Poncelet Jules, Jean, Pierre, Joseph catholique
né en 1869 à Offagne décédé en 1952 à Offagne
Représentant 1912-1939 , élu par l'arrondissement de Neuchâteau-Virton(Extrait du Pourquoi Pas, du 22 janvier 1932)
M. Poncelet
Le Président de la Chambre est, après le Roi, le premier dignitaire de l'Etat. Affirmation plus ou moins contestée d'ailleurs : plus d'un Président du Sénat avait refusé d’y souscrire, jusqu'au jour où le souriant et sage M. Magnette trouva un moyen d'accomodation.
Dans toutes les cérémonies publiques, le Souverain est flanqué, à sa droite, d'un personnage dont le simple habit noir fait contraste avec l’éblouissement et la bigarrure des uniformes étincelants d ’or et de pierreries.
Cette austérité vestimentaire où, depuis les fêtes du Centenaire, l’écharpe parlementaire met une petite tache tricolore, est signe distinctif et symbole. Tous les pouvoirs émanant de la Nation, il est assez concevable que le protocole ait réservé ce tout premier poste à celui qui représente les élus directs du peuple souverain.
Et, comme le Sénat compte des sénateurs cooptés, c'est-à-dire les favorisés de la camaraderie, ainsi que des sénateurs choisis au second degré, on en conclut que les députés sont les plus qualifiés pour figurer la représentation nationale. Et voilà le pourquoi de cette fiction constitutionnelle et protocolaire qui fait de M. Jules Poncelet, l’actuel Président de la Chambre, le personnage le plus important de l’Etat.
Soit dit sans l’offenser, on ne s’en douterait guère. Feu De Lantsheere, qui détint cette dignité pendant dix ans au moins, disait modestement quand on prétendait, devant lui, qu’il dominait le Parlement : « Oui, à la façon dont la girouette surmonte une maison ».
Il peut arriver qu’un Président de la Chambre ou du Sénat soit, malgré la prééminence de sa situation, un personnage politique de deuxième ou de troisième zone. Le contraire est aussi vrai, puisqu'on a vu des majorités, inquiétées par l’ascendant trop grand qu’un chef de groupe prenait, immobiliser celui-ci au fauteuil de la présidence. Et il fut un temps où ce fauteuil n ’était pas même doré et où le Président de la Chambre, arraché à ses occupations professionnelles d une façon à peu près totale et accablé de charges représentatives, ne touchait pas autre chose que son indemnité parlementaire de député, c’est-à-dire le traitement d ’un sous-chef de bureau.
La démocratie que l’on dit si niveleuse, a cependant mis un peu d’équité dans tout cela et, depuis l’armistice, le premier dignitaire de l’Etat reçoit un traitement à peu prés équivalent à celui d ’un ministre.
Mais, si les besognes absorbantes du Président de la Chambre sont peu apparentes, les occasions de briller au zénith parlementaire sont plus rares encore.
Le Président s’interdit, en général, de prendre part aux débats. Il ne peut faire preuve d ’éloquence qu'à l'occasion de sa réélection, par un laïus de remerciements, ou bien encore quand il doit prononcer l'éloge funèbre d ’un collègue défunt. Dans les deux cas, la tradition veut qu'il lise sa harangue, c'est-à-dire qu’il renonce à l’imprévu, au pittoresque, à l’émotivité que peut dégager l'improvisation.
Les occasions de prendre une attitude ou de prononcer des mots historiques sont, en effet, très rares. Tout le monde n’a pas la bonne fortune de M. Charles Dupuy qui présidait la Chambre française quand l’anarchiste Vaillant jeta une bombe sur l'assemblée et qui, admirable de sang-froid, dit, tout simplement : « La séance continue, Messieurs ! »
Ni de M. Brunet qui se figea dans l’attitude impassible de statue de la Dignité, tandis qu’à ses pieds déferlait, pendant deux heures, la petite émeute des combattants, envahissant la Chambre.
Tout le labeur intérieur, intime, de la présidence, échappe au gros public : la direction du travail des commissions et sections, la préparation de l’ordre du jour, la police ininterrompue d’une assemblée où trop souvent la turbulence, le laisser-aller ou l’incohérence de toutes les foules emmurées trop longtemps dans un seul local, se donnent librement cours.
