Delporte Victor, Alfred, Louis socialiste
né en 1855 à Dour décédé en 1914 à Dour
Représentant 1900-1904 et 1908-1912 , élu par l'arrondissement de Mons(Extrait de LIVRAUW F., Le Parlement belge en 1900-1902, Bruxelles, Société belge de Librairie, 1901, p. 297)
Médecin et maître de carrières à Basècles. - Fréquenta le Collège Saint-Augustin, à Binche, et le Séminaire de Bonne-Espérance : gradué en lettres en 1873 ; suivit les cours de l'Université catholique de Louvain : docteur en médecine en 1879. - Médecin agréé des Chemins de fer de l'Etat et du Bureau de bienfaisance, médecin-inspecteur des Ecoles et du Service d'hygiène, à Dour. - Membre du Comité de Boussu-Dour-Pâturages pour les habitations ouvrières, commissaire de la Société des hôtelleries ouvrières et des Aumôniers du travail, premier vice-président du Syndicat médical borain, président du Cercle Saint-Victor de Dour (1890), de la Fédération des Cercles ouvriers catholiques et Oeuvres ouvrières (1891), de la Société coopérative « La Fédération ouvrière » de Quaregnon, membre du Comité central de l'Association conservatrice de Mons depuis douze ans -. Elu représentant de Mons le 27 mai 1900.
(Extrait du Journal de Bruxelles, du 25 mars 1914)
D'un article que le Hainaut consacre à la mémoire de M. Victor Delporte, le regretté député de Mons, dont les funérailles, dont on lira le compte-rendu plus loin, ont eu lieu mardi, nous détachons ces lignes :
A l'époque où prit naissance le mouvement démocratique qui se dessina la suite de l'encyclique Rerum novarum sur la condition des ouvriers, Victor Delporte fut de ceux qui se lancèrent dans le mouvement avec une sincérité qui excluait toute arrière pensée. Aucune vue personnelle et intéressée ne hantait son esprit. Il voulait relever la condition morale et matérielle de l'ouvrier ; mais il apportait dans ce rôle prudence, modération, réflexion ; il ne connaissait pas la vaine ostentation, encore moins la fantasmagorie des mots et la blague des modernes metteurs en scène du parti socialiste.
Il devint très populaire dans les milieux ouvriers qui reconnaissaient en lui un ami dévoué chez lequel il n'y avait aucune préoccupation de gloriole ou d'avantages pratiques.
Il contribua à la fondation des Cercle ouvriers qui s'élèvent maintenant dans un grand nombre d'importantes localités du Borinage et à l'inauguration desquels nous avons assisté avec lui.
La réputation lui vint et sa parole eut l'occasion de retentir dans tous les coins de la Wallonie.
Il n'avait pas l'éloquence exercée de l'avocat qui fait assez fréquemment une profession de l'art de bien dire. Son éloquence venait du cœur ; elle était naturelle, simple, mais élevée. La phrase se sentait de l'habitude de vivre au milieu d'une population qui aime plus la vérité et la franchise que la recherche du style. Il n'était jamais plus intéressant que dans les discours où il faisait vibrer la corde sentimentale. Il entraînait les masses par sa bonhomie, par sa prise de possession des cœurs et alors il atteignait la hante éloquence. Son discours jaillissait d'une source pure que rien de mesquin n'altérait. Il fut réellement un tribun populaire, captivant, entraînant, parce que convaincu et soucieux seulement du bien à faire autour de lui.
Président de la Fédération catholique boraine, il lui donna de la cohésion et de la vie ; son autorité, qui avait quelque chose de paternel, s'exerçait discrètement et s'adoucissait encore sous l'influence ambiante. Il avait une bonne volonté mue par les plus nobles sentiments : son esprit de conciliation et sa bonté rendaient toutes choses faciles et c'est lui qui maintenait partout la bonne entente et la concorde, source de fécondité et de progrès pour le parti catholique.
C'est un point que l’on ne devrait jamais oublier, surtout à la veille de luttes qui doivent de confirmer le succès de notre cause.
Au Parlement, où a popularité l’avait porté, il ne joua pas un rôle prépondérant auquel il n’aspirait du reste pas ; mais il tint sa place dignement, fut un fidèle soldat du devoir et intervint en député réfléchi dans toutes les questions où l’intérêt de ses chers ouvriers du Borinage était en jeu.
