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Bertaux Emile (1843-1911)

Portrait de Bertaux Emile

Bertaux Emile, Charles, Grégoire libéral

né en 1843 à Gosselies décédé en 1911 à Gosselies

Représentant 1900-1904 , élu par l'arrondissement de Charleroi

Biographie

(Extrait de LIVRAUW F., Le Parlement belge en 1900-1902, Bruxelles, Société belge de Librairie, 1901, p. 322

Emile BERTAUX

Représentant libéral progressiste pour l’arrondissement de Charleroi, né à Gosselies, le 14 janvier 1843

Négociant.- Elu conseiller communal de Gosselies en octobre 18780, il fut nommé bourgmestre au mois de juin de l'année suivante et occupa es fonction jusqu’en 1900. - Aux élections du 27 mai 1900, les électeurs libéraux de l'arrondissement de Charleroi le déléguèrent à la Chambre.


(Extrait de La Gazette de Charleroi, du 29 mai 1911)

Mort de M. Emile Bertaux, président du Conseil d'Administration de La Gazette de Charleroi

Hier, à l'aube d'une journée qui s’annonçait radieuse et que nous croyions devoir être une journée de fête, nous arrivait la nouvelle, foudroyante, de la mort du Président du Conseil de la Société anonyme de la Presse libérale de Charleroi.

Alors qu’il avait passé la veille bien portant et joyeux, entouré de sa famille, sauf une petite indisposition dans la soirée, M. Emile Bertaux s’éteignait tout d’un coup vers minuit, sans une minute d’agonie et heureusement de souffrance.

La nouvelle de cette mort, tout à fait imprévue, nous surprit douloureusement, nous qui connaissions la verdeur intellectuelle ct physique du disparu.

Au premier moment, nous ne pouvions nous faire à l’idée de ce brusque départ, mais maintenant nous savons que nous ne verrons plus celui qui depuis onze ars présidait à nos destinées avec une sollicitude éclairée et ininterrompue, après avoir été un des fondateurs de la Gazette de Charleroi.

On peut dire que celle-ci est en partie son œuvre, car il sut insuffler l'énergie de ses fortes convictions.

Adversaire de toutes ces admettent qu’admettent les ambitieux intéressés, Emile Bertaux marchait droit devant lui, n ayant qu'un but, la défense de la liberté de conscience contre les empiètements de la secte romaine. Doué de toutes les qualités de l'administrateur et de l'homme d’affaires, il ne croyait pas qu’il fallait sacrifier ses idées politiques et philosophiques au succès de celles-ci. Il estimait au contraire qu'on ne peut fonder l’espoir d’une prospérité matérielle durable sur la base de compromissions et de lâchetés de conscience. Il considérait le péril clérical comme le plus immédiat et le plus redoutable et il n'hésitait pas pour lui résister à faire appel à tous les concours, confiant dans la sagesse et le bon sens de ses concitoyens, qui auraient toujours fini par reconnaître quelles mains étaient dignes de détenir le pouvoir.

Aussi, sa ligne de conduite politique fut-elle nette et droite. Loin de poursuivre dans un repos égoïste la recherche exclusive dés joies de l'existence, Emile Bertaux savait consacrer une partie de celle-ci à la défense et aux triomphes de ses idées. Pour leur succès il sut faire les sacrifices nécessaires donnant, quand il le fallait, avec discrétion et simplicité, l'exemple de la générosité.

Aussitôt qu’il eut acquis par son travail, une situation assurée. il se lança avec ardeur dans la lutte des partis sur le terrain communal.

Le Conseil communal de Gosselies était clérical homogène. Quatre fois, Emil Bertaux et ses se lancèrent à l’assaut de cette forteresse de la réaction ; quatre fois, ils échouèrent, mais en octobre 1878 ils firent leur trouée à l’hôtel-de-ville. C’était d'ailleurs l’époque des grand succès Libéraux.

Le 1er janvier 1879, Emile Bertaux pénétrait à l’hôtel da ville de Gosselies comme conseiller communal et son mandat fut renouvelé à toutes les élections qui eurent lieu depuis lors.

Le 28 janvier 1879, un arrêté royal le nommait bourgmestre et il entrait en fonction le 9 juillet suivant. En 1881, il avait la joie de renverser la majorité clérical du conseil. Pendant 21 ans, il administra la ville da Gosselies qui prit sous sa direction éclairée et sage un essor remarquable : augmentation notable de 'a population et du budget ; construction d’écoles; travaux de voirie, etc...

Pendant la tourmente de 1886, le bourgmestre libéral de Gosselies disposant que d’un rudiment de police locale, maintint l’ordre dans la ville avec un courage et une énergie peu commune, payant de sa personne aux endroits les plus menacés, et protégeant ainsi la vie et les biens de ses concitoyens. Si ces événements coûtèrent quelques milliers de francs à la ville de Gosselies, c’est parce que des Gosseliens furent convaincus d’avoir pris part à des pillages en dehors du territoire communal. L'indemnité de 80,000 fr. put d'ailleurs être payée sans emprunt grâce à l'excellent état des finances communales.

De tous ces services, le gouvernement n'eut cure puisque le 3 mars 1900 Il enlevait l'écharpe d’Emile Bertaux pour la donner à M. E. Drion, le bourgmestre d’aujourd’hui, parent éloigné de celui que son prédécesseur lui-même remplacé vingt-et-un ans auparavant.

