Pirmez Maurice, Octave, Jean catholique
né en 1864 à Ixelles décédé en 1928 à Saint-Josse-ten-Noode
Représentant 1904-1928 , élu par l'arrondissement de Charleroi(Extrait de La Gazette de Charleroi, du 23 décembre 1928)
M. Maurice Pirmez, qui avait subi tout récemment une grave opération chirurgicale, a succombé hier matin aux suites de complications survenues brusquement alors que tout laissait espérer une guérison.
M. Maurice Pirmez était né à Ixelles le 22 octobre 1964. Il était issu d’une vieille famille du pays de Charleroi qui a collaboré au développement progressif de l'industrie dans la région. Octave Pirmez, le « solitaire d'Acoz », l'excellent écrivain dont les œuvres eurent un gros succès, était son oncle, de même qu’Eudore Pirmez, l’économiste distingué qui fut, pendant plusieurs législatures, député libéral de l'arrondissement et ministre du dernier cabinet Frère-Orban.
Entré à l'Ecole militaire en 1884, le défunt en sortit sous-lieutenant en 1886. Il fut successivement affecté au 1er lanciers à Namur, puis au 2ème lanciers à où la médaille civique de première classe lui fut décernée pour le dévouement qu'il montra au cours des inondations de janvier 1891.
En 1893, il quitta l'armée et revint habiter, à Acoz, le domaine familial. Il s'occupa bientôt de politique militante et fut élu, en 1904, député catholique de Charleroi. Son mandat a toujours été renouvelé depuis. Lors de l'invasion, il se mit à la disposition du ministre de la Guerre, et reprit du service actif comme capitaine au 1er chasseurs à cheval.
Le Roi l’avait créé baron en 1922.
M. Maurice Pirmez n'appartenait pas à notre parti. Nous avons combattu ses idées politiques, et aussi son attitude dans la question des langues : il crut qu'à force de concessions on parviendrait à neutraliser et à éteindre le mouvement flamingant.
Mais nous avons toujours éprouvé pour sa personne la plus haute considération. C'était, dans toute l'acception du terme, un honnête homme et un galant homme. A la Chambre, dans tous les groupes politiques, il jouissait des sympathies générales, que méritaient assurément sa courtoisie, sa serviabilité la bonté innée de son caractère. Depuis l'armistice, Il s'était spécialisé dans les questions militaires, comme président de la Commission de la Défense Nationale. Son patriotisme vigilant était rallié à une politique prudente et réfléchie de réconciliation internationale, mais la guerre n'avait pas été pour lui une simple parenthèse : il était convaincu que la sécurité du pays repose avant tout sur l'existence d’une armée solide et bien outillée.
Il disparaît, jeune encore. après avoir, pendant de longs mois, stoïquement supporté les épreuves d'un mal qui avait miné sa robustesse physique sans parvenir à toucher sa vigueur morale.
Nous nous inclinons avec émotion devant sa bière, et nous présentons aux siens l’expression de nos très sincères condoléances.
Le suppléant de M. Pirmez est M. le notaire Duvieusart, de Frasnes-lez-Gosselies, qui appartient à la « fraction » opposée à celle du regretté défunt.
(Extrait du Soir, du 23 décembre 1928)
Une douloureuse nouvelle est parvenue samedi matin, à la Chambre : M. Pirmez, député de Charleroi et vice-président de la Chambre des Représentants. a succombé aux atteintes du mal qui le minait depuis de longs mois, mal auquel M. Pirmez résistait avec une remarquable vaillance. Il avait dû cependant, ces jours derniers, se résigner à abandonner les travaux auxquels il donnait toute son activité, pour entrer en traitement dans une clinique de la Ville.
Les nouvelles au sujet de son état de santé avaient tout d'abord été assez encourageantes, et l'on accueillait avec sympathie dans les milieux parlementaires des informations qui paraissaient autoriser les espoirs d'une guérison plus ou moins rapide. Mais la situation se modifia ces jours derniers. L'état du malade, qui avait reçu visite du Roi, avant-hier, devint inquiétant et aboutit rapidement au dénouement fatal.
Le baron Pirmez était né en 1864. Il devint membre de la Chambre des Représentants en 1904, fut nommé questeur en 1911 et vice-président en 1920.
