Pastur Paul, Octave, Fulgence socialiste
né en 1866 à Marcinelle décédé en 1938 à Bruxelles
Représentant 1899-1900 et 1908 et 1912 , élu par l'arrondissement de Charleroi(Extrait du Soir, du 9 juin 1938)
On annonce la mort survenue, mercredi matin, dans une clinique de Bruxelles, de M. Pastur député permanent du Hainaut.
M. Paul Pastur, qui habitait Marcinelle, où il était né le 7 février 1866, avait été victime d'une congestion, mardi, alors qu'il se trouvait à Bruxelles.
Le rôle tenu par M. Pastur dans la vie politique de la province de Hainaut est considérable. Il aurait pu participer aux travaux du Parlement, car, à différentes reprises, il avait été placé en ordre utile sur les listes parlementaires. Mais attaché aux œuvres du Hainaut, qu'il avait créées avec un dévouement Inlassable, il a toujours préféré garder le rôle plus modeste de député permanent et assurer le succès des initiatives qu'il ne cessait de prendre en matière de prévoyance sociale et dans le domaine de l’enseignement.
Dès avant la guerre, aidé par feu M. Langlois, greffier provincial, qui, lui aussi, attacha son nom à la création et l'organisation d'œuvres d'enseignement professionnel, il organisa de toutes pièces l'enseignement technique dans le Hainaut, soit à la faveur d'interventions au profit des pouvoirs publics, soit en créant des écoles et tout un enseignement allant de la formation générale à la formation technique la plus étendue.
C’est ainsi que l'on doit à M. Paul Pastur la création du Conseil de perfectionnement de l'enseignement technique du Hainaut et de nombreuses écoles parmi lesquelles on peut citer tout particulièrement la fameuse Université du Travail de Charleroi, l'Ecole provinciale des Estropiés, les Instituts des Arts et Métiers du Borinage et du Centre, les écoles professionnelles ménagères, les écoles pour infirmières, etc. N'omettons pas de rappeler l'activité qu'il a manifestée au profit d'organismes de prévoyance sociale, d'une efficacité particulièrement remarquable, dans la région industrielle du Hainaut.
II serait difficile de donner une liste même approximative des initiatives prises par M. Paul Pastur.
Le défunt a fait partie de ce groupe d'hommes politiques socialistes du Hainaut qui a contribué au développement de Ia vie économique et sociale dans la grande province du sud. Sa disparition est d'autant plus cruelle pour la province, pour la Députation permanente et pour le Conseil provincial qu'il y a quelques moi avait disparu également un collaborateur en lequel M. Pastur avait mis sa plus grande espérance, M. Martel, bourgmestre d’Ecaussinnes et député permanent.
Inutile de dire que la mort soudaine du grand défenseur de la démocratie et de cet homme d'œuvres, a causé une émotion profonde dans tous les milieux politiques indistinctement, dans le monde de l'enseignement et dans le pays tout entier qui lui doit tant.
(Extrait du Journal de Charleroi, du 8 juin 1938)
Mardi, alors qu'il déjeunait dans un restaurant à Bruxelles, notre ami Paul Pastur, député permanent, se sentit indisposé.
Le personnel de l'établissement prodigua ses soins au malade dont le transfert dans une clinique fut ordonné. par le docteur qui avait été appelé.
L'état de notre camarade, sans être grave est néanmoins sérieux et exige des ménagements.
Son inséparable ami Grégoire Chermanne, qui était présent quand Pastur se sentit mal, nous disait tantôt, avec infiniment de raisons :
« Paul est trop bon et les gens en abusent. A toute heure du jour ou de la soirée, quand ce n'est de la nuit, il est des gens qui désirent lui parler à propos de tout et de rien. Et lui ne sait rien refuser. Il se surmène trop. »
Il est vrai que Paul Past dans son ardeur à rendre service, à faire le bien, néglige trop souvent de prendre les soins qu'exigerait sa santé.
