Feron Maurice, Emile, Jean, Louis libéral
né en 1865 à Bruxelles décédé en 1929 à Bruxelles
Représentant 1913-1919 , élu par l'arrondissement de Bruxelles(Extrait du Pourquoi Pas ?, du 9 mars 1923)
Il y a des noms qui sont lourds à porter, surtout dans des petits pays comme le nôtre: celui de Féron est de ceux-là.
Notre monarchie démocratique - est-ce par un sens supérieur de l'ironie ? - a vulgarisé le titre de baron, au point qu'à partir d'un certain degré de fortune et de notoriété, c'est presque une distinction de ne le pas avoir, mais c'est quelque chose que d'être tout simplement le fils de son père. L'estime publique a créé en politique de véritables dynasties, et cela confère à certains une situation sociale dont on peut très bien se contenter. Maurice Féron, fils d'Emile, eût pu se borner à chausser les pantoufles paternelles, car ü est peu de noms dans la politique belge qui aient été entourés d'une considération aussi unanime . Il ne l'a pas fait. Précédé par une ombre illustre, il n'en a pas moins suivi son propre sentier.
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Féron-Janson : ces deux noms résument tout ce bon vieux radicalisme belge qui a eu, peut-on dire, la chance de ne jamais détenir le pouvoir.
La chance ! Parfaitement. L'essence du radicalisme c'est une certaine austérité de mœurs, une rigueur de conception, un dédain de l'opportunisme qui sont tout à fait incompatibles avec l'exercice du gouvernement. En France, le radicalisme fut un parti d'une honnêteté magnifique tant qu'il demeura dans l'opposition ; quand, au temps du petit père Combes, il fut maître de la République, il devint immédiatement un parti comme les autres, pire que les autres, car à la corruption inséparable du pouvoir, il joignit un pharisaïsme spécial qui n'avait même pas l'excuse de quelque fin mystique. En Belgique, le radicalisme, que nous appelons le progressisme, eut la veine d'être l'éternel sacrifié et de subir à la fois les dédains du vieux parti doctrinaire et les sarcasmes du jeune parti socialiste. C'est ce qui lui a permis de conserver in aeternum une pureté toute virginale.
Or, de cette pureté politique, Emile Féron fut le symbole. De quel air il eût considéré nos politiqueurs d'aujourd'hui, toujours en quête d'une combinaison ou d'une compromission, et qui d'ailleurs ne peuvent guère faire autrement. C'était un homme à principes, il croyait au suffrage universel, à la laïcité, à la nation armée, à la démocratie parlementaire, avec une candeur admirable. Son fils, assurément, n'est pas aussi rigoriste ni aussi candide à moins d'être aveugle et sourd, un homme politique est toujours plus ou moins de son temps - mais il n'est pas moins le digne héritier des traditions paternelles. Seulement il a su, dans une certaine mesure, les mettre au goût du jour, et c'est dans cette adaptation qu'il a pris la marque d'une personnalité très suffisamment accentuée. C'eût été sans doute une originalité facile dans le monde politique contemporain que de pratiquer sans nuance, ce dévouement au bien public qui fut la noblesse d'un Emile Féron; mais qu'est-ce qu'un amour théorique, une vertu glacée que sa rigidité même éloigne de toute action féconde ? Maurice Féron a voulu agir, et il agit, ce qui comporte toujours certains sacrifices de doctrine. La guerre, du reste, a été une rude leçon d'opportunisme, et quand elle n'a pas avili les caractères - pour combien d'hommes politiques le mot « réalisme » ne sert-il pas à décorer de plates ambitions personnelles ? - elle les a trempé et assoupli.