Ancien officier de cavalerie, il avait démissionné en 1896, mais reprit du service à la déclaration de guerre qu’il fit en qualité de capitaine. En 1917, étant au front, il préféra rester dans son unité plutôt que d'accepter un poste que le gouvernement voulait confier au Havre, et il fut nommé officier de l'Ordre de là Couronne avec la citation suivante :
« Membre de la Chambre des Représentants, a donné un bel exemple de patriotisme en prenant du service dans les troupes combattantes dès le début des hostilités. S’est signalé au front par son courage et son dévouement (Croix de guerre) ».
En 1919, M. Pirmez fut nommé capitaine de réserve.
La paix signée. le baron Pirmez reprit son rôle politique, plaçant au premier plan de ses préoccupations les plus hautes la question de la défense du pays. II présida longtemps la commission de la défense nationale et le fit avec beaucoup d'autorité.
Sa mort fait perdre à la Chambre un parlementaire, d'une parfaite correction et qui avait le sens très réel de ses devoirs.
Le suppléant de M. Pirmez est M. Duvieusart, de Charleroi.
(Extrait de La Libre Belgique, du 23 décembre 1928)
M. le baron Pirmez, vice-président de la Chambre, dont nous annoncions hier l'état désespéré est mort à la clinique bruxelloise où il avait subi, tout récemment, une opération, samedi matin, à 11 heures.
Il appartenait à cette grande famille des Pirmez qui tient un rôle de premier plan dans l’histoire industrielle et politique du pays de Charleroi et a fourni à la Belgique une illustration parlementaire comme feu Eudore Pirmez et une illustration littéraire comme Octave Pirmez, le « solitaire d'Acoz. » C'est au baron Pirmez qu'était passé ce château d' Acoz où vécut Octave.
C'est par une sorte de tradition de famille et par le souci d'un devoir accomplir comme catholique que le député qui vient de mourir se mêla, passé la trentaine, à la politique. Jusque-là, il n'y semblait pas destiné ; il avait suivi la carrière militaire, qu'il quitta, lieutenant aux lanciers, en 1894. Rentré à Acoz, il s'intéressa bientôt à l'action politique de cette jeunesse catholique groupée en « jeunes gardes » et il devenait, quelques années après, président de la fédération de celles-ci. Le rappeler, c’est presque dire quelques-unes de ses qualités, celles sans lesquelles on ne réussit pas à se faire accueillir à un tel poste par la jeunesse : la cordialité, la jovialité, l'entrain, la combativité.
L'un ou l'autre des groupes catholiques qui déjà alors se disputaient la prééminence dans l'arrondissement de Charleroi ne pouvait manquer de chercher à utiliser la popularité de cette « homme nouveau. » C’est ainsi que M. Maurice Pirmez se trouva, aux élections législatives de 1904, porté sur la liste catholique, comme représentant d'une nuance tenant le milieu entre la démocratie pure personnifiée en M. Michel Levie, et la « conservatrice » personnifiée en Adolphe Drion, père du député actuel de Charleroi. il fut élu et son mandat ne cessa d'être renouvelé depuis, au milieu des perpétuelles et malheureuses compétitions entre les catholiques de sa région, sans qu'il cessât de demeurer loyalement fidèle au groupe dont il avait été l'un des porte-drapeaux à sa première élection.
A la Chambre, le jeune député gagna vite les sympathies de tous ses collègues. Il était sans prétention ; il ne cherchait pas à jouer un rôle au-dessus de ses moyens ; il ne parlait que sur des questions qu'il connaissait : par exemple, celles qui concernaient particulièrement les intérêts de son arrondissement, celles qui concernaient l'armée, la défense nationale, auxquelles il se montra toujours profondément dévoué.
Quand vint la guerre, Maurice Pirmez prouva qu'il n'était pas seulement patriote en paroles, qu'il savait l'être aussi en actes, et virilement. Il avait cinquante ans il n'hésita cependant pas à reprendre du service, quittant femme et enfanta ; il fut capitaine-commandant de réserve.
