Buisset Emile, Alphonse, Parfait libéral
né en 1866 à Charleroi décédé en 1925 à Charleroi
Représentant 1904-1925 , élu par l'arrondissement de Charleroi(Extrait de La Libre Belgique, du 8 février 1925)
De notre correspondant de Charleroi :
M. Emile Buisst, avocat, bourgmestre et député de Charleroi, est décédé samedi soir ver 4 h. 30, à la suite d’une crise d'urémie. Il souffrait, depuis très longtemps déjà du mal qui l'a emporté. Le défunt était le beau-père de l'ancien ministre Devèze. II était inscrit au barreau de Charleroi depuis le 20 octobre 1890. II fréquentait assidûment le palais de justice, mais son activité était dirigée vers la politique.
Dans de nombreuses circonstances, M. Buisset s'est révélé un anticlérical décidé. C'est lui, notamment, qui est l'auteur du projet sur la crémation des cadavres humains.
(Extrait de La Dernière Heure, du 8 février 1925)
M. Emile Buisset, député et bourgmestre de Charleroi, est décédé aujourd'hui samedi, à 4 1/2 heures. Il a succombé à la suite d’une longue et pénible crise d‘urémie. M. Buisset a été emporte au cours d'une syncope. C'était un vaillant lutteur
* * *
Nous avons appris avec un vif regret la mort de M. Buisset, député libéral et bourgmestre de Charleroi.
Emile Buisset était une individualité. Au moment où le libéralisme traversait, dans son arrondissement, la plus grave des crises, il ne désespéra pas des destinées de son parti. Courageusement, sans la moindre défaillance, il entendit remonter le courant ; il fit alors appel à quelques amis, qu'il savait animés, comme lui, de la même flamme, de la même ardeur, et, non sans une peine immense, il parvint à rassembler les forces, maintenant éparses, qu'il avait vues si compactes, pourtant, au temps où l'on qualifiait sa ville natale de « citadelle du libéralisme ». II fallait une vaillance rare pour entreprendre une telle œuvre et une foi profonde dans l'avenir pour la réaliser.
Indifférent aux sarcasmes, à l'ironie, aux injures, Emile Biusset poursuivait sa tâche, confiant dans la beauté et la légitimité de son effort.
Et ce fut un véritable triomphe pour lui le jour où, « malgré tout », il sentit qu'il touchait à son but. Il avait, en quelque sorte, ressuscité le parti libéral. Il devait cueillir bientôt ailleurs les fruits de son labeur. En 1903, il était élu conseiller communal ; l’année suivante, on lui confiait un échevinat ; il devenait bourgmestre en 1921.
Il avait lutté avec opiniâtreté sur le terrain législatif ; en 1904, sa candidature triomphait : il était élu député à une solide majorité.
M. Emile Buisset vit son mandat constamment renouvelé. Il n'a cessé, d'ailleurs, de le remplir avec une grande probité politique et une réelle distinction. Toutes les questions qui, de près ou de loin, touchaient au libre-examen l'intéressaient ; il s'en était fait le vigoureux champion : passionné d’idéal, il aimait la liberté en tout et pour tous. Son nom, dans ce domaine, reste attaché à de nombreux projets de loi.
Respectueux des exigences de son mandat, il le remplissait avec une assiduité exemplaire.
Bourgmestre, il rendit de précieux services à ses concitoyens. Il avait une grande culture juridique et le droit administratif lui était particulièrement familier. Dans une ville connue Charleroi. où l'élément ouvrier est si aisément mêlé à l'élément bourgeois, il importait, pour tenir l'équilibre entre ses administrés, de posséder un bourgmestre ayant ses qualités, son intelligence et sa science des hommes.
Emile Buisset était né, le 29 juin 1866 : il avait pris son diplôme de docteur en droit l'Université de Liége. Avocat très apprécié et très estimé, ses confrères l'avaient élevé aux honneurs du bâtonnat. Il laisse, en mourant, un cabinet d'affaires très suivi.
Le député libéral était président de la Société mutualiste des ouvriers de Charleroi ; il jouissait auprès d'eus d'un grand crédit.
Nous ne pouvons terminer ces quelques notes hâtives sans rappeler le rôle brillant qu'il joua pendant la guerre. Il fut un bon citoyen ; sans forfanterie, sans bruit et, surtout, sans ostentation. II ne désarma jamais devant l'ennemi ; son attitude crâne lui valut la reconnaissance universelle.
Jean Bar.
(Extrait de La Gazette de Charleroi, du 8 février 1925)
Le pays perd un grand citoyen
M. Emile Buisset député, bourgmestre de Charleroi, est mort hier à 4 h. 1/2 de l'après-midi.
Ses amis le savaient dangereusement malade, atteint d'une affection que les soins les plus affectueux et les plus vigilants ne pouvaient guérir.
Mais ils connaissaient aussi sa merveilleuse énergie, son extraordinaire volonté de « tenir » pour travailler et pour servir la cause à laquelle il s'est donné tout entier, jusqu'à l'épuisement.
C'est pourquoi ils s’obstinaient à espérer contre toute espérance, et à attendre encore un de ces redressements, un de ces sursauts de vitalité. dont il leur avait donné plus d'un magnifique exemple.
Mais il avait usé toutes les ressources de sa constitution dont la robustesse, sans le mal sournois qui l'a minée, lui eût assuré une longue et belle vieillesse.
Ce mal, il en avait ressenti les premiers symptômes en décembre 1914, au retour d'un voyage qu'il avait fait en en compagnie de M. Devreux, en ce temps bourgmestre de la Ville, pour obtenir des Américains les secours indispensables d'urgence au salut de notre population ouvrière.
Depuis lors, il avait souffert de crises qui le terrassaient parfois pendant plusieurs semaines. Mais il réagissait avec une incroyable vigueur, le moral s'imposait au physique, l'intelligence à la matière animée. Et ils reprenait, tout de suite, son labeur d'avocat, de député, de premier magistrat de sa Ville natale, dont il était si fier. Labeur énorme, qui constituait, avec ses joies familiales, sa seule raison d'existence. Il suivait, en effet, sans déroger, un régime de fer. Ses dix dernières années ont été celles d'un ascète, pour qui seules comptaient les jouissances de l'esprit et du cour.
