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Pouille Louis (1872-1937)

Portrait de Pouille Louis

Pouille Louis, Victor socialiste

né en 1872 à Basècles décédé en 1937 à Basècles

Représentant 1900-1904 , élu par l'arrondissement de Tournai-Ath

Biographie

(Extrait de LIVRAUW F., Le Parlement belge en 1900-1902, Bruxelles, Société belge de Librairie, 1901, p. 309)

Louis POUILLE,

Représentant socialiste pour l’arrondissement de Tournai-Ath, né à Basècles le 5 mai 1872.

Ouvrier marbrier-seulpleur. - Fit ses études au Collège communal d'Ypres. - Fondateur du Syndicat des marbriers et des carriers (1889), de la Société de secours mutuels (1892), de l'Union socialiste de Basècles (1894), de la Société coopérative La Justice (1896), dont il est actuellement directeur-gérant, et de la Société de libre-pensée (1898). - Collabore à plusieurs journaux socialistes. - Nommé membre de la Chambre le 27 mai 1900. - A l'ouverture de la session extraordinaire de 1900, siégea au Bureau provisoire en qualité de secrétaire.


(Extrait du Journal de Bruxelles, du 7 juillet 1902)

Chronique judiciaire

Le citoyen Louis Pouille – député d’Ath-Tournai - a comparu aujourd’hui samedi devant le tribunal correctionnel de Tournai.

Le libellé de la prévention portait : « Prévenu d'avoir, à Basècles, le 5 février 1902 : a) volontairement porté des coups et fait des blessures à Victor Sauvage et Sophie Sarot, son épouse ; b) injurié verbalement le dit Sauvage ; c) volontairement brisé des clôtures de l'habitation des époux Sauvage-Sarot.

Le citoyen-député Pouille est un récidiviste. Il a encouru différentes condamnations pour tapage nocturne, querelles, injures et coups. Il a été notamment condamné à deux mois de prison par le tribunal correctionnel de Tournai pour avoir, au cours d'une rixe, crevé l'œii d'un brave ouvrier. Voici comment la partie civile, représentéè à la barre par M. l'avocat Du Pré, de Courtrai, expose les faits :

Le 4 février, le conseil communal de Basècles - composé de quatre libéraux, de cinq socialistes et de deux catholiques - devait procéder à la nomination d'un secrétaire communal et d’une institutrice en chef.

La sœur du député Pouille était candidate à ce dernier poste. Elle n’obtint que 3 voix - celles, paraît-il, du député Pouille et des deux conseillers communaux catholiques.

Le soir même, Pouille organisa dans sa commune un charivari. Escorté de quelques

musiciens - lui-même battait la grosse caisse - et de quelques manifestants socialistes, on alla manifester sous les fenêtres des quatre conseillers communaux libéraux et des quatre conseillers communaux socialistes qui n'avaient pas voté pour Mademoiselle Pouille.

Le citoyen Pouille prétend que cette manifestation ne visait pas l'attitude défavorable aux intérêts de Mlle Pouille des quatre conseillers communaux socialistes, mais simplement leur défaut de discipline. On leur reprochait, affirme-t-il, d'être devenus les pantins des gros bonnets libéraux de Basècles.

Toujours est-il que la bande injuria tout spécialement le citoyen Sauvage, premier échevin socialiste de Basècles. On le traita de « voleur », de « vendu », de « fainéant. »

Le lendemain, 5 février, le citoyen Pouille rencontra le citoyen Sauvage dans un cabaret. Une empoignade se produisit. Le citoyen Pouille roula sur le parquet et le « descendeur» du général Tournay se trouva dans cette humiliante posture d'être terrassé par un de ses meilleurs arnis politique. Furieux, il allongea un cou de pied au citoyen Sauvage ; puis, escorté deux de ses parents, il se rendit au domicile dé Sauvage. Il se heurta à une porte cloe et voulut entrer par la fenêtre. D'un coup de poing, il enfonça la fenêtre, faisant éclater les vitres. L'épouse Sauvage sortit alors de chez elle. Le citoyen Pouille brutalisa cette femme et la traîna, devant sa porte, sur l'espace de quelques mètres.

