De Ponthière Charles, Joseph, Alexandre catholique
né en 1842 à Liège décédé en 1929 à Liège
Représentant 1900-1908 et 1912-1919 , élu par l'arrondissement de LiègeSur la base des données reprises dans l’article de P. GERIN, DE PONTHIÈRE Charles, Joseph, Alexandre, disponible sur le site Le Maîtron (consulté le 29 décembre 2025) :
- Docteur en droit à l’Université de Liège en 1862 et inscription au barreau de cette ville.
- Administrateur de la Société liégeoise pour la construction et l’achat de maisons ouvrières.
- Fondateur d’une société de Saint-Vincent de Paul dans la localité ouvrière de Seraing
- Est élu comme conseiller provincial catholique en 1883 ; conserve ce mandat jusqu’en 1900.
- Président en 1883 de l’Union catholique de Liège. En cette qualité, propose de mettre à l’ordre du jour de cette association les conclusions de la Commission d’enquête nationale sur la condition ouvrière, créée par le gouvernement en réponse aux grèves de 1886. Son initiative se heurte à l’inertie de la majorité des membres de l’Union catholique liégeoise.
- Montée des tensions, au sein de L’Union catholique liégeoise, dans les années 1890, entre la tendance démocrate-chrétienne minoritaire (sur la base des principales sociaux développés par l’abbé Antoine Pottier) et la tendance conservatrice et majoritaire. Après diverses tendances d’accord, Charles de Ponthière démissionne de son poste de président en 1894.
- En 1897, devient président de l’Union démocratique chrétienne, de tendance progressiste. Conserve cette fonction jusqu’en 1913.
- Devient un personnage important dans le mouvement social-chrétien : appui de l’évêque de Liège (Mgr Doutreloux), envoyé auprès de Léon XIII, démarches auprès d’Adolphe Daens pour l’amener à intégrer la Ligue démocratique belge.
- Est élu député de 1900 à 1908 et de 1912 à 1919.
- Rôle politique plus difficile à partir de 1901 en raison notamment de la position très conservatrice du nouvel évêque de Liége qui lui retire certains responsabilités et interdit la lecture du journal (La Dépêche) financé par de Ponthière.
- Action politique et sociale orientée avant tout vers la sauvegarde des valeurs chrétiennes au moyen notamment d’une politique de prévoyance sociale, d’un enseignement obligatoire, de syndicats d’inspiration chrétienne, etc.
(Extrait de LIVRAUW F., Le Parlement belge en 1900-1902, Bruxelles, Société belge de Librairie, 1901, p. 312)
Charles de PONTHIERE
Représentant démocrate chrétien pour l’arrondissement de Liège, né à Liége le 6 novembre 1842
Avocat à la Cour d'appel de Liége. Fit ses études au Collège Saint-Servais et à l'Université de Liége : reçu docteur en droit en 1862 et docteur en sciences politiques et administratives en 1864. – Prêta serment devant la Cour d’appel de Liége et prit son inscription au tableau de l’Ordre en 1862. – En 1891, ses confrères le choisirent comme bâtonnier. – Représenta le canton de Dalhem au Conseil provincial de Liége de 1882 à 1900. – Ancien président de l’Union catholique et président de l’Union démocratique chrétienne de l’arrondissement de Liége. – Ancien collaborateur à la Gazette de Liége, collabore au Bien du Peuple, à La Justice sociale, à la Revue sociale catholique, à La Revue Générale, à L’Association catholique de France, etc. – Auteur d’un grand nombre d’ouvrages de sociologie, parmi lesquels il faut citer : Contrat de travail et juste salaire (1891), Le Problème social (1893), Du Droit de propriété individuelle (1897), Unions professionnelles (1897), Pensions ouvrières (1898), Charité, Justice, Propriété (1899), etc. – Nommé membre de la Chambre le 27 mai 1900. – Fait partie de la Commission chargée de l’étude des questions relatives à la situation militaire du pays. – Chevalier de l’Ordre de Léopold, commandeur de l’Ordre de Saint-Grégoire le Grand, porteur de la Croix civique de deuxième classe.
(Extrait du Vingtième Siècle, du 6 septembre 1929)
Nous avons annoncé la mort de M. Charles de Ponthière, un des promoteurs du mouvement social dans le pays de Liége.