Le voici vaincu dans une lutte inégale contre un destin qui se plaît trop souvent, hélas !, à s'acharner sur les meilleurs. Il s'en est allé sereinement, avec la tranquillité de l'homme qui observa toujours, en toutes choses, la loi du devoir, n'écouta jamais que la voix de sa conscience ; et ne connut ni la haine, ni le ressentiment en dépit de l'âpreté parfois excessive de nos discordes politiques.
Il nous serait impossible de traduire ce que notre âme éprouve en ce moment. Etreint par l’émotion, nous savons tout juste écrire hâtivement ces lignes, pour dire ce que le parti libéral, ce que l'arrondissement de Charleroi, ce que le pays doivent au grand citoyen qui disparaît si prématurément.
Il a été le réorganisateur, l’animateur du parti libéral en des temps où l’avénement du suffrage plural avait anéanti sa représentation parlementaire. Il rendit la foi à ceux qui l'avaient perdue. il leur fit comprendre que, quelles que fussent les misères et les difficultés de l'heure, le libéralisme symbolisait un trop haut idéal pour qu'il pût jamais s'évanouir. Sa ténacité rallia les hésitants autour du drapeau. Aussi, en 1904, son entrée au Parlement fut-elle accueillie avec satisfaction par ceux qui avaient apprécié son activité et sa droiture.
A la Chambre, non seulement il défendit les principes qui firent la noblesse de sa carrière, mais il ne cessa, chaque année, sans lassitude, nonobstant la résistance à laquelle il se heurtait de la part d'un gouvernement dont la partialité ne désarmait point, à réclamer pour notre bassin de Charleroi, les travaux publics indispensables au maintien de sa prospérité.
A Charleroi, échevin des Finances, il sut gérer les deniers publics avec un souci d'économie qui a permis à la Ville d'être aujourd’hui une des privilégiées du pays entier au point de vue de ses charges fiscales.
Pendant la guerre, il se dévoua à toutes les ouvres : secours, ravitaillement, défense des héros civils belges devant les conseils militaires allemands. Et lui-même, - il n'aurait jamais admis qu'on l'imprimât de son vivant, - dirigea chez nous l'agence de renseignements que présidait à Bruxelles son collègue et ami M. Buyl.
Mais à quoi évoquer ce passé qui est dans toutes les mémoires ? Au moins notre ami n'est-il point parti sans savoir la gratitude et l’affection que lui avaient vouées ses amis politiques et ses concitoyens qui n'oubliaient pas les services rendus à la circonscription. La manifestation du 9 novembre dernier fut vraiment une apothéose, dont le réconfort l'aida à supporter ses souffrances et qui' illumina sa fin.
Sa bonté exquise. Elle explique l'ascendant moral qu'il exerçait sur ses amis. Ses adversaires politiques eux-mêmes l’appréciaient avec sincérité : au Parlement, il laissera d'unanimes regrets pour son tact, sa courtoisie, sa conviction désintéressée.
Comme il va marquer à ce parti libéral carolorégien dont la renaissance est son œuvre ! Au moins, son souvenir, qui sera pieusement gardé, sera pour tous les libéraux une perpétuelle leçon de travail et d'union !
Au nom du Libéralisme tout entier et de cette Gazette de Charleroi où ii était à la fois administrateur et collaborateur, nous adressons aux siens, à Mme Buisset
qui l'a soigné avec un émouvant dévouement, à ses fils Paul-Emile et Henry, à sa fille Mme Albert Devèze, et à son gendre, l'éminent député de Bruxelles, l’expression de nos sentiments de douloureuses condoléances.
(Extrait de La Gazette de Charleroi, du 12 février 1925)
La Ville a fait à son Premier Magistrat, l'Arrondissement a fait à son Représentant à la Chambre, des funérailles grandioses, émouvantes.
Jamais peut-être pareille apothéose ne se vit à Charleroi. Ce n'est pas seulement le Parti libéral, auquel le vénéré défunt a donné le meilleur de sa vie, mais la Population tout entière qui a rendu, au grand disparu, l'hommage de son affection et de ses regrets. Délégués autorisés de tous les partis se sont rencontrés pour témoigner à sa mémoire de la considération si méritée dont il jouissait pour son patriotisme et son dévouement absolu à la chose publique. Ensemble, se trouvaient à l'hôtel de ville M. Brunet, président de la Chambre, socialiste, M. Pirmez, vice-président catholique, M. Lemonnier, vice-président libéral, et parmi ceux qui tenaient les cordons du poêle, il y avait le Président de la Fédération socialiste, le Président de la Fédération catholique, le Président de l'Association libérale. Ainsi, le haut esprit de tolérance de notre inoubliable ami avait réconcilié, comme le souhaite cet idéal libéral dont il fut un des meilleurs serviteurs, tous les hommes de bonne volonté.
Cet idéal, en mémoire de lui, et en nous inspirant de son souvenir à jamais ancré dans nos mémoires, nous continuerons fidèlement à le servir.
Cet idéal, en mémoire de lui, et en nous inspirant de son souvenir d jamais ancré dans nos mémoires, nous continuerons fidèlement à le servir.
(…)
Discours de M. Falony, au nom de l’administration communale
Mesdames, Messieurs,
Ce n'est pas sans une émotion profonde que nous avons appris la mort d'Emile Buisset.
Cette mort, bien que prévue depuis quelque temps, vient endeuiller la population toute entière de Charleroi.
D'aucuns vous parleront des qualités de l'avocat et du député, nous n’entendons voir en Buisset que l'Administrateur de la Cité, l’ami de tous les jours, l'homme aux idées généreuses.
L'administrateur. Avant son entrée au Conseil, Emile Buisset s'occupe déjà d affaires administratives locales : c’est un articulet, un aperçu, une critique souvent judicieuse qu'insère l’un ou l'autre de nos journaux du temps. Elu conseiller communal en 1903, il vu, pendant une période ininterrompue de 22 ans, collaborer d une façon effective à l’examen des affaires communales. Ici, il déploie une activité sans cesse en éveil.
