Souplit Nicolas socialiste
né en 1883 à Roux décédé en 1937 à Roux
Représentant 1918-1925 et 1926-1929 et 1931-1932 , élu par l'arrondissement de Charleroi(Extrait du Peuple, du 25 août 1937)
Mardi matin, au saut du lit, un coup de téléphone nous apprenait la mort inopinée de notre bon camarade Nicolas Souplit. Sans plus tarder, nous prîmes le chemin de Roux. assailli par de nombreux souvenirs. Nous avons tant de fois fait dans le passé cette route à une époque où notre ami jouissait encore d'une bonne santé. Où il avait encore sa bonne humeur si franche et si cordiale. On avait l'impression. en arrivant dans la cité rovienne. qu'un voile de deuil s'était abattu sur la localité, en cette localité, en cette grise matinée d'août.
A la vieille Maison du Peuple de l'ancienne place des Martyrs, qui porte aujourd'hui le nom inoubliable de Joseph Wauters, le drapeau rouge, cravaté de crêpe, pendait tristement. bans les bureaux de « La Concorde », nous trouvâmes le personnel consterné et encore sous le coup de l'émotion.
Quelles furent les circonstances de la mort de Nicolas ? questionnons-nous. Il était rentré dimanche d'une cure Spa où il paraissait avoir retrouvé la santé. II avait fait lundi après-midi une promenade en auto avec Hubert Forest, directeur de la brasserie « La Concorde ». II était de bonne humeur, chantant même dans la voiture, heureux sans doute de se trouver mieux. Il soupa de bon appétit, puis se mit au lit. Sur le coup de 11 heures, il lut pris d'une crise, une angine de poitrine s'étant brusquement déclarée. En quelques minutes, ce fut la fin, sans même qu'on ait eu le temps d’appeler un docteur. Nicolas Souplit était mort. Un cœur généreux avait cessé de battre.
* * *
Sa vie
Nicolas Souplit était né à Roux le 9 janvier 1883. Il était le fils d'un militant socialiste. Doué d'une vive intelligente, il entra très jeune à la coopérative « Le Concorde » qu'avait fondée son beau-père, Henri Guesse. De la boulangerie, où avait été victime d'un accident de travail, il passa au service de la comptabilité. II se mêla bientôt à la vie politique et c'est sur le terrain communal qu'il fit ses premières armes. Enthousiaste, volontaire, travailleur, il milita dans les rangs de la J.O.S. de Roux. En 1900, Emile Housiaux, dont il était l'adjoint, abandonnant le secrétariat fédéral des Jeunesses Socialistes de Charleroi pour entrer au Peuple, Souplit le remplaça.
Le Jeune militant s'avéra tout de suite un animateur de premier ordre. C'est surtout après la guerre que Souplit étala ses réelles qualités d’organisateur. II avait apporté tant de dévouement au soulagment des misères des Roviens pendant la grande tourmente, à la tête du Comité de Secours, que les électeurs renvoyèrent siéger au Conseil communal en 1918. Là, il mena une ardente bataille. Bien qu'attaqué violemment par ses adversaires, il parvint, en 1921, à faire entrer 9 socialistes sur 13 sièges vacants au conseil communal. Nommé bourgmestre de Roux, il le resta jusqu’en 1932.
Souplit avait également été nommé, avant la guerre, en qualité de secrétaire de la Fédération socialiste de l'arrondissement de Charleroi. Il remplit cette fonction jusqu’en 1922, pour être remplace Robert Fesler, mais il conserva le titre honorifique de secrétaire.
Orateur la voix puissante. il lut plusieurs fois candidat sur la liste socialiste aux élections législatives. II entra la Chambre en 1925, la mort de Joseph Lambillotte [note du webmaster : erreur du journaliste : premier mandat en 1918]. En 1928, il revendiqua le poste de combat. C'est-à-dire la 8ème place sur la liste socialiste, mais ne fut pas élu. Henri Léonard décédant, il reprit bientôt sa place sur les bancs de Joseph Lambillotte. En 1928, il revendiqua le poste de combat, c'est-à-dire la 8ème place sur la liste socialiste, mais ne fut pas élu. Henri Léonard décédant, il reprit bientôt sa place sur les bancs de la Chambre. Une troisième fois. il rentra donc à la Chambre en 1931, à la mort de Robert Fesler. En janvier 1932, Paul Pastur abandonnant la présidence de la Fédération socialiste, celle-ci porta son choix sur Nicolas Souplit pour remplacer celui qui avait mené le parti à tant de succès. Il fit preuve d’une grande activité au début de ses fonctions.
