Allard Alphonse, Adolphe socialiste
né en 1857 à Lasne décédé en 1923 à Braine-l'Alleud
Représentant 1900-1923 , élu par l'arrondissement de Nivelles(Extrait de LIVRAUW F., Le Parlement belge en 1900-1902, Bruxelles, Société belge de Librairie, 1901, p. 218)
Instituteur diplômé, sorti de l'Ecole normale de Nivelles (août 1877). - Secrétaire du Bureau de bienfaisance de Braine-l'Alleud. - Siège au Conseil communal de la ville depuis 1895. - Nommé conseiller provincial suppléant aux élections de 1898. - Secrétaire de la Coopérative « La Persévérance », de Nivelles. - Elu membre de la Chambre pour l'arrondissement de Nivelles le 27 mai 1900.
(Extrait de La Wallonie, du 27 septembre 1923)
La subite aggravation de l'état de santé de notre ami Allard, député socialiste de Nivelles, laissait peu d'espoir à ceux qui l'entouraient de leurs soins affectueux. Mais la mort, survenue inopinément, de notre vieux et dévoué mandataire n'en a pas moins provoqué la stupeur consternée dans la population laborieuse du Brabant wallon, comme elle mettra en deuil notre parti ouvrier.
C'est que le brave et digne homme qui vient de disparaître appartient à cette génération, hélas fort décimée, qui connut les heures les plus dures et les plus pénibles, mais les plus glorieuses, de l’époque héroïque des sacrifices et des luttes désespérées.
Né à Chapelle-Saint-Lambert, dans cette ravissante vallée de la Lasne, dont il aimait à célébrer et à faire connaitre le charme discret, Allard appartenait ù une famille d'instituteurs. Il s'était, lui aussi, voué à l’enseignement, y avait parcouru une longue carrière. Et c’est à la douceur ferme de l'excellent maître qu'il était, à la valeur pédagogique de ses leçons, à la bienveillance même de son caractère, toujours prêt à aider, instruire, conseiller, qu'il dut le grand ascendant qu'il exerça, jusqu'à sa mort, sur la population ouvrière de la région.
Démocrate de tempérament, d'allure et de conviction, Allard prit part aux premiers mouvements pour la révision et le suffrage universel. Ayant appris à connaître et à aimer le socialisme par les longues causeries qu'il avait le bonheur d'entretenir avec Hector Denis, quand le grand savant allait se reposer à la ferme historique de la Papelotte, Allard comprit que l'heure de l'éveil allait sonner, non seulement pour les ouvriers de la région (paveurs, maçons, charpentiers), que la poussée des grandes villes a détachés du travail de la terre, mais aussi pour cette multitude de travailleurs agricoles et de petits fermiers qui forme le fond de la population du Brabant wallon.
Et.c'est ainsi qu'en 1894, avec Georges Maes, Grégoire Serwy, Charles Gheude, Jules Lefèvre, de Quenast, Emile Carlier et Simonet, de Quenast, Maurice Hambursin, de Perwez, les frères Thys et Georget Renette, de Nivelles, il entreprit cette admirable campagne de meetings qui, tous les dimanches, allait porter la parole socialiste dans une vingtaine de villages de l'arrondissement.
Allard choisira, de préférence, les milieux campagnards. La fine bonhomie de son langage allégorique, le clair bon sens de ses aperçus, la précision de ses petits discours qui portaient la marque de l'éducateur, lui assuraient des auditoires attentifs et sympathiques.
Et les premières élections de vote plural furent, dans cet arrondissement agricole, une victoire pour le parti socialiste. Sans les défections de certains libéraux, passant à droite au scrutin de ballottage, le pays de Nivelles eût acquis, dès 1894, une représentation socialiste homogène.