Echevin des Finances dès 1904, Buisset débute par la résolution des problèmes financiers intéressant la vie de la Cité. Aussi éloigné de la prodigalité que de la parcinomie, oil sait qu’on n fait rien sans rien et il n'hésite pas, quand il y a lieu, à proposer les dépenses nécessaires.
Toutes les questions si nombreuses et si complexes qui sont l'ordre du jour d'un Conseil Communal trouvent en lui un échevin des Finances prudent et avisé.
Et puis, ne rêve-t-il pas de faire de sa Ville de Charleroi à laquelle porte une affection sans limites, une cité de premier ordre.
Resserrée par la ceinture de ses terrils, il projette avec nous l'aplanissement et la disparition de ceux-ci. C'est du terrain à conquérir, terrain à travers lequel des voies nouvelles peuplées de bâtisses, seront tracées, établissant des communications de plus en plus aisées avec les communes suburbaines.
Il entrevoit avec nous encore le déplacement de l'abattoir, d'écoles, permettant la reprise de parcelles de terrains utiles au développement commercial de la section Sud. Et que d'autres projets ne pourrions-nous pas encore citer ! De tout cela, il trace des croquis ou des plans souvent à peine esquissés, mais où se lit son ardente bonne volonté.
La guerre, l’impitoyable et maudite guerre, vient momentanément anéantir ces réalisations qui semblaient prochaines ! L'heure des dévouements a sonné ! Il s'agit de s'opposer autant que faire se peut aux exigences de l'envahisseur, d'apporter des secours à nos malheureuses populations, de les ravitailler enfin, et cela au prix de quelles difficultés !
Pour ce faire, il faut de l'argent, encore de l'argent et toujours de l'argent. L' échevin des Finances en trouve. Et ce n'est un de ses plus minces mérites que d’avoir mené à bien cette si lourde tâche financière...
L’armistice vient d'être signé. Tout est à la joie. Bientôt, l'ennemi fuit, le pays est sauvé.
C'est vrai, mais il faut penser aux sacrifices consentis ; il faut essayer de parer aux difficultés du moment et d'alléger la situation financière de la Ville. Buisset, avec ses collègues, négocie le fameux emprunt de 1918 qui doit assainir notre situation vis-à-vis du crédit communal et nous permettre par des rentrées de fonds de dommages de guerre, d'espérer pour la Cité une situation financière meilleure.
Les questions d’art ne l'ont pas laissé indifférent et il n'est pas une exposition ou une manifestation d'art qui n'attirât son attention. L'Académie de Musique qu'il rêvait de transformer en Conservatoire, la création de la société des concerts sont un témoignage de sa sollicitude éclairée... En 1921, Emile Buisset est appelé aux hautes fonctions de bourgmestre, qu'il n'a cessé de remplir jusqu'en ces derniers temps avec le plus grand dévouement. Cette expérience acquise au cours d'une carrière déjà longue, il la met au service de la Ville et l'on peut dire que la somme de travail qu'il assume pendant les années de cette magistrature communale fut réellement écrasante. En vain lui disait-on de se ménager, on se heurtait à cette volonté d'une expression douce sans doute, mais, au fond, chez lui, impérieuse. Sa devise semblait être : Repos ailleurs. Et alors que son corps anémié n'était plus qu'une ombre, mais une ombre où brillait toujours lumineuse, l'intelligence, notre bon Buisset s'est éteint brusquement foudroyé par une syncope, tandis que ses lèvres murmuraient de paternelles recommandations à ses enfants.
Emile Buisset fut pour moi, pour nous tous, un ami sincère et loyal. Jamais sa bouche ne laissa échapper, dans nos innombrables réunions, une parole de dédain ou d'acrimonie.
Son caractère liant, ouvert, lui attirait l'estime et les sympathies de tous : petits ou grands. Son souci, en toutes circonstances, était de maintenir au sein de son Conseil, une union telle que, malgré la diversité des opinions, les membres des divers partis, pouvaient, au Conseil Communal, se considérer comme des adversaires, mais jamais comme des ennemis.
Après cela, que dirons-nous de l'homme, sinon qu'il fut un grand et noble caractère.
Il avait des fonctions qu’on lui avait confiées, la plus haute conception. Il savait que ce n’est pas la fonction qui honore l'homme mais la façon dont il la remplit. Il voulut être le bourgmestre de tous et il le fût.
C'est ce qui fait que nous associant au deuil dé la famille Buisset, nous venons apporter en ce jour de séparation et de tristesse, à notre si cher et si regretté bourgmestre, l'hommage de l'Administration communale et de la Ville toute entière.
* * *
Discours de M. Noël, au nom de l'Ordre des avocats
Messieurs,
Le Barreau de Charleroi est durement atteint par la mort d'Emile Buisset, ancien bâtonnier. Cette mort cause parmi nous, une douloureuse émotion.
Emile Buisset disparaît à un âge où bien des années peuvent encore être espérées, victime du labeur écrasant que lui imposaient de multiples et importantes charges.
On ne peut dire pourtant que sa mort nous ait surpris ; si nous admirions l'étonnante énergie qu'il apportait dans sa lutte contre la maladie, force nous était de constater la marche lente peut-être, mais sans répit, du mal qui le minait.
Si écoutant la voix des siens, les instances de ses amis, il avait consenti des atténuations à son travail, il eût pu sans doute, prolonger longtemps son existence.
Il m'était arrivé, à la faveur de relations cordiales dont il m'avait donné naguère encore un touchant témoignage, de l'engager à ménager ses forces ; ce conseil, il l'avait entendu souvent autour de lui, mais s'il survenait une circonstance réclamant sa présence, il dominait la maladie par un effort surprenant de volonté et il remplissait sa charge, au risque de succomber.
Et il disparaît prématurément, laissant une famille adorée, dans une désolation inexprimable.
Emile Buisset était avocat depuis 1887 ; il s'installa dans sa ville natale; laborieux, tenace, intelligent, il se créa rapidement une situation marquée.
De caractère naturellement amène, doué d'une grande droiture, ses clients devenaient rapidement ses amis.
Travailleur infatigable, il consacrait à l'étude de ses affaires, un labeur et une conscience qui ne se démentirent jamais.
Il était cordial, accueillant et ouvert ; il était heureux de pouvoir obliger.
