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Golenvaux Fernand (1866-1931)

Portrait de Golenvaux Fernand

Golenvaux Fernand, Joseph, Marie catholique

né en 1866 à Bruges décédé en 1931 à Namur

Représentant 1914-1929 , élu par l'arrondissement de Namur

Biographie

(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 12 janvier 1929)

M . Fernand Golenvaux, bourgmestre de Namur , nous reçoit. Il nous aide à rétablir l e sens de l'Histoire faussée par les flamingants qui ont fini par s'imaginer que la bataille des Eperons d'Or, simple épisode des luttes sociales du moyen âge, était la première victoire des Borms du XIVème siècle contre les fransquillons de l'époque. Saluons-le. Il a assez d'esprit pour nous permettre de mêler quelques toutes petites épines à la couronne que nous offrons à sa grandeur municipale. Il n'y a personne qui soit au-dessus de la critique; il y a des gens qui sont au dessous.

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Curieuse figure, ce Golenvaux. Un crâne ovoïde qu'une mousse blanche ceinture. Un nez d'autoritaire ou d'ambitieux. Des yeux vifs et scrutateurs sous l'ourlet de la patte d'oie qui en bride les avenues.

Le malicieux crayon d'Ochs eût dû le saisir quand il parade en grand uniforme, une main sur la garde de l' épée, l'autre serrant le bicorne à plumes blanches, la poitrine constellée de décorations. Ce vieux braconnier de la politique a l 'innocente manie du panache. Rien ne le rend guilleret comme une occasion de s'exhiber en costume d'opérette. Il s'en défend. Il jure ses grands dieux que c'est une horrible corvée de sortir en pareil équipage, mais dans le fond il est ravi et, au lendemain de quelque grande cérémonie où il parada auprès d' une altesse ou d'un maréchal de France, il court « se revoir » au cinéma autant de fois qu'il est possible ...

C'est la menue monnaie d'un métier qui n'est pas toujours drôle . M. Golenvaux est un homme public ..

Voilà longtemps qu'il s'y exerce. Il avait 28 ans quand, en 1894, il se lança dans la bataille politique. Il avait fait son droit, comme tant d'autres. Mais l'éloquence ne fut pas sa première maîtresse. Ils firent même, elle et lui, assez mauvais ménage ; aujourd'hui, quand Il reçoit un prince ou un maréchal de France, il manie aussi bien qu'un autre les lieux communs officiels qui s'imposent en de pareilles occasions.

C'est au conseil provincial de Namur qu'il siégea d'abord. Il y passa modeste et inaperçu. En 1895, il entrait plus bruyamment à l'hôtel de ville. Il était alors le benjamin de cette assemblée, mais il avait hâte d'y paraître quelque chose. Un an plus tard, il était échevin des travaux publics. C'était l'époque où l 'on comblait Namur de promesses, où s'ébauchait une convention de grands travaux qui devaient métamorphoser la cité, mettre en valeur ses beautés naturelles, travaux mirifiques qui endettèrent la ville et dont une bonne part n'est pas même effectuée à l'heure actuelle. C'était le temps, béni des polémistes de clocher, où les électeurs namurois se divertissaient tous les quatre ans à changer d'administration.

M. Golenvaux était alors un sémillant lieutenant de la 2e compagnie du 1er bataillon de la garde civique. Tl avait lâché le barreau pour l'industrie. Il était déjà « dans les fers » ! 1895 fut aussi l'année de son mariage. Il allait être échevin de 1895 à 1900 et de 1906 à 1924, administrant tour à tour les travaux, les finances, l'instruction et les Beaux-Arts. C'était un homme actif. Il l'est encore, n'ayant jamais boudé à la besogne. Il avait fondé une mutualité, il fut le premier président de la fédération des mutualités chrétiennes de l'arrondissement de Namur. Il présida de même la Société des Habitations à Bon Marché ; il présida pendant dix-huit ans l'Emulation, société « littéraire catholique », et pendant plus de vingt ans la Société Royale d'Horticulture de Namur. Il organisa les grandes expositions horticoles de 1911 et de 1926. De méchantes langues affirment que ces expositions coïncidèrent toujours avec l'ouverture d'une campagne électorale communale, mais il y a des gens qui voient de l'électoralisme partout .

M. Golenvaux, qui avait été député suppléant durant quatorze ans, entra à la Chambre le 14 janvier 1914 à la mort du député Petit. Il fut un représentant assidu et laborieux. Cinq fois rapporteur du budget des Travaux Publics, deux fois rapporteur du budget des finances, membre actif de la commission de la fiscalité provinciale et communale, il pouvait se croire en bonne posture pour décrocher un maroquin ministériel quand on lui imposa un hara-kiri politique qui devait permettre de donner son siège à un démocrate chrétien bouillant d'impatience. Pourquoi M. Golenvaux fut-il désigné pour le sacrifice, c'est ce que beaucoup de Namurois n'ont pas compris et ne comprennent pas encore. Il venait de parvenir à la dignité de questeur. Il était tête de liste. Il avait d'excellentes notes dans l'équipe des parlementaires de tout repos ... Mais on ne pouvait sacrifier M. de Montpellier, qui est baron et qui a de la fortune, n'ayant du reste que cela. Haute moralité des combinaisons politiques !