Tous nos camarades auront à cœur, nous l'espérons, de lui laisser goûter en paix, le repos indispensable qui lui sera prescrit et formeront avec nous des vœux ardents pour le prompt rétablissement du vaillant président d'honneur de la Fédération Socialiste de Charleroi.
(Extrait du Journal de Charleroi, du 9 juin 1938)
On reverra, tout l'heure, sur les murs de la ville, sur les murs des villages et des corons, quatre mots encadrés de noir, quatre mots simples et tragiques, plus éloquents dans leur laconisme qu'un long discours ; on reverra ces quatre mots écrits, voici deux ans et demi seulement pour Jules Destrée ; mais cette fois ce sera pour l’ami d'enfance et l’ami de lutte du grand tribun, Car la réalité n'est que trop sous nos yeux :
PAUL PASTUR EST MORT
Comme pour Jules comme pour Nicolas Souplit, la nouvelle nous est arrivée, foudroyante, sans rien qui la fît sérieusement prévoir. Nous avions bien appris, mardi, que Paul Pastur avait eu une indisposition que son âge pouvait rendre grave, mais dans la soirée, ceux qui l'entouraient d'une sollicitude constante l'avaient laissé au repos, le quittant réconfortés et convaincus qu'il s'agissait d'une alerte dont il ne paraitrait rien dans peu de jours. A la clinique où il fut transporté, le malade avait retrouvé toute sa bonne humeur et, serrant la main du docteur Whybaut qui le soigna, lut dit en riant : « allons, ce ne sera pas encore pour cette fois-ci, docteur: »
Hélas, la nuit devait être funeste à Paul Pastur et, à six heures moins vingt du matin, notre grand ami, le créateur et l'animateur des œuvres sociales du Hainaut, celui que tant de fois nos entendîmes appeler par de rudes travailleurs : « le père des ouvriers », rendait le dernier soupir dans les bras de son fidèle serviteur Constant.
La dernière page de l'histoire de la Fédération démocratique de Charleroi venait de se fermer.
Un homme d’œuvres, un homme d'action, un homme de cœur, une âme noble plus n’était plus.
La démocratie prenait le deuil.
Plus les hommes sont éminents, plus on croirait avoir à parler de leur activité. Mais les hommes vraiment grands sont modestes et lorsqu'on a eu l'heur de les approcher et d'entrer dans leur amitié, on éprouve mille scrupules à ne pas froisser des sentiments qu'ils cultivaient avec une pudeur attendrissante. Chaque fois que, sous notre plume, vient un mot laudatif, il nous semble sentir ur notre main se poser la main de Paul Pastur et entendre la voix de notre cher disparu nous dire : « Oh non, pas celai »
Car Paul Pastur était de ceux qu'écœurent les vains honneurs et son idéal, dans la vie publique comme dans la vie privée, se résumait dans cette pensée : « SERVIR. » Sa droiture se révoltait devant les turpitudes du monde ; mais il savait imposer silence à ses indignations, se réservant de les formuler après mûre réflexion et une modération qui ne faisait qu'en accroître la portée et le poids. Dans ces dernières années, Paul Pastur manifestait parfois plus aisément des impatiences. Les prétentions des incompétents, surtout, avaient le don de l'exaspérer, car toute sa conduite à lui, était dictée par la considération du mérite personnel. Cela lui valut bien des inimitiés, à cet homme si accueillant à la misère et qui, tous les jours, même le dimanche, recevait chez lui, dès huit heures du matin et souvent jusque tard dans la soirée, les requête et les doléances des plus humbles comme des plus huppés. Mais les impopularités qu'il se créait ainsi étaient quand même rares, car on rendait témoignage à son honnêteté et son esprit de justice. Elles étaient éphémères aussi, car on le savait bon et, lorsqu'il le pouvait, indulgent à autrui. Sa ligne de conduite, il l'avait codifiée dans un texte. On le peut lire encore, brodé par une main amie, sur un devant de cheminée de la grande salle à manger, dans sa maison paternelle :
« QU'IMPORTE TOUT DROIT ! »
Le caractère de Paul Pastur tient dans cette fière devise. Car il était fier, Paul Pastur, de cette fierté dont se parent les vertus sincères, les âmes sans reproche et qui n'ont de leçon à recevoir de personne. Nous connaissons une multitude d'ouvriers qui possèdent cette fierté-là, et Paul Pastur s'honorait souvent de se savoir dans leur confiance.
