Briart Alphonse, Victor, Albert libéral
né en 1864 à Chapelle-lez-Herlaimont décédé en 1936 à Chapelle-lez-Herlaimont
Représentant 1914-1919 et 1925-1936 , élu par l'arrondissement de Charleroi(Extrait de La Gazette de Charleroi, du 22 juin 1936)
A quelques jours d'intervalle. deux bons amis deux bons Wallons, qui exercèrent tous les deux. pendant de longues années, le même sacerdoce, et qui furent aussi tous les deux bourgmestres et députés, ont terminé presque en même temps leur carrière si pareille.
L'autre semaine. M. le docteur Branquart s'éteignait Braine-le-Comte. Hier, c’était notre malheureux ami, le docteur Alphonse Briart, qui succombait, au milieu des siens. La pleurésie qui le tenait au lit depuis des semaines l'avait, hélas ! emporté sur sa robuste constitution. Car le Docteur Briart était toujours droit, toujours vert, malgré ses soixante et onze ans, que personne, d'ailleurs, ne lui aurait donnés. et seuls ses yeux. ses pauvres yeux avaient pâti de I âge qui venait tout de même. Mais cela n'avait assombri ni son caractère, toujours égal, ni son jugement, toujours net. et l'on pouvait toujours faire confiance à la sûreté de sa vue comme à celle de son diagnostic.
Docteur, Alphonse Briart fut de ces praticiens au grand cœur dont la sensibilité ajoute encore à la science et qui, maintes fois, donna ses soins sans compter, dans tous les sens du mot donner. Car sa générosité était proverbiale et nombreux sont les foyers chapellois où l'on pleure aujourd'hui le bon docteur, si complètement, si totalement libéral.
Libéral, en effet, le docteur l'était sincèrement, profondément, dans tous les actes de sa vie. Quoi d'étonnant, dès lors, s’il l fut en politique et si c'est sous les plis de notre idéal, qu’il remplit les divers mandats que lui conférèrent ses concitoyens. Longtemps bourgmestre de Chapelle dont il était toujours conseiller communal, Alphonse Briart fut aussi plusieurs fois députés de l’arrondissement de Charleroi qu'il représenta déjà avant la guerre. Par la suite, les vicissitudes du suffrage universel l'écartèrent de la Chambre ou l'y ramenèrent tour à tour. Mais chaque fois qu'il fut élu. ou réélu, le Parlement compta un grand honnête homme de plus, un grand honnête homme dont les avis étaient toujours marqués au coin du bon sens et de l'expérience.
Et devant sa tombe à présent ouverte, ce sont là d'admirables vertus que ses adversaires, puisqu'il n'en avait pas d autres, reconnaîtront aujourd'hui comme ses amis dont nous sommes certains d'exprimer les sentiments en nous inclinant devant son grand souvenir et en présentant nos vives condoléances à Madame Briart et taire et à ses enfants M. l notaire et Madame Jean-Rasquin-Briart.
(La Gazette de Charleroi, du 25 juin 1936)
Hier après-midi se sont déroulées au milieu d’une affluence énorme et d'une émotion considérables les funérailles du Docteur Alphonse Briart, dans la rie qui a reçu son nom depuis deux jours, sur le vœu du Collège échevinal, hommage à sa mémoire, à son dévouement, à son désintéressement, que l’on peut tenir pour l’expression du souhait unanime de la population.
D’ailleurs, on peut dire que rarement homme public s'en est allé emportant autant de regrets exprimés de façon aussi simple. mais aussi totale dans tous les rangs de la société.
Alphonse Briart a eu hier les funérailles que le noble et bel exemple d sa vie méritait parmi les témoignages les plus lointains, d’opinions les plus diverses, au milieu des drapeaux des groupements qui lui furent les plus chers, entouré de l’expression la plus émouvante de l’affliction populaire : un cortège de fleurs.