Mais avant l'heure de cette injustice, le bourgmestre de Gosselies n’avait pas craint d'aborder un terrain politique plus vaste. Son autorité et. son influence étaient considérables à l'Association libérale de Charleroi, et il n'y eut rien d'étonnant à ce qu’on lui offrît une candidature à la Chambre aux élections de janvier 1892 pour la constituant. Soumise au ballotage, la candidature de M. Bertaux succomba au deuxième tour. C’était les adieux du régime censitaire. A la première élection qui eut lieu sous le nouveau régime, le suffrage plural, Emile Bertaux, qui était tête de liste libérale fut éliminé, avec tous ses amis politiques. Il ne fut pas le dernier à préconiser au second tour le ralliement anticlérical aux socialistes.

Il fut aussi de ceux que les échecs de 1894, 1898 et 1899 n'abattirent point ; il avait dans le triomphe définitif du parti libéral, une foi absolue, et quand la première application de la représentation proportionnelle assurait à nos opinions un siège au parlement, logiquement, c’est à lui que les membres de l’Association libérale pensèrent pour lui offrir la première candidature : choix d'autant plus flatteur que le candidat choisi avait pour compétiteur un homme éminent qui avait rendu également au parti de grands services.

L’élection du 27 mai. était la juste revanche de l'acte stupide du gouvernement qui n’avait pas renouvelé le mandat du bourgmestre de Gosselies.

Sur la scène plus vaste de la Chambre, M. Bertaux ne pouvait pas briller au premier rang comme au Conseil communal de Gosselies. Dans sa nouvelle situation était bridé par une modestie exagéré, encore augmentée par les atteintes de l’âge dont il se plaignait parfois à ses amis, semblant vouloir s’excuser de ne pas donner à l'unique représentation libérale de l'arrondissement de Charleroi à la Chambre, l’éclat qu’il aurait rêvé. Mais s'il ne figurait pas parmi les orateurs éminente du parlement, ses conseils empreints de sagesse et d'expérience y étaient écoutés avec respect et son intervention, qu'ii risquait qu'à bon escient, y était toujours acceptée avec une grande déférence.

En 1904, Emile Bertaux renonça spontanément au renouvellement de ce mandat législatif qu'il avait accompli avec tant de dignité et de simplicité ; car la simplicité était la dominante de son caractère.

Il refusait ave le sourire d’un tolérant scepticisme les honneurs la chasse desquels d'autres se livrent avec âpreté. Il en était deux toutefois auxquels il tenait parce qu’ils correspondaient à son grand dévouement, à ses idées : la présidence de l'Association libérale et du Conseil d'administration de La Gazette de Charleroi. Quand récemment il avait abandonné la première, l'Association libérale, à l’unanimité lui décerna le titre de président d’honneur que justifiaient les services qu’il avait rendus au libéralisme dans l’arrondissement. Il conserva l'autre présidence, celle de La Gazette et il ne cessa d'exercer cette charge avec une assiduité et un zèle absolus.

Il avait succédé dans cette fonction en janvier 1900, au regretté Amédée Fourcault-Frison dont la mort brusque et inattendue nous surprit également un des derniers jours de décembre 1899. Nos deux présidents se ressemblaient d’ailleurs par beaucoup de côtés : un inviolable amour de la justice, une prudence et une réserve dictées par la sagesse et une simplicité qui s'accentuait. encore chez le second.

Mais leur dévouement à La Gazette dont ils étaient l’un et l’autre fondateurs, fut égal et jamais M. Bertaux ne négligea les obligations qu’il avait assumées vis-à-vis de nous, même quand, à ses occupations habituelles, vint s’ajouter la charge de son mandat parlementaire. II donnait autant de soins à ses fonctions purement honorifiques d'administrateur de La Gazette de Charleroi qu'à celles qu’il remplissait dans les sociétés industrielles ou son expérience et son autorité étaient tenues en haute estime. II était en effet administrateur de la Société anonyme des Glaces du Midi de la Russie, de la Société de prêts pour l'édification des maisons ouvrières, à Châtelet ; commissaire de la Société Métallurgique d’HaIansy.

Pendant une seule période, il se tint à l’écart de notre vie quotidienne, le temps de repos que lui imposèrent les suites d’un accident banal qui aurait pu lui coûter la vie, mais dont sa forte constitution lui permit de triompher aisément ct rapidement.

Le voilà étendu sur sa couche funèbre, les traits empreints de cette sérénité qui est le témoignage d'une conscience en repos.

S’il emporte dans sa tombe un regret, ce sera celui de ne pas assister à la chute prochaine d'un régime néfaste qu’il ne cessa de combattre avec l'ardeur que donne la sincérité des convictions et la certitude de la beauté et de la grandeur de l’œuvre poursuivie. Et, pour honorer sa mémoire il n'y a pas de meilleur moyen que de continuer sa propagande jusqu'à l'obtention du résultat qu’il escomptait lui-même avec tant de confiance.

Né à Gosselies le 14 janvier 1843, M. Emil Bertaux avait épousé en 1873 Mlle Jullie Dubois dont il eut doux filles : Mmes Fernand Van Bastelaer et Valmy Guyot.

Nous présentons à Mme Bertaux et à ses enfants et petits-enfants nos plus vifs sentiments de condoléances. Comme eux, La Gazette pleure la cher disparu, comme eux nous ne l’oublierons pas.

Conformément à ses convictions et sa simplicité Emile Bertaux avait indiqué les funérailles qu’il désirait. Suivant son désir, elles seront purement civiles et auront lieu jeudi prochain à 11 heures du matin. Pour s conformer à la volonté du défunt, il n’y aura autour de son cercueil ni fleurs ni discours.