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Hubin Gorges (1863-1947)

Portrait de Hubin Gorges

Hubin Gorges socialiste

né en 1863 à Bouvignes décédé en 1947 à Vierset-Barse

Représentant 1898-1900 (Huy) et 1900-1946 (Huy-Waremme)

Biographie

(Extrait de LIVRAUW F., Le Parlement belge en 1900-1902, Bruxelles, Société belge de Librairie, 1901, p. 347)

Georges HUBIN

Représentant socialiste pour l’arrondissement de Huy-Waremme, né à Bouvignes le 18 mars 1863 Sculpteur en pierres. — Fréquenta l'Ecole primaire de Moha, l'Ecole industrielle de Huy et l'Ecole de dessin de Molenbeek-Saint-Jean. — Nommé conseiller communal de Vierset-Barse en 1895 et échevin le janvier 1896. — Représenta le canton de Huy au Conseil provincial de Liége de 1894 à 1899. — Rédacteur en chef du Carrier, organe de la Fédération des ouvriers de la pierre en Belgique, et collaborateur du Peuple, de Bruxelles, et du Travailleur, de Huy. Fondateur de la Fédération hutoise du P. O. et délégué de celle-ci au Conseil général de 1895 à 1898. — Elu député de Huy aux élections du 22 mai 1898 ; réélu le 27 mai 1900.

(Extrait du Peuple, du 31 juillet 1947)

Un ouvrier qualifié et un soldat du socialisme

Georges Hubin. tailleur de pierres, échevin des Travaux, puis de l'Instruction publique de Vierset-Barse pendant près de cinquante ans, conseiller provincial, députe de Huy-Waremme pendant quarante-quatre ans, ministre d’Etat depuis la libération, est mort, mardi soir, à 83 ans. Cet homme simple, sensible, qui savait dire si simplement, si rudement ce qu'il avait à dire, eût détesté le ton grandiloquent des oraisons funèbres.

Sa vie est là, proche, fraîche, vaillante, longue et laborieuse.

Ce qui compte d’abord chez le camarade Georges Hubin, c'est sa vie et la manière qu’il eut de la vivre, de la mener.

Fils d'un maçon. il est né à Bouvignes, près de Dinant, le 18 mars 1863.

Originaire de Moha, c'est là que le père Hubin vint s’établir, c’est là que le jeune Georges fréquenta l’école primaire.

De l'enfance à la vieillesse de nos vieux mandataires, il y a l'histoire ardente, opiniâtre, patiente de ce « progrès social » qu'Ils nous ont assuré pour que nous le poussions à pleins bras jusqu'à l'émancipation totale du travailleur.

L'histoire de leur vie est l'histoire d’une conquête. A 11 ans et demi, Hubin travaillait dans une fonderie, mais il rêvait de plein air, de travail au soleil et à la pluie. Tailleur de pierre aux fours à chaux de Moha, jusqu'à 16 ans, il acquit, peu à peu, à Ouffet, à Comblain-au-Pont, la belle et patiente technique de son métier.

A 19 ans, soucieux d'aller sans cesse plus avant, il s'inscrivit à Bruxelles aux cours de l'Académie des Beaux-Arts. Sous-officier milicien au 3ème Grenadiers, il revint, son terme achevé, à Mons. A 25 ans, il exploitait avec son père et deux de ses frères une petite carrière à Vierset, puis il fut sculpteur à la Carrière Joie.

Georges Hubin ne devint pas un politicien de métier, mais un politicien de conscience, et il arriva à la politique. parce qu'il avait, à une époque héroïque, le courage de penser et de parler en ouvrier conscient, que hantait la nécessité de l'organisation et de la solidarité ouvrières.

Avant d'entrer à la Chambre. il œuvra à Vierset, comme échevin ; en homme qui voyait neuf et juste, en réformateur. Ce fut un député magnifiquement éveillé, jeté dans tous les grands débats qui mettaient en cause l'avenir du peuple et le sort de ses libertés, le respect de ses luttes, la double victoire du travail et de la liberté du travailleur.

Car c'est bien cela pour ces hommes-là, la politique : l’engagement personnel pour le salut de toute une classe. Orateur fougueux, lutteur impulsif et puissant, Hubin fut un travailleur parlementaire exemplaire dont la discipline socialiste n'entravait pas la personnalité originale. Qui ne se souvient de la trompette dont il sonna en virtuose, dans l'hémicycle, lors de la grande obstruction socialiste sur la révision constitutionnelle !

Meetinguiste intrépide, Hubin connut ce temps où l’on jetait des pierres aux orateurs populaires.