Avec ses intimes, il était jovial, enjoué, plein d'un abandon sans réticences et sans réserves ; accueillant à la mode simple et large d'autrefois. ll avait le culte wallon du verre de l'amitié dont la saveur s'affirme en compagnie des camarades ; il pratiquait l’hospitalité avec une délicatesse charmante. Il était chez lui un campagnard fier des vignes taillées par lui entre deux meetings et de son jardin cultivé de ses mains selon la méthode des connaisseurs et des passionnés de l’art horticole où il trouvait repos momentané et réconfort.
(Extrait du Patriote, du 23 mars 1914)
Samedi matin, se répandit à Mons et dans le Borinage la triste nouvelle de la mort de M. Victor Dlporte, docteur en médecine et député catholique de l’arrondissement de Mons, décédé, vendredi, à Dour.
Rentré vendredi soir, à 9 heures, M. le docteur Delporte fut pris, dix minutes après son arrivée chez lui, d’étouffement et s’affaissa. Quelques instants après, son état était devenu désespéré. Un prêtre fut mandé. Lorsqu’il arriva, M. Delporte avait cessé de vivre.
M. le Dr Delporte était né à Dour en 1855.
D’une extrême affabilité, d’une cordialité accueillante et d’une bonté exquise, il avait conquis l’affection de tous ceux qui le connaissaient. Sa serviabilité était sans bornes.
Il accepta en 1894 une place de candidat sur la liste catholique de l’arrondissement de Mons et fut élu [note du webmaster : erreur du journaliste]. Son mandat lui fut depuis successivement renouvelé, en 1900, en 1908 et en 1912.
M. Delporte était très populaire.
Il fut avec M. Alphonse Harmignie et M. le docteur Depuis, de Quaregnon, le fondateur de la Fédération catholique boraine.
Son suppléant est M. Edouard Servais de Mons.
M. Delporte était commandeur de l’ordre de Saint-Grégoire le Grand et chevalier de l’ordre de Léopold.
Le parti catholique perd en lui un de ses chefs les plus respectés.
Nous présentons à la famille du défunt l’expression de nous chrétiennes condoléances
(Extrait du Peuple, du 22 mars 1914)
Le docteur Victor Delporte, député catholique de Mons et maître de carrière, vient de rendre l'âme, subitement. Il était rentré de la Chambre, vendredi, à Dour, lorsque la congestion le terrassa. Il était né en 1855.
C'est une personnalité pittoresque qui disparaît du Parlement ; au physique, le docteur Delporte était toute rondeur. Et l’on s’attendait à trouver chez ce gros homme, haut en couleur, au geste arrondi, la jovialité et l'humour d'un joyeux Borain. Mais il était d'un cléricalisme intraitable et, à défaut de combattre âprement le socialisme - ce qui était au-dessus de sa taille - il se contentait d'haïr copieusement les socialistes. Elu sous le patronage du Patriote, il apportait à la Chambre les méthodes de discussion de ce journal. C'est dire que chacune de ses interventions provoquait l'orage. Et c'est aussi ce qui expliquait que, tout naturellement, on l'opposait à notre Delporte, celui que tout le monde dans l’hémicycle, appelle le bon Delporte.
Il convient de dire cependant que lorsqu'on discutait les questions d'hygiène, le médecin qui était en lui se dépouillait de ses rancunes politiques et arrivait à faire oublier l'intempérance de ses apostrophes.
Il lui arrivait parfois de mieux voter qu'il ne pariait, témoin son attitude dans le vote sur le projet Mabille relatif aux machinistes des charbonnages.
Dans certains milieux catholiques borains, Victor Delporte jouissait d'une très grande popularité et sa mort inopinée enlèvera une force à la liste gouvernementale.
Il sera remplacé, pour un mois de session, par l'avocat Edouard Servais, premier suppléant du parti catholique.
(JOURET A., Victor Delporte, dans Nouvelle biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1988, t. 1, pp. 57-60)
DELPORTE, Victor, Alfred, Louis, docteur en médecine, homme d'œuvres, né à Dour le 18 août 1855, décédé à Dour le 20 mars 1914.
Fils du clerc paroissial de Dour, il est le septième enfant d'une famille en comportant huit. «Elève remuant et indépendant de caractère», Victor fait ses petites classes à Dour avant d'entamer ses humanités au Collège Saint-Augustin, à Binche, de les poursuivre à Bonne-Espérance et de les achever au Collège de la Tombe à Kain.
