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Meysmans Léon (1871-1952)

Portrait de Meysmans Léon

Meysmans Léon, Lambert socialiste

né en 1871 à Jodoigne décédé en 1952 à Ixelles

Représentant 1902-1936 et 1939-1952 , élu par l'arrondissement de Bruxelles

Biographie

(Extrait du Peuple, du 11 décembre 1946)

C'était en 1889. Nous venions de fonder à Bruxelles le Cercle des Etudiants socialistes qui, à notre grande joie - et à notre profond étonnement - voyait les membres affluer. Vandervelde, qui avait revêtu depuis plusieurs années déjà la toge d'avocat, était revenu parmi nous, suivant des cours à la faculté de médecine et à l'école des sciences sociales. C'est lui qui nous conduisait, nous insufflait son enthousiasme et son énergie. Déjà sa réputation grandissait, et son influence était considérable dans le parti tout entier.

Une lettre nous vint de Gand. Elle était signée par un certain Meysmans, Léo, que personne ne connaissait parmi nous. II notifiait aux Bruxellois qu'un cercle d'étudiants socialistes existait dans la cité des Artevelde, et avait été fondé avant le nôtre. Ce point bien établi, notre correspondant insistait pour que Vandervelde fît une conférence devant l'association gantoise et pour qu'un contact régulier fût établi entre les socialistes des deux universités. Vandervelde décida de se rendre à l'invitation et je l’accompagnai.

Le cercle gantois, au grand complet, nous attendait à la gare. La gare, à la vérité, n'en était pas encombrée : nos amis étaient cinq. On voyait, devant les autres, un grand diable solidement campé sur ses jambes, un immense pardessus flottant sur son corps maigre, avec, surmontant l'ensemble, une tête tourmentée volontaire, rude qui semblait avoir été taillée à la serpe dans un bloc de vieux chêne. Derrière le leader venaient quatre hommes que je revois encore comme si la scène datait d'hier. Mais je ne puis, malgré mes efforts, mettre un nom sur chacune de leurs images. Je ne citerai donc personne pour ne pas faire d'injustice.

On fit connaissance. On décida la façon dont les deux cercles combineraient leurs efforts pour étendre le mouvement à d'autres milieux universitaires. Gand, qui décidément se montrait plus entreprenant que Bruxelles publierait le journal de la fédération. C'est là que Léo fit ses premières armes : il écrivait notre feuille à lui tout, seul, pratiquement, et il manifesta tout de suite à cette modeste tribune la force, la conviction lucide, la doctrine précise, et par dessus tout la foi socialiste qui l'ont toujours caractérisé et qui devaient aller se développant constamment au cours d'une brillante carrière qui compte déjà bien plus de cinquante ans.

J'avoue qu'au premier contact Meysmans provoqua chez moi une sorte d'étonnement qui n'allait pas sans un peu d'inquiétude. Il paraissait un paroissien peu commode. Mais j'eus vite fait de reconnaître en lui le très bon camarade qu'il était en réalité. II me fallut un peu plus de temps pour découvrir le cœur d'or qu'il cachait avec une sorte de pudeur farouche sous sa rude écorce - et son grand manteau. Nous devinrent alors de très bons amis et, depuis un gros demi-siècle, nous n'avons jamais cessé de le rester.

* * *

Je ne vais pas entreprendre de retracer ici la carrière de Léo Meysmans dont nous avons célébré le soixante-quinzième anniversaire. Tout le monde connaît le propagandiste infatigable qui a meetingué des milliers et des milliers de fois dans l'agglomération bruxelloise, en Flandre et en Wallonie. Il a tenu durant des années une place remarquée à la rédaction du Peuple. C'est un grand avocat qui n'a cessé de mettre au service des humbles toutes les ressources de sa haute intelligence, de son rare savoir juridique et de sa fine sensibilité. Il est depuis très longtemps l'un de nos grands parlementaires, à la fois expérimenté et talentueux. Il a fait preuve, durant l'occupation, d'une fermeté et d'un courage qui lui ont valu de graves tribulations, mais ont encore augmenté la considération dont il est entouré. Par dessus tout, Meysmans est resté dans son âge mûr le socialiste ardent qu'il était dans sa jeunesse. Sa pensée s'est développée, a fleuri, fructifié, mûri, mais elle ne s'est pas altérée en se développant ainsi. Elle est toujours demeurée fidèle à elle-même, de cette fidélité profonde qui unit la plante à la graine dont elle est sortie.

