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Fossion Joseph (1863-1909)

Portrait de Fossion Joseph

Fossion Joseph, Désiré, Guillain socialiste

né en 1863 à Andenne décédé en 1909 à Andenne

Représentant 1904-1909 , élu par l'arrondissement de Namur

Biographie

(Extrait de La Meuse , du 21 décembre 1909)

M. Fossion, député socialiste de Namur, qui était malade depuis quelque temps, est mort lundi après-midi à Andennes.

M. Fossion était âgé de 46 ans. Il était employé à la Coopérative socialiste d'Andenne. Il entra à la Chambre en 1904, mais il y joua un rôle plutôt effacé.

Son suppléant est M. le docteur Gillard, de Namur. qui appartient au parti progressiste.


(Extrait du Journal de Charleroi, du 22 décembre 1909)

La mort, la faucheuse infatigable, fait depuis quelque temps de terribles rayages dans nos rangs. Le deuil devient permanent pour la classe ouvrière.

A peine sommes-nous remis de la poignante émotion que tous nous avons ressentie à la nouvelle de la mort inattendue du tribun liégeois, notre combien regretté camarade Smeets, que de nouveau dans le même rang, dans la pléiade des dévoués qui siègent au Palais de la Nation comme représentants de la classe ouvrière, la mort fauche à nouveau et nous ravit un de nos plus estimés militants de la province de Namur, le citoyen Fossion.

Toul le prolétariat pleure ce mandataire, et le prolétariat namurois le pleure d'autant plus, que Fossion était pour lui non seulement le plus dévoué, mais aussi et surtout l'un des plus autorisés organisateurs.

C'est à lui qu'il doit son réveil politique ; c'est à lui que le mouvement coopératif doit son essor ; c'est à lui que l'on doit les mutualités et syndicats socialistes fondés dans cette région.

Fossion était un des pères - peu nombreux, malheureusement - du socialisme de la province de Namur. L'on comprend donc toute l'affliction que ressentent ses enfants, les ouvriers organisés.

Ils nous quittent bien jeunes nos aînés. En disant nos aînés, je veux parler de ceux qui ont vécu les premières heures du mouvement socialiste, qui ont connu les souffrances, les privations, les misères de la première bataille, qui se trouvaient dans la mêlée avant et après 1886.

L'on ne peut s’imaginer ce qu'il coûta d'être militant socialiste pendant les premières journées : traqué partout, par le patronat, par la bourgeoisie, par le prêtre, sans travail et sans pain, obligé bien souvent, de recourir à l’exil pour assurer l’existence de la famille.

Ce sont des héros ceux d'entre nos pères qui ont coopéré à la fondation de notre beau mouvement socialiste. Leurs efforts sont d'autant plus louables qu'ils n'étaient guidés par aucune aspiration ; ils ne pouvaient espérer aucune espèce de récompense, si ce n'est la satisfaction du devoir accompli.

Gloire à ces vaillants, notre cœur leur réservera toujours la meilleure place.

Gloire à tous ceux qui sont morts sur le champ de bataille, leur souvenir nous restera vivace. Le temps n'effacera jamais de notre mémoire les noms des De Paepe, Volders, Defuisseaux, Van Beyeren, Fagnart, Malempré, Smeets, Fossion et une multitude de soldats obscurs qui ont bien mérité du prolétariat.

Dans les moments de joie ou de peines, nous saurons nous arrêter un instant sur la route pour leur porter une pensée et relire quelques pages de leur histoire ; ce sera pour nous un réconfort ; nous puiserons de nouvelles forces, de nouveaux courages pour les luttes futures.

Et nous, les jeunes, nous devons savoir nous montrer dignes de ces anciens ; continuons l'œuvre ébauchée, activons de plus en plus la propagande politique, fortifions nos syndicats, nos coopératives, nos mutualités, nos œuvres d'éducation et d'instruction.

La terre que nous devons cultiver est bien plus fertile qu'avant 1886, remuons-la bien, mettons-y de bonnes semences, la récolte sera féconde et à force de labourer, nous ne devons pas désespérer de voir apparaître « Germinal »

Nicolas SOUPLIT.