Et puis il y a la stricte observance du règlement - un vrai maquis, ) la connaissance de la psychologie des hommes dont on doit guider les débats, le respect des situations acquises, des susceptibilités, des préséances. Sans compter le souci obligatoire de l’indispensable impartialité, ce qui, pour un homme qui a ses opinions et ses passions, est un constant record de « selfcontrol ».
Puis, une fois la session close, le Président plonge dans l’obscurité. Il n'est plus rien du tout. Et si la Chambre entre en vacances, le président ne sort de la notoriété pour réapparaître à la vedette qu'à la rentrée, dans le rôle de grand personnage muet.
C’est donc parce que la Chambre vient de rentrer que M. Poncelet, remontant au fauteuil présidentiel, remonte aussi à la page de l’actualité.
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Ceux qui l’y précédèrent ont la plupart, en dépit de ce que nous écrivions plus haut, atteint la notoriété et quelques-uns la célébrité.
A cet égard, la collection de portraits présidentiels qui orne la grande salle de lecture du Palais de la Nation, est, pour qui veut saisir ou revivre notre histoire parlementaire, un précieux aide-mémoire.
Pour les gens de notre génération et de celle qui, avant la guerre, se passionnait pour les choses de la politique, la lignée des présidents dont on garde souvenance est passablement longue. On nous a ainsi parlé d’un président libéral qui descendit du fauteuil pour se battre en duel avec un ministre de la Guerre de son parti, mais cela c’est un souvenir effacé et lointain.
L’avènement au pouvoir des catholiques, vers les années 1884, amena à la présidence un certain L. Thibaud dont plus personne ne se souvient, pas même son quasi-homonyme, le baron Tibbaut, qui, quarante an nées après, eut la même fortune et subit la même éclipse.
Le successeur immédiat de M. Thibaut fut le père Delantsheere , ainsi dénommé pour le distinguer de son fils qui devint ministre de la Justice ; il s’était acquis une solide réputation d'impartialité. Réputation d’ailleurs méritée puisqu’elle lui coûta sa présidence.
Un jour, excédé des propos provocateurs d un député i de son propre parti, il rappela cet énergumène à l’ordre, La majorité catholique n'ayant pas couvert son président avec assez de spontanéité, M. Delantsheere démissionna sur-le-champ et descendit du fauteuil au milieu des acclamations de l’opposition.
M. Beernaert, qui avait été un grand ministre, fut un exécrable président. Son tempérament de vieille coquette nerveuse et sensitive à l’excès lui joua des tours pendables. Lorsque l’ hémicycle s’emplissait de tumulte, M. Beernaert perdait absolument le nord ; il I avait des colères blanches, avec des gestes et propos partiaux qui muaient l’algarade en violente tempête.
Pour éviter le retour du scandale de la démission de M. Delantsheere, la droite s’empressa de substituer à M. Beernaert le sombre et taciturne Frans Schollaert.
L’ancien ministre avait une réputation de fanatique intraitable ; il lui suffit de quelques semaines de présidence pour démentir cette réputation et s'affirmer, certes, un président à poigne, mais respectueux, avec énergie, des droits de la minorité.
A ce président à poigne, redevenu ministre, succéda M. De Saedeleer, un brave député alostois, que M. Woeste entraînait dans son sillage, et qui ne fit pas de mal à une mouche. Il amena la transition entre les présidents du parti et ceux qui allaient désormais s'imposer à la Chambre par un choix unanime qui les plaçait au-dessus de ses fractions ou de ses groupes.
Le parlement doit à ce changement de mœurs des présidents comme M. Cooreman qui était la courtoisie, la bonhomie et la finesse mêmes, M. Poullet qui, à l’armistice, ne fit que passer, - le temps de présenter à la tribune M. Raymond Poincaré, Président de la République Française, et M. Woodrow Wilson, le Président des Etats-Unis, lequel retourna par delà la grande mare en passant par ...Limoges.
Les présidences de M. Brunet - l’homme type de la fonction - et celle éphémère et discutée de M. Tibbaut se poursuivirent dans l’atmosphère de confiance totale entre l’assemblée et celui qui, avec une objectivité sans défaillance, dirige ses travaux.
Quand M. Poncelet accéda à cet honneur, en novembre 1930, il fut admis par l’unanimité de la Chambre. A la session suivante, il fut réélu par acclamations prolongées.
