Neujean Xavier, Marie, Grégoire libéral
né en 1865 à Liége décédé en 1940 à Liége
Ministre (communications-transports et instruction publique-sciences et arts) entre 1920 et 1925 Représentant 1912-1932 , élu par l'arrondissement de Liège(Extrait de La Wallonie, du 15 janvier 1940)
M. Xavier Neujean, bourgmestre de Liége, ministre d’Etat, est mort vendredi soir, à 10 h. 30.
Souffrant depuis de longs mois, il n'était plus venu à l'Hôtel de Ville depuis quelques semaines. Néanmoins, extrêmement courageux, il poursuivait chez lui son activité de premier magistrat de la Cité.
Tous les soirs on lui portait les dossiers des nombreuses affaires qu'il continuait à examiner personnellement. Jusqu'à sa mort, il se sera consacré à la gestion de sa ville qu'il aimait par dessus tout.
C'était, outre un esthète racé, un lettré délicat.
M. Xavier Neujean naquit à Liége était le 25 février 1865. Il était le fils de Xavier NeuJean, homme d'Etat libéral qui joua un grand rôle dans la vie politique de notre pays. Neujean père appartenait la gauche du parti libéral modéré. Un des premiers, il fut rallié à la cause du suffrage universel et nos premiers militants ont conservé le souvenir de sa parole chaude et entraînante.
Xavier Neujean fils hérita de ces idées généreuses que, sans être un tribun, il défendit toute sa vie.
Jeune avocat, II entre au conseil communal de Liége en 1903, où il s'occupa surtout des problèmes artistiques et scolaires.
De 1904 à 1912, il siège au conseil provincial, puis est élu membre de la Chambre des Représentants. II quittera volontairement celle-ci en 1932.
C'est le 17 février 1927 qu'Il fut nommé bourgmestre de Liége, en remplacement de M. Emile Digneffe.
De fin 1920 à 1923, Xavier Neujean fut ministre des chemins de fer, postes, téléphone, télégraphe et marine.
II fut bâtonnier de l'Ordre des avocats en 1927.
Parlementaire accompli et très écouté, il participa surtout, à la Chambre, aux débats linguistiques et juridiques. Avec M. Poncelet et Léon Troclet. II fut secrétaire de la Commission des XXI pour la révision de la Constitution.
Bourgmestre de Liége, il fut toujours préoccupé de la grandeur et de la renommée de la ville. D'esprit extrêmement tolérant, rigoureusement impartial, d'une politesse raffinée, il jouissait de l’affection respectueuse de tous ses collègues.
Au cours des années de collaboration libérale-.socialiste, sous sa présidence, il fut un allié parfait, soucieux de dégager des solutions d'unanimité des diverses tendances du collège.
Patriote sincère mais flet Wallon et grand ami de la France, il ne craignait jamais de dire tout haut ce que beaucoup d'autres pensent tout bas.
On a conservé le souvenir des courageux discours dans lesquels il s'élevait vigoureusement contre certaines tendances trop bruxelloises, voire trop neutralistes, de notre politique étrangères.
Les basses insultes dont il fut l'objet à cette occasion resserrèrent les liens d'affection qui l'unissaient à tous les Liégeois, à tous les Wallons.
Adversaire politique, il fût toujours probe et droit. Nous conserverons de lui le souvenir d'un homme juste et dévoué à sa ville natale et à son pays.
Nous présentons à sa veuve nos respectueuses condoléances.
(Extrait de La Dernière Heure, du 13 janvier 1940)
M. Xavier Neujean, ministre d’Etat, bourgmestre de Liége, est mort ce soir, à Liége. après une longue maladie. Il était âgé de 75 ans.
Xavier Neujean naquit à Liége le 25 février 1865. Issu d’une vieille famille libérale, fils d’avocat et d parlementaire, il avait de qui tenir et devait se consacrer, lui aussi, au droit et à la politique.
Sorti de l’Université de Liége, il fut donc un avocat brillant et un lettré racé. Ses confrères lui conférèrent le bâtonnat en 1927.
Xavier Neujean professait le droit commercial comparé et le droit de gens à l’Ecoles de Hautes-Etudes commerciales et consulaires lorsqu’il fit ses premières armées en politique.
C’est ainsi qu’il entra au conseil communal de sa ville natale en octobre 1902 et qu’il fut conseiller provincial, de mai 1904 à juin 1912.
A cette date, il fut élu député et siégea à la Chambre jusqu’en 1932, année où il ne devait plus solliciter le renouvellement de son mandat.
Au Parlement, Xavier Neujean, qui était un orateur écouté, prit la parole dans toutes les grandes discussions qui précédèrent le vote des lois linguistiques, juridiques et sociales.