De penser qu'il n'est plus nous enlève une partie de nous-mêmes, car lorsqu'une amitié est morte, c’est un peu de soi qui meurt aussi. Hier matin, avec Madame Liévin, avec Grégoire Chermanne, nous étions devant son grand fauteuil vide, un peu reculé en oblique comme pour le recevoir, quand il se tournait vers nous pour bavarder. Nous ne nous disions rien, car les mots sont trop pauvres pour exprimer certaines émotions. Nous regardions, sur son bureau, les dossiers accumulés qui attendaient sa signature ou l'apostille qui décidait de leur sort ; nous regardions les dernières lettres parvenues, que ses doigts avaient froissés ; et devant ce fatras dans lequel s'épuisait l’insatiable besoin de labeur de Paul Pastur, il y avait le vide hallucinant de son fauteuil où plus jamais nous ne le reverrons.
Ce vide-là, tout le monde, le ressentira dans son cœur, car il n'est pas un homme de chez nous, un homme de la terre ardente du Hainaut qui n'ait voué à Paul Pastur sinon de l'amitié ou de la reconnaissance, au moins une particulière estime. Ses adversaires, nous en sommes certains, ne lui ménageront pas leurs regrets.
Ici, au Journal de Charleroi, le vide qu'il laisse est particulièrement sensible. Après la mort de Gustave des Essarts, c'est auprès de Paul Pastur que nous sommes allés puiser des conseils et du réconfort. Il connaissait bien les difficultés de notre tâche et il savait que son appui nous était précieux. Son autorité morale nous a maintes fois rendu un courage qui menaçait de faiblir, et lorsque devant quelque devoir compliqué ou pénible à remplir nous pouvions hésiter un instant, nos pas se dirigeaient vers la calme maison blanche de « papa Pastur » dont la porte, pour nous, n'était jamais fermée. Nous sortions de là fortifiés, rassérénés, aguerris pour reprendre le dur combat de la vie politique.
Le vide que laisse au Journal de Charleroi la mort si prématurée de Paul Pastur, on le retrouvera dans toutes es œuvres humanitaires qu'il a créées. C'était la préoccupation constante de sa vieillesse de veiller à ce que toutes les institutions auxquelles il a attaché son nom continuent à être gérées avec la droiture dont il a, partout, donné l'exemple. C'est un devoir sacré qu'il a légué à ses continuateurs.
Nous ne voulons pas terminer ces lignes dont notre émotion doit excuser l’indigence, sans dire aux proches de Pastur tout particulièrement à Grégoire Chermanne, qui fut son ami le plus intime, celui de toutes les heures, de toutes les joies et de tous les chagrins, combien est sincère et profonde prenons à leur deuil. Paul Pastur exerçait les fonctions de commissaire dans notre conseil d'administration depuis la fondation de notre société, c'est-à-dire depuis le moment où, avec Jules des Essarts, il entra activement dans la bataille démocratique et socialiste. Des liens plus intimes nous unissaient car la famille Pastur et celle de Madame Gustave des Essarts s’étaient longuement connues. Paul Pastur avait reporté sur notre maman et sur nous-mêmes, l'affection qu’il avait reçue de nos grands-parents. Tout cela fait que dans les condoléances que nous vous adressons, mon cher Grégoire, et aux parents de Paul Pastur, se trouve une douleur don nous ne voulons pas que des mots trahissent l'expression.
Paul Pastur est mort ; portons son deuil dans notre cœur, courageusement avec simplicité, dans le silence, ainsi que lui-même l’a souhaité.