Fortement préoccupé d’organiser les travailleurs qui déjà sympathisaient avec notre cause, Allard fonda les ligues ouvrières, des mutualités socialistes et des sections syndicales à Braine-l'Alleud, Waterloo, Lillois, Plancenoit, Ohain, Maransart, Ittre, en un mot, dans tous ces villages où, désormais, le drapeau de notre parti flotte victorieusement.
Elu, la R. P. lui ouvrit les portes de la Chambres en 1900, et depuis vingt-trois ans, la confiance du corps électoral lui a renouvelé son mandat. Le rôle parlementaire d'Allard fut très actif ; il intervint souvent dans la défense des travailleurs agricoles et dans la discussion des problèmes de l’enseignement. Très modeste, d'une aménité et d'une courtoisie fort appréciées, Allard était universellement respecté à la Chambre.
Depuis quelques années, la maladie le condamnait au repos, il ne cessa d'être pour ses collègues un exemple d'assiduité, de ponctualité, de fidélité au devoir. C'est ce qui rend sa perte d'autant plus sensible aux ouvriers du Brabant wallon dont il était le porte-parole vénéré.
Nous saluons sa mémoire arec un profond respect et nous adressons aux siens, ainsi qu'à sa grande famille ouvrière du pays de Nivelles, nos condoléances émues et affligées.
(Extrait du Peuple, du 30 septembre 1923)
Le Parti ouvrier est en deuil.
Alphonse Allard est mort, lundi dernier, dans l’après-midi.
Dans le courant de la semaine précédente, il avait, disait-on, contracté un refroidissement au cours d'une promenade de Wavre à Rixensart. Hélas ! le mal dont il était frappé était plus grave. Les médecins découvraient bientôt la complication intérieure d'un abcès et décidaient d'urgence une intervention chirurgicale. Dimanche, notre pauvre ami se soumettait avec courage à l'opération. Mais son corps affaibli ne résistait pas à l'épreuve et, malgré les soins désespérés prodigués par son entourage, il mourait lundi, avant que le soir ne fût tombé.
Nos amis de Braine, maîtrisant leur émoi, transmettaient aussitôt la nouvelle aux milieux socialistes, et le deuil s'emparait de la classe ouvrière.
Car, avec Alphonse Allard, c'est une vie pure et loyale qui prend fin.
Les hommes sont, rares, dont on peut dire, comme de lui, que pas un instant de leur existence n'a été détourné de la défense de leurs idées et de leur amour du prochain. Aussi loin que remonte mon souvenir personnel, aussi loin que se prolonge le souvenir des aînés, la carrière de notre cher disparu m'apparaît comme une ligne droite, impeccable et claire.
Sa jeunesse, il l'a donnée à l'éveil et à la culture par sentiments altruistes. Son âge mûr, il l'a consacré à la bataille pour l'idéal socialiste, et la vieillesse, dont il avait franchi le seuil, avait fait de lui le symbole de la simplicité souriante, de l'amitié indulgente et de la fraternité infinie. La grande beauté de sa vie dans la constance de sa bonté, dans l'unité de fidélité et de son sacrifice la défense des malheureux.
Bien souvent, je me suis demandé si nous, les jeunes socialistes, nous nous rendions suffisamment compte de tout ce que nous devons à nos anciens.
Aujourd'hui, la lutte est une joie. La force acquise du parti est l'aliment de notre émulation, et si quelque déboire survient, la solidarité des centaines de mille hommes enfin groupés autour de notre drapeau a vite fait de le transformer en nouvelle espérance.
Mais pour vous, les anciens, quelles ressources d'énergie, quel trésor de courage ne vous a-t-il pas fallu pour mener jusqu'au bout le combat, pour rester malgré tout tenaces à la tâche, au milieu des embûches, des déceptions et des haines qui furent, au début, la seule récompense de vos efforts ! Si la route est à présent, pour la nouvelle génération, facile et joyeuse, si le devoir est aisé et la lutte un plaisir, nous n'oublions pas que c'est à vous que nous le devons.
Aussi quand nous, les jeunes, nous parlons de vous, que ce soit toujours tête nue !