Sous le ciel radieux comme il aimait que soit la vie, qu’il avait tant épargnée autour de lui, de toutes les ressources de ses facultés et de son expérience, il a été conduit à sa à dernière demeure par tout un peuple en larmes, appréciant la perte qu’il venait de faire et qui, sans d’opinions, extériorisait de son mieux la reconnaissance qu’il avait vouée à l'homme de bien dont le premier magistrat communal avait si justement, si impartialement évoqué tous les traits et tous les titres à la gratitude publique.
Depuis trois jours, ce n'avait d'ailleurs été à la mortuaire qu'un défilé incessant de personnalités venant exprimer à Mme Briart et à sa famille la part qu’elles prenaient à leur deuil. Il en était venu de tous les milieux, ouvriers,
Industriel, médical, poliique, artistique ; des témégramme étaient arrivés par centaines de tous les coins du pays, de tous les groupements politiques, de multiples sociétés dont faisait partie le disparu.
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Dès 2 heures de l’après-midi, la rue Docteur Briart était presque devenue inaccesssible, tellement la foule était déjà dense. Le défilé à la mortuaire fut interminable. Les personnalités ne se comptaient plus ; tandis que discrètement, M. le commissaire de police Leclercq organisait le service d’ordre et que M. Lechlen, secrétaire communal, réglait les dernières dispositions.
Citons entre autres : (…)
Lorsque la bière eut été déposée au pied du perron, M. Lamarche, bourgmestre, s’avança pour exprimer en ces termes, les mérites du défunt aux yeux de la population de Chapelle.
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Dicours de M. F. Lamarche, bourgmestre
Mesdames, Messieurs !
Interprète du Conseil communal et de la population de Chapelle-lez-Herlaimont, je viens exprimer l chagrin que nous éprouvons de la disparition prématurée du docteur Alphonse Briart.
Alphonse Briart ! Quel nom prestigieux pour tous ceux qui l’on connu !
Nous sommes navrés. Nous perdons le plus sincère et le plus dévoué des collègues, le plus éclairé des collaborations. M. Briart était doué d’une intelligence rare, d’un jugement sûr, d’une pespicacité étonnante, d’une vlonté inébranlable, d’une droiture inflexible, d’une activité inlasable. Et tous ces dons, il les a mis depuis son jeune âge, sans caclul et sans ménagement, au service de ses concitoyens.
C’était un brave ! Dans les multiples domaines de sa débordante activité, il déployait une combativité entraînante, faite à la fois d’audace et de prudence, d’imprévu et de logique, de souplesse et de ténacité, de fougue et de clairvoyance.
Il apportait dans toutes les discussions l’énergie parfois un peu vive, toujours courtoise, comme toujours rigoureusement, et scrupuleusement documentée, caractéristique des personnalités fortes destinées à donner dans leur sphére d’influence une empreinte aux événement et une impulsion à la marche des choses. Les obstacles ne faisaient que stimuler son ardeur, comme les difficultés multipliaient ses moyens et nous restions toujours étonnés, ravis et subjugués de voir avec quel bon sens il savait résoudre les questions les plus graves et débrouiller les situations les plus compliquées comme aussi avec quelle inflexible ténacité il avait poursuivre l’application, la réalisation de la décision prise.
C’était un administrateur toujous soucieux et respecteux des principes rigides d’honnêteré, de sincérité et de tolérance, ne se ravalant jamais à la mesquinerie avilissante des préoccupations intéressées ou des rancunes personnelles. Ses amis politiques ne me démentiront pas si j’affirme que s’il était implacable dans la lutte, il savait, une fois la trêvve signée, se montrer impartial, bienveillant et serviable vis-à-vis de ses adversaires.
Toute sa personnalité, aux reliefs accusés et aux tonalités fortes, se reflète dans la vie administrative.
Il a pu s'assimiler avec une sûreté et une promptitude réellement déconcertante toutes les questions d'ordre administratif et de gestion communale.