Marius DES ESSARTS
(Extrait du Journal de Charleroi, du 9 juin 1938 : L’hommage d’Emile Vandervelde)
Encore un qui s'en va !
On comprendra ce que j'éprouve.
Nous étions partis, il y a quarante ans, exaltés par des espoirs sans limites, vers un monde meilleur, un monde plus juste t plus fraternel.
Au départ nous étions huit. Hier encore, avec Pastur, nous restions deux. Je suis seul aujourd'hui et mon cœur se brise.
De ces hommes à qui le Pays Noir avait fait confiance et qui tous, par la suite, furent des militants et des serviteurs fidèles du Parti Ouvrier, les uns venaient de ces rudes corporations de mineurs, de verriers, qui s'étaient organisés dans les Chevaliers du Travail et chez qui l'instinct de classe avait devancé la conscience de clase, d’autres, Léonard et moi-même, étaient depuis l'origine, du Parti de Volders et d'Anseele. Les autres, enfin, Fagnart, Furnémont, Destrée, Pastur, venaient de la démocratie libérale, des Unions démocratiques, et se rallièrent, au cours même de la campagne de 1894, au Socialisme rédempteur.
Tous, au demeurant, furent des parlementaires et c'est à la Chambre que, leur vie durant, ils travaillèrent et luttèrent pour notre cause.
Tous, à une seule exception, celle de Paul Pastur.
Il fut élu, deux fois, je pense, députe de Charleroi. Il ne consentit point à le rester. Une carrière purement politique ne le tentait pas. Il ne voulut jamais transporter son action à Bruxelles. De toutes les fibres de son être il tenait à Son Pays Noir. De toute la ferveur de son âme, il ne connût d'autre ambition que de servir cette classe ouvrière qui l’avait adopté.
Ce n'était pas un orateur, bien à certaines heures, sa foi socialiste lui inspirât des accents inoubliables.
Ce fut, dans la plus haute acception du terme, un homme d'œuvres ; et pour se rendre compte de son incomparable fécondité créatrice, . il n'est rien de tel que de voir l'arbre généalogique des institutions provinciales du Hainaut, de son Hainaut : l'une des plus admirables choses dont, par lui, le Parti Ouvrier se puisse glorifier.
Mais Paul Pastur n'a pas seulement donné des œuvres aux gens de son terroir. Il leur a donné son cœur. Il s'est, tout entier, donné lui-même. Et dans la douleur qui nous poigne, c'est une consolation pour ceux qui l’ont chéri de se dire qu'il a eu sa récompense, la plus belle récompense qu'à la fin d'une longue vie un socialiste puisse espérer : le grand amour, l'amour filial des travailleurs auxquels il se donna !
La dernière fois que j'ai vu Paul Pastur, c'était à Marcinelle on nous avions tant de souvenirs, à une fête pour les enfants d'Espagne, pour ceux dont avait dit : « Il faut qu'ils vivent. »
Nous parlâmes des disparus. Nous communiâmes dans notre foi commun. Nous eûmes la joie, teintée de mélancolie de nous dire l’un à l’autre, que plus nous avions vécu, plus nous nous étions aimés.
Et, tout de suite, lorsque ce matin, m'arriva la triste nouvelle, je songeai qu'une vie comme la sienne est, pour notre grande famille socialiste, un modèle et un exemple. Les vieux da notre génération ont le droit de dire à ceux qui viennent : « Nous avons pu connaître des désaccords. Ils n'ont jamais altéré amitié fraternelle. Notre grande force a été de nous aimer. Faites comme nous. !
VANDERVELDE
(Extrait du Journal de Charleroi, du 9 juin 1938)
Sa vie
Paul Pastur était né au début de 1866 - le 7 février - dans une famille bourgeoise. Il fit ses premières études chez les jésuites à Charleroi, tout comme son frère Albrt qui resta, lui, toute sa vie profondément attaché à l'idéal chrétien. Mais dans la poitrine de Paul Pasture battait un cœur et généreux et le spectacle des misères de la classe ouvrière devait l'émouvoir au point de lui faire abandonner les bals et cotillons des salons huppés pour les tréteaux des salles enfumées, où de pauvres diables timorés venaient entendre des paroles de réconfort.
