie. Son état ne s'était aggravé que ces tous derniers jours. II demanda lui-même les sacrements, qui lui furent administrés lundi matin. II rendait peu après le dernier soupir. Il avait vu venir la mort sans crainte : chrétien de foi profonde et de grande conscience, il pouvait paraître en toute confiance devant le juge suprême.

* * *

De nouveaux renseignements que nous recevons de notre correspondant de Waremme, donnent, ces détails sur la mort admirablement chrétienne de Guillaume Streel.

C'est le travail énorme auquel M. Streel s'était livré qui avait nui à sa santé.

Le sympathique et distingué représentant est mort lundi, à 10 heures. Il avait passé la nuit entière à prendre ses dernières dispositions. Le matin il fit appeler Mme Streel. il lui recommanda de ne rien négliger pour faire de ses enfants des hommes de foi et de devoir. Puis, à sa demande, on lui amena les pauvres petits, quatre garçonnets dont l'aîné à sept ans. Il leur fit ses adieux.

Puis, il ne songea plus qu'à se préparer chrétiennement à la mort qu'il sentait venir.

Il s'est éteint vers 10 du matin.

Le deuil est général, ajoute notre correspondant à Waremme et dans toute la Hesbaye. La famille du défunt était l'une des plus vieilles et des plus respectées de cette région.

Les funérailles sont fixées à jeudi, 11 heures. L'inhumation aura lieu à Noville, où est le caveau de la famille.


(Extrait du XXème siècle, du 4 janvier 1900)

A la mémoire de M. Streel

Nous avons ou l'honneur, en 1897, d'être détaché par le Vingtième Siècle - Cujus pars minima fui - pour soutenir la candidature de M. Pitsaer, désigné par la confiance bien justifiée de nos amis de l'arrondissement de Waremme pour recueillir la succession parlementaire du tant regretté M. Hyacinthe Cartuyvels.

Une élection partielle ne donne pas toujours lieu ides compétitions animées. On a vu, à Gand et Anvers, MM. Lippens et De Wael pénétrer sans lutte par la porte des artistes au Palais de la Nation. Mais c'étaient là - heureusement pour notre parti - de rares et courtes défaillances. En province, on se résignait difficilement à ces abdications opportunistes si fâcheuses pour l'honneur du drapeau et l'on ne parvenait pas persuader ces hommes aux convictions robustes qu'à déserter la bataille, à livrer la place sans combat, à se confiner dans l'abstention déprimante, il pouvait y avoir gloire pour eux, profit pour notre cause.

Les catholiques de Waremme n'avaient pas conquis sans peine la suprématie dans leur arrondissement. Longtemps ils avaient lutté contre le doctrinarisme et il avait fallu l'obstination dans la lutte du baron Ancion et de M. Hyacinthe Cartuyvels, appuyés de toute une pléiade de cœurs intrépides et généreux, pour planter le drapeau catholique sur des bastions réputés imprenables. Cartuyvels était l'âme de ces belles et vivifiantes luttes. Quelle fièvre, quelle ardeur sa verve toute wallonne savait répandre autour de lui, quel enthousiasme il inspirait à des troupes qui idolâtraient leur chef !

Il est tombé bien jeune. terrassé w le travail, laissant à ses collaborateurs, appelés désormais au périlleux honneur de devenir ses continuateurs, un souvenir impérissable.

Cartuyvels mort, nos adversaires escomptaient le bénéfice d'une victoire qu'ils croyaient facile. Mais ils avaient compté à la fois sans l'énergie de nos amis et sans l'intervention d'un ennemi devenu rapidement puissant grâce à l'incessante propagande des socialistes liégeois.

Guillaume Streel, président de l'association catholique, appuyé par un état-major d'élite, avait pris la direction de l'élection à laquelle donna lieu le remplacement d'Hyacinthe Cartuyvels. Du premier jour, il comprit l'utilité, la nécessité de ces deux armes puissantes qu'on appelle la presse et les conférences. Il fit appel au dévouement du Vingtième Siècle, de La Gazette de Liège, du Journal de Huy, et il parvint, en quelques jours, à organiser supérieurement ce que nous pouvons appeler son artillerie journalistique.

Ce fut un véritable feu roulant à la fois contre le candidat libéral que nous pouvons appeler son erje journalistique. Ce fut un véritable feu roulant à la fois contre le candidat libéral que les radicaux Waremmiens, en désespoir de cause, étaient allés pêcher à Liége et contre le socialiste Valère Henault, appuyé par tous les chefs rouges, Emile Vandervelde en tête. Faut-il rappeler ici ces conférences des Helleputte, des Broqueville, des Jacques, des jeunes et valeureux catholiques huttois, dont quelques-uns comptèrent à leur actif plus de trente meetings ! Les libéraux luttèrent en désespérés. Ils appelèrent à la rescousse MM. Buls, Finet, l'ange de l'ennui, Feron, le porte-guigne de son parti, le nébuleux comte Goblet d'Alviella, groupés sous la firme appelée à une rapide faillite, de L'Alliance libérale.