Pouille, en raison de ces faits, a rçu un ensemble de 116 fr. d’amende ou 31 jours de prison.


(Extrait du Patriote, du 7 juillet 1902)

Le tribunal correctionnel de Tournai s'est occupé, samedi matin, des faits de coups, d'injures et de bris de clôtures mis à charge du citoyen-député de Tournai-Ath, Louis Pouille. Les faits se sont passé dans un café de Basèvles, le 5 février dernier. Pouille y a traité de vendu, de fainéant, etc., l'échevin Sauvage, puis est allé l'assaillir chez lui, bourrant de coups de poing et la... fenêtre et la femme de l'échevin qui intervenait. Pouille a été condamné à 40 francs d'amende pour coups, à 20 fr. pour injures et à 26 fr. pour bris de clôtures. La loi conditionnelle ne lui est pas appliquée, Pouille ayant déjà un casier judiciaire.


Extrait de L’Etoile Belge, du 4 janvier 1904)

En février dernier, le tribunal de Tournai condamnait à trois mois de prison le citoyen Louis Pouille, député socialiste de l'arrondissement de Tournai, reconnu coupable d'avoir, en compagnie de deux ouvriers carriers. Edouard Degand et Joseph Cambier, condamnés pour leur participation à ces faits, chacun à dix jours de prison, voulu empêcher de travailler aux carrières de Basècles des ouvriers qui ne voulaient pas faire grève. Ces faits se passaient le 5 novembre 1902.

Pouille ayant interjeté appel de ce jugement, suivi par le ministère public qui se pourvut contre les trois condamnés, la chambre correctionnel!e de la cour a eu au cours de son audience d'hier, à connaître à son tour des faits.

Le principal inculpé nie avoir voulu empêcher les ouvriers de travailler ; il a seulement engagé le comptable des carrières à leur donner congé en ajoutant que s’il ne uivait pas cet avis, il ne répondait pas de ses hommes.

La cour a entendu un réquisitoire de M. le substitut du procureur général De Beys, qui a demandé la confirmation du premier jugement et une plaioirie de Maître Léon Furnémont.


(Extrait du Courrier de l’Escaut, du 26 février 1903)

On sait que le député socialiste Pouille s'est vu récemment poursuivi et condamné à 3 mois de prison par le tribunal correctionnel de Tournai, du chef d'atteinte à la liberté du travail, au cours de la trop fameuse grève de Basècles qui vient de se terminer après une agonie de quatre mois.

Mais ce qu'on ignore probablement, c'est que le procès Pouille a été ni plus ni moins que le signal de la fin de cette grève, s'il faut en croire une correspondance de L'Etoile Belge.

M. Pouille, en effet, en réponse aux questions qui lui furent posées à I'audience, a été amené à reconnaître qu'il avait désapprouvé cette grève et qu'il en avait combattu les motifs.

D'autre part, M. Furnémont qui, en suite du refus de tous les avocats socialistes de la circonscription, était venu, à la dernière heure, lui prêter son assistance, insista tout particulièrement, au cours de sa plaidoirie, sur cette circonstance que M. Pouille, quoique se trouvant à la tete des grévistes de Basècles et les engageant par tous moyens, même par la violence, à continuer le chômage, désapprouvait personnellement l'origine de la grève.

C'était un lâchage en règle. Les grévistes, qui considéraient Pouille comme leur chef, ne le lui pardonnèrent point ; le surlendemain les ouvriers se sont présentés spontanément pour reprendre le travail et le même jour on travaillait au complet dans trois carrières et partiellement dans les établissements restants de Basècles.

