Branquart René, Englebert socialiste
né en 1871 à Hennuyères décédé en 1936 à Braine-le-Comte
Représentant 1899-1900 et 1902-1904 et 1912-1932 , élu par l'arrondissement de Soignies(Extrait du Peuple, du 13 juin 1936)
Le docteur René Branquart, sénateur socialiste, est mort.
La brutale, l'affreuse nouvelle !... Hélas ! elle ne devait nous surprendre tout à fait.
Durant la campagne électorale, nous avions revu notre cher ami, le bon docteur, dans sa maison de Braine-le-Comte à côté de la brave et simple compagne de toute sa vie. Il était étendu sur une chaise longue, les jambes gonflées. Il n'avait pu venir au meeting socialiste.
Au seuil de son jardin de curé, aux boulingrins bien taillés, Branquart nous parlait avec détachement, avec une précision scientifique alliée à un grand pittoresque d’expression, du mal dont il souffrait. Il y a quelque temps, tandis qu’il voyageait en France, notre ami eut une hémorragie abondante. On dut le soigner pendant de longs jours à Beauvais. Ramené à Braine-le-Comte, il tenta de récupérer les forces perdues. Mais des accidents secondaires se produisirent. Branquart, notre bon Branquart, taillé en athlète, était touché à mort, d'une faiblesse extrême...
Et voilà qu'il nous quitte brusquement.
Je crois ne pas me tromper en disant qu'il emportera des regrets unanimes. Il avait des adversaires : il n'eut pas d'ennemis. Quelle que fût la vivacité de certaines de ses boutades, jamais vulgaires, l'ardeur de ses opinions, On était désarmé par la jovialité de ce Wallon cent pout cent.
Il était né le 14 mai 1871, à Hennuyères, dans une famille de petits cultivateurs. Il fit des études de médecine à l'Université Libre de Bruxelles, où il avait comme camarade Léo Meysmans. Ensemble, on les vit fréquemment alors à la rédaction du Peuple où ils collaboraient.
Cet intellectuel était resté profondément attaché à son terroir. Joueur de balle, colombophile, grand conteur de joyeuses histoires, il se vantait d'avoir tous les défauts.
Tout jeune, sous l'influence de son concitoyen Hector Denis, il adhéra au mouvement rationaliste et au Parti ouvrier belge.
Jeune médecin établi Braine-le-Comte, il fut envoyé, en 1896, au Conseil provincial du Hainaut par les électeurs socialistes. II avait un peu plus de 25 ans.
Trois ans plus tard, à la mort d'Oscar Paquay, il fut élu député de Soignies, à un majorité de cinq mille voix. Mai le siège qu’il détenait était un de ces sièges « baladeurs » auxquels les jeux de l'apparentement donnaient un caractère essentiellement précaire. C'est pourquoi il disait plaisamment que ce siège, « il ne l'occupait que d'une fesse. »
Comment parler de Branquart, même dans une nécrologie, sans se rappeler ses facéties et ses bons mots, son esprit qui faisait de lui, au Parlement, un interrupteur redoutable !
Tandis que J'écris ces lignes, j'ai sous les yeux des fiches qu'il avait remplies à notre demande pour le service de documentation de la presse socialiste. Après avoir énuméré les groupes du Parti dont il faisait partie, il répondait à notre question : « Quelles sont vos fonctions dans les groupes ? » en ces termes laconiques : « Trombone solo ! » Et à la rubrique « Renseignements divers », il écrivit : « Qu'est-ce que cela peut bien vous f… ? »
Voici l'autre fiche qu'il dressa :
« Etudes : lamentables mais ininterrompues.
« Activité dans le mouvement coopératif : fantastique !
« Dans le mouvement politique : mirobolante !
« Ouvrages publiés : peu nombreux, mais sensationnels… »
Pauvre cher Branquart ! L'homme tout entier est dans ces boutades.
Il ajoutait : « Caractère : un modèle de modestie et d'humilité. »
Boutade encore.... Mais cette fois, notre ami disait vrai. Il aurait pu ajouter : d'une bonté pleine de délicatesse.
Cette bonté, elle s'est dépensée sans compter à cet Office des Accidents du Travail qu'il avait organisé avec son ami Mansart à la Fédération des Mineurs du Centre.
Député jusqu'en 1921, il devint ensuite le sénateur provincial élu par les socialistes du Hainaut.
Conseiller communal de Braine-le-Comte de 1900 à 1908, il fut réélu en 1912 et devint bourgmestre de cette ville en 1922.
Ce médecin fut un orateur de meeting excellent. La classe ouvrière de son arrondissement adorait son éloquence primesautière, ornée de bons mots en patois.
C'était un journaliste de race. Il donna, au Journal de Charleroi, quantité d'articles dont certains furent de petits chefs-d'œuvre d'humour et bon sens.