Son enfance, il la passa en compagnie de son ami, de notre regretté ami Jules Destrée, son camarade d'école, de qui il se sépara lorsqu'il suivit les cours de l'Université de Liége. A cette époque, Paul Pastur s'inscrivit au groupe des étudiants libéraux. En 1888, il quitte l'Université de Liége et fait un stage d'un an à Paris. Puis, rentré au barreau de Bruxelles, il devient stagiaire chez Maîtres Ghysbrecht et Edmond Picard.
Ce fut en 1888, à l'occasion du procès du «Grand Complot » que Paul Pastur se sentit attiré vers le Socialisme.
« Les plaidoiries de Paul Janson, Edmond Picard, Masson. Jules Destrée, firent sur moi, une impression ineffaçable », racontait-il souvent.
L'impression fut si forte que Pastur s'inscrivit au barreau de Charleroi et fit la connaissance de Jules des Essarts, Jean Caelewaert, Alfred Lombard avec qui il se lie d'amitié.
Les idées démocratiques avancent et Pastur adhère au projet de constitution de la Fédération démocratique de Charleroi.
C'était en 1892, les libéraux, les progressistes voulaient rompre avec les doctrinaires. Fagnart, le premier, adhéra à la Fédération démocratique de Charleroi qui eut comme premier secrétaire Paul Pastur et comme premier président Jules Destrée.
Etrange destinée de ces deux hommes venus de la bourgeoisie et qui furent respectés. aimés et admirés par la classe ouvrière à l'égal de demi-dieux.
Les parents de Paul Pastur n’apprirent pas avec joie la décision de leur fils, nous racontait-il un jour. « Mon père, très calme. m'a dit : - Tu es libre de tes destinées.
« Mais il me fit entrevoir les dangers de la vie politique. Ma mère. elle, que je vénérais aussi, me dit avec quelque tristesse:
« - Si tu crois que c'est ta voie, prends-la. Mais ne froisse jamais les convictions de ceux qui ne pensent pas comme toi. soit tolérant. »
Nobles paroles d'une mère, que Paul Pastur ne cessa de respecter ; car, lui, cet homme de parti, ce socialiste profondément attaché du P.O.B., ne fut jamais un partisan. Il était plein d'indulgence pour tous et tout. Et en cela il ressemblait à Jules Destrée, son compagnon d'enfance, et de vie, aux côtés de qui il reposera dans la mort, et à Emile Brunet, cet autre grand serviteur de l'idée socialiste et de la Fédération de Charleroi.
Ce n'est point dans le cadre, forcément restreint, d'un article de journal qu'il est possible de retracer, ni même d'évoquer, ne fut-ce qu'à grand traits, une carrière aussi complètement remplie que celle de Paul Pastur. Car maintenant qu'il n'est plus, on s’aperçoit mieux de la grandeur de son activité.
Nous avons dit comment il était venu aux idées démocratiques. Tous ceux qui l'ont connu ne s'étonneront point qu'il ait été un des plus chauds partisans de l'union de la Fédération démocratique avec le P.O.B. et moins encore qu'il soit resté, de celui-ci et toute sa vie, un soldat fidèle et exemplairement discipliné.
C'est ainsi qu'il fut, pendant de longues, très longues années, le président de la Fédération socialiste et de la Fédération des conseillers communaux et provinciaux socialistes de Charleroi. Là, comme ailleurs, dans les œuvres dont il fit partie, Paul Pasturvr était l'homme estimé de tous, le bon président, respectueux des opinions, indulgent envers chacun. C'était un bon père. Son action présidentielle fut très féconde, mais c'est moins dans les assemblées fédérales, que dans les conversations privées, ou de petit comité, que Paul Pastur, grâce à son incomparable ascendant, parvenait à prévenir les conflits, à aplanir les difficultés.