N'oublions pas que le « député » Pouille fut imposé par le syndicat de Basècles, que sa candidature fut maintenue, en dépit des plus scandaleux tripotages, par le conseil général du parti ouvrier, et que néanmoins, les chefs du parti socialiste belge se sont désintéressés de la grève de Basècles. Aucun d'entre eux, pendant les quatre mois qu'a duré le chômage des ouvriers carriers, n'est venu apporter aux grévistes le concours de sa parole ou l'appui de son nom.

Les secours en argent, eux-mêmes, ont fait défaut, puisque, mardi dernier, le mobilier de la coopérative a été saisi par ministère d'huissier à la requête de plusieurs créanciers.

Enfin malgré les tentatives du député Pouille pour retrouver la popularité qui lui échappait, il est aujourd'hui complètement isolé, et nous assistons à l'effondrement, plutôt piteux, de cet homme politique d'occasion, qui met en évidence les divisions profondes et les rancunes inavouables qui existent parmi les dirigeants du soi-disant parti ouvrier.

C'est la morale de la grève de Basècles.


(Extrait du Journal de Bruxelles, du 15 mai 1904)

Le bruit court dans l'arrondissement que le citoyen Pouille, de Basècles, représentant sortant, va lutter aux élections législatives. Les candidats de cette liste socialiste d’oppotion seront : effectifs, Louis Pouillé et Jules Bouque ; suppléants, Emile Caulir et Pierre-Joseph Limbourg. Cette décision a été prise par les groupes dé Basècles-Quévaucamps, qui compte 750 membres affiliés au parti socialiste, pour protester contre l'attitude du comité.général qui ne les a pas admis à participer au poll pour la désignation des candidats.


(Extrait du Peuple, du 17 mai 1904)

Le même organe libéral emploie le même procédé méprisable dans son exposé de la situation à Ath-Tournai.

Ne va-t-il pas jusqu'à dire que les socialistes font le jeu des cléricaux, parce que M. Pouille a présenté une liste qui n'est même pas dissidente, puisque cet homme est exclu de notre parti pour des faits que nous ne voulons pas quaiifier ?

En quoi le Parti ouvrier peut-il étre rendu responsable du dépot d'une quatrième liste par un homme qui lui est aujourd'hui étranger ?

La vérité est que les doctrinaires voudraient faire croire que nous n'aurons aucun élu pour attirer à eux la couverture.

L'Etoile belge ne connaît donc pas le succès énorme de la campagne électorale socialiste et l'accroissement considérable de voix qui s'ensuivra pour le Parti ouvrier.

La liste de M. Pouille n'aura que quelques voix,le sièg de M. Hoyois est toujours mis en péril et L'Etoile belge sera blâmée par les libéraux eux-mêmes pour avoir attaqué si sottement les socialistes qui eux, à Ath-Tournai, ne portent en ce moment leurs coups qu'aux cléricaux et ne s'en prennent pas du tout à M. Crombez.


(Extrait de La Métropole, du 19 mai 1904)

Les grands hommes socialistes.

Hier, M. Pouille, député socialiste de Tournai, était un quasi-grand homme. Aujourd’hui, comme contre il se présente contre les candidats des meneurs officiels, il n'est plus rien du but.

Le XXème Siècle met très bien en vedette le girouettisme socialiste.

« Le député Pouille, à la suite de dissentiments avec d’autres meneurs socialistes sur l’attitude à prendre dans une grève de carriers, a été, on le sait, exclu du parti « ouvrier ». Aujourd'hui il n'est plus, pour Le Peuple, le « citoyen » Pouille ; « l’organe de la démocratie socialist » l’appelle : « le sieur » Pouille ! Que disons-nous ? La feuille socialiste va jusqu'à l’appeler « monsieur » : l’ouvrier Pouile est, pour elle, « descendu » au rang d'un simple bourgeois.

« Où donc est donc le temps où Pouille, ayant déclaré à la Chambre qu'il « descendrait » le commandant la garde civique de Tournai, était défendu par Le Peuple contre contre les reproches des journaux libéraux et catholiques, prôné par lui, transformé presque en un héros offert à l'admiration des « citoyens » !