N’est-ce pas tout dire ?
C’est qu’apparemment M. Poncelet s'est mis, ô mais totalement dans la peau du rôle.
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Il a quelque mérite à y avoir réussi. Considérez cette tête dure d ’Ardennais obstiné, ce regard passionné, cette barbe de huguenot. C’est le type du partisan.
Partisan, il l’était des pieds à la tête, dans cet âpre pays luxembourgeois où, vivant repliés sur eux-mêmes pendant une grande partie de l’année, les hommes politiques s'établissent, belliqueux et farouches, dans des camps retranchés, dressés en hostilité comme des burgs de seigneurs rivaux et querelleurs.
En Ardenne, les libéraux sont pour la plupart radicaux, les catholiques ultramontains et très vieille droite.
M. Poncelet, catholique de très vieille roche, appartient à une famille à l’ardente foi chrétienne ; plusieurs de ses enfants - il en a une douzaine au moins - sont d ’Eglise. Elu député de Neufchâteau en 1912, à l’époque de la fièvre anticléricale du cartel, il alla siéger parmi ceux que ce bon M. Royer appelait les blêmes fanatiques. Pourtant M. Poncelet avait beau faire la grosse voix, fulminer contre les suppôts des Loges et de Marianne, il dédaignait systématiquement l’argument ad hominem et, si ses tirades de catholique fougueux faisaient jaillir les interruptions de toutes parts, jamais elles ne provoquaient l’orage. Et puis il y avait dans le ton des accents de bonhomie et de cordialité qui inspiraient à M. Furnémont cette boutade : « Celui-là, s’il devait faire rôtir les hérétiques que nous sommes, oublierait volontairement sa boîte d'allumettes ».
Ce conservateur, ce « réac » avait d ’ailleurs des attendrissements spontanés dès qu’il s'agissait de petites gens et que des gestes de miséricorde s’imposaient. Il fut un de ceux que l’union sacrée d’après-guerre toucha de sa grâce. La solidarité entre les Belges de toute opinion, également frappés par l'effroyable malheur, il apprit à la connaître dans des conditions héroïques.
Condamné à mort par les Allemands, il vit sa peine commuée en une détention qui se prolongea pendant les mois interminables de la guerre.
Son activité, surtout dans tout ce qui touche au domaine de la Justice, - il porte la toge depuis quelque quarante ans, - fut abondante et riche. Elles ne se comptent pas, les lois dont il accepta d'être le rapporteur, tâche qui contraignait cet Ardennais habitant tout au bout du pays, à sacrifier son étude et sa vie de famille, le bloquant à Bruxelles alors que les trains parlementaires rapatriaient ses collègues plus heureux et moins zélés vers leurs patelins respectifs. Par la suite, il devint aussi questeur de la Chambre, s'absorbant dans d'obscures fonctions de gestion où il put révéler à tous ses collègues l'homme aimable, bienveillant et obligeant que pouvait encore dissimuler sa rude carcasse.
Son passage à la vice-présidence acheva, outre qu’elle démontrait sa parfaite connaissance des règlements, de dégeler les hostilités que ses opinions conservatrices bien arrêtées pouvaient avoir laissé subsister. Encore en est-il qui prétendent que ses électeurs sont plus conservateurs que lui.
Quoi qu'il en soit, quand M. Jaspar eut, par un croc-en-jambe, fait tomber M. Tibbaut, qui ne tenait pas déjà si solidement sur ses pattes, il suffit que le nom de Poncelet fût prononcé pour qu'il fût accepté par tous.
Quelques flamingants tiquèrent bien un peu, plus par hostilité de principe qu’animosité contre l’homme, mais M. Poncelet laissa annoncer qu'il allait apprendre le flamand.
C’est d’ailleurs plus facile à dire qu’à faire, bien que l’exemple de M. Magnette, autre Wallon plus chargé d'ans que le Président de la Chambre, soit tentant. Mais qui sait ? M. Poncelet en sera peut-être aux déclinaisons, aux sterke en zwakke klanken quand le fauteuil ministériel viendra combler cet homme heureux auquel toute la vie a souri.
Quo non ascendam ?