Souvent, nous l'avons entendu, le ton souriant, prodiguer ses conseils. Mais derrière sa bonhommie, il y avait une grande fermeté et si le président était bon, accueillant, plein de mansuétude que pour imposer volonté, non par raison d'orgueil mais dans l’intérêt du bien commun.
Que Pastur ait été tout le contraire d'un orgueilleux, ou même d'un homme légèrement prétentieux, il suffit d'évoquer sa vie pour en être convaincu.
S'il l'avait voulu, il aurait fait un grand parlementaire et serait devenu! ministre. Il en fut d'ailleurs sollicité.
Mais cet homme de si grande envergure, ce réalisateur envié, était, au fond, un timide. Aux assemblées tumultueuses et nombreuses, il préférait l'atmosphère plus calme des réunions modestes. Mais, à la mort de Léopold Fagnart, Paul Pastur, qui avait été élu conseiller provincial, n 1894, fut prié de le remplacer.
Paul Pastur fut élu à Charleroi, par 80,000 voix contre 12.000 au candidat libéral qu'on était allé chercher à Malis.
Au début de 1900, notre ami fut installé et, Camille Huysmans, l'actuel président de la Chambre, qui faisait, alors pour le Petit Bleu le compte-rendu de la Chambre, narrait ainsi l’entrée de Paul Pastur :
« M. le président ouvre la séance à 2 heures. M. Paul Pastur, le nouveau député, prête serment. M. Pastur est un petit homme sage, avec une petite moustache. Il n'a pas encore de cheveux. »
Pastur resta député pendant quatre mois, ce qui lui valut d'être appelé « le député des cent jours. »
Quelques mois plus tard devaient avoir lieu de nouvelles élections. Pastur se représenta au conseil provincial, fut élu, et grâce à l'alliance avec les libéraux, le 18 juin 1900, il devenait député permanent, poste qu'il n'a plus jamais quitté depuis lors.
De 1896 à 1900, Paul Pastur a été conseiller communal et échevin à Marcinelle.
* * *
Pastur était, certes, profondément attaché à sa commune natale, mais il l'était autant, sinon plus, à sa chère province de Hainaut. Et il le montra, en créant cet impressionnant faisceau d'œuvres d'enseignement, de santé, de prophylaxie, de protection. Avec M. Alfred Langlois, l’ancien greffier provincial, Paul Pastur, il le raconta lui-même, avait élaboré dès son entrée à la députation permanente un plan de réalisation.
Et il n'est que de voir la liste des multiples institutions de la province de Hainaut pour se rendre compte qu'il y resta très fidèle. De toutes, celle qui lui tenait le plus à cœur, dont il parlait comme une mère l'aurait fait de son enfant préféré, c'était l'Université du Travail, cette magnifique institution d'enseignement que l'étranger nous envie et qui, bien souvent, lui servit de modèle.
Mais notre grand camarade veillait jalousement sur toutes les œuvres provinciales. Souvent, il avait manifesté l'intention de se retirer de la vie politique, mais, toujours, il ajoutait, à ceux de ses amis qui insistaient pour qu'il renonce à ce projet : « Je désire rester président des œuvres de la province. »
Et, savez-vous ce que cela représentait la président des œuvres provinciales ? Exactement l'obligation de tenir au courant et de surveiller l'activité de 44 établissements et œuvres très importants.
Peut-être à cette époque de dénigrement systématique ne sera-t-il pas superflu d'ajouter que ces 44 présidences s'exerçaient à titre absolument gracieux ?
Les initiatives de Paul Pastur sont innombrables, en tous les domaines et cela s'explique, car rien de ce qui touchait à l’amélioration du sort des humbles, des déshérités ou des vaincus de l'existence ne le laissait indifférent.
Mais, il marqua toujours une prédilection pour la création et le perfectionnement des œuvres d'instruction.