Pendant les grèves révolutionnaires de 1932, c’est lui qui, à Roux, recueillit dans sa voiture Tayenne mourant et le transporta à l'hôpital de Charleroi, alors que d'autres, qui avaient heurté les gendarmes aux côtés du Marchiennois, avaient perdu la tête.
Ce fut lui aussi qui présida la révision des statuts de la grande fédération carolorégienne.
Le 14 octobre 1935, Nicolas Souplit abandonna la présidence fédérale se consacrer exclusivement à sa chère « Concorde » qu'il aimait plus que tout au monde. C'est d’ailleurs à elle qu'il consacra le meilleur des dernières années de son existence. II avait été désigné comme directeur de la grande coopérative en 1922, succédant à Henri Léonard encore. Son passage fut fécond. N'est-ce pas lui, en effet, qui réorganisa tous les services, modernisa la brasserie et fit en sorte que la situation financière de « La Concorde » devint extrêmement florissante. Il fallait l'entendre dire avec fierté : « La Concorde appartient à la Concorde », voulant affirmer par là que la société ne dépendait plus de personne. Sa grande joie était de pouvoir donner le maximum d'avantages aux vieux coopérateurs. Il fit même, il y a quelques années, doubler la pension à ceux qui, parmi les clients de « La Concorde » lui sont restés fidèles pendant un certain nombre d'années. Sous son impulsion, « La Concorde » a toujours subsidié largement toutes les œuvres de solidarité du P.O.B. « La Concorde » perd en Souplit un guide éclairé. nous sommes tenté de dire irremplaçable.
Dans tous les milieux, à Roux, règne la plus grande consternation. Malgré un caractère rendu capricieux en ces dernières années en raison de sa maladie, on aimait bien Nicolas Souplit. On le savait fort affecté par certains déboires et ses amis faisaient tout ce qu’ils pouvaient pour lui faire oublier ses chagrins. Aussi, dans toutes les Maisons du Peuple du Pays Noir, le drapeau rouge a été arboré en signe de deuil et à « La Concorde », c'est un défilé incessant de militants de toutes les organisations ouvrières et de personnalités appartenant à toutes les opinions et tous les rangs qui viennent présenter leurs condoléances. Le Peuple y a délégué son rédacteur carolorégien pour dire en quelle estime il tenait le défunt.
Les funérailles de notre regretté ami auront lieu à une date qui sera tenue secrète et dans la plus stricte intimité, et cela à la demande du défunt lui-même.
(Extrait du Journal de Charleroi, du 25 août 1937)
(…)
Retracer la vie de Nicolas Souplit, c'est un pu faire l'histoire de l'évolution du parti socialiste pendant trente cinq dernières années.
Dès 1900, en effet, alors qu'il s'est déjà signalé chez les jeunes par des discours audacieux et un « cran » peu commun, il occupe le pote de secrétaire où l’avait-précédé notre confrère ami Emile Housiaux, aujourd'hui secrétaire de la rédaction du Peuple.
Dès cet instant, toute sa vie sera consacrée à la cause socialiste. C’est un militant d'une activité débordante et d'un enthousiasme constant. A l'école de la vie, au contact des amis et des adversaires, il s'élève, intellectuellement, d'une façon remarquable. Il se révèle esprit clair, positif, homme travailleur, animé d'une volonté tenace et parfait organisateur.
Nicolas Souplit est né à Roux le 9 janvier 1883. Il vient donc de s'éteindre dans sa cinquante-cinquième année. Dès avant la guerre, on le rencontre au secrétariat de la Fédération politique de l'arrondissement de Charleroi. II gardera ce poste de confiance jusqu'en 1922, époque à laquelle on lui adjoint le bouillant et toujours regretté Robert Fesler. En 1932, exactement le 18 janvier de cette année - Paul Pastur ayant manifesté d'une façon formelle le désir de se retirer de la politique active - Nicolas Souplit est appelé à la présidence de la Fédération. Il y restera jusqu’au 14 octobre 1935, date à laquelle il est remplacé par Eugène Van Wallghem.