Faut-il rappeler le rôle éminent qu'il joua dans le mouvement wallon et l'amour passionné qu'il avait voué à la France !
C'est un ami très cher que nous perdons, un brave homme, un cœur d'or. Et, comme le dit notre directeur Arthur Wauteys, dans une dépêche qu'il vient d'adresser à la veuve : « La disparition de René Branuart prive le Parti belge d'un militant qui défendit le socialisme avec loyauté, bonne humeur et fidélité. »
Nous adressons à la veuve de René Branquart, à sa fille et son gendre, M. Charles Deltenren, à ses petits-enfants qu'il adorait, l'expression de nos sentiments de condoléance sincères.
(Extrait du Journal de Charleroi, du 13 juin 1936)
Décidément, le sort s’acharne sur les meilleurs.
René Branquart, le docteur Branquart, ce bon géant dont les yeux seuls donnaient un démenti immédiat à l’aspect grognon, rébarbatif et hirsute du caractère général de la physionomie ; René, comme l’appelaient tous ceux - et ils étaient nombreux- que spontanément il autorisait et engageait même à employer cette appellation familière, est mort hier.
Nous osons affirmer qu'il n'est pas un lecteur de notre Journal de Charleroi qui, en apprenant la triste nouvelle se sentira profondément ému.
C'est que le docteur Branquart était de ceux qui, spontanément, sans même s'en rendre compte, simplement parce qu'ils sont nés avec la bonté chevillée au corps et à l'âme, viennent tout naturellement vers les malheureux et les déshérités, et n'ont de que lorsqu'ils pensent avoir apporté quelque soulagement à leur misère et leurs maux.
Comment s'étonner dès lors qu'il fut socialiste ?
Oh : on peut être socialiste de différentes façons et des pour des raisons plus différentes encore ; mais celui qui l'est à l'exclusion de tout intérêt, surtout et avant tout par sentiment, celui-là est le socialiste, qui à travers les variations de doctrine le demeurera malgré tout, parce que son socialisme découle uniquement de la meilleure des qualités humaines.
C’est ce socialiste-là qu'était René Blanquart.
Il était avant tout Wallon et, par conséquent, ami de France Ah ! la France pour René Branquart, c'était le Paradis Terrestre. Vous rappelez-vous avec quelle ferveur il célébrait dans ses articles vivants et primesautiers tous les mérites, les qualités, les titres de gloire de nos amis français.
Vous souvenez-vous, par contre, des moqueries, des vérités et des sarcasmes qu'il lançait aux flamingants et à l’adresse de ces « Brusseleers » qui, disait-il, parlent « indistinctement les deux langues : le flamand et le wallon.
Mais tout cela, au fond, ne visait qu'à convaincre chacun de la nécessité d'une sorte d'opération chirurgicale, qu'à tort ou raison. Il estimait devoir être profitable à tous, et, ce faisant, René Branquart laissait encore parler son cœur.
Depuis un certain temps, son état laissait à désirer. Il fit, il y a quelque huit semaines, un effort pour assister aux funérailles de son ami Gustave des Essarts et sa présence en ces douloureuses circonstances fut de celles qui nous furent particulièrement précieuses.
En effet, lorsqu'un homme comme celui-là vous accorde son amitié, on sent tout de suite qu'elle est d'une qualité rare, profonde, attentive, vigilante.
Elle fut, pour nous, inaltérable.
Spirituel, amusant, franc comme l'or, accueillant comme pas un, délicieux conférencier et conteur d'anecdotes, René Branquart était d’un abord d'une touchante simplicité.
Ce sera demain dimanche : le dimanche c'était le jour où l'article de première page était réservé à notre ami Branquart. Il n'y aura pas demain, il n’y aura plus jamais d'article du bon René. Mais dans tous les foyers où pénètre le Journal de Charleroi, il y aura demain dimanche, en l'honneur de celui qui vient de disparaître de douces pensées et aussi des larmes…
RACAGNAC
(Extrait du Journal de Charleroi, du 13 juin 1936)
La carrière du Dr Branquart
René Branquar est mort à Braine-le-Comte vendredi matin, à 11 heures. Il était malade depuis plusieurs semai.
René Branquart, sénateur socialiste de l’arrondissement de Soignies, était né à Hennuyères le 14 mai 1871. Docteur en médecine, il siégea au conseil provincial du 2 août 1896 au 20 octobre 1899. Conseiller communal de Braine-le-Comte depuis 1900 jusqu'en 1908, il fut réélu en 1912 et nommé bourgmestre en 1922. Il avait été élu membre de la Chambre des représentants en 1899. Il demeura député jusqu'en 1932, puis devint sénateur. Il intervint fréquemment dans les débats relatifs aux lois linguistiques, aux lois concernant l'hygiène et l'ordre social.