Après ses humanités, il s'inscrit à l'Université catholique de Louvain. Gradué en lettres en 1873, il entame des études de médecine, devient l'interne du docteur Michaux et décroche son diplôme en 1879. Pendant ses études universitaires, il tient plusieurs meetings dans l'auditoire du Collège du Pape et, notamment, le 21 février 1878, lors de l'élévation de Léon XIII au Pontificat.
Docteur en médecine, il s'installe tout d'abord à Thulin. Pour des raisons idéologiques, il entre en conflit avec le bourgmestre libéral du lieu. Les édiles déclenchent une « guerre scolaire » et, à cette occasion, Victor Delporte déploie une intense et efficace propagande en faveur de l'enseignement libre local. Lors de son passage à Thulin, il devient le « médecin des charbonnages » : il est chargé d'apporter les soins nécessaires aux ouvriers dépendant des sociétés industrielles boraines de résidence à Thulin. Il devait y laisser un excellent souvenir. En 1887, lorsqu'il quitte le village, relate-t-il plus tard, la presque unanimité des mineurs lui envoie une adresse pour le remercier de ses attentions.
Après un bref séjour à Roisin, il s'installe définitivement à Dour, au quartier des Plantis, où il fonde une famille. Le 14 mai 1888, il épouse Elisa, Marie, Louise Thibaut. Des trois enfants qui voient le jour, seul l'aîné, Louis, survit.
Dès son arrivée à Dour, Victor Delporte s'établit solidement dans sa commune natale. Il devient l'un des membres du conseil de fabrique de l'église Saint-Victor et prodigue des soins aussi bien à une clientèle bourgeoise et aisée qu'aux ouvriers. Il est d'ailleurs immédiatement attaché au Bureau de bienfaisance : le 20 décembre 1887, il est chargé de donner des soins aux indigents. Nommé secrétaire du Bureau de bienfaisance le 15 janvier 1888, il est rapidement confirmé dans ses fonctions de « médecin des pauvres » et le sera régulièrement tous les trois ans. C'est en cette qualité qu'il procède désormais chaque année, entre autres, aux vaccinations des indigents.
Le 19 décembre 1887, il est aussi appelé à devenir médecin-inspecteur des écoles gardiennes et primaires communales et du service d'hygiène de Dour. Il reste attaché à ces fonctions jusqu'en 1889. Enfin, il exerce encore pendant quelque temps les charges de médecin agréé des chemins de fer de l'Etat. Soupçonné de complaisance vis-à-vis des ouvriers et n'étant donc pas apprécié, il ne tarde pas à démissionner. Cela ne l'empêche pas de recevoir une distinction en 1909 ; par arrêté royal du 8 juillet, le médecin du Bureau de bienfaisance de Dour se voit décerner la médaille de première classe en récompense des services qu'il a rendus dans le cours d'une carrière de plus de vingt-cinq années.
Immédiatement après la promulgation, le 15 mai 1891, de l'encyclique sur la condition des ouvriers, l'encyclique Rerum Novarum de Léon XIII, Victor Delporte, comme plusieurs autres personnalités catholiques, répond favorablement à l'appel du pape. Delporte, fortement influencé par le père Lebrocquy, prépare alors la création d'un nouveau Cercle ouvrier, dans son village. Il réunit autour de lui deux cents membres environ et, un an plus tard, une association est officiellement fondée. Il en est le président et son ami, Aimé Rousseau, le secrétaire. Le dimanche 23 octobre 1892, le Cercle ouvrier Saint-Victor est inauguré; animé par son président, il remporte un succès certain et est vite considéré comme l'un des mieux organisés et des plus prospères du Borinage. Cependant, en 1893, il ne compte qu'un dixième des effectifs ouvriers dourois et il ne devait jamais dépasser de beaucoup cette importance. Cet exemple suscite néanmoins la création, dans d'autres communes, de Cercles et de Maisons d'ouvriers, placés sous l'égide tutélaire du clergé et qui, selon Victor Delporte, servent « d'asiles à ces braves ouvriers qui ne voulaient pas s'enrôler sous les plis du drapeau rouge du socialisme révolutionnaire ». A la fin de 1893, Delporte a organisé pour son cercle dix conférences qui réunissent jusqu'à cinq cents auditeurs.
Au courant de cette même année 1893, en avril, se concrétise un autre objectif de Victor Delporte, celui de fédérer les cercles et les patronages ouvriers chrétiens. C'est à Dour que la Fédération catholique boraine voit le jour. Victor Delporte en devient immédiatement le président.