« - Que voulez-vous. disait-il parfois, les jeunes veulent faire la révolution. Mais s’il est possible de la faire avec des ignorants, on n'en conservera des fruits que s’il y a des gens capables. »
D’où les efforts incessants de notre grand ami pour que la jeunesse s'instruise, s’émancipe. C'était sa manière, à lui, Pastur, de se montrer révolutionnaire. Et qui oserait jurer que celle-ci n'était pas la plus préférable ?
Mais le développement de cette proposition pourrait nous entraîner dans une trop longue digression, déplacée ici. Disons, simplement, que Paul Pastur fut un socialiste qui honora son parti et son pays.
MARNIX
(Extrait de La Wallonie, du 9 juin 1938)
Mardi, à midi. alors qu'il déjeunait avec des amis, Paul Pastur fut pris d’un brusque et inquiétant malaise. Dans l'après-midi, on le transportait à la clinique de l'Avenue Longchamps, et ce mercredi matin, à 5 heures, Paul Pastur décédait des suites d'une syncope cardiaque.
Dans la matinée, les citoyens Spaak, Premier Ministre, et Delattre. ministre du Travail, sont allés s'incliner devant le corps. Les citoyens Arthur Wauters et Emile Housiaux ont fait la même démarche, au nom de la Presse socialiste.
A Charleroi et dans tout le Hainaut, la pénible nouvelle a été connue dans la matinée, y provoquant une émotion considérable. Toutes les Maisons du peuple, tous les locaux du Parti ont mis les drapeaux en berne. Il en est de même au Palais provincial de Mons.
Paul Pastur était âgé de 72 ans. il était ne à Marcinelle, le 6 février 1866, d'une famille bourgeoise et catholique. Son père était directeur-gérant de charbonnage. Après avoir fait ses études chez les Jésuites, Paul Pastur suivit à l’Université de Liége les cours de la Faculté de Droit. Ami d'enfance de Jules Destrée, il devint avocat comme lui et fut, comme lui, stagiaire chez Edmond Picard. Avec Destrée, Pastur fonda la Fédération progressiste de Charleroi, qui devait évoluer rapidement vers le Socialisme démocratique.
Pastur siégea pendant quelques mois la Chambre pour achever le mandat du député Fagnard, mais il revint ensuite au Conseil provincial du Hainaut, où les ouvriers du Pays Noir l'avaient envoyé dès 1895. Eh 1900, l'administration du Hainaut étant aux mains des cartels des gauches, Pastur est élu député permanent, ce qu'il est resté jusqu'à sa mort. Depuis quelques années, il était président de la Députation permanente et président de la Fédération socialiste de Charleroi. Toute sa vie a été consacrée au mouvement ouvrier et aux œuvres provinciales du Hainaut, aux œuvres sociales et surtout aux ouvres scolaires, car Pastur s’était attaché principalement à donner aux travailleurs le moyen de s'élever par l'étude. L'Université du Travail de Charleroi est son ouvre capitale.
Dans ces derniers mois, Pastur s'était attaché aux œuvres de solidarité pour l’Espagne républicaine. Lui, qui a tant fait pour les enfants des travailleurs belges, a voulu aider aussi à sauver les enfants d'Espagne, et en avait adopté un.
C’est un homme de cœur, une intelligence d'élite, un grand socialiste et un grand citoyen qui s'en va.
Notre journal présente, au nom du Parti Ouvrier et de la classe ouvrière toute entière, ses condoléances fraternelles et émues aux socialistes du Hainaut.
(GEORIS M., Paul Pastur, dans Nouvelle biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 2005, vol. 8, pp. 299-300)
PASTUR, Paul, Octave, Fulgence, avocat, homme politique, président fondateur de l'Université du Travail à Charleroi, né à Marcinelle le 7 février 1866, y décédé le 8 juin 1938.
(…) Fils de Philippe-Julien-Octave Pastur, ingénieur régisseur des Charbonnages de Marcinelle-Nord et de Catherine Frère, Paul connaît une enfance heureuse et sereine dans cette famille imprégnée de l'esprit chrétien mais très ouverte à la tolérance. Très tôt, il se lie d'amitié avec un petit voisin, de trois ans son aîné, Jules Destrée. Autant Paul est jovial et impulsif, autant Jules est timide et réservé. Paul effectue ses humanités au Collège du Sacré-Cœur de Charleroi. Il les termine à dix-sept ans et s'inscrit à l'Université de Liège dont il sort quatre ans plus tard nanti d'un diplôme de docteur en droit.
