Pecher Edouard, Gustave, Adolphe libéral
né en 1885 à anvers décédé en 1926 à Bruxelles
Ministre (colonies) en 1926. Représentant 1912-1919 et 1921-1926 , élu par l'arrondissement de Anvers(Extrait de L’Indépendance belge, du 28 décembre 1926)
Le parti libéral est en deuil : Mort de M. Edouard Pecher, député libéral d’Anvers et ministre des Colonies
Les derniers moments
M. Edouard Pecher, ministre des Colonies et le plus jeune de nos ministres, est mort hier, vers midi er demi, à l’hôtel du ministère des Colonies, rue de la Loi. Depuis une douzaine de jours, M. Pecher était souffrant. Il avait pris froid, quinze jours auparavant, en se rendant à Namur, où il devait inaugurer l’Ecole coloniale. Une panne d'auto immobilisa l'honorable ministre à quelques kilomètres de Gembloux ; mais peu après une torpédo passa, allant vers Namur et M. Pecher fut aimablement invité par son propriétaire à y prendre place. Malheureusement, il y gagna froid. Néanmoins, M. Pecher présida la cérémonie et rentra dans la soirée à Bruxelles.
D'une santé très robuste et surtout d’une activité inlassable, M. Pecher négligea de prendre tout de suite les soins qui s'imposaient. Il reprit dès le lendemain ses fonctions au ministère ; mais le mercredi, le mal qui avait sournoisement empiré, le terrassait. M. Pecher se résignait à garder la chambre ; il ne devait, hélas, plus la quitter.
Cependant, ces jours derniers, l’état du malade s’était amélioré. Dimanche après-midi, les médecins qui le traitaient et qui l’ont traité avec un dévouement vraiment admirable, MM. les docteurs Demoor, Derscheid, Vandevelde et Neumann, purent constater un mieux assez sensible, qui permettait beaucoup d'espoir. Malheureusement, la nuit de dimanche à lundi fut très mauvaise. Pendant la nuit, on dut appeler en hâte l'un des médecins, qui prévint bientôt ses confrères, et ceux-ci ayant constaté les premiers effets d’une pleurésie purulante, décidèrent d’urgence une opération.
Celle-ci fut faite lundi, vers neuf heures du matin ; mais le malade, qui n’avait pu supporter qu'une anesthésie locale, entrait bientôt dans le coma et s'éteignait après une courte agonie, vers midi et demi. Mme Edouard Pecher n’avait pas un instant quitté le chevet de son mari.
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L'impression dans les milieux libéraux
La nouvelle de la mort de M. Pecher fut rapidement connue. Au ministère des Colonies, où le ministre avait conquis toutes les sympathies, c'est la stupéfaction et la consternation.
- Nous perdons un ministre qui, déjà, nous avait donné, à peu près à tous, des témoignages de sa bienveillance et de sa bonté.
Ces mots, nous les recueillons auprès de plusieurs fonctionnaires, des plus modestes aux plus élevés.
Dans les couloirs du Parlement, au Palais de la Nation, nous ne rencontrons guère de représentants. Ce sont les vacances. Cependant, voici M. Maurice Lernonnier :
- Je suis atterré, nous dit l’honorable représentant de Bruxelles. Je viens d'apprendre l’atroce nouvelle; je ne puis encore y ajouter foi et cependant…
Une larme perle aux cils du sympathique vice-président de la Chambre.
- C'est une véritable catastrophe ! Et quelle perte pour le parti libéral !
Perte, en effet, et qu'on n'appréciera qu'avec le temps. A la Maison libérale et au Conseil national du parti libéral, pendant l'après-midi, les coups de téléphone, les visites se multiplient. La douloureuse nouvelle est vite parvenue en province, d'où l’on demande de partout confirmation. Partout, l’impression se résume en ces mots : stupéfaction et consternation.
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La carrière de M. Pecher
Il y a trois semaines à peine que nous avons consacré, ici même, un article à M. Edouard Pecher, dans lequel nous retracions la brillante carrière du jeune ministre. Qu’il nous soit permis d'en reproduire ici quelques extraits, qui s’imposent en ces douloureuses circonstances :
« M. Edouard Pecher est né à Anvers en 1885. Après des études très brillantes à l'Athénée royal d'Anvers, puis à l’université libre de Bruxelles, il prit une place marquée au barreau d'Anvers, et, dès 1912, ses concitoyens l'envoyèrent au Parlement.