Je me souviens des heures, très rares, où Alphonse Allard évoquait les premiers socialistes dans notre arrondissement. II en parlait avec cette modestie qui était l’un de ses charmes, mettant son scrupule à s'effacer et à citer autrui avant lui.
C'était en 1894 d'abord, lorsque le suffrage universel, malgré l'injustice du vote plural, permit ses premiers espoirs à la classe ouvrière. Allard venait d'être une première fois victime du fanatisme clérical contre l'école officielle.
Ils étaient une poignée, dont certains vivent et honorent encore notre parti : Simonet, Charles Gheude, de Brouckère, Demblon, Hambursin et quelques autres.
Ce que fut cette campagne, la mémoire s'en est gardée.
L'accueil défiant des populations, la décevante incompréhension des milieux agricoles, les meetings mouvementés, les villages cléricaux défendus à coups de pierres, les calomnies abominables semées tout le long du chemin des propagandistes. Et malgré tout, les nôtres arrivant au ballottage avec les catholiques. Mais la trahison libérale veillait et la réaction demeurait victorieuse.
En 1895, Allard entrait au Conseil communal de Braine-l’Alleud, qu'il n'a quitté jusqu'à sa mort, réélu chaque fois en tête de liste et menant enfin, en 1921, nos amis à la victoire qui dota la grande commune d'une édilité socialiste.
En 1900, il entre au Parlement. dont la première application de la Représentation proportionnelle lui a ouvert les portes.
Sa vie est dès lors un exemple d'assiduité et de dévouement à son mandat. Son activité est patiente et méthodique. En dehors de sa participation au grand mouvement d'idées qui marqua le début du siècle, il s'attache à la défense des intérêts qui ressortissent à sa compétence particulière, Il est le défenseur toujours sur la brèche de l'enseignement officiel, il travaille à l'élaboration du droit ouvrier, il se dévoue à l'organisation et aux revendications mutualistes et syndicales.
Obstinément modeste, il fuit tout éclat. Ses interventions sont sobres, mais mûries et sûres, et son action, systématique et opiniâtre, peut compter parmi les plus fécondes.
Dans les dernières années de sa vie, la maladie de cœur dont il souffrait l'avait obligé se garder des émotions des grands débats. Mais avec quelle ardeur forcément contenue, avec quels élans difficilement comprimés, il en suivait pourtant les péripéties !
Je le vois encore, aux heures des discussions passionnées, descendant de la travée élevée où il et siégeait, et venant s'asseoir auprès de l'un ou l'autre d'entre nous engagé dans le débat, pour lui faire part des idées, des remarques, des interruptions à lancer, que sa longue expérience lui suggérait, mais dont ses forces décroissantes devaient laisses à d’autres le soin de tirer parti.
Les travailleurs du Brabant Wallon le pleurent pour l’admirable vie de dévouement qu’il leur a donnée. Les pauvres de Braine le pleurent pour sa discrète et fraternelle générosité. Avec tous mes collègues socialistes de la Chambre, je le pleure pour la douceur et la loyauté de son affection.
Je me souviens du jour où je pris pour la première fois la parole à la Chambre. C'était au cours d'une interpellation. Dans ce milieu hostile, où l'adversaire est toujours aux aguets, je ne pouvais me défendre d'un certain trouble, qui s’augmenta bientôt lorsque je ne sais quelle parole déclencha contre moi le brouhaha des interruptions.
Je sentis alors une main qui serrait doucement mon bras et j'entendis la voix d'Alphonse Allard qui venait à mon aide et me disait, paternelle et presque tendre : « Ne vous troublez pas, ami... Continuez, ami ! .... »
Ami ! c'était son mot, et c’était tout son cœur.
C'est un cœur ami qui a cessé de battre. C'est un Ami, dans toute la grandeur et la noblesse du mot, que nous avons perdu.