(Extrait des Annales parlementaires de Belgique. Chambre des représentants, séance du 6 mai 1952)
Eloge funèbre de M. Jules Poncelet, ministre d’Etat, ancien président de la Chambre des représentants
M. le président se lève et, devant l’assemblée debout, prononce les paroles suivantes. - Mesdames, messieurs, il y a quelques jours nous avons conduit à sa dernière demeure un homme qui comme membre et comme président de notre assemblée a des titres permanents à notre reconnaissance et à notre respect, le ministre d'Etat baron Jules Poncelet,
Dans quelques jours il aurait accompli sa quatre-vingt-troisième année et il passa ses dernières années dans le recueillement d'une retraite volontaire. Mais ceux d'entre nous qui ont eu le privilège de siéger avec lui n'oublient pas qu'avant d'accepter un légitime repos, il avait consacré durant près d'un demi-siècle le meilleur de ses talents et de son énergie au service de l'intérêt public.
M. Poncelet a été avocat de profession, et les succès du barreau lui ont permis d'élever dignement une famille de dix enfants. Mais ni les devoirs professionnels ni les considérations familiales n'ont pu affaiblir l'appel qu'il a senti de bonne heure, vers la vie publique, et ce fut sa chère province de Luxembourg qui en recueillit les premiers et les plus constants avantages.
Ce fut du reste sur le terrain provincial qu'il fit ses premières armes. Après un court passage dans l'administration comme chef de cabinet du gouverneur du Luxembourg - d'octobre 1891 à octobre 1893 - il se présenta aux élections provinciales pour le canton de Paliseul, en 1894, et il siégea au conseil provincial du Luxembourg jusqu'au moment de son entrée à la Chambre des représentants en juin 1912. Dans l'entre-temps, il devint également membre du conseil communal de Neufchâteau, fut élu échevin de la ville et garda ce double mandat jusqu'en février 1934.
Mais le mandat parlementaire qui, pour un député assidu et actif d'une province aussi éloignée que le Luxembourg, est singulièrement exigeant, finit rapidement par prendre dans ses activités une part prépondérante. Son entrée au parlement coïncida avec une période tendue de notre vie politique. Les questions scolaire, militaire, électorale donnaient à nos débats une intensité exceptionnelle et la place en vue que M. Poncelet occupait dans la délégation luxembourgeoise lui a imposé, dès le début, une participation active aux luttes de son parti. Mais son action parlementaire ne prit toute son ampleur qu'au lendemain de la guerre, qui, à l'autorité déjà acquise, vint ajouter le prestige patriotique de la vaillance avec laquelle il avait résisté aux entreprises de l'ennemi et supporté les rigueurs d'une double détention, comme otage, d'abord, comme prisonnier politique, ensuite.
M. Poncelet avait des convictions trop fortes pour que les discussions proprement politiques eussent pu le laisser indifférent ; mais c'est comme juriste qu'il contribua le plus largement aux travaux de la Chambre, soit comme auteur de propositions relatives à l'organisation judiciaire, soit, et surtout, comme rapporteur. Il fut chargé souvent de faire rapport sur des projets d'ordre judiciaire et à de nombreuses reprises sur le budget de la justice ; il prit une part marquée dans la préparation de la révision constitutionnelle de 1921 et la commission spéciale le choisit pour défendre devant la Chambre les réformes les plus importantes et les plus controversées, celles relatives à la composition de la Chambre et du Sénat.
La Chambre écoutait volontiers ses exposés. Il avait une parole aisée et non dépourvue d'élégance. Mais la recherche et l'emphase répugnaient à la simplicité de son tempérament. Jusque dans son langage, c'était le juriste qui triomphait de l'homme politique.
Mais son influence au sein comme au-dehors de la Chambre était surtout le fruit de la noblesse de son caractère, de sa loyauté, de sa courtoisie, de son désintéressement, d'une dignité et d'une bonté également naturelles qui s'exprimaient dans ses apparences comme dans ses rapports, en un mot, d'un ensemble de qualités morales qui lui valurent le respect et l'affection de tous ses collègues, mais dont ses amis seuls ont pu connaître toute la richesse.