Les socialistes donnèrent avec une furie sans pareille, troublant les réunions catholiques sous prétexte de contradiction, ne reculant même pas devant la violence et le pugilat. Au milieu de cette lutte vraiment émouvante, Guillaume Streel ne se départait pas un instant de ce calme, de cette pondération de jugement qui faisaient sa force. Il fut, pendant cette campagne, une des plus belles dont nos annales électorales fassent mention, un admirable général.

D'autres diront ce qu'il fut comme parlementaire. Mais, à l'heure des suprêmes adieux, il doit nous être permis, nous, qui avons combattu avec lui, de nous incliner avec un respect ému, devant la tombe de ce vaillant qui aimait la presse et savait, - chose rare ! - reconnaître ses services au soir des grands triomphes. Avec le tact qui le caractérisait, il avait compris que le journaliste. dans ces rudes combats hérissés de tant de mécomptes, parfois de tant de douleurs, est profondément sensible au mot aimable qui le soutient dans l'action et l'éloge qui le venge des indifférences et des ingratitudes.

H. R.


(Extrait du Peuple, du 3 janvier 1900)

M. Streel, député de Waremme, élu député au ballotage du 29 mai avec M. Pitsaer, contre MM. Mottard et le citoyen V. Hénault, vient de mourir.

Il faisait à la Chambre partie du groupe agricole.

Il avait l'éloquence poncive d'un juge do paix de province, mais son abord était facile, et sa courtoisie. appréciée de tous.


(Extrait du Peuple, du 4 janvier 1900)

Lundi, premier jour de l'an, à 9 h. du matin, est mort notre député clérical. Guillaume Streel. II y avait peine une dizaine de jours qu'il était malade, atteint, raconte-t-on, du typhus. II n'est âgé que de 41 ans et laisse quatre petits orphelins.

Guillaume Streel était né à Noville ; il fil de brillantes études à Liége, où il conquit ses diplômes de docteur en droit et en sciences politiques et administratives. II ne fut jamais brillant avocat et abandonna même le barreau. Il fut nommé juge de paix à Waremme, à la mort de M. Boux ; et il exerça ses fonctions jusqu'en mai 1898, quand le corps de Waremme, travaillé, on sait par quels procédés, l'envoya siéger à la Chambre.

Malgré des connaissances très étendues, il n'y joua pas un rôle bien marquant. Un léger défaut de prononciation et le manque de prestance de l'orateur, ôtait à son langage, très correct pourtant et souvent caustique, tout charme et toute envolée. C'était aussi un travailleur, très au courant de toute la littérature économique contemporaine, y compris les écrits de nos savants spécialistes.

Quoique peu populaire en Hesbaye, Streel fut cependant l'un des rares hommes du parti catholique, capable de défendre avec quelque autorité, dans l'arrondissement de Waremme, le gouvernement, avec lequel il vota presque toujours. Il a voté dernièrement la loi sur la R. P.

C'était un catholique croyant et pratiquant, et nous ne doutâmes jamais de la sincérité de ses sentiments. Il vivait de la plus étroite via de famille, et nous nous inclinons respectueusement devant la douleur de sa jeune femme et le malheur de ses enfants.

L'enterrement a lieu jeudi, à 10 h. 1/2, à Waremme.


(Extrait du Journal de Bruxelles, du 2 janvier 1900)

Ce commencement d'année s'assombrit de pensées de deuil : noua avons trouvé ce matin, dans le courrier qui nous apportait les vœux de nos amis, une lettre encadrée de noir, une lettre d'une tristesse profonde. Elle nous annonce la mort de M. Guillaume Streel, député de Waremme.

Guillaume Streel disparu, mort à quarante ans, au seuil de la vie politique pour laquelle il était marqué, avant d'avoir pu réaliser tous les espoirs qu'avait mis en lui la famille catholique.

La nouvelle nous émeut profondément et elle aura un douloureux écho, C'est un soldat que perd notre armée, et il semble qu'un chef s'en est allé. Il apparut ainsi à tous dès le jour où il entra dans la bataille. L'unanimité des catholiques de Waremme a désigné M. Streel aux suffrages des électeurs de l'arrondissement en 1898,le mit aussitôt en vedette : le représentant qu'il fallait aux catholiques de Waremme, c'était lui, c'était cet homme qui comprenait les besoins de tous, qui était en situation, mieux que tout autre, de les sentir, et qui était merveilleusement doué pour présenter la défense des intérêts si complexes et si spéciaux de cet arrondissement à la fois agricole et industriel.