Dès 1895, il élargit les cadres de la fédération qui regroupe désormais les cercles ouvriers mais aussi les cercles d'études sociales, les œuvres économiques ouvrières, « qui auront pour base de leur programme le respect de la religion, de la famille et de la propriété ».
Victor Delporte accepte de donner régulièrement des conférences qui traitent de problèmes médicaux et consacrées, par exemple, à l'alcoolisme ou au ver ankylostome. Ses exposés politiques sont aussi très suivis par les ouvriers chrétiens auprès desquels il obtient toujours de bons succès.
En septembre 1894, l'Association constitutionnelle et conservatrice de l'arrondissement de Mons et la Fédération catholique boraine présentent une liste commune aux élections législatives. Delporte occupe la seconde place, derrière Adolphe Corbisier. En dépit des efforts conjugués des deux groupes, l'arrondissement de Mons est entièrement acquis aux socialistes. Victor Delporte, alors unanimement considéré comme le chef de la « démocratie chrétienne » dans le Borinage, lance des appels à la jeunesse catholique afin de s'opposer à « l'égout du collectivisme ». Lors des élections - particulièrement agitées - de mai 1898, Delporte occupe la première place de la liste commune de la Fédération catholique et de l'Association conservatrice ; c'est de nouveau l'échec pour les candidats catholiques. Deux années plus tard, Alphonse Harmignies et Victor Delporte, les principaux représentants des deux groupes politiques, sont enfin élus le 27 mai 1900.
A la Chambre, Delporte défend les intérêts économiques de son arrondissement (il réclame l'amélioration de l'organisation des chemins de fer, la création d'une gare à Wihéries afin de permettre le développement de la carrière de cette localité, la rectification du cours de la Honnelle, l'amélioration des routes dans le canton de Dour, ...) mais s'intéresse surtout au sort de l'ouvrier (il se penche sur les problèmes des charbonnages, la sécurité du mineur...) et exige que les conditions de vie des populations ouvrières soient améliorées (il évoque à plusieurs reprises les problèmes d'hygiène alimentaire, de santé publique, la lutte contre l'alcoolisme... Il souhaite la multiplication des sanatoriums, des dispensaires, des bains populaires ainsi que la mise en place d'une distribution d'eau potable).
Il continue aussi à appeler la jeunesse catholique à l'action ; il est nécessaire, déclare-t-il, « d'aller au peuple », de le soutenir par un « généreux appui », de développer la propagande catholique par la presse et les conférences. Il réussit d'ailleurs à s'assurer la collaboration politique de l'un des journaux dourois, L'Indépendant du Borinage - « le Moniteur des cléricaux dourois », d'après L'Avenir du Borinage, journal socialiste - qui le soutient sans restriction ; il est aussi parvenu à mettre en place des comités de presse un peu partout dans le Borinage.
Dès 1904, la lutte électorale est de nouveau engagée ; le mandat parlementaire de Delporte arrive à terme et les partis socialiste et libéral songent à le récupérer... Le député multiplie les meetings et insiste particulièrement sur les progrès réalisés en matière de législation sociale grâce au Gouvernement catholique. Le 29 mai, il est éliminé ; le candidat malheureux déclare immédiatement que s'il est battu, il n'est pas toujours abattu et «q u'il allait se remettre au travail, plus ardent, plus dévoué, plus déterminé que jamais ».
A la fin du mois de mai 1905, Delporte participe à l'organisation du Congrès des Œuvres catholiques de l'arrondissement de Mons. Président de la première section, consacrée aux « Œuvres ouvrières, prévoyance et mutualité », il rédige un rapport intitulé Les Cercles ouvriers catholiques. Pendant cette année 1905, il réorganise la Fédération catholique boraine en vue d'améliorer la propagande destinée aux milieux ouvriers et de mieux affirmer son rôle « dans les questions et les intérêts démocratiques ». Des associations religieuses, des mutualités, des jeunes gardes, des cercles de gymnastique, le bureau de placement, des œuvres agricoles, les « habitations ouvrières », des œuvres d'enseignement... rejoignent alors la fédération. Victor Delporte lance encore des appels à l'organisation des syndicats chrétiens nécessaires pour l'amélioration du sort de l'ouvrier ; son action obtient des résultats inespérés. Le dimanche 23 mars 1907, les statuts d'une fédération de ces syndicats chrétiens sont discutés et admis ; la Fédération des Francs-Mineurs est alors fondée. Elle regroupe à ses débuts onze syndicats, « des associations professionnelles toutes imprégnées de l'idée chrétienne et destinées à promouvoir et maintenir la paix par la concorde entre les deux grands facteurs de la vie industrielle : le capital et le travail (...) », note Victor Delporte.