Membre du Comité Supérieur du Travail, et du Conseil général de la Caisse de retraite, il fut ministre des chemins de fer, marine, postes, téléphones et télégraphes dans le cabinet Theunis du 20 novembre 1920.
IL fut éphémèrement, du 24 octobre au 16 décembre 1931, ministre par interim des sciences et des arts.
Comme ministre des chemins de fer, Xavier Neujean, qui n’avait rien d’un impulsif, ni d’un violent, eut à briser la grève des cheminots du printemps de 1923, ce qui le rendit impossible dans les combinaisons ministérielles qui suivirent.
Xavier Neujean succédé à Emile Dignette le 11 février 1827, comme bourgmestre de Liége.
A ce titre, il fut vice-président du Comité d’honneur de expositions du Centenaire et président d’honneur de l’Exposition internationale de l’Eau 1939, qui ferma prématurément ses portes.
Il présida aussi aux extensions et aux grands travaux d’urbanisation réalisés dans la Cité ardente en connexion avec l’achèvement du quai Albert et du port de Liége.
Xavier Neujean était un poète égaré dans la politique, mais sa courtoisie foncière lui conféra une réelle autorité sur son conseil communal.
C’était aussi un lettré et un défenseur fervent de la culture française.
Sa francophilie n’était un secret pour personne. En 1938, lors de la commémoration des journées de septembre, il avait déchaîné l’ire des flamingants en proclamant tout à la fois son loyalisme belge et son amour de la France. Nul mieux que lui ne pouvait traduire en l’occurrence le sentiment de ses concitoyens.
Xavier Neujean était aux côté du roi et de la reine Astrid lorsqu’en juillet 1835, du hait de la bretèque de l’antique Violette, face au Perron, la reine présenta aux Liégeois le prince Albert, « leur » prince.
Enfin, le 19 juin 1939, Xavier Neujean recevait des mains de M. Albert Lebrun, président de la République française, venu visiter l’exposition de l’Eau, la grand-croix de la Légion d’honneur.
Depuis lors, le bourgmestre de Liége fut, avec des hauts et des bas, la proie du mal qui vient de l’emporter.
C’est un vrai et un grand Liégeois qui disparaît.
(Xavier Neujean, le briseur de grèves, dans le Pourquoi Pas ?, du 8 juin 1923)
Le match Renier-Neujean vient donc de se terminer à l'avantage de ce dernier. M. Renier et son syndicat national sont knock-out ; le rideau s'est baissé sur le triomphe du gouvernement. Au moment même où la situation semblait s'aggraver, où les journaux des grévistes criaient déjà victoire, tout est brusquement rentré dans l'ordre et le syndicat a lancé une circulaire un peu équivoque - il fallait bien sauver la face - mais si modérée, qu'on dirait que M. Renier, l'homme de la grève « scientifique », semble vouloir concourir pour le prix de sagesse politique.
C'est un succès personnel pour M. Neujean, et sa victoire est d'autant plus complète qu'elle est plus modérée. Certes, cette petite expérience coûte cher au pays, mais cela s'est terminé sans casse, sans émeute, sans catastrophe du rail et sans trop de rancunes. N'en déplaise aux grincheux et étant donné l'état de nervosité dans lequel se trouve l'Europe, cela montre que notre peuple est tout de même dans un assez bon état de santé morale. Cela démontre aussi que la manière de M. Xavier Neujean était la bonne. Il n'a pas cédé, mais il n'a pas fait le rodomont ; il n'a pas agité son épée ministérielle et, au fond, les ouvriers ont très bien senti que ce ministre qui leur résistait avait plus de sympathie pour eux que le funeste démagogue Poullet, dont les complaisances électorales et flamingantes ont causé la crise. Xavier Neuiean, vainqueur magnanime, va enfin pouvoir obéir à son humeur qui est d'être aimable pour tout le monde. Mais il n'en est pas moins le glorieux vainqueur.
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Qui l'eût cru ?
Quand on confia le ministère des chemins de fer à ce Liégeois charmant, lettré, fin, et qui passait pour porter à leur comble la nonchalance et l'indécision de ses délicieux flâneurs de concitoyens, ce fut un étonnement général : « Neujean, ministre des chemins de fer ? Mais c'est le type de l'homme qui ne sait pas l'heure des trains ! Jamais il n'a pu arriver à temps quelque part ; il fail le désespoir des maîtresses de maison ! Neujean, ministre des chemins de fer ? Mais il est incapable de distinguer un cheval-vapeur d'un cheval en chair et en os ! »
C'était le temps où l'on parlait encore de la nécessité de confier le gouvernement à des « compétences » et où il y avait des gens qui se figuraient qu'un bon ministre des chemins de fer doit savoir conduire une locomotive. On a reconnu, depuis, tout ce qu'il y a d'illusion dans cette religion des compétences. On a compris que le ministre n'est que le représentant politique d'une administration, qu'il doit la diriger au point de vue politique, c'est-à-dire orienter son travail dans le sens du bien général - et que les connaissances techniques sont là tout à fait inutiles.