Je le vois aujourd'hui comme il était en quatre-vingt-neuf, solidement planté sur ses jambes, enveloppé dans son grand manteau flottant, d'attaque, ardent à la lutte comme au travail, brûlant toujours de la même flamme pour ce qui avait passionné ses jeunes années. II s'efforce toujours, avec un insuccès qui ne se dément pas, de cacher son cœur d'or et de paraître bougon. Il ne trompe personne. Tous ceux qui le connaissent c'est-à-dire presque tous les socialistes de ce pays et le plus grand nombre des autres citoyens, éprouvent à son égard autant d'affection que de reconnaissance pour les services qu'il n'a cessé de rendre depuis si longtemps.

J'ai présidé avec joie la fête qu'avait organisée en son honneur la fédération bruxelloise. J'espère bien avoir, dans un quart de siècle, le plaisir plus grand encore de congratuler le toujours jeune centenaire qu'il sera alors devenu.

Louis DE BROUCKERE


(Extrait du Peuple, du 30 novembre 1951)

Le cœur toujours jeune et l’esprit toujours vif, Léo Meysmans atteint alertement le cap des quatre-vingts ans. Soixante-trois années d’action militante et quarante-neuf années de vie.

* * *

Léo Meysmans, député de Bruxelles, depuis bientôt un demi-siècle, vient d'atteindre ses quatre-vingts ans. La nouvelle en surprendra tous ceux qui le connaissent, toujours alerte et l'esprit toujours vif, toujours prêt à lancer une boutade ou un lazzi de « ketje » bruxellois.

Son nom, si familier dans de nombreux milieux, sa personne alerte et de haute stature, à la physionomie si typique, sont pour la génération des plus de cinquante ans inséparables des événements marquant la dure et magnifique ascension du socialisme en Belgique.

Evoquer la longue et belle carrière de Léo Meysmans, c’est aussitôt faire revivre l’histoire de notre cher vieux P. O. B., devenu le « Parti Socialiste Belge » d'après la seconde guerre mondiale... C'est faire ressurgir des brumes du passé nos souvenirs les plus chers, nos enthousiasmes sans frein et le cortège émouvant de nos regrettés disparus, de tous ces grands et chers morts dont la puissance de rayonnement fut telle qu'ils vivent toujours au cœur des générations et des œuvres qu'ils formèrent, les galvanisant de leur foi ardente et constructive.

Mais notre vieil ami Meysmans demeure, survit à ce passé. le cœur et l'esprit presque aussi jeunes que celui de l'étudiant bagarreur, du meetinguiste truculent et de l'enfant terrible que les anciens ont bien connu.

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Une heure avec cet octogénaire débordant de vitalité

Nous avons voulu être des premiers à aller, dans l'intimité, congratuler fraternellement l'unique survivant de la brillante équipe que formait, dans les dernières années du siècle dernier, la poignée de journalistes constituant la rédaction du vaillant organe du P. O. B.. Le Peuple.

Sa dévouée compagne à ses côtés, Meysmans nous reçoit chez lui, avec un sourire en coin ponctuant l'un de ces affreux calembours dont il a le secret - et que nous ne rapporterons pas, par bienséance. Puis il enchaîne :

- Tu m'apportes sans doute les félicitations distinguées du Peuple, à l'occasion de ma promotion dans l'Ordre des Octogénaires ?

- Oui, subsidiairement... Je viens surtout pour bavarder amicalement avec toi, tout en faisant mon métier de journaliste.

- J'ai compris. Tu as besoin d'un peu de copie d'actualité et d'éléments biographiques pour certaine copie de réserve !

Après cette entrée en matière bien dans sa manière sarcastique, Meysmans se donne à nous, avec tout le naturel de son bon cœur, se laisse aller au gré des souvenirs de sa longue existence de militant socialiste, de journaliste, de député, d'avocat dont le talent redoutable lui a valu le surnom de « Roi de la Correctionnelle ».

Le regard rêveur, mais la pensée claire et précise, c'est toute une vie qu'il repasse, dont il évoque les étapes successives. les faits saillants, les dates. Et parfois, un éclair de malice faisant scintiller ses yeux embroussaillés d'épais sourcils, une anecdote savoureuse ou curieuse jaillit comme une fusée de bonne humeur...