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Ce fut le cas de Maurice Féron. Il était député de Bruxelles depuis deux ans, et il commençait à prendre à la Chambre une autorité qu'il ne devait pas uniquement à son nom, quand la tourmente de 1914 dispersa notre parlement. Fallait-il partir ? Fallait-il rester ? Vain débat qui empoisonna pendant quelque temps l'atmosphère politique. « La place d'un représentant du peuple est auprès de ses électeurs », disaient les uns. « Jamais de la vie », déclaraient les autres, « les parlementaires, en temps de crise politique, doivent suivre le gouvernement qu'ils ont mission de soutenir, de conseiller et de contrôler. » Où était le devoir ? Ceux qui savent que pour un élu l'absence est la plus grande des fautes, sinon le plus grand des maux, crurent que le devoir était de rester. Ceux qui crurent qu'ils pourraient servir, décidèrent que le devoir était de partir. Maurice Féron partit. Il suivit le gouvernement au Havre.
Grâce à l'union sacrée, la plupart des députés et des sénateurs qui adoptèrent ce parti, trouvèrent à se caser, qui dans un ministère, qui dans une légation, qui dans une mission d'achat, de contrôle ou de propagande. M. de Broqueville n'aimait pas les importuns, encore moins les grincheux, et quand un homme politique quelconque manifestait de la mauvaise humeur, il s'empressait de le placer quelque part : la princesse, alors, avait la main large. Maurice Féron eut la pudeur de ne rien demander. C'est pourquoi on s'empressa de ne lui rien offrir. Député d'opposition, mais patriote ardent, il fut de ceux qui pensèrent qu'en temps de guerre, toutes les querelles politiques doivent être oubliées, et qu'un bon citoyen, quand l'ennemi est aux portes, doit aider de son mieux ceux qui dirigent l'Etat, quels qu'ils soient. Alors que tant de gens tourmentèrent le ministère de Sainte-Adresse de leur zèle intempestif, puis de leur humeur rageuse, il se tint coi, travailla dans l'ombre à ménager à la Belgique d'utiles sympathies, et peut-être aussi à réviser ses propres idées.
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Maurice Féron a toujours été patriote, patriote et francophile - cela faisait partie des traditions de famille - mais il appartenait à un parti pour qui les questions de politique étrangère paraissaient assez secondaires et plus ou moins dangereuses : elles sentaient l'impérialisme. Le vieux parti progressiste était résolument anticolonial, antimilitariste, ennemi des aventures ; il laissait d'ailleurs le soin des relations extérieures à Georges Lorand, qui croyait à la Ligue des Droits de l'Homme, aux jeunes Turcs, aux Bulgares et à la Suisse, et il ne songeait pas beaucoup à regarder plus loin que nos frontières. Or, ce que la guerre a démontré d'abord, c'est que, pour un pays carrefour comme le nôtre, pour un pays qui ne peut vivre que de son travail et de son activité commerciale, les questions les plus importantes sont précisément les questions de politique étrangère. Maurice Féron en fut vivement frappé. En se promenant entre Le Havre, Paris et Londres, où il s'était fait d'ailleurs de précieuses amitiés dans le monde politique international, il comprit le rôle européen de la Belgique et, de tout notre personnel parlementaire, il est aujourd'hui un des hommes dont les idées sur ce vaste sujet sont les plus nettes et les plus soigneusement étudiées . Fort assidu aux réunions du Comité de Politique nationale, il y apporte une information très vaste et un bon sens ferme et droit qui devaient le désigner aux premiers rôles. On crut un moment qu'il allait être appelé à les jouer, et c'eût été justice. Pendant la guerre, il avait donné son appui, sans réserve, au gouvernement, mais, ne lui ayant rien demandé, il avait gardé vis-à-vis de lui toute son indépendance. C'est pourquoi sans doute, lors de la combinaison de Lophem, tout le monde s'entendit pour l'oublier. Le soviet du barreau de Bruxelles, qui apportait un ministère tout fait et où la camaraderie avait pris le nom d'union sacrée, ne voulait pas entendre parler de ceux qu'on appelait les revenants du Havre, et, parmi ceux-ci, les malins qui réussirent à garder leur place, ne songèrent qu'à s'entendre avec les triomphateurs du jour. Au lendemain de l'armistice, lorsque la Belgique rentra chez elle, Maurice Féron fut donc tout simplement député, et député d'opposition comme devant.
