Dejardin Joseph socialiste
né en 1873 à Grivegnée décédé en 1932 à Beyne-Heusay
Représentant 1909-1932 , élu par l'arrondissement de Liège(Extrait de La Wallonie, du 29 octobre 1932)
La classe ouvrière est en deuil. Joseph Dujardin est mort.
Depuis quelques jours, les amis de Joseph Dejardin avaient été prévenus qu’il était très malade. Il y avait plusieurs mois, on s’en souvient, qu’il avait été frappé par le mal qui l’a finalement tué.
Jeudi déjà, la fin de notre ami était attendue.
Vendredi, à 2 h. 25 de l’après-midi, dans sa modeste maison de Beyne-Heusay, le leader des mineurs, entouré des siens, de ses enfants et de ses proches désespérés, rendait le dernier soupir.
Ce chagrin, partagé par tous les socialistes de ce pays, ce deuil éprouvé par toute l'Internationale des Mineurs, nous les éprouvons plus particulièrement dans cette maison du journal Le Peuple où Joseph Dejardin était des nôtres, non seulement par une collaboration assidue autant que précieuse, mais aussi par sa participation au conseil administratif de la « Presse Socialiste ». C'est ici, dans la fervente attention qu'il portait aux choses de l'esprit, au développement de la culture intellectuelle des masses laborieuses, que noue avons pu mieux connaître quelles hautes préoccupations habitaient sa pensée, quelle richesse contenait ce cœur d'ouvrier loyal, rude, malicieusement spirituel, mais infiniment bon.
Sur cette maison où il ne reviendra pas, comme il se plaisait à dire, « réchauffer son esprit », nous hissons ce drapeau rouge qu'il a servi toute sa vie. Mais c'est un drapeau de deuil, alors que nous espérions jusqu'au bout le voir près de nous pour déployer le prochain drapeau de victoire
Frans FISCHER
Sa vie
Joseph Dejardin est le modèle de l’ouvrier s’instruisant lui-même pour servir la cause prolétarienne. Deuxième fils d'un ouvrier mineur, ayant à charge une nombreuse famille, le jeune Joseph, né Grivegnée le 21 mars 1873, ne put suivre que très irrégulièrement l'école primaire qu'il abandonne dès l’âge de dix ans. A onze ans. il travaille au charbonnage et tout naturellement entre dans la vie du jeune prolétaire abandonné en grande partie à lui-même. Mais intelligent, combatif, travaillé par l'esprit de justice, il assiste. intéressé et observateur, à des assemblées de groupements ouvriers qui, alors, avaient souvent une vie éphémère. A ce moment - 1886 - en présence des salaires réduits à 2 francs par jour, des grèves éclatent au Pays de Liége et au Pays de Charleroi. Le Parti Ouvrier qui vient de s'organiser cristallise les revendications prolétariennes et crée des groupements plus ordonnés et plus solides.
Vers l'âge de seize ans, Joseph Dejardin abandonne définitivement les jeux bruyants et les fêtes un peu querelleuses de la jeunesse de cette époque. Il répudie l'alcoolisme et s'adonne, avec une volonté tenace, à tout ce qui peut lui permettre de s'élever moralement et intellectuellement. Toutes ses pensées sont vouées dès lors à la cause ouvrière. Il réapprend en quelque sorte à lire, puis il étudie les problèmes ouvriers. II entre dans les comités des groupes socialistes de sa commune. A la même époque, son ami Arnold Boulanger, par un effort de volonté parallèle, abandonne, lui aussi, la vie trop bruyante des jeunes gens de l'époque.
Tous deux entrent au syndicat des mineurs et jouent un rôle prépondérant dans les grèves de mineurs, qui se déroulent de 1890 a 1900.
Entré vers 1894 au Comité de la Fédération des mineurs de la province de Liége, le rôle de Joseph Dejardin va devenir prépondérant dans toute la région liégeoise, mais encore dans les congrès nationaux des mineurs belges. Son clair bon sens et l'assiduité avec quoi il suit le mouvement des travailleurs de la mine le font appeler siéger au Comité de la Fédération Nationale des Mineurs. Dans l'entretemps, son discernement des attitudes à prendre dans l'intérêt des travailleurs, la volonté ferme et courageuse qui ne cesse de l'animer, lui acquièrent une influence et un ascendant tels qu'il est appelé aux fonctions difficiles et périlleuses de Président de la Centrale des Mineurs de la province de Liége. Sous sa direction, à la fois ferme et habile, il parvint, aidé par une équipe admirable de bons compagnons, à donner une vigoureuse impulsion à l'organisation des mineurs liégeois qui servit souvent de modèle aux autres fédérations.
