Rahlenbeck Gustave, Adolphe, Ferdinand libéral
né en 1864 à Dalhem décédé en 1922 à Bruxelles
Représentant 1919 , élu par l'arrondissement de Neuchâteau-Virton(Extrait du Journal des tribunaux, du 7 mai 1922)
Maître Gustave RAHLENBECK
Le mercredi 3 mai, dans l'après-midi, Maître Rahlenbeck a été conduit, en des funérailles tout à fait intimes, comme il l'a voulu, vers le caveau, au cimetière d'Evere, où reposent les membres de sa famille.
Avec lui s'éteint, en Belgique, le nom, sinon la race. Quand, naguère, il se tenait, seul, près du cercueil de sa sœur, on avait déjà la sensation, à le regarder, de voir un chêne isolé dans une forêt dévastée.
A mesure que la maladie s'attaquait lui-même, l’empoignait, luttait avec lui et cherchait à le terrasser, cette sensation s'accentuait : le dernier d'un nom s'en allait. Le dévouement le plus cordial avait beau l'entourer de tous les soins que l'affection peut inspirer et guider la science : il s'en retournait vers la poussière, sans que dans le pays un nom restât qui pût rappeler que vécut, travailla, pensa et créa Gustave Adolphe Rahlenbeek, avocat à la Cour.
Avocat - il le fut d'une belle, d'une superbe façon. Distant, mais sans hauteur, avec urbanité, et plein de bonté sous une apparence de froideur. Probe, sans jamais une défaillance. Conscient de son devoir envers la justice et les intérêts dont il assumait la défense - et l'accomplissant rigoureusement. Pratiquant la vertu d'humilité devant le fait générateur du conflit et cherchant, non à le dominer à ni le dédaigner, mais le comprendre et à l'analyser. Pratiquant, avec dignité, la même vertu envers le magistrat, à qui il importe non pas d'imposer une opinion, mais de l'expliquer et qu'il convient de convaincre.
De là, sa manière toute personnelle d'étudier une affaire et de présenter un dossier. Il ne négligeait jamais le soin des notes claires, complètes, définitives, tant elles cherchaient ne rien dissimuler et à tout dire. De là, sa plaidoirie, sans arrière-pensée, honnête, toute de bonne foi et de lumière. De là aussi ses succès à la barre, et aussi la considération qu'avait pour lui la magistrature, et l'estime confraternelle qu'éprouvait pour lui le Barreau. Son cabinet fut parmi les plus considérables de Bruxelles.
Il publia divers travaux de vulgarisation juridique. Les questions de droit diverses que soulevaient le tumulte croissant de la vie industrielle et commerciale, et la compénétration des nationalités dans le domaine des affaires, lui étaient particulièrement familières.
Maître Rahlenbeek fut aussi homme politique. Durant de nombreuses années il a été député suppléant de Neufchâteau-Virton, où le député effectif était feu Lorand. Actif et d'intelligence vive, il sut trouver le temps qu'exigeait son parti pour la propagande par la parole et par la plume. Il écrivit une série de brochures vivantes, originales, incisives, parues aux éditions de la « Ligue nationale de propagande libérale. » Dans plusieurs d'entre elles, il faisait part de son angoisse devant les dangers de la guerre qu'il sentait venir. Il voulait au pays une armée organisée de manière assurer la sécurité du pays. En quelques mots frappants il dépeignait par avance les horreurs d'une invasion que n'arrêterait pas la barrière d'une défense suffisamment organisée.
La guerre vint, l'invasion vint, et ce fut pour lui une dure, une fatale épreuve. Ce sont certainement les chagrins que la guerre lui amena, qui furent cause de sa longue, longue maladie. Mais elle fut cause aussi que l'homme de lettres qui sommeillait en lui se réveilla. Jeune, il fut du mouvement wallon et de la Jeune Belgique.
Il écrivit de charmants contes où s'exprimait une sensibilité délicate : les Histoires Etudiantines, pour lesquelles Rassenfosse dessina une couverture ; L'Emerveillée, recueil paru voici vingt-six arts. Ses premiers actes, par lesquels il prenait contact avec le public, furent ainsi des actes littéraires. Littéraire aussi fut son dernier acte. Après avoir, pendant la guerre, pour s'oublier et s'étourdir, écrit, dans le cadre artistique que fut sa demeure, une féerie destinée un de ses amis, compositeur, La Princesse endormie, il composa, presque au jour le jour des événements et de ses impressions, son roman, récemment paru, L'Année glorieuse. Il espérait bien, ses forces ne lui permettant plus d'affronter à l'armistice les luttes de la politique, ni les luttes de la barre, pouvoir au moins donner encore quelques œuvres littéraires au pays. Cela même, la maladie ne le voulut.
Les rares témoins de sa maladie, de sa longue agonie et de sa mort douce, dans un souffle, ont été émus de la grandeur d'âme de ce survivant d'une race. Il sut, quand les crises cardiaques lui permettaient de parler, trouver la force d'être charmant. Son cerveau se rattachait jusqu’à son ultime moment, à ce qui est vie. Son avant-dernière lecture fut un Balzac ; sa dernière conversation, des propos Sur Wauters, dont il feuilletait L'Histoire de Bruxelles.
Ce fut encore un symbole. Il était fils d'historien. Il aimait à rappeler qu'il descendait d'une ancienne famille patricienne de Louvain eu Brabant, devenue protestante, que les persécutions chassèrent du pays et que la tolérance y ramena. Et quoiqu'il ne cherchât pas en tirer gloire, il ne lui était pas désagréable de savoir que sa famille avait des armoiries.
Il part célibataire et le dernier du nom, à cinquante-huit ans. Il fut dans notre grande famille judiciaire, parmi les meilleurs. Ces lignes de pieuse fidélité sont inspirées par le désir de le rappeler et par le besoin de fixer dans le souvenir de ceux qui l'ont connu, son image si frappante et si personnelle.
B. Jofé.
(Extrait du Soir, du 23 mai 1907)
On nous prie d’annoncer la mort de Monsieur Gustav Rahlenbeck, avocat à ta Cour d'appel, ancien député et homme de lettres, décédé une longue pénible maladie, dont les premières atteintes l’avaient obligé, il y a quelques années déjà, à renoncer à la vie politique et aux luttes du barreau.
Selon le vœu du défunt, il n'a pas été envoyé de lettres de faire-part, le présent avis en tenant lieu.