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Pastur Maximilien [Max] (1878-1930)

Portrait de Pastur Maximilien [Max]

Pastur Maximilien [Max], Léon, Charles catholique

né en 1878 à Jodoigne décédé en 1930 à Prangins

Représentant 1912-1921 , élu par l'arrondissement de Nivelles

Biographie

(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 2 mars 1923, pp. 187-188)

Proposez à l'imagination d'un artiste ou d'un poète ce type : un notaire-sénateur. Que verra-t-il ?

II verra nécessairement un vieux monsieur solennel, redingoté de noir, le visage encadré de favoris, le nez adorné de lunettes d'or, le verbe monotone et nasillard, les idées rondes comme des pièces de cent sous et neutres comme un contrat de mariage. II incarnera en lui le bourgeois satisfait, prudent, moral comme un prix de vertu, ou hypocrite comme un prêche de Lloyd George. Qu'on lui montre alors Max Pastur. « Çà, un sénateur! dira-t-il : vous voulez rire, ce petit jeune homme est tout au plus le secrétaire d'un sénateur. Ça, un notaire ! Vous voulez me faire prendre Fortunio pour Maître André. Il est, peut-être, petit clerc, ce godelureau. Mais, notaire ! »

Eh bien, vous vous trompez, cher Monsieur. Max Pastur est notaire depuis 1910 et sénateur depuis 1921. Ce n'est pas précisément un macrobite, mais, enfin, comme il est de 1878, il est d'un âge suffisamment respectable. Il n'en a pas l'air ! Voilà ce que c'est que d'être né à Jodoigne, de représenter l'arrondissement de Nivelles, de posséder une bonne conduite et des idées nettes, et d'avoir un excellent tailleur.

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Max Pastur, en effet, est le Brummel du Sénat et Lekeu, tout en fronçant les sourcils devant cet « échantillon pommadé de la bourgeoisie cléricale », envie secrètement l'art suprême avec lequel il fait valoir une jaquette ou un veston. C'est lui qui donne le ton, le ton léger, élégant, qui convient à un parlement vraiment moderne. Peuplée en partie d'augustes vieillards, notre haute assemblée ressemble un peu au monde où l'on s'ennuie; Max Pastur y joue le rôle du sous-préfet... non, de la sous-préfète.

Le souci d'élégance chez est, d'ailleurs, aussi moral que physique. Ce notaire est plein de gentilhommerie et ce catholique d'aimable tolérance. Autant que les habits bien coupés, il aime les phrases bien faites, les discours bien composés. II parle facilement, avec humour, avec bonhomie, mais, pas plus que le débraillé vestimentaire, il ne supporte le débraillé oratoire. Certes, il ne recule pas devant une assemblée populaire et chaque fois qu'on éprouve le besoin d'organiser un meeting anti-flamingant, on peut compter sur lui, mais son éloquence, d'ailleurs entraînante et chaleureuse, garde toujours un souci de correction académique.

N'est-ce pas encore de l'élégance, et de la meilleure, que son attitude pendant la guerre ? Rien ne lui eût été plus facile que de prétexter les soins qu'il devait à son étude, à ses électeurs : cela lui eût permis de rester tranquillement dans ses pantoufles : il s'engagea, porta l'uniforme avec la même distinction que le veston civil et fut, sur le front, un de nos plus brillants auditeurs militaires.

De l'élégance encore, l'ardeur avec laquelle il défend la culture française, l'université de Gand et les droits de la Wallonie. Car, n'en déplaise à M. le comte de Liedekerke, le flamingantisme est la moins élégante des attitudes et les coryphées du parti ressemblent plus à des personnages de guignol qu'à des disciples de Pétrone.

En vérité, personne n'en pourrait douter : au oint de vue physique, moral et intellectuel, Max Pastur est, avant tout, un homme élégant.

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De la jeunesse, de l'élégance, de la gaité, des opinions tranchées, ce ne sont pas là, précisément, les qualités qu'on recherche généralement parmi les membres de la droite sénatoriale, où l'on prise, avant tout, n'est-ce pas, le sérieux de M. le chevalier de Vrière, l'onction du baron de Moffarts, de Mgr Keesen. M. Max Pastur aurait donc toutes les raisons du monde pour n'être, au Sénat, qu'un obscur comparse. Mais, voilà : nous vivons dans un temps où tout est incertain, même l'autorité des vieillards ! On n'est plus absolument convaincu qu'il suffit d'avoir soixante-dix ans pour être un profond politique et, lors de la démission de M. Leclère, notre ami le Dolent Macrobite, a refusé de poser sa candidature au ministère des sciences et des arts.

Cette fichue guerre a tout brouillé, tout dérangé, et cette fichue paix a activé le désarroi. Elles ont montré, l'une et l'autre, l'incapacité des vieux messieurs en place, à résoudre quoi que ce soit. La jeunesse s'en est aperçue. On a dit que la révolution de Mussolini était un pronunciamiento de boysscouts. II y a du vrai ; bien plus qu'un mouvement de classe, le fascisme est un mouvement de jeunesse et le monde entier frisonne de la même fièvre. C'est pourquoi, dans les assemblées les plus vénérables, on fait risette aux benjamins ; on se dit qu'en cas de péril ils auront peut-être de la pitié pour les anciens collègues. Max Pastur, au Sénat, fait figure de prince de la jeunesse et c'est précisément ce qui lui confère une croissante autorité.

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La mérite-t-il ? Nous verrons bien. Dans le débat qui se prépare sur la flamandisation de l'Université de Gand, tous les yeux se porteront sur lui et sur quelques autres. Il est à peu près certain, aujourd'hui, que la funeste loi ne passera pas, au Sénat, telle quelle a été votée à la Chambre. Parmi les « gros malins » qui l'ont fait voter, il y en a pas mal qui souhaitent qu'elle soit sérieusement amendée. Le gouvernement, lui-même, cherche une formule transactionnelle et, devant le succès triomphal de la manifestation du 28, il est à peu près certain que la flamandisation pure et simple est condamnée. Mais cette formule transactionnelle, quelle sera-t-elle ? Pour éviter les traquenards flamingants, l'enthousiasme ne suffit plus. Il s'agira de voir clair dans le chaos des amendements, des sous-amendements, des intrigues et des contre-intrigues. C'est la droite surtout que l'on va travailler et le rôle des catholiques wallons du Sénat ne sera pas plus facile que celui des catholiques de la Chambre.

Max Pastur, qui fut toujours au premier rang des manifestations anti-flamingantes, a une magnifique tâche à remplir. On compte sur lui.


(Extrait de La Nation belge, du 9 février 1930)

M. Max Pastur, ancien député catholique de Nivelles, vient de mourir en Suisse après une longue maladie.

Elu pour la première foi. En 1912, M. Max Pastur dès le début des hostilités s'engagea. Il fit toute la campagne 19-18. Après l'armistice, il reprit sa place à la Chambre et intervint notamment à diverses reprises pour stigmatiser les activistes et leurs complices.

En 1921, M. Max Pastur quitta la Chambre pour le Sénat. Il ne fut pas réélu en 1925 et abandonna dès ce moment tout activité politique.

M. Max Pastur était né à Jodoigne en 1878.

La Nation Belge présente à Mme Max Pastur et à ses enfants ses condoléances les plus émues.