Celles-ci ne tardèrent pas d'ailleurs à l'appeler à la présidence de la Fédération Nationale des Mineurs où, encore, il fit preuve de tact, de fermeté et d'une connaissance approfondie de la situation des travailleurs des charbonnages.
Depuis 25 ans, il représentait les mineurs belges dans les congrès internationaux des prolétaires de la mine. Successivement membre du Comité international, vice-président, il avait été désigné à l'unanimité, au dernier congrès de Londres, aux fonctions si importantes de Président de la Fédération Internationale des Mineurs.
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Lecteur infatigable, doué d'une mémoire exceptionnelle, Joseph Dejardin ne tarda pas à se faire entendre dans toutes les réunions du Parti Ouvrier.
En 1903, il entre au Conseil Communal de Beyne-Heusay. Le 18 janvier 1908, il est appelé aux fonctions d'échevin. Au moment de l'invasion allemande, il remplit celles de premier échevin. Les Allemands incendient les villages avoisinant le fort de Fléron et de nombreux civils sont fusillés. Mandataire de sa commune, Joseph Dejardin défend celle-ci contre les exactions allemandes et parvient à lui éviter l'incendie. Il est pris comme otage et c'est encore lui, pourtant le plus visé, qui ragaillardait ses compagnons d'infortune.
En hommage à cc courage, M. Berryer, ministre de l'Intérieur, au nom du gouvernement belge, le nomma bourgmestre. Il fut le premier socialiste nommé officiellement premier magistrat communal.
Quelques jours après d’autres nominations suivirent. Joseph Dejardin avait déclenché le mouvement. Plus tard, l'occupant ne parvenant pas à l'intimider, l'emmena en captivité en Allemagne. Sa déportation dura de 1916 à 1917.
Il nous revint fatigué. mais aussi courageux et aussi décidé que jamais. Qui sait, c'est peut-être là qu'il contracta le germe de la maladie qui le fit souvent tant souffrir. Comme administrateur communal, il fit preuve d'une capacité exceptionnelle et reconnue par tous. amis et adversaires. Que d'administrateurs communaux sont allés lui demander conseil ! Administrateur d'élite, les électeurs de Beyne-Heusay lui ont constamment renouvelé leur confiance.
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Propagandiste inlassable, dès 1898, il parcourt l'arrondissement de Liége. les régions industrielles et les campagnes, pour exposer le programme et l’idéal socialistes.
De 1904 à 1909, notre vaillant ami représente le canton de Fléron au Conseil Provincial. Il s'y fit immédiatement remarquer par son activité et sa connaissance profonde des questions ouvrières et des problèmes administratifs.
La Fédération Liégeoise du Parti Ouvrier l'avait désigné comme candidat suppléant à la Chambre des Représentants où il entra le 14 décembre 1909 au décès de notre toujours regretté camarade Alfred Smeets. Depuis lors, son mandat lui a toujours été renouvelé parmi les premiers de la liste socialiste.
C'est surtout à la défense de ses anciens compagnons de travail des mines que Joseph Dejardin consacra le meilleur de son activité parlementaire.
Avec ses amis Maroille, Mansart, Falony, Lombard. Achille Delattre, tous anciens mineurs. il arrache à nos gouvernants des lois multiples de protection des prolétaires de la mine : pensions des mineurs, inspection des mines, maladies professionnelles, paiement des salaires, diminution de la journée de travail, enquête sur le travail de fond, maladies des mineurs, accidents de charbonnages, commerce des charbons, etc.
Ses interventions dans les budgets des travaux publics, de l'instruction, les lois sur la milice, les loyers, les finances, etc., etc.. étaient toujours marquées au coin du meilleur sens des réalités.
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Depuis la guerre, qui dira jamais les services qu'il a rendus dans les commissions de charbons, à la commission technique chargée d'étudier le régime à appliquer aux minéraux disponibles et le statut des mines dont l'Etat viendrait à se réserver la propriété.
Combien son tact, sa son esprit de justice et la possession des éléments du débat, ne lui ont-ils pas permis d'obtenir d'avantages pour les travailleurs des charbonnages, au sein de la Commission Nationale Mixte ayant pour but de trouver des solutions pacificatrices dans toutes les questions concernant le travail des mines ?