Ses connaissances étaient des plus étendues et il les avait développées dans les champs si vastes des fonctions où s'exerçait son activité.
Il avait une facilité de parole très grande, mais il n'en abusait point et il savait dans l'exposé d'une affaire, singulièrement retenir l'attention et souligner avec art, les arguments décisifs.
D'une affabilité souriante, il plaidait de façon toujours courtoisie, semblait-il, à un désir naturel de plaire.
Aussi Emile Buisset porte la profonde estime de nous tous, en nous laissant les cuisants regrets que cause la disparition d'un bon confrère et d'un parfait honnête
* * *
Discours de M. Lemonnier, au nom de la Gauche libérale
En ma qualité de Président de la Gauche libérale parlementaire, je venais, il y a trois mois m’associer aux amis libéraux de Charleroi pour fêter le jubilé parlementaire de notre cher collègue, Emile Buisset.
De tous les coins de l’arrondissement de Charleroi, les libéraux étaient accourus en foule pour participer à cette manifestation de reconnaissance qui, dans la pensée des organisateurs, devait être une fête de famille et qui devint une grandiose apothéose de sympathie en l'honneur du jubilaire.
Chacun voulut rendre hommage au libéralisme ardent, convaincu, qui aux jours les plus sombres qu’avait traversés le libéralisme dans cet arrondissement, n'avait jamais désespéré un instant de la force et de la puissance des idées libérales et du bon sens des populations un instant égarée.
Avec une vaillance inlassable, il releva des ruines l'association libérale de Charleroi, au moment où la tourmente avait privé l'arrondissement de toute représentation libérale à la Chambre.
Le succès couronna bientôt ses efforts, un député libéral était élu, puis deux ans après, deux députés libéraux de Charleroi, MM. Emile Buiset, Dewandre entraient au Parlement.
C'était pour Emile Buisst une consolante et juste récompense de sa foi libérale, d son courage et de sa persévérance.
L'arrondissement de Charleroi lui resta fidèle jusqu'à ce jour ; et il y a quelques semaines, l'association libérale voulut lui rendre un témoignage éclatant de reconnaissance, en le plaçant à la tête de sa liste, sans scrutin, affirmant ainsi son unanimité dans le choix du mandataire fidèle qui, depuis vingt-deux ans la représentait dignement au Parlement.
L'activité parlementaire d'Emile Buisset fut inlassable. Il était au premier rang es orateurs dans les discussions touchant aux questions d'intérêts moraux et matériels du Pays, défendant avec une belle ardeur et une puissante logique les idées de liberté et de tolérance qui forment la base du programme libéral.
Auteur d'une proposition de loi autorisant en Belgique, comme en tant d'autres pays, la crémation, il l'avait exposée et défendue devant les Chambres avec une conviction profonde qu'il avait fait partager par tous ceux qui ne sont pas animés d'un esprit sectaire étroit ; le projet était en discussion, il allait être voté quand des événements graves obligèrent notre ami à laisser ajourner momentanément, bien à regret, la discussion, en vue de maintenir au pouvoir un gouvernement assumant la lourde mission de restaurer les finances de la Nation et sa reconstruction économique.
Notre ami n'aura pas eu la satisfaction de participer au vote du projet auquel il attachait tant d'importance parce qu'il le considérait comme une affirmation de la liberté de conscience.
Au Parlement, il se montrait défenseur infatigable des intérêts matériels de son arrondissement qu'il armait particulièrement et il ne cessait de harceler le gouvernement pour en arracher des crédits destinés à satisfaire aux besoins impérieux de cette région industrielle.
Ce n'est pas dans cette ville de Charleroi, témoin de la fière attitude d’Emile Buisset sous l'occupation allemande, que je dois faire l'éloge de notre ami ; son courage, son héroïsme, sa patriotique résistance à l'ennemi sont à la mémoire de tous.
D'autres rappelleront l'œuvre de l'échevin et du bourgmestre qui a consacré à Charleroi une partie de sa vie avec un dévouement admirable.
Emile Buisset a rempli ses mandats politiques avec une rare conscience, s'y adonnant tout entier, au détriment de ses intérêts personnels et de sa santé.
Il refusa de prendre le repos que lui prescrivaient la faculté et sa famille. Il avait trop présumé de ses forces ; la maladie l’a impitoyablement saisi ; il lutta contre elle avec une énergie qui faisait l'admiration de tous.
Il a fini par succomber au mal en regardant la mort en face, avec la conscience de l'homme qui n'a toujours eu, dans sa vie, que le souci de l'accomplissement du devoir. Notre cher ami laisse l'exemple le plus beau d'énergie, l'exemple d'une vie politique et professionnelle pure et désintéressée.
Le parti libéral perd en lui un de ses meilleurs et de ses plus dignes mandataires, le Pays un de ses meilleurs enfants, ses collègues de la Chambre, un ami qui avait conquis l'estime et l'affection de tous.
Nous nous inclinons devant lui pour la dernière fois.
A sa femme ses enfants éplorés, qui perdent un époux et un père modèle, nous adressons l'expression respectueuse de nos condoléances et nous les assurons que le nom d'Emile Buisset restera inscrit au tableau d'honneur des vaillants qui ont consacré toute leur vie à la défense des idées de liberté et des intérêts supérieurs de la Nation.
* * *
Discours de M. Cavenaile, au nom des employés communaux
Mesdames, Messieurs,
Qu'il soit permis à une voix plus modeste mais non moins sincère, de déposer à son tour un tribut d’éloges et de regrets sur la tombe de l’homme de bien que fut M. Emile Buisset, notre respecté bourgmestre.
C'est surtout dans les rangs des subordonnés que ces natures d'élite lassent des traces profondes, car si elles brillent vis-à-vis de leurs égales par les facultés supérieures dont elles sont douées, elles se montrent meilleures encore vis-à-vis de leurs inférieurs parce qu'elles y ajoutent les deux qualités maîtresses dons ils ont souvent besoin : la bienveillance et la bonté.
C'est donc au chef bon et bienveillant que s'adresse mon premier hommage ; c'est au magistrat qui, depuis vingt ans comme échevin et quatre ans comme bourgmestre, a pris une part active au pouvoir exécutif de la ville, que j'apporte l'expression désolée du deuil que nous portons au fond du cœur.