On lui avait promis une place de sénateur provincial. Voilà qu'elle lui échappe encore, ayant dû être abandonnée aux libéraux pour prix de leur collaboration à la députation permanente. Sera-t-il coopté ? Devra-t-il dire encore, avec une résignation que tout dément, qu'il entend se consacrer entièrement à sa charge de bourgmestre

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Il y tient d'ailleurs par dessus tout. Il y a toujours beaucoup tenu. On lui en a voulu longtemps dans certains milieux d'avoir reçu son écharpe des mains des Allemands en 1914. M. Procès, bourgmestre libéral au moment de l'invasion, avait été arbitrairement destitué et M. Golenvaux avait mis un peu trop d'empressement à prendre sa place. Mais il se fit pardonner tout cela par une attitude héroïque qui faillit lui coûter la vie. La note de la Commission de la reconnaissance nationale relate ainsi ses états de services :

« Dès le Ier septembre 1914, il entrait en rapport avec le service de renseignements de nos armées. Jusqu'à son arrestation, il a prêté son esprit d'organisation, son concours le plus efficace et le plus assidu aux divers organismes qui se succédèrent à Namur et qui firent appel à son aide. Il parvint ainsi à transmettre au Service Belge et aux services alliés les plus précieuses indications sur les agissements de l'ennemi, ses forces et le mouvement de ses troupes. II fit dresser de nombreux plans détaillés des travaux de fortification établis par les Allemands dans la position de Namur et les envoya successivement au front. Par sa position, il fut amené à assurer au début de la guerre de nombreuses communications entre les familles de la région et celles de la partie non occupée. Il aida de tout son pouvoir le retour de nombreux soldats et le passage de quantité de jeunes gens à l'armée, le paiement des serviteurs de l'Etat, l'entretien des femmes d'officiers, de sous-officiers et soldats. Dénoncé, il fut arrêté le 13 juin 1916, se défendit avec ténacité sans compromettre aucun de ses multiples collaborateurs. Condamné par le Tribunal de guerre de Hasselt à la peine de mort pour haute trahison de guerre, il attendit pendant cinquante jours son exécution. Il vit enfin, grâce à un unanime concours de toutes les influences et des pétitions de la population namuroise, sa peine commuée en celle des travaux forcés à perpétuité. Le 27 novembre 1916, il fut mené, pour purger sa peine, à la maison de force de Reinbach. Il en sortit le 10 juin 1918 pour être transféré avec tous ses compagnons de bagne à la maison de force de Vilvorde d'où il fut libéré seulement le 11 novembre 1918. »

Il avait fait vingt-neuf mois de cellule I On a mis sur ces cruelles épreuves le baume de nombreuses décorations. Retenons qu'il est grand officier de l'Ordre de Léopold, qu'il a la médaille de guerre anglaise, la Croix de Guerre française avec palmes, etc., etc.

Le 13ème de ligne l'a nommé sous-lieutenant honoraire ; ce qui lui donne le droit d'engu ... irlander le sergent honoraire François Bovesse, et le 2e chasseurs à cheval l'a proclamé brigadier honoraire - ce qui ne veut pas dire qu'il ait toujours raison. Il a eu notamment grand tort de voter la loi von Bissing. Comme il est très intelligent, il a compris depuis qu'il avait gaffé ce jour-là. Alors, pour affirmer ses sentiments de bon Wallon, il a imaginé un beau jour de recevoir à l'hôtel de ville le comité des fêtes de Wallonie et de prononcer un discours en dialecte namurois, ce qui fit tout un aria.

Que dire encore ? Qu'il administre avec fermeté et que tout en l'accusant de jouer parfois son petit Mussolini, ses adversaires politiques rendent hommage a son caractère énergique, qu'il défend ses idées avec obstination, ne transigeant jamais quand l'ordre public est en jeu. Sans doute il n'aura jamais la popularité de son prédécesseur Saintraint, trop distant, trop aristocrate pour avoir une Cour des Miracles à sa dévotion. Mais la dignité du magistrat y gagne ce que le pittoresque y perd et il a à cet égard une très haute conception de sa dignité. Ça ne l'empêche pas. après un banquet, de chanter parfois « Jeanne, Jeannette et Jeanneton », sa chanson favorite, ce qui prouve qu'il est un bon Wallon aussi bien qu'un bon bourgmestre.


(Extrait de La Gazette de Charleroi, du 22 décembre 1931)

Hier matin, vers quatre heures, est décédé à Namur, en son domicile, rue Lucien Namèche, M. Fernand Golenvaux, bourgmestre de Namur, sénateur.