L'activité incessante et les efforts nombreux de Delporte, le « pilote de la Fédération catholique boraine » et le « phare du parti catholique du Borinage », allaient être reconnus d'une façon éclatante. Le 11 juin 1907, il est nommé, par motu proprio du pape Pie X, Commandeur de l'Ordre de Saint Grégoire le Grand, une distinction qui n'était que très rarement accordée « comme un hommage rendu par la plus haute autorité du monde à des mérites sans nombre ».
Aux élections communales de Dour, en octobre 1907, les catholiques remportent un succès retentissant et envoient un deuxième et un troisième élu siéger au conseil communal : Victor Delporte et Léon André. Les socialistes, quant à eux, y installent leurs deux premiers représentants. Victor Delporte allait se manifester en maintes circonstances. Il combat vivement la présentation par le groupe socialiste d'une proposition d'un vœu en faveur du suffrage universel à émettre par le conseil communal (janvier 1908) ; il refuse aussi, par exemple, d'appuyer le vœu du conseil tendant à supprimer la garde civique active dans le pays (août 1909)...
A l'occasion des élections législatives de mai 1908, il récupère son siège à la Chambre il le conservera jusqu'à son décès. Dès le début de la grève des mineurs borains de janvier-février 1912, il tente, avec les Francs-Mineurs, de trouver le règlement du conflit social ; tous ses efforts se soldent par un échec. Cependant ses interventions à la Chambre - en tant que médecin, il décrit la situation concrète des ouvriers - sensibilisent sans doute les responsables politiques. Toujours est-il que le 12 février, Armand Hubert, ministre de l'Industrie et du Travail, propose à la Chambre une loi qui, votée le jour même, apaise les esprits.
Aux élections législatives du 2 juin 1912, il est réélu ; le triomphe inattendu du parti catholique provoque le mécontentement d'une bonne partie de la classe ouvrière et divers mouvements de grèves. Les socialistes exigent le suffrage universel pur et simple ; Delporte s'insurge contre cet objectif, affirme que le suffrage universel ne modifiera pas la situation matérielle des ouvriers, ne changera rien à la majorité et conclut que le Gouvernement ne doit rien céder devant la menace.
A la Chambre, Victor Delporte se consacre alors tout particulièrement aux problèmes de l'organisation des conseils de prud'homme, de la mise en place de la pension de vieillesse des mineurs, de la limitation du temps de travail des mineurs à 9 ou 8 heures par jour, de la rémunération des miliciens ; il se préoccupe beaucoup de la situation sanitaire du Borinage et déplore le manque d'asiles, d'orphelinats, d'hôpitaux et d'œuvres de bienfaisance en général ; il évoque aussi la nécessité de régulariser le cours de la Honnelle, une petite rivière qui provoque régulièrement des inondations à Roisin, Angreau, Quiévrain..., et d'améliorer la qualité des voies de communication dans le canton de Dour et la région du Borinage.
Médecin, député, président de la Fédération catholique du Borinage, de la Société anonyme L'Economie, une coopérative, administrateur de la société de prêts pour la construction d'habitations ouvrières, L'Epargne Ouvrière, président du Cercle Saint-Victor, commissaire de la société des Hôtelleries ouvrières et des Aumôniers du Travail, premier vice-président du Syndicat médical borain, membre du comité central de l'Association conservatrice de Mons, membre du comité du patronage des habitations ouvrières et des institutions de prévoyance du canton de Dour, Victor Delporte exerce encore des activités industrielles ; il est en effet « maître de carrière » et est intéressé à une exploitation de marbre à Roisin.
En mars 1914, Victor Delporte est affligé par le décès inopiné de l'un de ses frères mais il continue à travailler assidûment sans se préoccuper de symptômes inquiétants pour sa santé... Le 20, de retour de la Chambre des représentants, il succombe à une embolie. La nouvelle frappe de stupeur ses amis et ses ennemis qui, tous, lui rendent un solennel hommage. Ainsi, par exemple, Désiré Maroille, député socialiste borain, déclare-t-il à la Chambre : « M. Delporte était pour nous un adversaire implacable. Il combattait nos idées sans répit, avec acharnement mais avec les plus sincères convictions. C'était un adversaire loyal ».