Il y consacra la meilleure partie de son temps et la totalité de ses moyens. il y apporta toutes les ressources de son cerveau, de sa conscience et de son cœur.
Elu communal en 1896 - il était notre doyen d’âge – sa grande intelligence devait bientôt l'appeler à d’autres fonctions : le 23 janvier 1900, le conseil communal le nommait échevin. Le soin de veiller au développement de l’instruction lui fut confié, tâche qu’il conserva jusqu'au 17 janvier 1917. Rien ne lui coûtait pour ses écoles : il était toujours sur la brèche, créant des œuvres scolaires et les soutenant souvent de ses propres deniers pour la prospérité de nos écoles officielles. Sil aimait particulièrement à s’occuper de l’instruction, il n’abandonnait cependant pas les autres domaines de l activité administrative : voirie, bienfaisance, finances. Aucune question ne le laissait indifférent et c'est avec une maîtrise qui déroutait les plus subtils mandataires qu'il dirigeait, guidait et éclairait les débats.
Pendant la période critique de la guerre, il remplissait les délicates fonctions de bourgmestre. Devant l’ennemi, il sut toujours se montrer ferme et, lorsque la nécessité se faisait sentir, il savait intervenir énergiquement en faveur de ses concitoyens, réclamer leur mise en liberté, le cas échéant, refusant de fournir les listes des gardes civiques, d’enlever le drapeau national arboré à l’hôtel communal, déjouant les desseins de l’occupant au sujet des sans-travail et des réquisitions de toute nature. Malgré ses nombreuses occupations augmentées encore par le souci de remplacer un de ses confrères rappelé sous les drapeaux, il sut s’occuper des œuvres de secours et de ravitaillement, les créant et les multipliant sans cesse dès que le besoin s’en faisait sentir. On peut affirmer, sans crainte de démenti, qu’il fut un des meilleurs bourgmestres de cette époque douloureuse.
Je suis ici le porte-parole de toute la population, mais permettez-moi d’ajouter quelques mots au nom des fonctionnaires, employés et ouvriers communaux. Ils m’ont prié de vous dire toute l’affliction, la douleur qu’ils ressentent de la perte de leur vénéré ancien bourgmestre qui, en toutes circonstances, par son cœur débordant de bonté, a su les conseiller, les guider et les soutenir. Il avait souci de leur situation matérielle et morale et ne cachait pas son bonheur quand il pouvait donner suite à leurs revendications. C’était un chef, mais un chef que l’on servait avec un dévouement absolu, grâce à la condescendance qu'il avait pour eux. Aussi, c’était toujours avec une affection profonde et respectueuse qu’il était accueilli à l’hôtel communal.
Je ne dois pas non plus oublier la Commission d’Assistance Publique dont il était le médecin depuis toujours. C’était avec un véritable amour qui ne s’est jamais démenti un seul instant qu’il soignait les secourus de cette institution. C’était à eux qu’allaient ses meilleurs pensées et personne ne pourra jamais évaluer le réconfort moral autant que matériel qu’il leur accordait avec une si touchante discrétion.
D’autres voix, plus autorisées que la mienne , vous diront son activité dans tous les autres domaines, comme ses qualités de cœur, son excessive bonté.
Mon cher et vénéré M. Briart, le moment de l’ultime et cruelle séparation est arrivé. hélas !
Vous emporterez dans la tombe l'affection, le respect de tous vos concitoyens qui ont conscience des bienfaits que vous leur avez prodigués pendant toute votre vie. Votre souvenir restera inaltérablement gravé dans la mémoire de chacun et, pour que votre souvenir soit perpétué à jamais, le collège échevinal a décidé de donner votre nom à votre rue qui sera désormais désignée : rue du docteur Briard. Nous voudrions dire : du bon Docteur Briart.
De nombreuses marques de sympathie ne cessent d’affluer. Puissent-elles être un baume à la douleur de votre épouse éplorée, de vos enfants en pleurs.