De tout cela, bien ordonné, et de la conversation à bâtons rompus qui s'ensuivit, il y aurait des pages bien attachantes et si instructives à remplir. Mais il nous faut résumer, hélas !

* * *

La carrière d’un militant de l’époque héroïque du socialisme

Né à Jodoigne, le 30 novembre 1871, d'un père flamand et d'une mère wallonne, Léo Meysmans, qui fut l'un des plus fougueux propagandistes flamands du P.O.B.. est positivement Wallon de naissance.

Ayant fait ses premières études l'Ecole normale supérieure de Gand, il y enlève, âgé de vingt ans seulement, son doctorat en sciences historiques et géographiques. Il alla ensuite faire ses études de droit à l'Université libre de Bruxelles, d'où il sortit docteur en droit, en 1896.

Les succès académiques du jeune étudiant furent d'autant plus méritoires que, depuis l'âge de dix-sept ans, il menait de front ses études et l'action socialiste militante. C'est en octobre 1888, en effet, que Meysmans fonda à Gand, avec quelques camarades (dont son frère, le futur créateur du système et de l'Institut Meysmans de sténographie), le Cercle des Etudiants socialistes, aussitôt affilié à la Fédération gantoise du P.O.B.

C'est sous l'invocation pieuse de ses maitres Edouard Anseele et Van Beveren, deux grands pionniers du socialisme belge, que notre ami évoqua ses premières années de vie militante au service de la classe ouvrière. Dirigeant L'Etudiant Socialiste, le petit périodique de combat qu'il fonda à Gand, en 1889, et tint en vie durant huit ans, le jeune et déjà brillant propagandiste fit ses premiers meetings la même année, dans des villages fanatiquement cléricaux où les démocrates gantois, faisant campagne pour la conquête du Suffrage universel, envoyaient des équipes de trois orateurs, deux socialistes et un radical. Mais la fougue et le brio de Meysmans lui donnaient un dynamisme tel que, bientôt, la Fédération gantoise l'envoya tout seul affronter les auditoires ruraux, excités à blanc par le bas clergé et aussi prompts à lapider un orateur socialiste qu'à le huer ou le chasser de tous les locaux.

En septembre 1894, étudiant à L'U.L.B., mais ayant besoin de gagner sa vie, Léo entra dans l'équipe des rédacteurs du Peuple, qu'il ne quitta que pour entrer au Parlement. C'était après les élections triomphales de 1894, lesquelles forcèrent les portes du Parlement à s'ouvrir devant le groupe imposant de vingt-huit députés socialistes, parmi lesquels brillaient E. Vandervelde, Louis Bertrand, Gustave Defnet, Célestin Demblon, Edouard Anseele, Mansart, entre autres.

Ce fut pour l'étudiant-journaliste une dure, mais magnifique période de labeur. Car il lui fallait absolument assumer de pair les exigences de ses études universitaires et celles que lui imposait la part, de plus en plus grande, qu'il prenait à l'action politique et à la propagande par la parole et par l'écrit.

Plus tard, inscrit au Barreau de Bruxelles où il exerça aussitôt sa profession d'avocat, Meysmans prit naturellement place dans le rang des jeunes troupes appelées à renforcer la représentation parlementaire socialiste. En qualité de candidat député, il fit deux campagnes dans l'arrondissement de Waremme et une troisième dans l'arrondissement de Louvain.

C'est en 1902 qu'il devint candidat socialiste pour l'arrondissement de Bruxelles. La Fédération bruxelloise du P.O.B. l'envoya faire la campagne électorale dans les cantons flamands, profondément réactionnaires, où la propagande socialiste était également menée, tambour battant, par deux autres candidats : Camille Huysmans et Florimond Wauters, le beau-père du regretté Vincent Volckaert.

C'est Léo qui l'emporta. Cette même année, il fut installé à la Chambre des Représentants et y commença une carrière parlementaire qui allait se poursuivre durant quarante-neuf ans, qui dure toujours d'ailleurs.

* * *

SEIZE M0IS DE PAUSE, LE TEMPS DE SOUFFLER UN PEU...

- Cette longue carrière connut pourtant une éclipse, rappelons-nous au vieux lutteur.