En France, on eut un jour l'idée, logique en apparence, de confier le ministère des travaux publics à un ingénieur de grande valeur, M. Ernest Picard : jamais on n'eut de plus mauvais ministre. Il ne pouvait s'empêcher de refaire lui-même tous les calculs, de revoir toutes les épures - de sorte que l'affaire la plus simple attendait un mois sa solution.
Neujean aurait peut-être préféré les Sciences et les Arts, ou la Justice - mais la Justice c'était pour Masson, qui en avait assez de chausser tes bottes du ministre de la guerre. Les Sciences et les Arts Il n'y fallait pas un libéral trop affiché... Bref, il n'y avait plus que les Chemins de fer de libres. « Va pour les Chemins de fer ! » dit Neuiean avec son sourire sceptique - et il s'installa dans le palais en briques rouges de Beyaert.
Il y trouva de la besogne. Le ministère technique, fort bien organisé sous la direction de Renkin, avait été politiquement désorganisé – et jusqu’à la gauche - par le flamingant démagogue Poullet ; dès le premier jour de son arrivée, Neujean fut menacé d'une grève générale.
Et, aussiiôt, les bons amis de murmurer : « Jamais il ne s'en tirera, le pauvre ; il est trop bon, trop indulgent, trop nonchalant ; il n'aurait pas l'énergie de mettre à la porte un boutefeu insolent. Ahl s'il y a la grève !,.. »
La grève est venue, et non seulement Neujean s'en est tiré, mais il s'en est tiré supérieurement : en brisant cette grève, sans laisser trop d'amertume aux ouvriers dont il a triomphé, il a rendu au pays un service inestimable.
* * *
Xavier Neujean est libéral. Il est né libéral. Et, en Belgique, quand on est né libéral, il est bien difficile de cesser de l'être - même quand on croit que les principes du libéralisme sont démodés. Mais c'est un libéral d'une espèce particulière. C'est un libéral artiste et sentimental. Ses affinilés, disions-nous de lui en 1914, l’ont fait entrer à l' Association libérale et l’y ont retenu : il y est, en quelque sorte, lié à jamais. Cependant, il s'y trouve dépaysé, car ses préférences vont à la démocratie. Si vous le rangiez parmi ceux qu'on appelle aujourd’hui les libéraux modérés, il protesterait avec une hautaine énergie et vous ferait remarquer qu'on ne peut être modérément libéral. C'est que Neujean est épris d’idées généreuses et rénovatrices ; il aime passionnément la justice. La solidarité humaine est pour lui la première des vertus civiques. Il espère des réformes profondes, et nous l'avons entendu défendre les idées sociales les plus généreuses avec une conviction et un enthousiasme frémissants.
Les années ont passé, mais Neujean est demeuré le même. C'est à peine si le scepticisme parlementaire et le sourire un peu amer de l'homme qui a vécu ont touché cette petite fleur bleue qu'il porte dans le regard et au fond du cœur. Il croit à la juslice et à la bonté, parce qu'il faut bien croire à quelque chose pour aimer les hommes et qu'il est douloureux et fatigant de les haïr et même de les mépriser.
On peut soutenir que, chez un homme d'Etat, cette démocratie du cœur est fort dangereuse ; mais, ici, elle a servi celui qui la pratiquait.
En temps de grève, les chefs du mouvement, pour soutenir le moral de leurs troupes, n'ont guère qu'un moyen : c'est de couvrir de boue l'adversaire, le ministre du capitalisme, l'exploiteur, le tyran, le profiteur engraissé de la sueur du peuple. Avec Neujean, ça ne prenait pas : impossible de faire passer ce charmant garçon, cet homme sensible pour un bourreau de la classe ouvrière. Quand Neujean, bien soutenu d'ailleurs par Theunis, disait : « Je ne peux pas », on était bien forcé d'admettre que, en effet, il ne pouvait pas - et les députés socialistes, avec qui il a toujours entretenu les relations les plus cordiales, étaient bien obligés de dire à leurs hommes : « Que voulez-vous ? Ce n'est pas sa faute ; il fait ce qu'il peut ! »
Félicitons-nous, puisque le conflit, ainsi conduit, ne s'est pas envenimé outre mesure. Il n'y a que les apprentis fascistes pour regretter que l'on n'ait pas saisi cette occasion de détruire tout jamais le syndicalisme.