C'est grâce à ses mérites que M. Poncelet, élu déjà questeur de la Chambre en 1920 et vice-président en 1929, fut porté à l'honneur de la présidence le 11 novembre 1930. Il occupa le fauteuil durant une période particulièrement critique pour le parlementarisme. Les dictatures triomphaient insolemment à l'étranger ; et à l'intérieur du pays, comme au sein même de notre assemblée, des partis, dont la guerre a révélé toute la perversion politique, exploitaient contre le régime, d'une manière outrageuse, les effets d'une crise économique particulièrement grave, mais dont le parlement n'était point responsable. M. Poncelet n'a cessé de défendre le parlement avec courage. Il a réprimé avec fermeté les tentatives de déconsidérer nos débats par le désordre. Il a poursuivi, en même temps, avec persévérance, une réforme de notre règlement, commencée sous la présidence de M. Brunet et qui fut, incontestablement, salutaire pour la bonne marche de nos travaux. En renouvelant cinq fois par acclamations son mandat présidentiel, la Chambre lui a exprimé avec éclat sa reconnaissance et son estime.
Un accomplissement aussi consciencieux de ses devoirs parlementaires n'a pas empêché M. Poncelet de consacrer son dévouement à de nombreuses œuvres d'intérêt social ou national, telles les habitations ouvrières, l'enseignement industriel, la défense de nos forêts, la Caisse d'Epargne, et quand, arrivé à l'âge où le présent s'efface pour laisser plus de netteté aux événements du passé, il a consulté ses souvenirs, il a pu contempler avec satisfaction une vie noblement et généreusement remplie.
Ses mérites furent reconnus par nos Rois, auxquels par ailleurs il témoigna toujours une admirable fidélité. Ils l'ont nommé ministre d'Etat, ils lui ont accordé la plus haute distinction dans
nos Ordres nationaux, ornant en même temps son Grand Cordon de l'Ordre de Leopold de la rayure d'or réservée à ceux qui ont souffert dans leur corps pour la défense du pays. Ils ont anobli son nom, et c'étaient pour ce patriote modèle autant de motifs de légitime fierté.
Mais aucune distinction ne valait, dans sa pensée, le privilège d'avoir été président de la Chambre. Il se réjouissait d'avoir, par cette haute fonction, pu contribuer encore à la considération de sa chère province de Luxembourg, qui eut, comme il aimait à le rappeler aussi, l'honneur de donner à la Chambre son premier président, en la personne du baron de Gerlache. Le Luxembourg, fier de ce fils d'élite, le récompensa par une véritable vénération, et sa famille a pu constater, par la pieuse affluence à son service funèbre, combien ce sentiment était resté vivace à travers les années de sa silencieuse retraite.
Jules Poncelet fut, au sens le plus complet du mot, un homme de bien. Il fut un grand patriote et un mandataire politique exemplaire. Il figurera avec dignité dans la déjà longue liste de ceux qui ont connu, comme lui, l'honneur de présider cette assemblée.
Mais il fut aussi, et avant tout, un admirable père de famille, et sa disparition, même au terme d'une longue vie, aura été un cruel déchirement pour la vénérable femme qui fut la joie et le soutien les plus constants de sa vie et pour ceux qui l'ont entouré de leur filiale sollicitude. J'espère que l'hommage qu'au nom de la Chambre je viens de rendre au cher disparu leur apportera quelque réconfort, et je prie notre cher collègue M. Humblet, qui continue dignement, parmi nous, les enseignements de son éminent beau-père, de recevoir l'assurance que nous compatissons de tout cœur à la peine de son foyer et de torte la famille Poncelet.
La parole est à M. le premier ministre.
M. Van Houtte, premier ministre. - M. le président a dit les titres que le baron Poncelet avait acquis à la reconnaissance du pays, au respect et à l'estime de ses collègues, à la déférente affection de ses amis. Tous ceux qui dans ce pays croient à la valeur des grands exemples vous seront reconnaissants d'avoir mis en lumière - avec tant de fidélité - la leçon que nous donne la vie du baron Poncelet, et singulièrement, dans cette vie, les vertus qu'il a pratiquées dans une longue carrière politique : l'intelligence, la bonté, le courage et le désintéressement.
Le gouvernement s'est joint au représentant de S. M. le Roi et à votre président pour conduire à son dernier repos M. le ministre d'Etat Jules Poncelet. II a adressé à la baronne Poncelet et à ses enfants l'expression respectueuse de ses condoléances.
Il prie la Chambre - et en premier lieu M. le représentant Humblet, gendre de votre ancien président, - d'agréer aujourd'hui l'hommage du gouvernement.