- C'est exact, fit Meysmans, s'animant tout à coup à ce souvenir... En 1936, j'ai payé la brutalité des attaques que je menais, nus poings, depuis auelaue temps. contre quelques éléments de la Fédération bruxelloise, dont certains. plus tard, joignirent le Parti communiste. Et je fus évincé de la Chambre, au profit d'Isabelle Blume. Mais je ne fus chômeur ,que pendant seize mois, la perte irréparable de notre cher « Patron », Emile Vandervelde, dont j'étais le premier suppléant, me faisant reprendre ma place à la Chambre, en 1938.

L'année suivante, ce fut une fois encore la guerre et le long chômage forcé du Parlement. Ce fut l'occupation du pays et son régime abominable, donnant naissance à la Résistance, sous toutes ses formes. Meysmans participa courageusement à celle-ci. à sa manière. en avocat, en juriste. Il intenta ce procès fameux à la Corporation nationale de l'Agriculture, l'assignant en nullité et

obtenant un jugement qui fut un camouflet pour les créatures de l'occupant et dont trois mille copies furent demandées au greffe de la Justice de Paix de Schaerbeek pour être diffusées parmi la population.

L'occupant prit naturellement sa revanche. Notre ami échappa de justesse à son arrestation par la Gestapo et vécut alors pendant vingt-huit mois dans la clandestinité.

La libération et la restauration de nos institutions nationales nous le rendirent, fidèle à son poste, un peu vieilli, comme tout le monde. mais toujours vaillant, le verbe aussi sonore et pittoresque que devant.

Une belle et féconde carrière en vérité, que celle de Léo Mevsmans, notre nouvel octogénaire.

Aussi faut-il louer les dirigeants Aussi faut-il louer les dirigeants de la Fédération bruxelloise du P. S B. d'avoir fait quelque violence aux vœux intimes du député de Bruxelles. en décidant de réunir la grande famille socialiste de l'arrondissement pour fêter tous ensemble. avec lui et la citoyenne Meysmans, son quatre-vingtième anniversaire.

Cette fête de famille aura lieu vendredi 30 novembre, à 19 h. 30, au premier étage de la Maison du Peuple de Bruxelles. au-dessus de la Pâtisserie coopérative.

Nous nous associons avec joie à l'hommage qui sera rendu à l'ancien rédacteur du Peuple et lui souhaitons de connaître encore de longues années d'existence heureuse, le cœur éternellement jeune comme nous le lui avons toujours connu.

Gaston THUNS.


(Extrait du Peuple, du 7 novembre 1952)

Léo Meysmans est mort. C’est un des « anciens » qui nous quitte. Toute une vie au service de notre idéal.

C'est en 89 qu'il fit acte d'adhérer au mouvement socialiste. Louis de Brouckère qui fut son ami pendant soixante années, en garda toujours vivace le souvenir. Et il l'évoqua avec émotion en 1946 encore, quand il présida cette belle manifestation d'hommage et d'amitié que les socialistes bruxellois organisèrent pour fêter le soixante-quinzième anniversaire de Meysmans.

En 89, Meysmans était jeune étudiant à l'Université de Gand. Il avait dix-huit ans à peine. Il y fonda un cercle d'étudiants socialistes. Vandervelde et de Brouckère, qui avaient fondé peu après le Cercle des Etudiants socialistes de l'Université de Bruxelles, se virent un beau matin notifier qu'ils n'étaient pas les premiers. C'est ainsi qu'il se présenta à eux. C'est tout Meysmans, toute sa vie.

Ce n'est pour rien qu'à l'Université, il s'était destiné a l'étude de l'Histoire avant celle du Droit. Son enthousiasme et son souci des mises au point le rendirent vite sympathique parmi les étudiants socialistes, y compris parmi ceux de Bruxelles, « brillants seconds. »

Meysman fut chargé de la direction du tout premier Etudiant socialiste. Il n'était pas riche. Il était un bon porte-plume. Il entra au Peuple dont il fut longtemps rédacteur. Il put ainsi payer ses études universitaires.

Dès sa jeunesse, Meysmans fut attiré par les gens et les choses de la terre. Il fut le propagandiste socialiste dans les campagnes. Il fut le pionnier de notre mouvement à Saventhem, où il posséda longtemps une fermette et des vaches. Il devint député en 1902 pour la première fois.