Au nom de tout ce que nous lui devons, au nom des grandes vertis socialistes, pleurons devant sa tombe !
Jules MATHIEU
(Extrait du Peuple, du 2 octobre 1923)
Discours prononcé par Emile Vandervelde, lors des funérailles d’Alphonse Allard
Chers compagnons,
Le Parti ouvrier m'a envoyé parmi vous pour prendre part, fraternellement, à votre deuil.
C'est avec un chagrin profond, une émotion douloureuse, que avons appris la mort, si brusquement venue, d'Alphonse Allard.
Depuis longtemps, hélas, nous le savions atteint aux sources de la vie. Mais les années s'écoulaient, sans amener dans son état d'aggravation apparente. Nous nous étions habitués à le voir venir, à la Chambre, portant au visage des traces de la lutte qu'il soutenait contre la mort, mais se raidissant contre elle et continuant à faire son devoir, avec une énergie tenace.
L'heure est venue cependant où cette volonté de vivre, pour être utile aux autres, à été vaincue.
Allard meurt à 66 ans, après avoir donné à notre cause, dès l'époque difficile des débuts, le meilleur de lui-même.
C'est une belle et noble vie que la sienne !
Elle s’est passée tout entière, à Lasne, à Braine-l'Alleud. puis à Bruxelles, au service de ces travailleurs du Brabant wallon, dont il éveilla la conscience socialiste.
Mais dans ce champ restreint, Allard sut labourer profond.
Instituteur, secrétaire du bureau de bienfaisance, président de Maison du Peuple. député de Nivelles, il consacra toute son existence à l’enseignement et à la défense des pauvres.
Je l’ai bien connu, dans le temps où, se détachant de la démocratie libérale. il était venu au socialisme, non par instinct de classe, non pas ressentiment d'injustices subies, mais simplement parce que le socialisme lui apparaissait comme l'expression doctrinale la plus haute de la justice et de la bonté.
Nous étions alors, quelque peu, des voisins de campagne.
J'allais parfois le voir à Chapelle-Saint-Lambert où il était né, et où il aimait revenir pour se reposer, parmi les siens. Nous nous sommes promenés ensemble dans cette vallée de la Lasne, si verte, si riante, mais dont les horizons se limitent aux champs funèbres de Plancenoit et de Waterloo. La Papelotte, où Hector Denis prenait ses vacances, n’était pas loin. La ferme des Mathieu était proche. C'était dans ce milieu de pensée libre set de démocratie traditionnelle, qu’avait mûri sa pensée socialiste.
Je pourrais, en cherchant bien, retrouver dans mes papiers des notes qu’il m’adressait alors sur les trains ouvriers, sur les salaires, les conditions de vie des travailleurs de la région : maçons, charpentiers, plafonneurs, que l'industrie des villes commençait à arracher de la terre.
C'est parmi eux qu'il commença sa propagande. C'est par eux, et par tous les compagnons de Quenast et de Tubize. que dès 1894, il eût été élu député de Nivelles, si la fortune du second tour de scrutin ne lui avait pas été contraire.
Mais, au lendemain même de cet échec, il se remettait à la tâche. Il fut de ces bons semeurs qui, dans les campagnes wallonnes, firent lever des moissons socialistes. Sa parole, familière et fleurie, allait au cœur des foules. Après avoir enseigné les petits, il enseignait les grands. Dans toute la région où s’exerçait son action personnelle, on vit naître et grandir des mutualités, des légions ouvrières, des sections syndicales. En 1900, les premières élections de la représentation proportionnelle le firent entrer au Palais de la Nation.
II y fut, aux côtés de Wauters, de Malempré, et plus tard, de Colleaux, de Niézette, de Périquet, de Mostaert, du petit groupe de députés socialistes qui s’attachaient plus spécialement à représenter le peuple des campagnes.
Tout le monde, à la Chambre, l’aimait et le respectait, pour son aménité, sa courtoisie, son sens élevé du devoir.