Le jour même où éclatait la guerre, le 14 août 1914, M. Pecher s'engageait volontairement au 5ème de ligne ; Il fit le coup de feu à l'Yser, tout d'abord comme simple soldat, puis comme caporal, puis comme sergent. Il fut alors appelé aux fonctions de substitut de l'auditeur militaire du G. Q. G., et devint auditeur militaire en campagne le 10 juin 1916. Dès l’armistice, il démissionnait et reprenait ses fonctions à la Chambre.
Non réélu le 16 novembre i919, il consacrait son activité politique à l’organisation de la politique libérale, comme président du Conseil national, et s’occupait surtout d’œuvres sociales, mutualités, etc. Le 20 novembre 1921, il était de nouveau envoyé à la Chambre par le corps électoral anversois.
A la Chambre, M. Pecher intervenait fréquemment dans les débats parlementaires chaque fois que des questions d’ordre économique intéressait le port d’Anvers, le commerce en général, les lois fiscales, les grands travaux. Trois fois, en 1922, 1924 et 1925, il fut désigné comme rapporteur du budget des recettes et des dépenses extraordinaires, qui est, ainsi qu’on sait, en ordre principal le budget des grands travaux en cours dans le pays. Il s’était acquis dans cet ordre de questions une compétence appréciée.
Mais ce sont surtout les questions sociales qui sollicitèrent son activité.
Avant la guerre déjà, il avait présenté une proposition de loi organique comportant l’application généralisée des assurances sociales en vue de la maladie, de l’invalidité et de la vieillesse. Sa part fut grande dans les délibérations de la Commission des assurances constituée en 1919 et d’où sortit la loi générale de décembre 1924 concernant les pensions de vieillesse, qu’il défendit avant tant de talent à la Chambre. De même, il intervint dans les nombreux débats qui se produisirent à propos de la loi de pension des employés, et il soutint ces derniers dans leurs revendications tendant à obtenir un remaniement de cette législation.
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L’activité sociale de M. Pecher
M. Pecher siégeait au Conseil générale de la Caisse d’épargne et était vice-président du Conseil supérieur des Métiers et Négoces. Il s’était voué à la défense des classes moyennes, notamment en ce qui concerne l’organisation du petit crédit. Une proposition fut par lui déposée à la Chambre relativement à cet objet. De même, il avait élaboré un projet sur le contrat et l’organisation de l’apprentissage.
Travailler inlassable, aucune des affaires importantes n’échappait à son esprit à la fois curieux et constructif. Il s’est toujours intéressé vivement aux problèmes coloniaux. Ainsi il fut rapporteur du projet de loi qui approuva l'acceptation du mandat belge sur le Ruanda Urundi, ainsi que de la loi, récemment votée au Sénat, modifiant certaines dispositions pénales prévues à l'article 30 de la Charte Coloniale, enfin de certaines lois budgétaires coloniales.
Homme d'action, il ne s’est pas borné à défendre ses idées, mais a toujours cherché à les faire sanctionner par des projets de loi ou à les transporter dans le domaine des œuvres par la création d’organismes auxquels il n’a pas manqué d’apporter tout son dévouement. Il est président de la Ligue nationale des fédérations mutualistes libérales. Les mutualités et caisses de pension de son arrondissement lui doivent beaucoup. Il mit sur pied, pour la province d’Anvers, une Société de crédit aux Habitations à bon marché, dont il est resté président. Il était vice-président de la Ligue nationale des Familles nombreuses et président et l’un des promoteurs de l’Assurance sociale antituberculeuse.
(Extrait de La Métropole, du 28 décembre 1926)
Une nouvelle qui a produit à Anvers la plus profonde et pénible impression s'est répandue en ville lundi tout au début de l'après-midi : M. Edouard Pecher venait de mourir à Bruxelles, en l'hôtel du ministre des Colonies qu'il occupait depuis six semaines à peine.
Sans que l'on pût s'attendre une issue aussi foudroyante, on savait dans le public que M. Pecher avait pris froid le 6 décembre en se rendant à l’inauguration de la nouvelle école de préparation coloniale à Namur. Le ministre, qui remplissait un des premiers devoirs de ses nouvelles fonctions en allant présider cette cérémonie chez les RR. PP. Jésuites, y était arrivé avec une heure de retard par suite d'une panne d'auto qui l'avait obligé en cours de route à plusieurs stations en plein froid puis finalement à achever le voyage à bord de la voiture ouverte de M. Bunau-Varilla, directeur du Matin de Paris, que le hasard avait amené par là.