Membre des Etudiants libéraux pendant ses études, il évolue vers la libre-pensée et le socialisme pragmatique à la Jaurès car cet homme de cœur est très sensible à la misère ouvrière. Son frère aussi mais il réagit autrement puisqu'il entre dans les ordres religieux, tout comme le frère de Jules Destrée, Georges-Olivier. Malgré leurs différences philosophiques, les quatre hommes demeurèrent toujours très liés et respectueux de leurs convictions respectives.
Une Fédération démocratique (de tendance libérale progressiste) est fondée en 1892 à Charleroi : Jules Destrée en est le président et Paul Pastur le secrétaire. La Fédération démocratique et le Parti ouvrier belge (POB) constituent une liste commune pour les élections communales de 1895.
Paul Pastur est élu conseiller communal à Marcinelle puis y devient échevin. En 1899, il est élu membre de la Chambre des Représentants. Camille Huysmans qui assure les comptes rendus pour le journal libéral Le Petit bleu le présente ainsi : « M. Pastur est un petit jeune homme sage avec une petite moustache. Il n'a pas encore de cheveux ». Il ne sera député que cent jours car il démissionne et se présente sur la liste provinciale du P.O.B. aux élections de mai 1900 : il est brillamment élu et devient député permanent de la Province de Hainaut. Il le restera jusqu'à son décès.
Quatre mois plus tard, il fait adopter par la Députation permanente (libérale-socialiste) la création d'une Ecole industrielle supérieure qu'il justifie en une formule lapidaire: « Il importe de fournir à l'industrie sa main-d'œuvre et ses cadres, tout en permettant aux enfants des classes laborieuses une ascension proportionnée à leurs mérites ». L'Université du travail fonctionne dès 1903 avec quelque 200 élèves. Ils seront plus de quatre mille en 1938.
Paul Pastur, célibataire sans postérité, va consacrer tout son temps à la démocratisation de l'enseignement et à la création de multiples institutions : écoles professionnelles, Instituts des Arts et Métiers, établissements pour handicapés, pour les estropiés et accidentés du travail, pour les aveugles, pour les métiers agricoles, pour les infirmières, home pour orphelins, etc. En trente ans, la population ouvrière instruite dans le Hainaut passe de 25 à 63 p. c..
Paul Pastur fut aussi censeur à la Banque Nationale, membre du conseil d'administration de l'Université libre de Bruxelles, de celui de la Société nationale des Chemins de Fer belges et administrateur du Crédit communal.
Le 7 juin 1938, il est pris d'un malaise au restaurant du « Bon Marché » à Bruxelles. Il vient d'être victime d'une congestion et, ramené à Marcinelle, veillé par son ami intime Grégoire Charmanne, il rend le dernier soupir le lendemain matin.
Dédaigneux des honneurs, il n'avait réclamé que « le silence » pour ses funérailles. Plus de 6.000 personnes attristées suivirent son cortège funèbre et l'urne contenant ses cendres fut placée dans un caveau du cimetière de Marcinelle portant l'inscription : « Les familles Pastur et Destrée, unies dans la vie, réunies dans la mort ». A noter que Jules Destrée était décédé trois ans plus tôt, à la grande affliction de Paul Pastur.
Il fut surnommé « le père des ouvriers » par les militants du P.O.B. et « saint laïc » par ceux de la Démocratie chrétienne. La députation permanente du Hainaut décida de décerner son nom à l'Université du Travail. Aujourd'hui, trois grandes salles de cette institution abritent le « Musée Paul Pastur » qui, en 2006 sera transféré au Bois-du-Cazier à Marcinelle, tout à côté du Musée Jules Destrée, son grand ami .