Branquart professa un cours de pathologie chirurgicale à l'université nouvelle. Il était encore membre Comité de patronage des habitations ouvrières et institutions de prévoyance de l'arrondissement de Soignies. li était aussi membre de la Commission des accidents du Travail.
Le sénateur Branquart – sénateur provincial – a publié quelques ouvrages : « A mon frère le paysan », « Les accidents du travail », « En Wallonie pendant la guerre », etc.
Branquart détenait avec chaleur les idées wallonnes de rapprochement étroit avec la France. Il était d'ailleurs président d'honneur des Amitiés françaises de Braine-le-Comte et assistait à toutes les manifestations franco-belges. Il savait défendre avec ardeur magnifique les idées qui lui étaient chères.
(Extrait de La Gazette de Charleroi, du 13 juin 1936)
Une belle figure de Wallonie qui disparaît.
Une pénible nouvelle nous est parvenue hier après-midi : celle du décès à onze heures du matin de M. René Branquart, sénateur socialiste, bourgmestre de Braine-le-Comte, qui a succombé des suites d’une crise d’urémie qui était venue compliquer ces dernières semaine une broncho-pneumonie. C’est une figure wallonne bien sympathique qui disparaît.
Le docteur René Branquart était né à Hennuyères le 14 mai 1871. Il siégea au conseil provincial du Hainaut du 2 août 1896 au 20 octobre 1899. Conseiller communal de Braine-le-Comte depuis 1900 jusqu’en 1908, il fut réélu en 1912 et nommé bourgmestre en 1922. Il avait été élu membre de la Chambre des représentants en 1899. Il demanda député jusqu’en 1932, puis devint sénateur provincial du Hainaut. Il intervint fréquemment dans les débats relatifs aux lois linguistiques, aux lois concernant l’hygiène et l’ordre social.
Wallon intransigeant, M. René Branquart défendit avec chaleur et enthousiasme les idées wallonnes de rapprochement étroit avec la France. Il était d’ailleurs président d’honneur des Amitiés françaises de Braine-le-Comte et assistait à toutes les manifestations franco-belges. Un détail peu connu hors de la région et qui montre bien la vivacité de ses sentiments wallons : un café de vieille réputation de La Louvière possède une collection de « pintes » réservées à tout un groupe de clients : sur chacune de ces pintes, un dessin ou une légende marque la propriété : le docteur Branquart possédait la sienne, qui était marquée d’un rutilant coq wallon.
Le sénateur Branquart a publié quelques ouvrages : « A mon frère le paysan », « Les accidents du travail », « En Wallonie pendant la guerre », etc. Il était connu pour sa belle humeur, pour sa verve intarissable, savoureuse, truculente.
Le « docteur » s‘est peut-être moins manifesté hors les murs de la vieille cité hennuyère. René Branquart pourtant, professa un cours de pathologie chirurgicale à l’Université Nouvelle. Il était encore membre du Comité de patronage des habitations ouvrières et institutions de prévoyance de l’arrondissement de Soignies et membre de la Commission des accidents du Travail ; président de la Ligue Wallonne, du Cercle médical, du Fonds des mieux doués.
Le docteur Branquart était aussi un excellent journaliste. Il collabora, en effet, très longtemps aux journaux socialistes, surtout au Journal de Charleroi, et à la Tribune libre du Soir, où parurent de nombreux articles pétillants de malice et d'esprit et dans lesquels il défendait avec ardeur les idées politiques et linguistiques qui lui étaient chères.
A l'administration de la ville de Braine, il avait apporté de larges occupations. Il était échevin de l’instruction publique et veillait jalousement à l'essor de toutes les écoles officielles.
Devant cette nouvelle tombe ouverte où va disparaître un grand Wallon, qu’il nous soit permis d’évoquer l’amitié qui liait René Branquart à notre vénéré rédacteur en chef Arthur Pater. Ils avaient passé tous deux leur enfance sur les bancs de la Brainette et, soit mêlés avec autant de passion à l’Action Wallonne, soit au Parlement, ils n’avaient cessé de se retrouver partout avec un plaisir qu’ils ne se dissimulaient pas.
Les années fauchent ainsi dans le champs de ceux qui furent autour des fondateurs de l’Assemble Wallonne, Buisset, Pater, avant-hier, Destrée hier, aujourd’hui Branquart.
A l'Hôtel de Ville de Braine, où le drapeau a été hissé en berne, c’est le deuil de la Wallonie elle-même qui a été solennellement exprimé.
Nous saluons sa mémoire et présentons à sa veuve et à sa famille nos condoléances émues.
Louis PIERARD.
Voir aussi : PUISSANT J, BRANQUART René, sur le site Le Maîtron (consulté le 16 janvier 2026)