Engagé volontaire - mais ne l'était-il pas de naissance ? - il fut officier instructeur en 1914, et en 1940, à 77 ans, il fut affecté à la batterie d’artillerie où servait son fils cadet.


(Extrait du Soir, du 31 juillet 1947)

On annonce le décès de M. Georges Hubin, ministre d'Etat et ancien député socialiste de l'arrondissement de Huy-Waremme.

Le défunt, qui était ancien ouvrier carrier, fut volontaire de la guerre 1914-1918, d'où il revient avec le grade de sous-lieutenant auxiliaire.

M. Hubin, pendant sa longue carrière parlementaire, s'intéressa, en ordre principal, aux questions du travail. Il fut notamment rapporteur du budget du ministère des Travaux publics et de la résorption du chômage pour l'exercice 1937. Il fut membre de la Commission nationale des grands travaux et représenta la Belgique aux conférences internationales du Travail.

M. Georges Hubin jouissait de sympathies unanimes. En reconnaissance des éminents services qu'il avait rendus au pays, Il avait été appelé dans les Conseils de la Couronne comme ministre d’Etat le 3 septembre 1945.

Le défunt, né à Bouvignes le 18 mars 1863, avait débuté dans la vie politique comme conseiller communal de Vierset-Barse en 1894. Il devint échevin de cette commune puis conseiller provincial de Huy et membre de la Chambre des représentants le 22 mai 1898.

Il fut l'auteur de très nombreux projets de loi et en 1920 devint vice-président du Conseil supérieur du Travail.

C'est un des plus beaux exemples d'un homme d'Etat fait par lui-même que nous venons de perdre.


(Extrait de La Meuse, du 31 juillet 1947)

On nous annonce le décès survenu à l’âg de 85 ans du Ministre d'Etat, M. Georges Hubin, ancien député socialiste de Huy-Waremme.

Le Ministre d'Etat M.. Hubin avait débuté dans la politique à Vierset-Barse, ou il était sculpteur en pierre.

Il fut élu au Conseil communal de cette localité en 1894, représentant socialiste pour l'arrondissement de Huy-Waremme en 1898.

Le 4 août 1914. il reprend du service à l'armée et est nommé bientôt sous-lieutenant sur le champ de bataille. Par après. il deviendra président de la Commission de recrutement à Versailles et à Chartres, puis président de la Deuxième Chambre du Tribunal des sursis de Paris.

En 1920 il est désigné en qualité de vice-président du Conseil supérieur du Travail.

En septembre 1939, le vaillant Condruzien s’engagea comme volontaire dans les corps francs qui opéraient en Alsace-Lorraine.

C'est le 3 septembre 1945 que Hubin fut nommé Ministre d'Etat. Il conserva son mandat de député jusqu’aux dernières élections.

M. Hubin. qui fut un ardent WalIon, était fort estimé dans toute la Wallonie.

Nous présentons à la famille de M. Georges Hubin et particulièrement à son gendre, notre collaborateur Walther Thibaut, nos condoléances émues.


(FERNEMONT R., dans Biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1969, t. XXXV, col. 454-457)

HUBIN (Georges-Joseph), homme politique, ministre d'État, né à Bouvignes le 18 mars 1863, décédé à Vierset-Barse le 29 juillet 1947.

Bien que né à l'ombre des ruines de Crèvecœur, Georges Hubin passa son enfance et sa jeunesse à Moha, sur les rives de la Méhaigne, au sein d'une famille modeste de huit enfants. Son père était ouvrier maçon.

Impressionné par la facilité de compréhension et le désir de s'instruire de son jeune élève, son vieux maître d'école s'appliqua à encourager ce besoin de savoir qui, sa vie durant, resta une vraie obsession.

Dès l'âge de onze ans, après un bref passage dans une fonderie de Huy, Georges Hubin entra en apprentissage chez un tailleur de pierre où ne tardèrent pas à se révéler son habileté manuelle et ses goûts artistiques.

Lié d'amitié avec deux collégiens : Oscar Orban, futur professeur de Droit à l'Université de Liège, et Ernest Malvoz, qui devait s'illustrer par ses travaux de bactériologie, l'adolescent se plongea dans l'étude de leurs manuels scolaires. Plus tard, enrôlé dans un régiment de grenadiers, il put, par autorisation spéciale, s'inscrire à Molenbeek à l'École des Arts appliqués ; il y remporta le premier prix de modelage et la médaille de la province de Brabant. Il avait un impérieux désir de connaître et de faire connaître.