Les résultats que Joseph Dejardin a obtenus dans ce domaine sont considérables.
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Notre cher ami Joseph a prouvé qu’une grande volonté mise au service de l'intelligence et d'un dévouement à toute épreuve à la cause socialiste pouvait faire d’un ouvrier un orateur, un bourgmestre, un député de grande valeur.
Non content de parler et d'agir pour le Parti Ouvrier il a voulu aussi aider à faire l'éducation des travailleurs par la plume. Dans les journaux hebdomadaires. ensuite dans la Revue de la Fédération Nationale des Mineurs et, enfin, dans Le Peuple et La Wallonie, il écrivit des articles très remarqués et très appréciés.
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Nous écrivons cette biographie sous le coup de la plus vive émotion.
Lorsque pendant près de quarante ans on a œuvré côte à côte, d'accord pour la même cause et le même idéal ; quand ensemble, dans des conditions autrement difficiles que celles d'aujourd'hui ; quand il a fallu lutter au milieu de tant d'obstacles, une amitié d'une profondeur impossible a décrire lie les hommes à jamais.
Joseph Dejardin était d'ailleurs un cœur d’or, dévoué jusqu’au bout à ses amis et au Parti, dévoué sans limite à sa famille qu'il adorait.
En ce jour de profonde tristesse me revient à l'esprit le dévouement sans bornes de sa bonne mère et l’affection de la mienne à Joseph Dejardin. Ce sont là des souvenirs qu’aucun mot ne peut exprimer.
Le deuil qui frappe sa dévouée compagne, ses enfants, ses sœurs, le prolétariat des mines, la Fédération Liégeoise, le Parti Ouvrier Belge tout entier, sera ressenti par tous ceux qui ont connu Joseph Dejardin.
Nous adressons ici, à tous, l'expression de nos condoléances les plus émues.
Cet homme qui a tant fait de bien dans sa vie honore la classe ouvrière. Son souvenir ne périra pas et longtemps, il sera donné en exemple aux travailleurs.
Notre cher et vaillant Joseph Dejardin a bien mérité de la classe ouvrière et du pays.
Il a vécu pour eux. Sa mémoire vivra à jamais dans nos cœurs et dans nos esprits. Des hommes comme Joseph Dejardin font désormais parti de la pensée socialite.
Léon TROCLET.
(Extrait de La Wallonie, du 29 octobre 1932)
De ce Parlement qu'un décret royal dissout et dont le temps emporte désormais l’image qui s'effacera bien vite, Joseph Dejardin était une figure représentative aussi saillante que profondément burinée. Et qui demeurera par cela même qu'elle s'inscrit dans le bloc dur, solide et massif d'une œuvre sur laquelle ni les coups de l'adversité ni l'usure des ans n'ont de prise : la force du prolétariat minier de ce pays.
C'est pour servir cette force, pour épanouir son rayonnement en œuvres législatives de réparation d'injustices, de redressement d'abus, d'élargissement de droits, de protection de la santé, de la sécurité, de la dignité et des droits essentiels de vie des ouvriers houilleurs, que Dejardin est entré au Parlement et qu'il y a accompli sa tâche avec vigueur, honnêteté et une puissante autorité.
Ce n'était pas le premier ouvrier mineur qui s'était présenté à cette barre pour plaider la cause des siens. Avant lui, d'autres étaient apparus au Palais de la Nation et leurs paroles émouvantes semblaient être le cri de l'humaine détresse surgissant des entrailles mêmes de cette terre sous laquelle ils accomplissent leur tâche de damnés.
Mais ces esclaves-là, l socialisme, dont les mineurs furent de tout temps les premiers et les plus fervents adeptes, les avait déjà appelés à la lumière. Des hommes comme Dejardin, mêlés aux luttes de cette classe ouvrière si éveillée, si sensible et si subtile de Liége, la Cité Ardente, accoutumes à la vie du syndicalisme moderne, pourvus d'instruction et de culture, attentifs à tous les phénomènes de cette époque tourmenté qui crée de l'histoire à chacun de ses pas, ces hommes ont dépassé l'étiage de ce héros obscur et méconnu qu'on nommait le meneur rouge et qui ne pouvait qu'exhaler les plaintes de sa misère et crier la chaude colère de sa révolte.
S'ils gardent l'ardeur de leur foi socialiste, ils y ont ajouté ce sens perspicace des réalités, cet instinct des solutions de bon sens, ce don d'utilisation des leviers de commande de la force ouvrière et cette habileté stratégique, que dirais-je, diplomatique, que seules la pratique, l'expérience, la connaissance des hommes et des choses peuvent donner.
