Dewandre Edmond, Edouard, Joseph libéral
né en 1855 à Charleroi décédé en 1925 à Charleroi
Représentant 1904-1908 et 1912-1914 , élu par l'arrondissement de Charleroi(Extrait de La Meuse, du 1 décembre 1925)
On annonce de Charleroi le décès de M. Edmond Dwandre, président d'honneur de l’Association libérale d’arrondissement et ancien député.
M. Edmond Dewandre est né le 1er juin 1855. Il était le fils du sénateur et président du Sénat Dewandre de Haussy.
Il s’était employé avec M. Emile Brunet, à reconstituer le parti libéral en 1898. Le fruit de leurs efforts était leur élection à tous les deux.
En 1914, il quittait le Palais de Nation pour des raisons de santé.
Il laisse le souvenir d'un homme de grand cœur et d'une belle puissance. Il ne comptait partout que des amis, s'étant toujours employé à apaiser les conflits qui surgissaient au sein de son parti.
M. Dewandre sera vivement regretté.
(Extrait de La Gazette de Charleroi, du 1 décembre 1925)
M. Edmond Dewandre s'est éteint, dimanche, dans la soirée. La nouvelle était prévue. Et cependant quand nous l'avons apprise, une émotion nous a étreint le cœur. Car c'est une belle et noble figure qui disparaît, un bon citoyen dans toute l'acception du terme.
Edmond Dewandre était né à Charleroi, le 1er juin 1855. Il était le fils de M. Dewandre-de-Haussy, qui fut sénateur et président de la Haute-AssembIée.
Docteur en droit de l'Université de Bruxelles en 1879, inscrit au barreau en 1882, il entra dans la magistrature en 1883. Substitut du Procureur du Roi au tribunal de première instance de Charleroi, il eût assurément accompli une brillante carrière et accédé aux sommets de la hiérarchie. Mais des raisons de convenance personnelle l'amenèrent à donner sa démission pour remplacer son père en qualité de membre du Comptoir d'Escompte de la Banque Nationale.
II a traversé toute cette période de transition pendant laquelle il semblait que le parti libéral, coincé entre le parti catholique encore discipliné et le parti socialiste ayant tout la vigueur et les illusions de la jeunesse, dût renoncer pour longtemps à exercer un influence sur les destinées nationales. Le système électoral majoritaire écrasait d'ailleurs les élites sous le poids massif des suffrages d'une foule dominée par le sentiment plus que par la raison.
Et pourtant, il ne désespéra pas un seul jour. Aussi, en 1898, fut-il le collaborateur le plus résolu de feu Emile Buisset dans l'œuvre, singulièrement pénible, de réorganisation de l’ancienne Association libérale, disparue dans la débâcle. Il fallait réveiller les énergies assoupies, stimuler les scepticismes qui n’espéraient plus rien de l'action et se réfugiaient dans un découragement se confondant avec l'abdication. Ed. Dewandre fut un de ceux qui sonnèrent le ralliement et persuadèrent, par leur exemple autant que par leurs démarches, les déserteurs à reprendre leur place sous les plis du vieux drapeau. En 1902, lors de l'application de la R. P., grâce à ces premiers efforts, feu Emile Bertaux, président de l'Association reconstituée, entra à la Chambre. En 1904, M. Bertaux ayant renoncé à toute candidature, MM. Emile Buisset et Edmond Dewandre, furent tout naturellement appelés à lutter ensemble pour la conquête d'un second siège. Ce fut une campagne mémorable, marquée de meetings tumultueux. Mais les libéraux avaient confiance : un candidat comme M. Dewandre était une garantie de victoire qu’ils obtinrent en effet. Et M. Dewandre entra au Parlement avec M. Buisset, à qui il avait voué une affection vraiment fraternelle... En 1908, la manœuvre maladroite de quelques radicaux le fit échouer à quelques voix. Mais 1912 répara cette déception momentanée, et M. Dewandre, réélu à nouveau en 1914, donna sa démission, quelques mois avant la guerre, pour être remplacé par son suppléant, M. Briart.
Il remplit son mandai avec l'admirable conscience qu’il apportait dans tous ses actes.