Dans cette vie de tous les jours, dans ces rapports de chaque instant, nous avons toujours admiré l’aménité de caractère, la droiture d'esprit, la générosité qui distinguaient notre bourgmestre, et c'est ainsi que tout en servant le chef, nous avons appris à aimer l'homme.
Nous ne déplorons pas moins la perte de l'administrateur : témoins journaliers de ses efforts, nous étions bien placés pour apprécier sa valeur et nous pouvons rendre justice au dévouement qu’il a toujours montré dans l'exercice d'une fonction d'autant plus ingrate que les difficultés de l'heure présente la rendent tous les jours plus ardue et plus laborieuse.
M. Buisset était, du reste, déjà initié aux affaires de la ville, quand, en 1904, il a été choisi comme échevin et, en 1921, bourgmestre par arrêté royal ; en 1903, la confiance de ses concitoyens l'avait appelé au poste de conseiller communal et il était dans la vingt et unième année de ce double mandat quand la mort implacable est venue nous le ravir.
C'est une carrière trop tôt finie ; notre bourgmestre n'était pas encore arrivé au seuil de la vieillesse que déjà il doit se séparer des êtres qu'il adorait et se dérober à l'amitié de ceux qui l'ont connu.
Tout un passé de travail et d'honneur, l'estime et la considération générales, l'amour des siens, la reconnaissance des humbles, rien n'a pu fléchir la rigueur du destin.
A tous ceux qui ont été laborieux et honnêtes et qui ont fait du bien autour d'eux ; à tous ceux qui ne laissent après eux que la trace d'un homme utile, il est dû, au moment de la grande séparation, un suprême témoignage de l'affection publique.
M. le bourgmestre, au nom des fonctionnaires communaux, dont je suis l'interprète, je vous adresse un dernier adieu avec ce suprême hommage d'affection et de gratitude. Vous laissez, parmi nous, le souvenir d'un homme probe, d'un citoyen utile, d'un cœur généreux ; c'est la plus belle couronne civique qu'un citoyen puisse ambitionner : je la dépose sur votre tombe.
Adieu ! Reposez en paix.
* * *
Discours de M. Charles Magnette, au nom du Conseil National du Parti Libéral
Mesdames, En l'absence de mon ami Edouard Pécher, retenu au Parlement par des devoirs impérieux, c'est à moi qu'incombe la douloureuse mission d'apporter à Emile Buisset l'hommage suprême du Conseil National du Parti Libéral.
Soldat ardent et fidèle de l'armée libérale, puis devenu un de ses chers aimés, écoutés et respectés, notre ami et collègue Buisset laisse, en partant pour les régions d’où nul ne revient, un vide dont tous nous ressentirons la profondeur et le péril.
Il s'en va, au moment où s'engage une lutte qui sera peut être décisive pour le parti auquel ii a consacré sa vie entière, et laquelle il comptait encore, il y a quelques semaines, il y a quelques jours à peine, apporter le concours infiniment précieux de son talent, de sa popularité et de la sympathie unanime qui l'entourait, depuis qu'il était entré dans la vie publique.
Peu d'hommes ont, au même degré que Buisset, droit à la gratitude de ceux dont il partageait, détendait et propageait les idées.
Car, il ne faudra jamais l’oublier, lorsque Buisset entama le combat qui devait amener le parti libéral carolorégien à la renaissance et à la régénération, la situation était troublée et angoissante. Son parti traversait une crise, qu'il a heureusement surmontée, mais qui l'ébranlait dans ses bases mêmes. Des divergences, - dont d'autres groupements ne furent pas non plus exempts - exacerbées par des évolutions politiques et sociales dont la rapidité était, pour beaucoup, imprévue et déconcertante, semblaient inconciliables et devait provoquer la scission définitive.
Eh bien, cette désespérance, et même ce doute, Emile Buisset ne les éprouva jamais. Profondément convaincu et pénétré de la beauté et de la grandeur de l'idéal libéral, pas un seul instant, il ne perdit la confiance.
II savait que l’optimisme est non seulement une vertu, mais une nécessité et une condition du succès.
Résolument anticlérical, indéfectiblement démocrate, il n'a jamais, vu qu'il eut antinomie entre la volonté de développer intellectuellement et moralement la masse, en lui assurant la plus complète liberté de l'esprit et le devoir de diminuer et d'adoucir les souffrances et les épreuves inévitables, en augmentant, dans toute la mesure possible, le bien-être de la généralité
C'est ainsi qu'il fut un des artisans du rapprochement entre les conceptions diverses qui régnaient dans le libéralisme belge et qui fait du parti libéral le seul qui dans les conjonctures actuelles présente au pays le spectacle d'un groupement homogène et compact avec les nuances inévitables, mais sans les déchirements, les lézardes et les ferments de décomposition qu'on remarque ailleurs.
Ce n'est pas cependant que Buisset ne fût ferme et résolu en ses convictions. Tel je l’ai connu en des temps déjà bien lointains, alors qu’avec son ami Paul Pastur, il venait me demander à moi, quelque peu son aîné, de répéter avec lui ses cours de droit à l'Université de Liége. Paul Pastur, esprit hardi, pénétrant novateur, Emile Buisset, tenace, perspicace, ne reculant pas levant les innovations, mais creusant les choses et les textes et entendant leur faire rendre tout ce qu'ils contenaient d'utile et d’applicable.
Tel il est demeuré et telle est la caractéristique de son œuvre politique et parlementaire. Ce n'est pas le moment d'apprécier la conception qu'il se faisait du grave problème linguistique. Mais il est permis de dire que la solution qu'il préconisait était inspirée des sentiments que j'ai essayés de vus indiquer et que, patriote fervent, il envisageait cette solution dans le cadre d'une union indispensable, encore que différente de sa forme actuelle.
Oui il fut un patriote dans la haute et belle acception de ce mot parfois si mal employé.
Il le montra au cours des années terribles, affrontant les dangers et, qui pis est, pour beaucoup, les avanies pour apporter un soulagement aux victimes collectives et individuelles de l’iniquité germanique.