S'ils possèdent en eux cette chose indéfinissable et mystérieuse qu'on appelle le fluide sympathique, si leur parole est sensée, vigoureuse, si leur pensée est nette avec projetions droites, si leur voix a la vibration qui révèle qu'elle vient du cœur, si le son qu'elle rend est clair et probe, ces hommes ont en eux le secret qui d'une parole fait un acte.
Ainsi s'explique l'autorité confiante et le prestige qu'il acquièrent dans les masses ouvrières : ainsi se conçoit pareillement que dans les milieux adverses et neutres ils arrivent à démentir la version qui veut qu'un discours change parfois une opinion, mais jamais un vote.
Joseph Dejardin était de cette trempe. On ne s’e n serait guère doute en le voyant pénétrer dans l'hémicycle parlementaire.
Long, déhanché, dandelinant dans ses vêtements modestes parmi lesquels, dans ces derniers temps, tout son corps décharné semblait flotter, il s'avançait modeste et effacé vers les travées d'extrême-gauche où toutes les mains s'avançaient pour presser les siennes.
Une brindille éternellement verte fleurissait perpétuellement sa lèvre à la manière du roseau du passeur d'eau de Verhaeren. Ce détail pittoresque et la flamme de grands yeux profonds qu'arrondissaient les verres des bésicles complétaient cette physionomie originale. Quand il parlait, l'attention se trouvait tout d'abord rebutée par le rythme traînant, les hésitations d'une pensée qui semblait ne pas vouloir se livrer.
Ce n'était pas coquetterie oratoire mais volonté de dire, en termes appropriés et mesurés, la chose exacte et juste. Mais la raison raisonnante était bien vite rattrapée par l'émotivité et la passion, et alors le discours, tant par les situations poignantes qu'il évoquait que par la hauteur, la dignité et la noblesse des sentiments qu'il exprimait, forçait I attention, concentrait le respect autour de cette belle figure d'ouvrer intellectualisé.
Et quand on ne se rendait pas à l'irréfutable logique d'un argument-massue, on se trouvait tout surpris d'avoir été, on ne sait comme, capté par le démon de l'éloquence.
Pendant plus de vingt ans, Joseph Dejardin a agi et parlé de la sorte au Parlement où, sans cesse, son autorité grandissait et où, qu'il fût dans la majorité gouvernementale ou dans l'opposition socialiste, avec Achille Delattre, Falony et Lombard, il obtint pour les travailleurs de la mine d'incommensurables avantages.
Nous nous représentons quelle doit être la douleur de ses frères de travail et de combat qui, dans la grande algarade de juillet dernier, s'affligèrent de le savoir gravement malade alors que, vigoureux et bien portant, il eût été, comme toujours, à la pointe du combat.
(Extrait du Journal de Charleroi, du 29 octobre 1932)
Le prolétariat belge tout entier, et plus particulièrement la classe ouvrière des mines, apprendront avec une émotion infiniment douloureuse la mort de notre ami et collaborateur Joseph Dejardin, président de l'International des mineurs, président de la Fédération nationale des mineurs belges et député de Liége.
Joseph Dejardin est né à Grivegnée le 21 mars 1873.
Toute sa vie fut consacrée à la défense des droits de ses frères de la mine. Il apporta à cette tache une ardeur, une ténacité et un dévouement sans limites.
Son action dans le domaine du syndicalisme fut des plus fécondes, son influence au parlement était considérable.
Elu conseiller communal à Beyne-Heusay (sa localité d'adoption) en 1903, il fut nommé échevin en 1908, puis bourgmestre en 1914.
Vint la guerre, Joseph Dejardin fut déporté pendant un an !
Il fut le délégué des associations ouvrières au sein de la Commission mixte des mines et membre du Conseil supérieur du travail.
Joseph Dejardin est élu député en 1909 et dès lors prend une part extrêmement active dans les discussions relatives à de nombreux projets de loi.
Ses interventions portent à la fois la marque du meilleur bon sens et du plus parfait désintéressement. Elles sont toujours dictées par un cœur débordant de générosité et d'altruisme.
A son sujet, notre collaboratrice Yvonne Dusser nous dit :
On rencontre parfois des hommes qui, par leur grandeur d'âme et leur simplicité réhabilitent le genre humain.