Par trois fois Nicolas Souplit alla siéger au Parlement et chaque fois ce fut à titre de suppléant. En effet, le premier suppléant de la liste, il remplaça à la Chambre successivement : Lambillotte, Henri Léonard et Robert Fesler.
En 1925, à la suite d’abominables campagnes menées contre certain représentant particulièrement apprécié de la classe ouvrière, on décida de ne pas procéder à un poll et ce-jour-là, spontanément, Nicolas Souplit s'offrit à prendre le poste de combat. Il y perdit son mandat de député, ...mais garda son sourire.
Le défunt joua un rôle de premier ordre dans sa commune natale. Il fut pendant la grande tourmente, le premier président du comité de secours et d'alimentation.
En 1918, Jean-Vromans donna sa démission de conseiller communal pour permettre à Souplit d'entrer à l'hôtel communal et le 16 avril 1918, Nicolas prononçait la formule sacramentelle.
Les élections de 1921 assurèrent un formidable succès aux socialistes, et quelques semaines plus tard, Nicolas était bourgmestre de Roux. II le resta jusqu'en 1932.
Dès cette époque, il se retire peu à peu de la vie politique pour se donner tout entier à sa chère coopérative « La Concorde. »
C'est en 1922 que Souplit, succédant à Léonard, prit la direction de « La Concorde. » Tout de suite il s'employa à changer certaines méthodes, à moderniser certains départements et sa féconde activité ne devait pas tarder à amener dans la maison une ère de véritable prospérité.. Nicolas était surtout très fier avantages matériels que la « La Concorde » pouvait accorder à ses membres et à ses pensionné, et chaque année, des sommes importantes étaient prévues au budget en vue de l’alimentation en espèces des œuvres de solidarité du parti.
Nicolas Souplit est mort. Nous ne reverrons donc plus sa silhouette caractéristique. Mais longtemps, nous évoquerons son abord loyal, sa main largement tendue, son feutre provençal ainsi que sa barbiche à doublé pointe.
Comme tous les humains, Nicolas avait ses défauts et ses qualités. Il avouait difficilement, et revendiquait même à l’occasion les premiers, quant aux secondes, il ne permettait pas qu'on lui en parle.
Essentiellement jovial, souvent goguenard, il aimait à rire et maniait la plaisanterie avec esprit. A l’évocation d’une bonne farce, on le voyait éclater d'un rire sonore, tandis qu'à ses yeux perlaient des larmes de joie.
II aimait la vie. Il aimait aussi les humains. C'était un homme sensible et bon ; sa pure amitié était d'une qualité rare et son âme fière et droite ignorait la rancune, méprisait la vengeance.
Ainsi qu’il l’a souvent confié à ses amis, Nicolas Souplit a voulu des funérailles strictement intimes. Ni fleurs, ni couronnes, ni discours, ni cortège. Seuls, son fils Abel et son frère Pierre le conduiront à sa dernière demeure.
Cela nous sera dur, très dur, de ne pas pouvoir l’accompagner jusqu'à la tombe.
C’est que, avec la mort de Nicolas Souplit, se rompt pour nous, tout d’un coup, brusquement, une amitié cordiale, sans nuages, une amitié fraternelle de trente années.
Seuls, ceux qui ont eu le bonheur d'avoir pareil ami, comprendront notre douleur.
(Extrait du Journal de Charleroi, du 26 août 1937)
L’ami que nous perdons.
C’est encore un chapitre de la noble et passionnante histoire des luttes ouvrières au pays de Charleroi qui vient de se clore par la mort trop hâtive et trop brutale de Nicola Souplit. Il fut, bien que très jeune alors, de cette époque véritablement épique om le Parti Ouvrier, avec des militants plus ardents que nombreux et instruits, mais animés d’une passion de la justice et de la fraternité qui leur insufflait une sorte de génie créateur, bouleversait littéralement les préjugés de la bourgeoisie conservatrice. Les pionniers, dont il était, frayaient, à travers les obstacles les plus divers et les plus difficiles à franchir, une voie triomphale à l'émancipation des travailleurs.