Et il le montra encore lorsqu'il y a quelques années, on lui demanda de se mettre à la tête de cette grande et prospère cité carolorégienne, qui le pleure aujourd'hui. Déjà atteint du mal qui nous l'enlève, il n'hésita pas. Et comme je lui représentais les difficultés du mandat qu’on lui imposait, les charges et les fatigues qui allaient l'accabler, il me répondit ces simples mots, qui le peignait tout entier : « C'est mon devoir. » Oui, Buist fut l'homme du devoir et il est mort à la tâche.
Soyons fiers de tels hommes.
Le Parti National du P.L. s'associe au deuil cruel qui frappe la famille de l'ami disparu, ses amis politiques, ses innombrables amis personnels et la population carolorégienne tout entière.
Je demande à ses amis d'honorer la mémoire de ce citoyen éminent, de ce grand libéral, en continuant son œuvre, en ne laissant pas un seul moment interrompu le travail acharné auquel il se consacrait depuis tant d'années.
Et c'est dans cette espérance que j'adresse à mon vieil ami Buisset, au compagnon de lutte et d'idées, le dernier adieu.
* * *
Discours de M. Dourlet, au nom des œuvres d'assistance
Messieurs,
Quand la nouvelle de la mort de Monsieur Buisset fut confirmée, ceux qui s'intéressent aux œuvres de solidarité sociale, ressentirent la plus profonde tristesse. Le compagnon des étapes franchies, le conseiller averti, celui qui dans les circonstances difficiles, ranimait le courage défaillant, avait disparu.
II y a quelques jours, sachant que sa vie peu à peu l'abandonnait, nous avions obtenu de lui rendre visite. Il nous accueillit avec sa douceur habituelle ; d'une voix faible et lente il s'informa des progrès réalisés dans la marche de l'Assistance, il nous signala certaines améliorations à apporter dans l'intérêt du bien-être des malheureux. Longtemps il s'attarda en paroles de reconnaissance pour celle qui, pas un instant ne quitta son chevet et pour ses nombreux amis qui souhaitaient le voir au plus tôt reprendre ses multiples occupations.
De lui-même, il ne dit pas un mot.
Ayant consacré son activité à aider ses semblables, ses dernières pensées allèrent à ceux qui avaient été sa grande préoccupation. Il s'endormit tranquillement, pour toujours dans le calme de l'idéal altruisme qui avait été la règle de toute son existence.
Devant la mort, l'homme ne peut prendre que l’attitude qui fut celle de sa. vie. Celui qui a tendu son esprit vers le désir des richesses matérielles y sera tellement attaché que sa fin sera sans noblesse, celui qui pour arriver à une gloire, trop souvent factice, aura brutalement écarté les autres, mourra dans l'isolement qu'il créé autour de lui.
Monsieur Buisset n'était pas de ceux-là : sa profession, sa capacité de travail, la situation politique qu’il occupait, lui permettaient de recueillir des avantages qui conduisent à la fortune. S'il comptait des adversaires, sa polémique loyale et courtoise ne lui créa pas d'ennemis.
Sa belle mort, malheureusement prématurée, fut préparée par une belle vie.
Il fut un homme heureux.
Le bonheur - aspiration de tous - où le trouver ?
Il est en nous et autour de nous, Chaque homme possède des qualités de cœur qu'il néglige trop souvent de cultiver ; peu sensible aux souffrances physiques et morales de ceux qui sont en dehors du cercle de la famille, la sentimentalité bien comprise s'émousse. La charité généreuse ne s'éveille qu'à l'occasion des grands cataclysmes, elle reste aveugle aux catastrophes journalières qui se produisent près de nous. Durant les années sombres de l'occupation nous étions bons et fraternels les uns pour les autres, les privilégiés ont tendu une main secourable aux plus malheureux : l'amour d’autrui était un réconfort dans le malheur national. Aujourd'hui, ne pensez pas qu'il n'y ait plus rien à faire : nous vivons la période des petites catastrophes qui, aussi bien que les malheurs collectifs réclament l'aide matérielle et morale de ceux qui doivent à leur naissance ou leur travail une situation leur permettant d'apporter un appui à ceux qui en ont besoin. Montrez-vous charitables et vous sentirez le bonheur entrer en vous.
« Tous les corps ensemble, a dit Pascal, et tous les esprits ensemble et toutes leurs productions ne valent pas le mouvement de Charité. »
M. Buisset, apportant sa collaboration, son aide pécuniaires aux œuvres d’assistance sociale, celles-ci l'ont récompensé en lui donnant du bonheur. Quel plaisir n'a-t-il pas éprouvé en voyant la Goutte de Lait de Charleroi, dont il avait été l'un des fondateurs, prospérer et faire diminuer la mortalité infantile dans des proportions notables.
Bien avant la création de l'Œuvre Nationale de l'Enfance et se basant sur les résultats obtenus en sa propre ville, il attirait l'attention du Parlement sur la nécessité de multiplier des œuvres de protection de l'enfance.
Les orphelins, les enfants abandonnés auxquels il s'intéressait l'amenèrent à collaborer à la création des Foyers pour orphelins et à se lier d'amitié à des philanthropes belges et étrangers. Le grand problème des soins aux malades et de prévention contré les maladies contagieuses devaient également retenir son attention : il collabora à la création de l’Ecole des infirmières en 1912, à la question de l'intercommunalisation des hôpitaux en 1919, à la constitution d'une maternité pour Grand Charleroi et à d'autres institutions de secours aux malade.
Mai la charité de M. Buisset était réellement effective car non seulement il savait discrètement apporter son aumône, mais il participait à l'administration en venant, par lui-même, se rendre compte de la marche de l'institution. Si vous suiviez son exemple, quel secours vous seriez pour ceux à qui incombe la lourde tâche de diriger ces œuvres et quelle consolation vous apporteriez à ceux qui en bénéficient.
Monsieur Buisset,
Nous étions nombreux ici à vous aimer et à vous estimer, nous nous efforcerons de faire vivre en nous l’esprit de votre vie.