Rentré en province, il se retrouva parmi les carriers du Hoyoux. Notre autodidacte fut accueilli avec un étonnement mêlé d'ironie. Qui était cet homme qui parlait de bouleversements géologiques, prétendait que les « caracoles » de pierre ont vécu il y a des milliers d'années et qui, de plus, ne cessait de redire : « L'alcool est le pire fléau de la classe ouvrière » ? Pourtant son talent de sculpteur assura son ascendant sur ces gens simples mieux que ses dissertations savantes et bientôt son grand bon sens, sa franchise, sa loyauté surent captiver les esprits.

En 1893, il se vit confier la charge d'administrateur délégué de la coopérative de production, L'Alliance des Carriers, qu'il venait de fonder. La réussite de cette entreprise - première du genre dans la région - resta la fierté de sa vie.

Ainsi Georges Hubin s'engageait sur la voie qui allait faire de lui un pionnier de la démocratie. En 1894, il entrait au Conseil provincial de Liège ; il était le premier mandataire socialiste de l'arrondissement de Huy. L'année suivante, il était appelé au Conseil communal de Vierset-Barse où il siégea jusqu'en 1946. Échevin des travaux, il poursuivit inlassablement la réalisation d'un plan d'ensemble qu'il avait élaboré dès le début de son premier mandat. Souvent citée en exemple, Vierset-Barse devint le centre de rayonnement des idées socialistes à travers le Condroz.

En 1898, Georges Hubin entrait au Parlement ; il y siégea sans interruption pendant quarante-huit ans, prenant part à tous les grands débats. Nul problème, qu'il fût social, économique ou philosophique, ne lui était étranger. Avant 1914, il se montra surtout adversaire convaincu du colonialisme et ardent défenseur de l'enseignement officiel, du suffrage universel, de l'abolition du tirage au sort, de l'instruction obligatoire.

En août 1914, malgré son âge, Georges Hubin reprit sa place au régiment des grenadiers qu'il avait quitté vingt-huit ans plus tôt. Sa présence à l'arrière du front s'avérant plus utile, il fut appelé à la présidence de la Commission de recrutement à Versailles, puis à Chartres. En 1916, il fut nommé membre du Tribunal des sursis à Paris. Jusqu'à la fin des hostilités, il déploya ses talents de propagandiste à travers les départements, galvanisant les énergies, s'insurgeant contre toutes les formes de défaitisme. Au lendemain de l'armistice, les traîtres de tout genre ne connurent pas d'adversaire plus redoutable que le député de Huy.

Intransigeant sur les principes dont il n'entendait se départir ni par opportunisme, ni par diplomatie, adversaire de toute démagogie et de toute compromission, doté d'un caractère des plus impulsifs, le député carrier défraya souvent la chronique par la hardiesse de son langage et par les manifestations peu parlementaires d'un tempérament explosif. Pourtant sa sincérité, sa droiture, sa soif de justice lui assurèrent le respect de ses adversaires autant que l'affection de ses amis.

Entre les deux guerres, les grands travaux et la défense nationale passèrent au premier plan de ses préoccupations. Vice-président du Conseil supérieur du Travail en 1920, membre de la Commission nationale des grands travaux en 1927, membre du Conseil d'administration de la Société des distributions d'eau en 1935, membre de la Commission pour l'étude du métropolitain de Bruxelles en 1936, il impressionnait ses collaborateurs par sa solide documentation et la précision de ses connaissances techniques. En 1920, puis en 1936, Georges Hubin fut nommé à la présidence des Commissions mixtes chargées de la réforme de l'armée et du problème de la défense nationale.

1940 retrouva le vieux député de Huy tout frémissant de patriotisme. Dès le 12 mai, il se trouvait sous l'uniforme à Maldegem, point de départ d'un douloureux calvaire qui, après des péripéties mouvementées, se termina à Verdun-les-Cabanes, au pied des Pyrénées. Il y reprit cette fois clandestinement son apostolat de la première guerre mondiale. En octobre 1944, il rentrait au pays.

Infatigable, ne croyant pas à ses quatre-vingt-trois ans, il exprima le désir de figurer sur la liste des candidats aux élections de 1946. Il fut relégué à la quatrième place : il ne pouvait être réélu ! Douloureux choc moral : ne se voyait-il pas contraint de déposer l'outil au moment où s'ouvraient de si belles perspectives de travail ? Déjà le mal qui devait l'emporter sapait sourdement sa résistance physique. Il s'éteignit paisiblement dans la tranquillité du devoir accompli, conscient de n'avoir eu d'autre évangile que sa conscience, de n'avoir connu d'autre culte que celui de la justice sociale.

Son parti et le gouvernement firent à l'ancien député, au patriote, au ministre d'État - le Prince-Régent l'avait honoré de cette distinction en 1945 - des funérailles