Ce petit juge de paix, comme l'appelaient dédaigneusement les journaux libéraux, avait beaucoup étudié : il avait cohabité, si l'on peut ainsi dire, avec l'âme populaire, dans son modeste prétoire : il l'avait vue joyeuse ou troublée et avait appris à démêler le pourquoi de ses joies et de ses peines, si bien qu'il était naturellement marqué pour être son représentant - son représentant plus que son député - au sein de l'assemblée qui fait les lois pour tous.

Ceux qui ne le connaissaient qu'imparfaitement purent croire cependant, lorsque s'ouvrit la première campagne électorale à laquelle il fut activement mêlé, qu'il manquerait de « jarret » et que sa bonne volonté n'aurait pas raison des furieuses attaques de ses adversaires ; mais cette bonne volonté s'appuyait sur une énergie peu commune et sur un esprit de combativité singulièrement trempé : il fut un soldat de brèche en même temps qu'il fut un chef. On le vit partout et partout à la fois : chez le fermier et chez l'ouvrier, auxquels il disait clairement son programme, et dans les meetings houleux, où, en face des Valère Hainaut et des Demblon, qui tonnaient contre l'Eglise et le capitalisme, il criait fièrement ses croyances religieuses et sa foi dans l’œuvre de la législation sociale.

La victoire couronna ses efforts et ceux de son collègue et ami, M. Pitsaert, qui avait succédé au regretté Cartuyvels. A eux deux, et grâce aussi aux efforts d'un état-major fidèle et dévoué, ils eurent raison de la triple coalition des progressistes, des doctrinaires et des socialistes, qui pendant plusieurs semaines remuèrent vainement le pays.

Les deux amis obtinrent respectivement 11,609 et 11,803 voix et furent nomma membres de Chambre, en dépit d'une demande en annulation du ballottage, basée sur des faits si peu probants que la Chambre n'en fut autrement occupée que par les déclamations de la gauche socialiste.

A la Chambre, M. Streel fut de plusieurs discussions importantes parmi lesquelles il convient de citer surtout celles concernant, outre différents budgets, le contrat de travail, le police du roulage, les traitements de la magistrature, etc. Disons aussi qu’il fut rapporteur du budget de l’industrie et du travail pour l’exercice 1899.

M. Streel n'était pas orateur. Un défaut de prononciation permettait de suivre difficilement son discours ; mais, par contre celui-ci gagnait à la lecture. On y retrouvait immédiatement l'homme qui possède bien son sujet, tournant et retournant la question sous toutes ses faces : une affaire exposée par M. Streel devenait lumineuse pour le moins initié. Il avait une très grande perspicacité des choses du droit, et le ton conciliant de ses discours, la modération de ses opinions, les tendances bienveillantes que tout le monde lui connaissait, rappelaient de fort près l'arbitre des petites gens, des pauvres, le juge de paix conciliateur qui arrange toutes les affaires pour le plus grand bien de ses justiciables.

Sa mort sera vivement déplorée par tous les catholiques : un homme de cette valeur ne se remplace pas facilement dans un parti, si fécond qu'il soit en personnalités distinguées.

Terminons cet article trop rapide par quelques notes biographiques : M. Guillaume Streel était né à Alleur (province de Liége), en octobre 1859.

Il avait fait ses études au séminaire de Saint-Trond et à l'université de Liége. A l'âge de 20 ans il obtint avec la plus grande distinction son diplôme de docteur en philosophie et lettres ; en 1881 il était nommé docteur en sciences politiques et administratives, et en 1882 il était docteur en droit. Il obtint également ces deux grades avec la grande distinction.

Avocat à la cour d'appel de Liége, M. Streel occupait ses rares loisirs à la culture des céréales. En ces matières, il était fin connaisseur, et il prouva à la Chambre, à différentes reprises, et notamment lors des interpellations de MM. Vandervelde, Hambursin et Journez, sur la situation des distilleries agricoles, qu'il connaissait aussi parfaitement les questions agricoles que les questions de droit.

M. Streel fut bourgmestre de Noville de 1885 à 1889.. Depuis cette dernière date jusqu'en 1898, il fut juge de paix de Waremme.

Le défunt était président de l'Association catholique de l'arrondissement de Waremme et collaborait au Journal des Juges de paix, à la Revue de la jurisprudence de la cour d’appel de Liége