La Gazette de Liége consacre au défunt une longue notice. En voici les principaux points :
M. Charles de Ponthière avait fait ses études au Collège Saint-Servais et à l'Université de Liége. Reçu docteur en droit en 1862, il obtint le grade de docteur en sciences politiques et administratives en 1864.
Son enthousiasme et sa générosité le poussèrent très jeune vers la politique mais ce sont surtout les questions sociales qui le passionnèrent.
Les idées de l'abbé Pottier le séduisirent et il s'en fit l'apôtre fervent. C'est du reste ce qui l'amena à se séparer de ses amis qui jugeaient trop avancées les idées qu'ils défendaient.
Après avoir présidé l'Union Catholique, il devint président de l'Union démocratique chrétienne de l'arrondissement de Liége et fonda un journal, La Dépêche, que la guerre devait faire disparaître.
Dès 1882, M. Charles de Ponthière représenta le canton de Dalhem au Conseil provincial de Liége et il ne le quitta que pour entrer à la Chambre le 27 mai 1900.
II se retira de la politique active au lendemain de la guerre. En 1919, il ne demanda pas le renouvellement de son mandat de député.
Etant parmi ceux qui se réjouirent le plus de la paix faite entre les catholiques liégeois on peut dire qu'il ne cessa de s'intéresser à la vie du parti auquel il se consacra tout entier.
Depuis la guerre, on le revoyait au premier rang des Assemblées de l'Union Catholique où ses avis pleins de bon sens et de bonhomie étaient toujours écoutés.
M. Charles de Ponthière fut non seulement un tribun capable d’électriser les foules, mais un polémiste ardent et un sociologue écouté.
Ancien collaborateur de La Gazette de Liége, du Bien du Peuple, de La Justice Sociale, de La Revue Générale etc., il était l'auteur d'un grand nombre d'ouvrages et de brochures de sociologie parmi lesquels citons : Contrat de travail et juste salaire, Le Problème Social, Du droit de propriété individuelle, Unions professionnelles, Pensions ouvrières, Charité, Justice, Propriété etc.
M. de Ponthière était le doyen du barreau de Liège, après avoir été une de ses gloires. Ses hautes qualités l'avaient fait élire à deux reprises au bâtonnat. II occupa brillamment cette charge en 1891-92 ainsi qu’en 1910-11.
M. de Ponthière ne comptait que des amis et ceux qui le combattirent le plus se plurent toujours à reconnaître ses brillantes qualités de cœur et d'esprit.
Chevalier de l'Ordre de Léopold et Commandeur de l’Ordre de Saint-Grégoire-le-Grand, M. Charles de Ponthière ne laissera après lui que des regrets.
Avec lui c'est une belle et noble figure liégeoise qui disparaît.
(Extrait du Soir, du 13 septembre 1929)
Tribune libre. Un chevalier est mort…
Avait-il vraiment 86 ans?
Même ceux-là qui, depuis trente ans, ont suivi avec une admiration émue la magnifique carrière de ce gentilhomme démocrate l'admettront difficilement.
Pour les autres qui n'ont approché de Charles de Ponthière qu'en ces dernières années et qui ont reconnu en lui tous les signes d'une jeunesse longtemps prolongée : générosité, idéalisme, promptitude d'esprit et cette surprenante fraicheur des sentiments qu'il avait gardée comme un souvenir de ses .vingt ans, Ils se refuseront à croire que c'était un vieillard, celui dont la mort s'est emparée pour lui ouvrir la vie qui ne finit pas.
Beaucoup de parlementaires, en quittant le Palais de la Nation, abandonnent les préoccupations et l’action politiques.
Lorsqu’il prit, en 1919, la résolution de ne plus solliciter le renouvellement d'un mandat que la confiance toujours accrue de ses électeurs ne lui eût certes pas refusé, de Ponthière ne considérait pas comme close sa carrière d'homme public.
Depuis dix ans, il n'était pas un grand problème politique ou social auquel il ne prétât un intérêt éclairé.
Chaque que le signataire de ces lignes se trouvait aux prisses avec une difficulté et plus spécialement lorsqu'il s'agissait de l'encourager à prendre une attitude qu'exigeait la justice, mais dont le profit électoral était discutable, de Ponthière ou lui écrivait, ou venait le voir : la finesse de son jugement, jointe à la droiture de son âme, lui inspirait le conseil qu'il fallait.
Il exigeait des autres le même désintéressement qui lui était naturel et que lui rendait plus facile un optimisme sans aveuglement mais réconfortant.