Nicolas Souplit, fils d'un honnête et laborieux ouvrier, avait pu faire de bonnes études moyennes. Il s'en servait pour utiliser un talent inné de tribun, pour donner à son intelligence exceptionnellement vive des moyens souvent originaux et personnels de s'exprimer par la parole, par l’écrit et dans l'action. Mais il était resté inaltérablement attaché à cette classe ouvrière à laquelle le rivait son cœur tendre.
On l’a écrit, hier : sous des dehors parfois bougons, il cachait un sensibilité exquise. Une coquille a fait dire qu'Il avouait « difficilement » ses travers. C’est « facilement » qu’il fallait lire, car Nicolas Souplit était trop fin, trop tolérant pour ne pas se gausser lui-même de faiblesses qu’il exagérait comme à plaisir, afin de se réjouir des réactions qu’il provoquait chez autrui. Son allant, on énergie un peu frondeur ne l’abandonnaient jamais. Il conservait, dans les circonstances les plus tragiques, comme à Rous, en 1932, lorsqu’il recueillit Tayenne agonisant, le sang-froid des grands chefs.
On lira d'autre part un touchant article signé du comité exécutif de « La Concorde » et qui exprime le deuil des collaborateurs. Mals c’est toute la classe ouvrière qui est en deuil et aussi l Journal de Charleroi et la famille des Essarts dont il fut, dont il reste, au-delà de la mort, l’indéfectible ami.
l'indéfectible ami.
O ! l’amitié. Quel culte il lui avait voué. Ses amitiés pouvaient être rares, il ne les gaspillait point, mais de quelle qualité, de quelle matière solide et durable elles étaient faites. Gustave des Essarts disparu, à qui eussions-nous songé pour présider à une solennité commémorative du centenaire de notre, de son cher Journal de Charleroi si ce n'était à Nicolas Souplit, le créateur et l'animateur des « Amis du Journal », à l'ami qui portait en lui la somme de ce que peut représenter ce mot sublime : l’Amitié.
Sn fils Abel nous le disait hier, dans sa douleur : lorsque Nicolas parlait du « Journal » ou bien de la famille des Essarts, de Mme Berthe qui le tançait parfois comme une maman, de M. Gustave dont il acceptait les conseils, de Louis, de Marcel, de Marius dont s'était fait des frères, Nicolas s’abandonnait à un lyrisme qui tranchait, avec le vernis de scepticisme qu'il affectait de se donner.
Son amitié était d'autant plus précieuse qu'il en était peu prodigue. Dans son bureau de « La Concorde » s'aligne la collection des calendrier de la Coopérative qu'il dédiait chaque année à une œuvre ou à un militant qu’il avait en particulière affection. là voisinent les portraits de Léonard, Henri Guesse, Brunet, Destrée, Pastur, Vandervelde, de Brouckère, Gustave des Essarts et Delattre. D'autres auraient eu leur tour.
Un de ces calendriers reproduit une affiche du Journal de Charleroi, une autre celle du Peuple. Le dernier en date unit dans un même hommage significatif Gustave des Essarts et Achille Delattre, ministre du Travail des ouvriers. Sur un panneau sont groupées des photos provenant de notre service de reportage, où se retrouvent avec les mêmes leaders et dans des attitudes caractéristiques et familières. René Branquart et Henri De Man. Divers meubles supportent des bustes de Vandervelde, de Jaurès, de Joseph Wauters. Tout cela, c'est Nicolas Souplit, son amitié ouverte, franche, loyale, parfois goguenarde mais toujours affectueuse et sincère.
Nous souhaiterions que son bureau soit conservé, toujours dans cet état de simplicité éloquente qui nous gardera le souvenir précieux de celui qui fut notre très grand ami et dont nous nous honorons de dire qu'il nous comptait parmi ses affections les plus proches. Lorsque aurons besoin d’un réconfort, , de nous retremper devant le grand exemple qu'il nous a donné, d’une honnêteté parfaite et des vertus d'un homme élevé dans le culte de l’amour du bien et du juste, c’est à son souvenir que nous ferons appel.
Il a voulu s’en aller seul, sans bruit, sans le cortège des conversations, des discours et des manifestations extérieures. Que sa volonté soit respectée, c’est la suprême preuve de fidélité que pourront lui donner les hommes qu’il a le plus aimés et dont il reste l’inoubliable ami, mais cela ne nous empêchera pas de le saluer une dernière fois, au passage.
DURANDAL