Joseph Dejardin était de ceux-là. Il était âgé d’une dizaine d'années lorsqu'il descendit à la mine. Il conta plus tard quel était son effroi, l'obscurité lui paraissait une chose affreuse et les récits d'accidents qu'il avait entendus se ravivant soudain dans sa mémoire, il s'attendait à trouver la mort. Certes, il ne disait pas ces choses en termes dramatiques, ce n'était pas son genre. Le drame, c'était le fait lui-même. Quand il fût devenu homme, il commença à prêcher à ses camarades l'union et l'entr'aide, mais on n'était pas tendre alors pour les premiers socialistes que l'on considérait comme de dangereux révolutionnaires.
Certains contremaîtres leur faisaient une guerre acharnée et un jour la jeune sœur de Dejardin, Lucie, devenue depuis député, surprit la conversation d'une de ses compagnes de classe qui racontait aux autres : « Papa dit qu'on leur fera leur affaire à ces Dejardin, ce sera facile, on enlèvera les bois de soutènement, la terre s'ébranlera et ils y resteront. » L'enfant parlait naturellement en patois. La petite Lucie écoutait tremblante.
Rentrée chez elle, elle dit à son frère : « Joseph, on veut te tuer », mais lui se mit rire en s'écriant: « Tout cela, c'est des blagues. »
Quelques jours plus tard, comme par hasard, un éboulement se produisit dans le charbonnage. Les deux Dejardin furent ensevelis. Joseph s'en tira à peu près indemne et son frère blessé, en porte encore la marque.
Les années passèrent. Dejardin était devenu un des chefs du syndicalisme et conseiller communal. Lorsque la guerre éclata, il remplit les fonctions de bourgmestre de Beyne-Heusay. Les Allemands réclamèrent des otages. Il avaient amené dans la salle de la Maison communale tous les hommes qu’ils avaient pu trouver.
Il y avait parmi eux des ingénieurs, des directeurs de charbonnages et des ouvriers.
« Désignez-nous les plus riches et les plus importants, C'est eux que nous garderons », dit un interprète.
Dejardin jeta un coup d'œil circulaire autour de lui, puis répondit : « II n'y a ici que des travailleurs, nous sommes tous égaux. Je ne connais pas les riches. »
On décida alors que chacun s'en irait en otage à tour de rôle.
II donnait ainsi un bel exemple d'absence de rancune.
Plus tard les choses empirèrent.
Dejardin et sa sœur Lucie faisaient partie, avec des industriels de la région et des gens de toutes les classes, d'u, service qui faisait passer aux soldats la frontière belge.
Les Allemands finirent par se méfier et un jour ils arrêtèrent les membres les plus importants de l'organisme, parmi lesquels Dejardin et quelques-uns de ses plus grands adversaires politiques.
L'officier qui commandait le peloton allemand s'approcha de lui et lui dit : « Vous êtes socialiste, je crois ? Moi, je suis social-démocrate. Vous pouvez partir, vous êtes libre. »
Dejardin répondit : « Pas sans les autres. »
Et l'officier céda. Tous eurent la vie sauve. Aussi tout le monde dans la le connaissait, avait compris de quel métal était forgé cet homme.
On l'entourait de respect. II avait gardé ses allures de mineur, sa simplicité. Il était logé dans une maison d'ouvrier.
Sa femme et lui avaient cette hospitalité et cette distinction de manières qui caractérisent les Liégeois même lorsqu'ils ont les plus humbles origines.
A la Chambre, il ne parlait que de ce qu'il connaissait: les questions minières.
Ce n'est qu'à la fin de sa vie qu'il fait quelques incursions dans le domaine financier.
Il était très malade depuis plusieurs mois; il ne prit aucun parti dans le dernier mouvement de grève. II assista au dernier congrès du P. O. B. Il s'était mis au dernier rang n'ayant pas la force d'aller au bout de la salle.
« - Vous n'allez pas bien ? » lui dis-je. Son regard s'éclaira, mais de cet éclair spécial aux gens qui vont mourir : « - Tout finit toujours par aller bien », dit-il.
Nous ne devions plus le revoir à Bruxelles.
C'est le cœur navré que nous présentons à la famille de Joseph Dejardin l'expression de nos condoléances infiniment émues.
Voir aussi :
1° Dejardin Joseph, sur le site Connaître la Wallonie (consulté le 30 décembre 2025)
2° PUISSANT J. ,Dejardin Joseph, sur le site Le Maîtron (consulté le 30 décembre 2025)