Car il fut avant tout l’homme du devoir. Avec celui-ci, il ne transigea jamais en aucune circonstance. S'il était libéral avec tant d'ardente combativité, c'est parce qu'il avait la conviction profonde que le libéralisme représentait une force indispensable au bien et à l'existence même de la Belgique. Il était imprégné de cette certitude que la grandeur d'un peuple exige à la fois le respect de l'ordre, résultat d'une expérience née de l'évolution, et l'amour du progrès, toujours prêt à examiner sans égoïsme ni préjugé les réformes indispensables au perfectionnement constant de la société humaine. Le libéralisme qui n'établit aucune différence entre les citoyens selon leurs convictions philosophiques et leurs croyances religieuses, selon leur profession et la place qu'ils occupent, répondait aux aspirations les plus pures de son intelligence et de son cœur. Il n'a jamais désespéré, nonobstant l'âpreté des luttes actuelles, que l temps viendra où les hommes de bonne volonté comprendront enfin que la haine détruit mais ne saurait point construire, et que le salut commun est dans une coopération basée à la fois sur la tolérance, la garantie des initiatives individuelles, la pratique des préceptes de la solidarité.
Aussi, fut-il un animateur. Sa qualité de président, puis de président d'honneur de l'Association libérale, il disait à un des membres qui hésitait à assumer la charge qu'on voulait lui imposer : « Le devoir commande ! », toute discussion était close et toute résistance était vaincue. C'est qu'il incarnait. cette vertu trop affaiblie, hélas dans la conscience contemporaine, et c'est que son admirable désintéressement, son sens si droit de I' honneur, son dévouement qui avait surmonté sa répugnance d'exercer des mandats publics, étaient pour tous une leçon magnifique. Seule, la maladie l'a empêché d'assister aux dernières réunions de l'Association ; mais terrassé par la souffrance, il continuait à s'intéresser autant que jamais à ses travaux ; voici deux mois à peine, il en donnait encore une preuve aussi tangible que spontanée.
Nous nous rappelons ces paroles qu'il adressa, à quelques amis, en février dernier, au retour des funérailles de son camarade de lutte, Emile Buisset : « Il est parti. J’irai bientôt le rejoindre. Puissent les jeunes remplacer ceux qui s’en vont. Car se désintéresser de la chose publique, en ces temps d'incertitude et d'angoisse, c'est manquer à la première obligation civique !... »
Il associait, à une énergie exemplaire, une courtoisie exquise, spécialement envers les humbles dont sa discrète philanthropie soutint bien souvent la détresse aux mauvais jours. Pendant la guerre, il fut, comme tous ceux de sa famille, un patriote ardent et généreux, protecteur de toutes les œuvres qui permirent de maintenir, jusqu'à la victoire, le front intérieur.
Une maladie insidieuse a lentement miné sa force physique. Depuis plus d'un an, il dépérissait et s'émaciait. Ses amis suivaient avec tristesse les ravages trop certains du mal dont il n’ignorait point la gravité. II lui arrivait d'en parler, dans quelque cercle d'intimes, comme d'un phénomène inéluctable que la sagesse ordonnait de subir sang plainte vaine. La mort de son frère Franz l’avait vivement affecté. Il savait que son heure à lui ne tarderait plus. Il a vu venir la mort avec un stoïcisme émouvant. La souffrance ne lui a pas arraché un gémissement de révolte ou de faiblesse. Il a dicté sereinement ses dernières volontés puis, quand il fut incapable de proférer encore un mot, il écrivit sur une ardoise ses suprêmes désirs. •
Après quoi, il entra tranquillement dans l'éternel repos. Sa fin fut un exemple de résignation philosophique. Il ne redoutait point la mort, parce qu'il avait bien rempli sa vie...
Il a demandé des funérailles dans l’intimité. Le drapeau de l'Association ne s'inclinera pas une dernière fois sur le cercueil de son Président d'Honneur. Mais son souvenir demeurera comme celui d'Emile Buisset. Et sa pensée planera dans ces assemblées où il y a un nouveau vide.
Nous présentons à tous les siens l'expression émue des condoléances de la « Gazette de Charleroi » à laquelle il était attaché par tant de liens.