Est-ce commettre une indiscrétion de révéler que le jour où la direction de ce journal me fit l'honneur de solliciter ma collaboration à sa Tribune Libre - voici sept ans de cela - je le consultai sur l'opportunité d'une acceptation ?
Ce grand chrétien, qui aimait la presse catholique au point d'avoir consenti, pour fonder un journal, des sacrifices qui peut
être dépassaient ses forces, m'engagea avec véhémence ne pas décliner l'offre qui m'était faite.
J'entends encore avec quelle conviction enthousiaste il me représentait que nous n'avions pas le droit de repousser l'occasion d'exposer les thèses de la politique sociale chrétienne devant tant de milliers de lecteurs qui pourraient les ignorer !
« Vous ne rallieriez à notre mouvement, dit-il, qu'un adhérent de plus. que votre travail aurait trouvé récompense ! »
J'ai accepté, je ne le regrette pas.
* * *
Quand de Ponthière fit ses premières armes dans la mêlée politique, le libéralisme, à Liége, régnait en maître !
C'est à peine si on a gardé le souvenir de ce temps où, dans notre Wallonie industrielle, un catholique était considéré comme un être inférieur qui n'avait droit – on ne savait au juste - qu'à la pitié ou au dédain.
Toutes les influences étaient libérales, depuis celle de l'argent jusqu'à celle des « situations. »
La vie politique s'incarnait, chez nous, en la forte personnalité de Frère-Orban.
La « morgue doctrinaire » sévissait, impitoyable, avec une rigueur dont - c'est une justice à leur rendre - les libéraux d'aujourd'hui s’offusqueraient eux-mêmes.
C'est alors que de Ponthière, avec quelques amis, dont un autre vétéran du barreau liégeois, jeune depuis un peu moins longtemps que lui, Nicolas Goblet, fonda l'Union Catholique.
Entreprise à la fois modeste et osée - et quel avenir lui était réservé !
L'Union• Catholique de l'arrondissement de Liége est aujourd'hui l'association politique la plus puissante de tout le pays.
La croisade antilibérale, de Ponthière, la mena avec une fougue, un entrain, une bonne humeur auxquels les Liégeois, qui aiment la crânerie et ne détestent pas le panache, ne résistèrent pas.
Avec une stupéfaction indignée, les libéraux le virent, avec ses amis, pénétrer au Conseil provincial.
Le bloc était entamé ; on sait le reste et que ce bloc s'écroula bientôt avec un fracas d'autant plus retentissant qu'il s'était dressé plus orgueilleux.
* * *
Peu avant 1900, Charles de Ponthière se trouva placé devant un problème douloureux.
Il le résolut, avec sa décision et sa générosité coutumières.
Depuis quelques années, l'abbé Pothier, Godefroid Kurth et, quelques chrétiens sociaux de l'Ecole de Liége s'efforçaient à la fois d'arracher au socialisme les masses ouvrières et d'orienter les catholiques dans les voies de la démocratie chrétienne.
Des heurts avec l'ancienne union Catholique, de tendance très conservatrice et fort jalouse de son hégémonie, étaient inévitables. Ils se produisirent avec une violence que le caractère liégeois n'était pas fait pour modérer.
Charles de Ponthière, président de l'Union catholique, s(efforça d'atténuer la combativité de ses amis conservateurs et de rechercher un terrain d'entente avec la fraction démocratique.
Il n'y réussit pas. Plus il était conciliant, plus ses propres amis se montraient irréductibles.
Entre les deux associations, il fallait choisir.
Ses traditions politiques, de précieuses amitiés d'enfance, ses intérêts, tout l’engageait à demeurer dans le camp conservateur.
Il le quitta pour prendre la présidence de l'Union Démocratique Chrétienne.
Tout l'homme est dans ce geste, qui fit autant honneur à sa clairvoyance politique. qu'à sa générosité.
II aura eu la satisfaction de voir se réaliser, sur la fin de ses jours, l'entente qu’il y a trente ans il n’avait pu conclure.
Il nous quitte, entouré de l'affection, de la confiance et du respect des catholiques unanimes qui, tous, par quelque coté se reconnaissent en lui.
Pour moi, qui ai combattu sous ses ordres, qui ai pu apprécier la valeur d'un tel chef et qui fus honoré de son amitié, il m'est doux de déposé sur sa tombe l'hommage de ces quelques lignes, qui traduisent si mal ma tristesse et mon émotion...
Paul TSCHOFFEN.