Peu de temps après, M. Pecher se sentit grippé. Puis la grippe dégénéra en bronchopneumonie. Les médecins consultants relevèrent la présence d'un abcès au poumon et l'on procéda en hâte lundi matin à une opération in extremis. A midi et demi le malade expirait. C'est le premier ministre qui, depuis la guerre, meurt en fonctions, et il n'avait que 41 ans I
C'est une lourde perte pour le parti libéral anversois qui, deux mois à peine après la mort de Strauss, voit disparaître son jeune leader auquel une longue carrière semblait promise.
Ainsi en moins de trois mois toute la députation libérale [d’Anvers] à la Chambre se trouve renouvelée, M. Franck d'abord ayant le 27 septembre, quand il devint gouverneur de la Banque Nationale, cédé son au premier suppléant M Kreglinger, puis M. Joris. second suppléant, ayant remplacé M. Strauss décédé le 30 octobre, enfin à présent M. Boeckx, de Niel, troisième et dernier suppléant, reprenant la succession fraîchement ouverte.
Issu d'une vieille famille de la haute bourgeoisie toujours activement mêlée à la politique anversoise, M Ed. Pecher, né le 24 novembre 1885, était entré à la Chambre à l'âge de 27 ans. Deux ans après, quand éclata la guerre, il s'engagea dans l'armée ; avant la prise d'Anvers, il était à la censure ; pendant la campagne. Il fut successivement substitut du Grand Quartier Général, puis auditeur militaire.
La première élection d'après-guerre, ne le renvoya pas à la Chambre, mais il y rentra en 1921. Il y déploya une grande activité, prenant part à de nombreux débats. Il fut notamment rapporteur du budget extraordinaire et intervint dans divers débats d’ordre social, notamment la loi sur la pension des employés. Il était membre du Conseil Supérieur des Métiers et négoces, membre du Conseil général de la Caisse d'Epargne, membre du Conseil d'administration du Fonds des combattants ; membre de la Commission des familles nombreuses : membre de la Commission de marine militaire ; membre de la Commission d'étude des question relatlves au statut des fonctionnaires et agents communaux. Plusieurs fois, lors des crises ministérielles, son nom fut prononcé parmi les ministrables. Le 15 novembre dernier, il recevait le portefeuille des Colonies, au moment de la retraite de M. Francqui.
Le 10 octobre précédent il avait été élu conseiller communal en tête de la liste libérale et l'on se rappelle encore les négociations auxquelles il prit part dans la pensée d’aboutir à une entente avec la droite pour la constitution échevinal. Comme Strauss, il meurt avant d'avoir commencé son nouveau mandat communal qui échoit au second suppléant de la liste, M. Herbiet.
Le défunt, qui était avocat et remarquablement doué, exerçait un rôle de premier plan dans le parti libéral dont il présidait depuis plusieurs années le comité national. C’était, en politique, un adversaire courtois, plein de distinction et d’aménité.
Nous présentons à Mme Pecher, née Emilie Speth, et à son fils, nos sentiments émus de condoléances.
Les funérailles de M. Pecher auront lieu à Anvers, vendredi prochain, 31 décembre, à 10h. 1/2 du matin. Réunion avenue de France, 105.
(Extrait du Soir, du 28 décembre 1926)
M. Edouard Pecher, le jeune ministre des colonies, vient de mourir à 12 h. 30, lundi.
Les médecins qui le soignaient depuis qu'un accès de grippe, apparemment bénigne au début, avait dégénéré en double pneumonie, avaient tenté une ponction le matin.
Leurs efforts pour sauver le malade devaient malheureusement rester vains. Quelques heures après le ministre expirait.
M. Edouard Pecher, qui fut longtemps le benjamin des députés, fut également le benjamin des ministres.
Il n'avait, en effet, que 41 ans et il siégeait à la Chambre depuis 1912.
Dès les premières heures de la guerre, M. Pecher s'engagea comme volontaire avec M. Albert Devèze, ancien ministre de la défense nationale.
A l'armistice, il reprit sa place à la Chambre, où il intervint avec autorité dans l'élaboration de plusieurs lois sociales, comme dans la discussion des grands problèmes coloniaux.
Ayant succédé à M. Mechelynck comme président du conseil national du parti libéral, il y sut faire prévaloir avec une grande force de persuasion ses sentiments d'union et de tolérance, qui étaient au fond de son caractère.
A peine installé dans ses fonctions ministérielles il avait déjà pu donner toute la mesure de son grand talent.