M. Golenvaux était né à Bruges, le 5 novembre 1866. M. Golenvaux, docteur en droit depuis le 10 mars 1889, fut élu conseiller provincial du canton de Namur, pour quatre années, le 4 novembre 1894. Il fut élu conseiller communal le 17 novembre 1895 et réélu sans interruption jusqu’à ce jour. M. Golenvaux, échevin de 1895 à 1900 et de 1906 à 1924 1924 passa successivement des Travaux publics aux Finances, à l'Instruction et aux Beaux-Arts.

C’est le 23 mai 1924 qu’il fut nommé bourgmestre. Le 27 mai 1900, le 14 janvier 1914, M. Golenvaux fut proclamé membre de la Chambre des Représentants, où il siégea jusqu’au 26 mai 1929. Le 19 novembre 1929 il fut élu sénateur coopte. M. Golenvaux fut un homme politique actif et tout dévoué aux intérêts de sa ville. Il était titulaire de nombreuses décorations nationales et étrangères. Sa brillante conduite pendant la guerre lui valut d'être le condamné mort en 1916 par le tribunal militaire allemand de Hasselt ; mais par disposition du 31 octobre 1916, cette peine fut commuée en travaux forcés à perpétuité.

M. Golenvaux appartenait à l'opinion catholique qui perd en lui un de ses plus brillants représentants. Depuis quelques mois l'état de santé du bourgmestre de Namur l'avait écarté de la scène politique.

Les funérailles du bourgmestre de Namur auront lieu jeudi matin.


(Extrait du XXème Siècle, du 22 décembre 1931)

On a appris lundi avec un réel chagrin, dans les milieux politiques. la mort, hélas depuis longtemps prévue, de M. Fernand Golenvaux, qu'une maladie sans espoir tenait éloigné depuis plusieurs mois de notre parlement. La dernière fois qu'il fit son apparition dans l'hémicycle sénatorial, à la fin de la session dernière, pour y prendre part à un vote important, tous ses collègues avaient été frappés par son état d'épuisement. Et il fut, ce jour-là, particulièrement entouré.

Il était entré le 5 novembre dernier dans sa soixante-sixième année. M. Golenvaux était une des belles figures de l’assemblée sénatoriale où il ne connaissait que des amis. Il était de caractère jovial et jouissait de l'estime générale. Il joua pendant la période de guerre un rôle particulièrement important et paya de sa liberté son dévouement à son pays. Irrité de la résistance que lui opposait ce patriote ardent, le Pouvoir occupant le déféra aux tribunaux qui le condamnèrent à mort, peine qui fut commuée en celle de la déportation dans les camps allemands.

Le 11 décembre 1918, le Président de la Chambre rendait un public hommage à son patriotisme au milieu des applaudissements de toute l'assemblée et le Roi l'élevait an grade de Commandeur de l'ordre de Léopold avec liserés d'or avec mise à l'ordre du jour de la Nation. Il avait été promu, depuis, au grade de Grand Officier de l'Ordre de Léopold.

M. Golenvaux eut une longue et féconde carrière politique et administrative. Il faisait partie du barreau de Namur depuis 1889 et faisait partie da Conseil communal de cette cité depuis 1895. Le Roi l'avait appelé en 1924 à exercer les fonctions de bourgmestre de Namur, mandat qu'il a rempli à la satisfaction de tous ses administrés.

C'est le 14 janvier 1914, à la veille donc de la grande guerre, qu'il fut élu député de Namur. Il siégea en cette qualité jusqu'au 26 mai 1929, après avoir rempli les fonctions de questeur de cette assemblée pendant quelques mois. Il fut coopté par la Droite sénatoriale le 19 novembre 1929 et siégea jusqu'à ce jour sur les bancs de la Haute Assemblée.

A la Chambre il se fit remarquer par de nombreuses interventions dans les questions qui lui tenaient le plus à cœur : les réparations à accorder aux victimes civiles de la guerre, la défense des prisonniers politiques, le rapatriement des corps des victimes de la guerre, la réintégration des Belges mobilisés et des anciens combattants dans les fonctions et emplois publics. Il participa aussi aux débats sur la révision de la Constitution, sur la situation financière des communes, sur la réorganisation de la Bienfaisance publique, sur la pension de vieillesse, et sur la radiophonie, sans compter ses interventions dans les discussions des différents budgets. Il fut, au Sénat, le rapporteur particulièrement apprécié du budget des Travaux publics.

La gratitude des pays voisins pour son attitude pendant l'occupation s'était traduite par l’octroi au bourgmestre de Namur de distinctions dont il se montrait particulièrement fier : la British War Medal, la Croix de guerre française avec palme et citation à l'ordre de l'armée française.

M. Golenvaux était un grand citoyen. Il était un des mandataires les plus considérés de la Droite Sénatoriale et le parti catholique perd en lui un de ses militants les plus dévoués.

Nous prions la famille de M. Golenvaux d'agréer l'hommage de nos regrets, ainsi que nos condoléances chrétiennes.