A la Chambre, où il siégea presque sans interruption, il ne s'est fait que des amis. Ce n'est pas qu'il exprimait ses opinions sans conviction, ni même sans véhémence parfois. Mais tous reconnurent toujours en lui le parfait honnête homme. Ses domaines de prédilection au Parlement ? La législation sur les loyers en général et les baux à ferme en particulier.

Pionnier du mouvement Saventhem, il y devint conseiller communal en 1910. Il y fut domicilié jusqu'il y a quelques mois à peine. Et ce n'est pas sans une légitime fierté qu'il disait que ses camarades de là-bas savaient tout ce qu'il avait fait pour eux pendant tant d'années et qu'il savait, lui, qu'il pourrait toujours compter sur Saventhem.

Il fut un bon avocat, qui ne cessa jamais de mettre au service des humbles toutes les ressources de son intelligence, de son savoir juridique et de sa fine sensibilité.

Il défendit les paysans aux prises avec leurs propriétaires, les grévistes poursuivis pour infraction au fameux article 310. les patriotes belges de 14-18 devant les tribunaux militaires allemands. Cette attitude courageuse, il la renouvela au cours de la deuxième guerre. Bien que l'âge fût venu, il. dénonça publiquement l'illégalité de la Corporation nationale de l'Agriculture et de l'Alimentation, créée sous la pression de l’occupant. On voulut l'arrêter. A 72 ans, il prit la clandestinité.

Tous ceux qui l'ont connu, c'est-à-dire presque tous les socialistes de ce pays et un grand nombre des autres citoyens, conserveront inaltérable le souvenir de Léon Meysmans solidement planté sur ses jambes, ardent à la lutte comme au travail, brûlant toujours de la flamme qui avait passionné ses jeunes années, s'efforçant toujours, avec insuccès, de cacher son cœur d'or et paraître bougon. Aurait-il été timide au fond ? Il a demandé à pouvoir reposer au cimetière de Saventhem, parmi ceux qu'il a beaucoup aimés et qui l'ont toujours si bien compris. Léo Meysmans est mort alors qu'on ne s'y attendait plus. Il avait été très souffrant, il y a quelques années, mais il avait surmonté cela. Et chacun le croyait pour toujours parmi nous. Le 1er novembre encore, il se rendit avec les socialistes bruxellois sur la tombe d'Emile Vandervelde.

Mercredi soir, pourtant, il ne se sentit pas tout à fait d'aplomb. Il crut à une poussée de rhumatisme, et s'en alla coucher. Il s'endormit pour ne plus se réveiller.

Leo Meysman est mort. Mais il est de ceux dont le souvenir reste vivant dans les cœurs. Puissent sa femme et sa fille y trouver quelque réconfort.

E.G.


(Extrait du Peuple, du 7 novembre 1952)

Léo, l’étudiant marxiste.

Dans sa jeunesse, Léo Meysmans constitua le Cercle des Etudiants marxistes. II était très vivement impressionné par le mouvement socialiste à Gand.

On vit sa haute stature dans les manifestations ouvrières, souvent houleuses de cette époque.

Les travailleurs gantois le connaissaient surtout par son prénom, qui était son nom de bataille.

Nous conservons encore une brochure signée par « Léo ». C'est souvent par son seul prénom qu'il annonçait ses conférences et ses meetings, lesquels étaient très appréciés des travailleurs.

Ceux-ci l'aimaient et l'admiraient, parce qu'à cette époque - alors qu'il n'y avait que des coups à recevoir - les étudiants et les intellectuels qui adhéraient ouvertement au socialisme, étaient très rares.

Léo était un « debatter » redouté des adversaires. Il décochait des traits impitoyables à ces derniers.

Il avait conservé, même dans sa vieillesse, un peu de la passion qui le caractérisait dans sa jeunesse. Avec son flambard, sa barbe et sa haute stature de prophète, il rappelait les socialistes de l'époque romantique de Jean Volders, toujours prêts à foncer sur l'aversaire, à marcher à la tête des foules ouvrières assoiffées de justice et à clamer leur haine de l'hypocrisie et des compromis indignes.

C'est en se rappelant sa jeunesse ardente qu'en pleine bataille pour l'abdication de Léopold. III, Meysmans clama ses convictions républicaines devant un Congrès du P.S.B.


Voir aussi : SIEBEN L.Meysmans, Léo, sur le site de la Digitale Encyclopedie van de Vlaamse Beweging (consultée le 6 mars 2026)