Les institutions charitables qui avaient toutes vos sympathies ont envoyé des délégations pour vous remercier de ce qu'elles vous doivent, pour vous dire adieu et pour rappeler à votre famille la part qu'elles prennent à sa douleur
* * *
Discours de M. Longueville, au nom des populations de la région de Maubeuge
Mesdames, Messieurs,
J’aurais voulu qu'une voix plus éloquente, plus autorisée et par cela plus qualifiée, vienne ici, au nom de la France, un juste tribut d’hommage, à celui dont nous déplorons la perte.
C'est pour moi un pénible devoir d'y suppléer et c'est avec une douloureuse émotion et le cœur gros de tristesse et de sincère affliction, que je viens apporter au bord de cette tombe, si prématurément entrouverte, l’expression de ma vive sympathie et de mes douloureux regrets.
C'est en 1915 que je fis la connaissance d'Emile Buisset, à cette époque sombre et tragique où j'avais la charge, en même temps que le grand honneur, de représenter au Comité provincial de secours du Hainaut, la région de Maubeuge, rattachée par les Boches, au Gouvernement général de Belgique.
C'était l'époque héroïque, on peut le dire, où dans un élan sublime, la Belgique, foyer d'altruisme et de solidarité, apportait à l'organisation de l'alimentation et des secours, dans les territoires occupés, toutes ses ressources d'énergie vitale, avec ses qualités maîtresses de réalisation.
C'est ainsi que dans l’accomplissement d'une même tâche, dans l'exécution d'un mème devoir, au sein d'une œuvre ardue et ingrate, j'appris à connaitre Emile Buisset. A le connaître et par cela même à l’apprécier et à l'estimer.
Par l'ascendant de l’exemple, par le prestige d'une autorité muraie indiscutée, il y exerçait une Influence aussi prépondérante que féconde.
Bon, serviable et accueillant, Emile Buisset donnait de ces qualités innées chez lui, un témoignage éclatant qui se manifestait d'une façon généreuse, spontanée et toute particulière, vis-à-vis de la France qu'il aimait passionnément.
Après la tourmente, j'eus la satisfaction de le revoir, entouré de l'estime de ses concitoyens, pour qui la reconnaissance n'est pas un vain mot. C'était à l'occasion de manifestations franco-belges où il pouvait donner libre cours à ses sentiments d'affection profonde et constante pour mon pays.
J’avais été douloureusement frappé de constater que sa santé était ébranlée, mais pourtant, j'espérais.
Hélas ! la destinée qui vient de se terminer fut trop courte, cependant que complète.
L'homme qui disparait n'a rien à se reprocher, car il a rempli dans toute sa plénitude le devoir et la tâche qui lui incombaient.
La ville de Charleroi perd un bon serviteur, la Belgique un bon citoyen. Le Gouvernement de la République Française s'était honoré, en l'élevant à la dignité d'officier de la Légion d’Honneur.
Pour ma part, je ne puis oublier quel accueil chaleureusement cordial, il réservait au sein du Comité provincial du Hainaut, au représentant de la France, et j'accomplis ici, en mon nom personnel et au nom des populations que je représentais, un simple devoir d'amitié fervente et reconnaissante, en assurant à la famille du regretté M. Buisset, que je compatis à sa douleur et que de tout cœur je m'y associe.
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Discours de M. G.-M. Nasi, au nom de l'Ambassadeur d'Italie
Avant de nous séparer à tout jamais de cette dépouille vénérée, je veux, au nom de S. E. l’Ambassadeur d’Italie et au nom également du Consul d'Italie à Bruxelles, vous apporter l'écho de la douleur que nous aussi, nous Italiens, éprouvons ce jour.
Vous avez été pendant longtemps fonctionnaire de mon gouvernement dans votre belle ville et vous nous avez rendu des services très précieux dans des moments difficiles.
Vous avez eu la joie de voir le début d'une ère nouvelle qui, après la guerre, allait amener dans votre noble pays la collaboration de la main-d'œuvre courageuse qui abonde en Italie et vous vous êtes intéressé avec beaucoup de sympathie à celle-ci.
Ce fut avec le plus vif regret que mon gouvernement, acquiesçant à vos demandes réitérées à plusieurs reprises a dû se séparer de vous comme son représentant officiel dans cette région. Mais même après que vos fonctions d’agent consulaire d'Italie à Charleroi furent terminées, votre aimable collaboration à la cause des Italiens résidant dans cette juridiction leur est restée pleinement acquise.
Tout le peuple de cette belle ville pleure aujourd'hui votre départ.
Nous autres Italiens, dont la douleur n'est pas moindre que celle de vos concitoyens, nous vous envoyons un dernier salut ému et nous garderons de vous un souvenir ineffaçable.
Que votre belle âme repose en paix !
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Discours de M. Fernand Philippe, au nom de l’Association Libérale d’arrondissement
Mesdames, Messieurs,
Qu’il m soit permis au nom de l’association libérale de l'arrondissement de Charleroi, d’adresser à celui qui va nous quitter, un témoignage mérité d'affection et de gratitude, un suprême et dernier adieu.
En toute autre circonstance, combien il me serait doux de remplir envers ce grand libéral les devoirs de la reconnaissance de son parti.
Mais aujourd'hui, au bord de cette tombe, où se presse une foule recueillie et désolée, au bord de cette tombe qui va hélas, se refermer à jamais, la mission qui m'est confiée est pour moi le sujet d'une insurmontable tristesse, d'une profonde et légitime douleur.
On vient, Mesdames et Messieurs, de décerner un juste tribu d'éloges à M. E. Buisset, avocat, administrateur ; on vous a dépeint en lui, le magistrat capable et désintéressé, le conseiller instruit et intègre, on vous a rappelé qu’Emile Buisset était le bourgmestre affable et dévoué.
Vous tous libéraux, qui savez combien il était généreux et vous tous, Messieurs, qui avez goûté la joie d’être admis dans son intimité, vous avez pu apprécier sa belle intelligence et son exquise bonté.
Ma tâche serait trop longue si j'avais à énumérer les qualités de celui nous pleurons. Telle n’est pas ma mission, je me bornerai seulement à rappeler aux libéraux de Charleroi ainsi qu’à toute la population du pays noir, combien notre vénéré Président méritait l'estime et la reconnaissance de tous les concitoyens attachés irréductiblement à notre impérissable idéal de Liberté.