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Au fond, il ne désirait pas d'avantage. Il suffisait d'un peu de sens politique pour se rendre compte de la précarité d'un gouvernement qui allait se trouver devant les plus grosses difficultés et qui n'avait aucune idée de la façon dont on pourrait les résoudre. Si le suffrage universel n'était pas aussi oublieux, ce serait une tare ineffaçable que d'avoir appartenu à ce cabinet Delacroix, à qui nous devons la reprise des marks, les difficultés flamingantes et l'échec de nos négociations avec la Hollande. Féron rendit du reste au pays le service de débarrasser le ministère de ce bon M. Harmignies, dont les complaisances pour les flamingants ont si bien contribué à l'empoisonnement du département des sciences et des arts. Ce sont ses protestations contre l'indulgence que l'on témoignait aux jeunes gens qui avaient reçu des diplômes des écoles von Bissing qui déterminèrent le ministre improvisé à rentrer dans l'obscurité dont il n' aurait jamais dû sortir.
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Tout cela désignait Maurice Féron à jouer un rôle important dans la Constituante. Un nom respecté, du talent, du caractère, une vaste information politique, disposions-nous de beaucoup d'hommes politiques ayant autant d'atouts dans leur jeu ? Mais l'ironique Destin devait faire de ce démocrate proportionnaliste, la victime la plus éclatante du suffrage universel et de la R. P. Les hasards d'un scrutin d'ailleurs contesté, et peut-être de quelque manœuvre d' association, privèrent la nouvelle Chambre des services incontestables que Maurice Féron pouvait y rendre : il ne fut pas réélu, parce que les libéraux des campagnes devaient avoir leur représentant, parce qu'on ne pouvait sacrifier de « vieux lutteurs » dignes d'intérêt, parce que ... parce que ... Sait-on jamais !
Toujours est-il qu'il ne fut pas réélu. On l'a repêché au Sénat et, pour le consoler sans doute, on dit que l'atmosphère sereine de la Haute assemblée convient mieux à son tempérament. C 'est possible. Toujours est-il qu'il n' y a pas encore donné sa mesure. Il la donnera sans doute bientôt. C'est encore un de ceux qu'on attend lors de la discussion de la loi sur la flamandisation de l' Université de Gand, la loi de malheur.
(Extrait du Soir, du 10 mai 1929)
Ainsi que nous l'avions fait prévoir, M. Maurice Féron, sénateur libéral de Bruxelles, n’a pu être sauvé par la nouvelle et grave opération qu'il a subie. Il vient de s'éteindre jeudi à une heure du matin à l'Institut chirurgical de la Croix-Rouge, à Ixelles.
Né à Bruxelles. le 1er mars 1865, il fit ses études à l'Athénée et à l’Université libre et fut inscrit, en 1886, au barreau.
Stagiaire de Paul Janson, membre et secrétaire du Conseil de l'ordre, il collabora à la Réforme et professa à l’Université nouvelle. Le 22 avril 1913, il fut élu membre de la Chambre des représentants, en remplacement de Janson, décédé.
Il prit une part très importante aux débats parlementaires et eut d'heureuses initiatives, telles ses propositions de loi sur les sociétés de travail collectif, sur l'instruction criminelle, sur les enfants naturels, sur le droit d'association, sur l'emploi des langues à l'école. Rapporteur des projets de loi approuvant le traité de paix de Versailles, réglant l'occupation des territoires rhénans déterminant l’administration des territoires d'Eupen-Malmédy, il ne quitta la Chambre que 16 avril 1919 et passa au Sénat, le 20 novembre 1921.
Membre de la Commission des affaires étrangères de la Haute-Assemblée, il prononça de nombreux discours au sujet de nos rapports avec la Hollande, de la Convention belgo-luxembourgeoise, de la restauration économique de l'Autriche, de la Société des nations. Et la question des langues, aussi, ne laissa jamais de le préoccuper.
Depuis longtemps, la maladie tenait M. Féron éloigné du Parlement, où sa perte sera douloureusement ressentie.
Suivant le désir du défunt, les funérailles auront lieu dans la plus stricte intimité.