« Il se trouve en désaccord avec les grands chefs du parti à propo d’une affaire d’intérêt local ; il refuse de s’incliner devant eux. Crac ! On le jette à la porte du parti, et on déclare qu’il n’est pas seulement Pouille, mais fripouille.

« Le personnage n’a pas d’importance et ne mérite pas d’égards », dit aujourd’hui Le Peuple. »

^ Ce fait-ci vient, après beaucoup d'autres, montrer de caractéristique façon le cas qu’il faut faire des appréciations du Peuple au sujet de tel ou tel prsonnage politique. On a toutes les qualités ou toutes les vertus des chefs du parti ; si on a l'audace de s’en écarte, on n’est plus qu'une sorte de monstre moral dans l’humanité.

« C’est ce que les libres-penseurs du Peuple appellent penser et juger limbrement ! »


(Extrait du Peuple, du 24 mai 1904)

La liste Pouille

On a lu la déclaration du Comité fédéral au sujet de cette triste liste. Les bruits les plus divers ont couru au sujet des circonstances qui ont présidé à l'élaboration de cette liste.

C'est bin faire bien trop d'honneur à ces messieurs, qui ne récolteront même pas les voix de tous ceux qui, dans un moment d'égarment, ont signé la présentation de cette liste.

En tout cas, si cette liste avait dû servir la cause de l’une ou l'autre des autres listes, tout le monde a compris que c'est la liste libérale seule qui en eût profité. Un certain correspondant de L'Etoile belge, qui est d'Ath, quoiqu'envoyant prétendùment des correspondances de Tournai, l'a avoué dans sa récente correspondance à ce journal, en disant que « le succès du troisième candidat libéral, M. Roger, est dès à présent assuré, grâce à la présentation de la liste Pouille. » Ce correspondant prend ses désirs pour la réalité. Il ajoutait que « grâce toujours à cette liste, la victoire de M. Hoyois est certaine, et que les socialistes font donc le jeu des cléricaux. »

M. Crombez et chefs libéraux de Tournai le laisseront-ils faire ? Il est à souhaiter qu'ils lui imposent silence (…)

Comment concilier d'aussi étranges contradictions ! Ce correspondant est un ennemi mortel du socialisme et des socialistes (comme d'ailleurs tout ce qui a des accointances avec L'Etoile belge), et le rôle absolument néfaste qu'il joue dans la politique libérale à Ath est le seul obstacle à l’entente de tous les éléments anticléricaux.

Il paraît quil aspire maintenant à jouer ce « jeu des cléricaux », commc il le prouve maintenant encore en proclamant que « la victoire de Hoyois est certaine. »

Ce serait d'ailleurs un grand malheur pour tous les anticléricaux, que de voir (chose qui n'arrivera pas), les liberaux prendre aux socialistes le siège auquel ceux-ci ont droit, car les socialistes n’auraient plus ni trêve ni repos avant d avoir reconquis ce siége.

Les libéraux qui ne le comprennent pas sont des aveugles, et les libéraux de la région de Basèles, qui ont instigué la présentation de la liste socialiste disstdento, sont des criminels. Pourquoi les organes libéraux essayent-ils de donner le change sur la vérité ? Ils voudraient faire croire à une manœuvre cléricale, alors qu'ils savent qu'eux seuls auraient un intérêt à une lisle dissidente. M. Crombez et ses amis sont certes en dehors de tout soupçon en cette question, nous tounons à le déclarer, mais il y a certains libéraux, du côté de Basècles, qui ne doivent pas avoir la conscience fort tranquille.


(Extrait du Peuple, du 31 mai 1904)

Arrondissement de Tournai-Ath

Résultats complets : catholiques : 41,998 ; libéraux, 40,106 ; Pouille ,1,487 ; socialiste 12,840.

Sont élus: 3 catholiques. et 3 libéraux et 1 siège serait perdu par les socialistes grâce à la trahison de Pouille.