(Extrait du Journal de Charleroi, du 27 décembre 1909)

Discours prononcé à l’occasion des funérailles de Fossion, par le député Horlait, au nom du groupe parlementaire socialiste

Citoyennes, citoyens,

Au nom du groupe parlementaire socialiste, je suis chargé de la triste mission de dire toute notre douleur à la veuve, aux parents et aux amis de notre regretté collègue Joseph Fossion.

Enlevé à la fleur de l'âge, par la cruelle faucheuse, notre ami laissera dans le Parti ouvrier de l'arrondissement de Namur, dans le canton d'Andenne et dans nos rangs un vide immense qui sera ressenti pendant une longue période de temps.

Actif, modeste et probe, Fossion fut l'âme agissante des œuvres coopératives, syndicales et mutualistes de la région et il méritera justement le titre de travailleur d'élite, qui lui fut décerné au Parlement.

Initié à la matière administrative depuis une quinzaine d'années, notre ami s'appliqua dès son entrée à la Chambre, en 1904, à déjouer les mesquins et vils procédés employés par le gouvernement clérical et par ses agents salariés, pour enrayer toutes les mesures démocratiques projetées par les administrations communales anticléricales de l'arrondissement de Namur.

Socialiste et républicain à l'unisson du groupe parlementaire du Parti ouvrier belge, Joseph Fossion appréciait à leur juste valeur les déclarations intéressées des réactionnaires loyalistes sur la prétendue équité de nos institutions nationales comme sur la forme de gouvernement qui nous régit encore.

Et alors qu'il était exclusivement préoccupé de venir en aide à ses frères du prolétariat, plus malheureux que lui. Je me souviens encore de son étonnement, lorsqu'il entendit pour la première fois les avocats de la réaction, se proclamer en plein parlement, les amis et les défenseurs des vrais intérêts des ouvriers, alors que la vérité, éclatante, s'étale dans leurs votes contre tout ce que la classe ouvrière réclame sur le terrain économique, politique et social.

Et Fossion restait étonné en entendant ces prétendus mandataires de la Nation, élus grâce à un régime frauduleux, décelant l'esprit de classe, affirmer à l'aide de mots vides de sens, que la Belgique était riche et sa population ouvrière heureuse et satisfaite. Amère dérision et piperie des mots dans un pays où l'on met un quart de siècle à arracher à la réaction le moindre lambeau de réforme.

Joseph Fossion vit tout cela de près et sa conviction de la nécessité d’une cohésion plus absolue de la classe ouvrière s'en fortifia. II prit part à plusieurs reprises à la discussion des budgets de l’industrie et du travail, des chemins de fer et de l’agriculture ; chacune de ses interventions était marquée par un souci constant des intérêts de la classe ouvrière, pour laquelle il poursuivit notamment l’institution d’un conseil de prud’hommes à Andenne.

Notre ami et cher collègue a vécu une vie de travail honnête, qui peut être citée en exemple, Il disparaît en pleine maturité de sa raison après avoir connu les attaques injustes et déloyales d ses adversaires politiques, sans avoir échappé aux agressions des envieux, dont la perspective sociale est souvent limitée à leurs intérêts personnels.

Cher ami, tu meurs comme tu as vécu, en libre penseur et en bon socialiste. J'adresse à ta veuve éplorée et à ta famille, nos condoléances émues, en les assurant que ton souvenir restera gravé dans nos cœurs et que les œuvres te survivront.

Que la terre te soit légère et que tes cendres reposent en paix.


(Extrait du Patriote, du 25 décembre 1909)

Un journal libéral rapporte cet incident qui s’est produit sur le parcours de la « joyeuse entrée » :

Rue Masui, un drapeau rouge drapé de crêpe flotte à la façade d’un café.

Le prince Albert regarde fixement l'emblème socialiste.

Un officier s’approche

- Sire, ce drapeau est arboré en mémoire du député Fossion qui vient de mourir.

Très simplement, sans affectation, le roi Albert salue le rouge endeuillé.

Le Peuple relatant l'incident, dit que « les socialistes ont, à leur tour, salué le Roi pour lui rendre sa politesse. »