En 1917, étant au front, il préféra rester dans son unité plutôt que d'accepter un poste que le gouvernement voulait lui confier au Havre et il fut nommé officier de l'Ordre de la Couronne avec la citation suivante :
« Membre de la Chambre des Représentants, a donné un bel exemple de patriotisme en prenant du service dans les troupes combattantes dès le début des hostilités. S'est signalé au front par son courage et son dévouement (Croix de guerre) ».
Il se retrouva, après l'armistice, à la Chambre, ayant gagné en estime et en autorité auprès de ses collègues de tous les partis. Ils en avaient déjà fait un questeur en 1911. En 1920, ils en firent un de leurs vice-présidents. Ils lui confièrent la présidence de la commission de l'armée. On sait qu'il a aussi été président de la commission militaire mixte et que son esprit de conciliation, joint à son légitime renom d'ardent patriote, n'a pas peu contribué à y amener finalement l'accord d'où est sortie la
grande réforme militaire récemment votée.
S. M. le Roi avait fait, en 1925 Maurice Pirmez baron en récompense des services rendus au pays.
La mort du baron Pirmez provoquera de vifs regrets à la Chambre et de plus vifs encore dans le pays de Charleroi. Là, il était connu de tout le monde. Il était si accueillant ! Il avait rendu des services personnels à tant et tant de gens ! Il était si bon pour tous, surtout pour les humbles ! Les œuvres de bienfaisance, les catholiques en particulier, - tant sociales et que politiques – perdent en lui un grand bienfaiteur.
Nous saluons avec émotion la mémoire de ce bon serviteur de la nation, de ce vaillant soldat de la cause catholique, et nous prions sa famille de recevoir nos chrétiennes condoléances.
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Un confrère donne ce détail sur la fin de la carrière da défunt :
« Homme de devoir, il donna, à la fin de sa vie, un bel exemple de civisme. Sachant sa présence indispensable à la Chambre, au moment de la discussion des lois militaires, il n'hésita pas à ajourner une opération qu'il savait cependant nécessaire et, stoïquement, par dévouement à la chose publique, il resta à son poste jusqu’au bout, malgré le mal qui le minait . »
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Les derniers moments. La visite du Roi
M. Pirmez souffrait de calculs depuis plusieurs mois, mais il était tellement accaparé par la loi militaire qu'il n'avait pas le temps de s’occuper d'autre chose. Ce n'est qu'après le vote de cette loi qu'il put songer à lui-même. Le jour où il entra à la clinique, il disait en plaisantant à ses amis : « Me voilà maintenant entré. Le tout sera d'en sortir, autrement que les pieds devant. »
L'opération en elle-même n'avait rien de particulièrement grave, mais il semble plutôt aux médecins que cette nature un peu affaiblie par le travail de ces derniers temps n'a pu supporter le chloroforme : on attribue donc sa mort une intoxication plutôt qu'à l'opération elle-même.
Vendredi, le Roi est allé faire visite au malade, et quand on a averti celui-ci de cette démarche du Souverain, il a exigé que « tout le fourbi de la chambrée » fût en ordre parfait. C'était le vieux militaire qui recevait son chef.
Il remercia, avec toute l'effusion dont il était encore capable, le roi Albert, en son nom et au nom de sa famille, pout son geste délicat.
Il y deux ou trois jours il exigea de son ami, le baron Fallon, de savoir si son état était assez grave que pour inspirer des inquiétudes ; quand il comprit qu'il y avait danger de mort, il réclama les derniers sacrements.
« Surtout, recommanda-t-il, n'en soufflez pas mot à mes enfants. »
Sa grosse inquiétude, en effet, fut, tout le temps de sa maladie, de causer de l'angoisse à sa famille. Dans une sorte de délire, pendant les derniers moments, il appelait à lui sa femme, - morte depuis dix ans. Il est mort en grand chrétien : tous les matins, depuis son entrée à la clinique, il recevait la communion. Pendant le temps qu'il y a passé, il a reçu de nombreuses visites de sympathie de ses collègues de la Chambre: M. Brunet, M. Lemonnier, tous les membres de la droite et plusieurs membre des deux gauches sont venus le voir.
L'opération avait eu lieu le lundi 17 décembre. Le baron Pirmez a succombé samedi vers 11 heures. Le corps de M. Pirmez a été transféré au château d'Acoz samedi soir. Les funérailles auront lieu mercredi.