(Extrait de La Dernière Heure, du 10 mai 1929)
M. Maurice Feron, qu'un mal cruel avait tenu à l’écart pendant près de quatre ans et qui, après vainement tenté de rétablir sa santé en Suisse était rentré Bruxelles, est mort jeudi matin, à Ixelles, à 64 ans, dans un institut chirurgical où une suprême opération n'a le sauver.
Fils de l’ancien député progressiste Emile Feron, il avait fait ses études à Bruxelles puis, en 1886, conquis à l'Université Libre son diplôme de docteur en droit.
Elu député de le 22 avril 1913, en remplacement de Paul Janson, décédé, il fit partie de la Chambre jusqu'au 16 novembre 1919 et y prit une part importante dans les discussions relatives à l'instruction obligatoire, aux bénéfices des sociétés par actions, aux sociétés de travail collectif, à la contribution foncière. à la reconnaissance des enfants naturels, aux victimes des accidents du travail ,au droit d'association, à l’emploi des langues, etc., etc.
Il fut également rapporteur du budget des Affaires étrangères.
Elu sénateur le 20 novembre 1921, il participa aux débats sur la réforme de la bienfaisance publique. sur le droit pour les lemmes d'exercer la profession d'avocat, sur de nombreuses questions de politique internationale : convention belgo-luxembourgeoise, rapports avec la Hollande, liberté de l'Escaut, conférences de Gênes et de La Haye, Société des Nations, etc.„
Les funérailles de M. Maurice Feron auront lieu, selon son désirs, dans une stricte intimité.
(Extrait de La Meuse, du 10 mai 1929)
M. Maurice Feron, sénateur libéral pour Bruxelles, est mort jeune matin après une longue et cruelle maladie. Il était âgé de 60 ans. C’est une des personnalités en vue du parti libéral qui disparaît.
Par la droiture et l’intégrité de son caractère aussi bien que pour la fermeté de ses convictions, M. Feron jouissait en Belgique d’une grande autorité morale.
Il avait une haute conscience de ses devoirs et, pendant la guerre, il a rendu les plus grands services à la cause commune des alliés. Appelé, en sa qualité de député, à collaborer étroitement avec les ministres belges, MM. Goblet, Hymans, Brunet, il a contribué à faire échouer certaines manœuvres diplomatiques des Empires centraux et à faire abandonner par la Belgique un statut de neutralité qui lui avait été imposé en 1839.
Après la guerre, au Parlement, il n'avait cessé de détendre une politique de concorde nationale et de collaboration entre les trois grands partis politiques.
Au point de vue international, il a défendu avec beaucoup de force les thèses et les revendications nationales et la politique de collaboration franco-belges, qu’il concevait dans le cadre de l’entente cordiale et en vie de renforcer l’action de la Société des Nations.
Confident des principaux ministres libéraux et appartenant à l’aide radicale du parti libéral, il a exercé une action politique réelle, s’attachant à bien servir les intérêts supérieurs du pays.
Fils du grand leader Emile Feron, il était né à Bruxelles le 1er mars 1865. Il fit ses études à l’athénée et à l’Université libre et fut inscrit en 1886 au Barreau. Stagiaire de Paul Janson, membre et secrétaire du Conseil de l’Ordre, il collabora à La Réforme et professa à l’Université Nouvelle.
Le 22 avril 1913, il fut élu membre de la Chambre des Représentants en remplacement de M. Janson décédé. Rapporteur des projets de loi approuvant le traité de paix de Versailles, réglant l'occupation des territoires rhénans, déterminant l'administration des territoires d’Eupen-Malmédy, il ne quitta la Chambre que le 16 avril 1919 passa au Sénat le 20 novembre 1921.
Membre de de la Commission des Affaires étrangères de la Haute Assemblée, il prononça de nombreux discours au sujet de nos rapports avec la Hollande, de la convention belgo-luxembourgeoise, de la restauration économique de l’Autriche, de la Société des Nations. La question des langues aussi ne laissa jamais de le préoccuper.