Goblet Nicolas, Antoine, Joseph catholique
né en 1853 à Arlon décédé en 1937 à Liège
Représentant 1912-1919 , élu par l'arrondissement de Liège(Extrait du Soir, du 25 février 1937)
Maître Nicolas Goblet, le doyen des avocats du Barreau de Liége, est mort mercredi matin, à l'âge de 85 ans. Le défunt fut, pendant de nombreuses années, le chef du parti catholique liégeois et deux fois bâtonnier de l'ordre des avocats.
Il a siégé au conseil communal de Liége, au conseil provincial et également à la Chambre des députés.
(Extrait du Vingtième Siècle, du 25 février 1937)
M. Nicolas Goblet, le vaillant lutteur du parti catholique liégeois est décédé à l’âge de 84 ans.
C'était un avocat de talent. Ancien bâtonnier, ancien député, il fut longtemps le chef de la Droite au Conseil communal, où il était très écouté. Il fut également président de l'Union Catholique à laquelle il imprima un vif essor. Depuis de nombreuses années, M. Goblet était malade et il gardait le lit depuis six mois.
Un service de reconnaissance de la part du parti social catholique sera annoncé incessamment.
Le défunt était grand officier des ordres de Léopold et de la Couronne. commandeur de l'Ordre de St-Grégoire-le-Grand. chevalier de la Légion d'Honneur, etc., etc. Il était président d'honneur de la Fédération Nationale des Invalides de guerre et président de l'Oeuvre nationale des Invalides de guerre. Son dévouement pendant la guerre lui valut la croix civique 1914-1918 et la médaille d'or de la reconnaissance des Invalides.
(Extrait de La Meuse, du 26 février 1937)
Je connaissais Nicolas Goblet depuis de nombreuses années. Avocat brillant et concis, juriste de valeur, sachant disséquer et clarifier les affaires, il jouissait au Palais de la considération de tous ses confrères. II avait la riposte agile et incisive ; il aimait la bataille ; mais il ne lui arriva que très rarement de perdre sa bonne humeur, qui ne tardait pas, après les assauts les plus vifs, de remettre toutes choses en place.
II débordait de verve et adorait bavarder, émaillant sa conversation de mille traits imprévus et pittoresques. II serait exagéré de dire que son langage était empreint d'atticisme ou qu'il rappelait la subtilité raffinée de la Régence ; mais il avait un don aigu d'observation, un bon sens inaltérable, une jovialité native qui conféraient à tout ce qu'il disait une bonhomie spirituelle et très attrayante.
II ne détestait pas les « petites histoires » ; il les contait avec talent. il y mettait du sien et du meilleur. Les couloirs du Palais en retentiront longtemps encore.
II fit beaucoup de politique. On le vit au Conseil provincial, au Conseil communal, à la Chambre.
C'est au Conseil communal qu'il fut le plus à l'aise et qu'il donna toute sa mesure. II était écouté et respecté, quoique, à l'occasion, il ne ménageait ni les commentaires piquants ni les observations cuisantes.
A l'occasion de son jubilé professionnel, le Conseil communal unanime organisa en son honneur, à l'Hôtel de Ville. une manifestation très chaleureuse, au cours de Iaquelle on lui remit une tabatière, un vrai bijou. Car Nicolas Goblet rénovait les traditions du Grand Siècle et prisait avec ferveur.
II n'était pas l’homme des grands discours. II provoquait habilement les interruptions, et quand on s'y laissait prendre, on alimentait son argumentation et souvent on y laissait des plumes.
Nicola Goblet, belle figure liégeoise, franche et souriante, s'imposait comme un exemple de probité. Profondément attaché à ses croyances, il ne pratiquait pas une aveugle intolérance. Il comptait pas mal d'amis de l'autre côté de la barricade et il leur donnait des preuves de son estime.
A 75 ans, il avait gardé toute l'ardeur de ta jeunesse et il défendait ses convictions avec un entrain sans pareil. Il le montra bien quand, à la suite d'un différend avec ses amis politiques, Il quitta le Conseil communal, dignement.
C'était un Wallon complètement réalisé, un Wallon qui aimait beaucoup sa ville de Liège, où il a passé presque toute sa vie.
Bon Liégeois. avocat sans peur et sans reproche, esprit indépendant, adversaire loyal et brave homme, Nicolas Goblet s'est bien acquitté de sa vie.
Mestré.
(Extrait de L’Action wallonne, du 15 novembre 1933)
Grandes figures de chez nous : Nicolas GOBLET
Il n’a pas été, sans doute, parmi les combattifs du mouvement wallon.
Mais il est si intensément de chez nous, il est si représentatif de notre race et il porte un tel amour à la terre wallonne, que sa place est dans notre petite galerie.
Il n'en faut évidemment pas déduire que Maître Nicolas Goblet, qui fut député et, pendant tant d'années, conseiller communal, resta sans réaction devant les exagérations naissantes du mouvement flamand. Mais, peut-être parce que, comme tant d 'autres, il ne croyait pas à la profondeur de ce mouvement ; peut-être parce que, homme politique obligé, sur ce terrain, dans le champ d'action même de son parti, à une grande réserve : peut-être enfin parce qu'il redoutait - à tort - pour son pays, qu'il voulait et qu'il croyait uni, les conséquences d'une lutte qui se dessinait, il ne fut à aucun moment parmi les militants ou les sonneurs d'alarme.
Certes, lorsqu'une mesure injuste frappait « sa » Wallonie, il s'indignait. Mais son optimisme lui faisait minimiser le danger et, pour cela même, l'empêchait de croire à la nécessité d'une défense active, organisée et systématique.
Si paradoxal que cela puisse paraître, c'est peut-être parce qu'il fut trop exclusivement liégeois que Nicolas Goblet ne jugea pas utile d'entrer dans l'arène. Ses préoccupations, trop hermétiquement locales - et l'amour qu'il portait à sa ville le voulait ainsi - l'empêchèrent sans doute de faire, de temps à autre, le tour d'horizon qui l'eût certainement alerté.
Cela ne l'a pas empêché, au reste, de participer, en ordre principal, à la défenestration d'un député liégeois, aujourd'hui sénateur et ministre... d’ailleurs, lors de l'affaire de l'Université de Gand.
Ce fait seul le situe.
Nicolas Goblet, c'est le type même du Wallon.
Il en a la rondeur souriante, l'accueil facile, la jovialité confiante, l'enthousiasme rayonnant. Il aime la « couyonnade » d'amon nos autes, et son rire est large, total, honnête. Et puis encore, il faut l'entendre parler des beautés de notre terre wallonne, il faut lui entendre dire son admiration passionnée pour tel coin de chez nous, pour sentir combien son amour est profond, de qualité précieuse. II faut surtout éprouver, enfin, à quel point il aima les gens de sa ville, quel besoin il avait de se sentir près d'eux, d'en vivre les joies et les peines, pour comprendre son grand cœur de Liégeois.
Aujourd'hui, l'âge l'a contraint à la retraite.
Il peut, se retournant sur une carrière longue et féconde, en contempler la ligne, droite, une et probe. Il peut se dire enfin que Liège, qu'il aime, l'aime aussi.
Fl. BOONS