M. E. Buisset appartenait de par ses origines à l’une des plus anciennes familles de Charleroi. Docteur en droit à l'âge de 21 ans, il fit ses premières années de stage à Bruxelles.
Délaissant la capitale, il revint ensuite dans sa ville où se consacra pendant toute une période, à sa formation professionnelle.
Il sentit bientôt s'éveiller en lui ses devoirs vis-à-vis de la collectivité et il s'engagea résolument dans la politique réformiste des Janson, Féron, Lorand, de cette époque héroïque.
En 1894, un parti nouveau s'était constitué, dont la puissance brusquement révélée, éveillait dans le cœur des humbles des espérances illimitées. La plupart des jeunes progressistes désertèrent une cause qu'ils croyaient irrémédiablement perdue.
L'Association libérale, présidée à cette époque par Emile Olivier, découragée, se dispersa malgré tous les efforts et le zèle de nos sénateurs.
Pendant quatre ans, s'il resta des libéraux, il n'y eut plus d'association libérale.
C'est alors qu'un jeune avocat se donna la mission de lui rendre la vie.
Ce fut une tâche malaisée, à laquelle Emile Buissot consacra les plus belles années de sa jeunesse.
Il fut le réorganisateur, l’animateur du parti libéral, il rendit la foi ) ceux qui l'avaient perdue. Sa ténacité rallia les hésitants autour du drapeau bleu.
Aussi, en 1904, son entrée au Parlement fut-elle accueillie avec satisfaction par tous ceux qui avaient apprécié son activité et sa droiture.
Dès lors, l'élan était donné, et le Parti libéral, grâce à son rénovateur, reconquérait peu à peu le terrain qu'il avait perdu.
Le premier Comité de I Association libérale fut formé avec Emile Bertaux comme président et Emile Buisset comme secrétaire général, charge qu’il a rempli jusqu'en 1919, époque à laquelle il a succédé à M. Ed. Dewandre comme président de l'Association libérale de l'arrondissement.
Avec ténacité, convoquant des réunions, rédigeant des ordres du jour, luttant contre l'indifférence et la nonchalance de ses amis, contre les moqueries de ses adversaires, notre regretté Président se mit à la tâche pour rendre à son parti la place qu'il n'aurait jamais dû abandonner.
Laissez-moi vous dire, mon cher Président, que vous n'avez jamais cessé de mériter la confiance de vos amis depuis 1904, époque à laquelle vous êtes entré au Parlement et que la ligne droite que vous avez admirablement suivie n'avait en vue que le bien-être et la prospérité de votre ville, de votre arrondissement, de votre pays, avec le triomphe de votre idéal.
Définissant le Libéralisme, vous disiez : c'est la raison au service de la souveraineté.
Le parti libéral est un parti de désintéressement, un parti de justice, entendant défendre toute classe comme tout individu, car la bourgeoisie n'est que l'élite, sans cesse renouvelée, du peuple.
Je tiens répéter ces phrases une dernière fois devant vous, pour que vous sachiez que nous n'oublierons jamais les leçons que vous nous avez enseignées et que pour honorer votre mémoire, nous vous promettons de suivre dans le travail et l'union les grands principes qui ont été l'apanage de votre vie politique.
Au nom de l'Association libérale de l'arrondissement de Charleroi, cher et vénéré Président, adieu.
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Discours de M. Pater, au nom de la Franc-Maçonnerie
Mesdames, Messieurs,
La loge « La Charité », la S.. C.. Ch.. « L’Avenir et l’Industrie » perdent en notre T.C.F. Emile Buisset un des meilleurs maçons de cette vallée.
Le F. Emile Buisset, voici plus de trente ans, avait demandé son initiation à une institution dont il avait saisi la grandeur et la beauté. La Franc-Maçonnerie est, par excellence, l'école du libre-examen et de la libre discussion. Elle ne demande à ses membres aucune abdication de conscience. Mais elle exige d'eux qu'ils respectent toutes les croyances religieuses, toutes les convictions philosophiques, toutes les opinions politiques et qu'ils soumettent leurs propres idées aux épreuves salutaires d'une critique perpétuelle. Cette discipline est celle même de la raison.
Notre f. Buisset l'a toujours observée. Sa tolérance était si grande qu'il lui est arrivé d'être incompris, presque simultanément, par des hommes également intransigeants dans les deux directions opposées, dont nous ne pouvons point médire, puisqu’ils n’ont pas reçu nos enseignements. La disparition de ceux-ci ramènerait le pays aux pires moments de son histoire, quand des citoyens, faits pour s'entendre et s'estimer, se disputaient et même s'entr'égorgeaient au nom de leurs dogmes respectifs.
La morale maçonnique n'a pas la prétention d'avoir innové. Elle n'a pas, surtout, lié l'observance de ses préceptes à des récompenses ou à des châtiments éternels. Elle place la satisfaction du bien accompli, ou le remords du mal commis, dans le tréfond de la conscience, héritière d'une longue tradition de coutumes où le sentiment de l'altruisme et de la solidarité s'impose comme le suprême couronnement du devoir, auquel nul ne peut soustraire sans forfaire à ses obligations primordiales.
Toute la carrière de f. Buisset a été guidée par cette morale si purement désintéressée. Homme politique, il y a subordonné selon ses tendances personnelles, ses idées et ses actes. Administrateur public, il y a conformé ses réalisations pratiques, basées à la fois sur la solidarité, l'entr'aide et la bonté. Il était persuadé que, même en dehors d'une impossible perfection, la société des sera toujours misérable livrée l'injustice, aussi longtemps que l'intelligence, vivifiée par le cœur ne sera pas la souveraine unanimement acceptée.
C'est parce que la Franc-Maçonnerie, école de philosophie et de droiture, répondait aux aspirations intimes de son âme, que notre f. Buisset lui fut fidèle jusqu’à son dernier soupir.
Ses f. qui aimaient et vénéraient en lui le bon maçon, ont suivi avec angoisse les phases d’une longue maladie dont ils enregistraient douloureusement les progrès, malgré cette admirable énergie qui est aussi une des vertus exaltées par notre institution.
Le f. Buisset a honoré l'Ordre par sa bonté, sa probité et son désintéressement.
Son pur souvenir demeurera inaltéré parmi nous.