M. Briart, au nom de la population tout entière, au nom du Conseil communal, de la Commission d’Assistance Publique et de ses pauvres, je vous dis l’éternel adieu, Docteur en paix.
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Ensuite M. le docteur Linard, de Houdeng, prit la parole au nom de la Société de Médecine du Centre.
M. Philippe, président de l’Association Libérale de l’Arrondissement, évoqua le rôle prépondérant que M. Briart avait joué au sein de toutes nos organisations politiques.
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Discours de M. Philippe
Il y a deux mois à peine un deuil nous réunissait autour du cercueil de notre vénéré sénateur G. Croquet.
Aujourd'hui l'inexorable camarde a fauché une nouvelle et précieuse existence, notre ancien député A. Briart.
Elle a effacé d’un trait rapide, un nom connu et aimé dans tous les milieux libéraux de la Belgique et principalement chez les libéraux de l'arrondissement de Charleroi.
Je suis venu, Messieurs. au nom de Association Libérale de l'Arrondissement de Charleroi rendre un suprême hommage d'estime et de gratitude à notre ancien et dévoué mandataire.
Pendant les nombreuses années qu'il nous représenta à la Chambre, le Docteur Briart déploya la vive intelligence, l'amabilité séduisante, que tous, amis et adversaires lui ont constamment reconnues et on peut lui rendre ce rare et précieux témoignage, d'avoir combattu, avec une suprême vigueur les ennemis de ses convictions sans susciter ni haine, ni inimitié personnelle. Aussi ne comptait-il dans tous les rangs que des amis.
Au Parlement il s'intéressa plus particulièrement des questions d'hygiène, d'œuvre de l'enfance. de tout ce qui se rapportait à la santé publique.
Il conquit rapidement l'estime de tous ses collègues, grâce à ses remarquables qualités d'esprit.
Sa mort est une grande perte pour notre Association et pour le parti libéral tout entier car notre ami y était très écouté.
Dans les moments difficiles, j'eus souvent recours à ses conseils et à ses lumières et, grâce à lui, bien des différends ont été aplanis.
A côté de feu Emile Buisset, de feu A. Pater et pendant les dernières années de sa vie, à côté de notre député Ed. Leclercq, il a combattu, avec passion, mais sans haine, les droits sacrés des Wallons, pour que l’on ne puisse jamais porter atteinte aux vertus et aux caractères de la race.
II rêvait une Belgique unie, mais, pour la renforcer cette union, il ne voulait pas que la Wallonie fût accessible à l'impérialisme flamand.
Libéral, le docteur Briart l'était sincèrement. Profondément, dans tous les actes de sa vie. D’un commerce agréable, d'un tempérament heureux, esprit enthousiaste, trahissant déjà cette enviable nature d'artiste, il charmait tous ceux qui avaient le bonheur de jouir de son intimité.
Que de fois dans nos réunions, dans nos banquets, ne l'avons-nous pas entendu s'efforcer de nous égayer par sa voix mélodieuse !
II avait en outre un cœur d'or, c'était une vraie sensitive, le moindre témoignage d'attention pour lui-même ou pour les siens lui causait une vive émotion qu'il ne parvenait pas à dissimuler, et on ne s'adressait jamais en vain à sa générosité, quand il s'agissait de soulager l'adversité ou l'infortune.
Les siens, auxquels il fut toujours si attentif, si bon, si dévoué, sont plongés dans l'affliction.
Si un baume consolateur peut être apporté à leur grand malheur, que la pensée du bien qu'il a fait, que les hommages unanimes rendus à ses belles qualités par tous ceux qui l'ont connu. adoucissent l'amertume de leurs regrets et rendent moins atroce le déchirement de la séparation.
Pour nous, qui l'avons connu, son image et son souvenir seront impérissables.
Mon cher docteur Briart, au nom des Libéraux de l'arrondissement de Charleroi. adieu. (…)