Dans notre groupe socialiste, devenu si nombreux depuis la guerre, il était de ceux que vingt-cinq ans de luttes et d’épreuves communes unissaient plus étroitement.
Une fois de plus, la mort est venue rompre ces liens d’amitié fraternelle. C’est un morceau de notre cœur qu’Allard emporte avec lui.
Cher Ami,
Je songe, avec émotion, à notre dernière rencontre. C'était l’été dernier, au cours de la discussion, ouverte par les socialistes. sur notre politique extérieure. Nous avions, une fois de plus, défendu la cause de la paix et du rapprochement des peuples. Au moment où je terminais mon discours, tu vins, silencieusement, dans un élan du cœur, me serrer les mains. Nous ne devions plus nous revoir : ta place, à la prochaine rentrée, sera vide. Mais je n'oublie pas, je n'oublierai jamais, ce témoignage d’affection, de solidarité socialiste ; et c’est en pensant à toi. à nos anciens, à tous ceux qui ont fait le Parti Ouvrier grand et fort, que me tournant vers ceux qui ont été tes compagnons de lutte, je leur dis : « Faisons-le vivre dans ses œuvres, en les menant à bien i »
(ABS R., ALLARD (Adolphe), dans Biographie nationale de Belgique, Bruxelles, Académie royale de Belgique, 1979,vol. 41, col. 6-8)
ALLARD (Alphonse), prénoms déclarés à l'état civil : Adolphe-Alphonse, instituteur, membre de la Chambre des représentants, né à Lasne-Chapelle-Saint-Lambert le 5 février 1857, décédé à Braine-l'Alleud le 24 septembre 1923.
Alphonse Allard est issu d'une famille bourgeoise aisée, teintée de libéralisme ; ses parents étaient grossistes en graines et son frère, par la suite, leur succéda.
Il fit des études à l'Ecole Normale de Nivelles, car son tempérament le portait à enseigner et à communiquer à ses semblables les idées généreuses dont il faisait montre depuis sa prime jeunesse. Instituteur - diplômé en 1877 - Allard vécut plusieurs années en compagnie d'enfants dont les origines étaient diverses et modestes : milieux ruraux, milieux ouvriers, etc. Constatant au fil du temps la détresse matérielle et morale de ceux-ci, il se rendit compte que la lutte devait être portée sur un terrain plus vaste ; et peu à peu ses convictions philosophiques et politiques s'affirmèrent grâce surtout aux réflexions que suscitèrent dans son esprit les nombreuses et substantielles conversations qu'il eut avec Hector Denis, quand celui-ci séjournait dans la ferme « la Papelotte », située à proximité de lieux chargés d'histoire : Waterloo et Plancenoit. C'est de cette période qu'Emile Vandervelde disait : « J'ai bien connu Allard dès les temps où, se détachant de la démocratie libérale, il était venu au socialisme, non par instinct de classe, non par ressentiment d'injustices subies, mais simplement parce que le socialisme lui apparaissait comme l'expression doctrinale la plus haute de la justice et de la bonté ».
Faisant œuvre de sociologue, Allard rédigea maintes notes sur la condition ouvrière de sa région ; il étudia principalement la vie des maçons, des charpentiers et des plafonneurs que les villes industrielles arrachaient à la terre. Puis au sein de cette masse il répandit les idées et les doctrines du Parti Ouvrier Belge, grâce auxquelles il faillit être élu député en octobre 1894. Pendant cette campagne électorale et au cours des années suivantes, il fit de nombreuses conférences dominicales, exposant devant ces frustes auditoires le programme socialiste et défendant les idées de la libre pensée selon l'éthique née de la fréquentation de l'entourage d'Hector Denis.
Mais Allard fut aussi et surtout un constructeur ; il créa des ligues ouvrières, des sociétés de secours mutuels, des syndicats, tant à Braine-l'Alleud qu'à Waterloo, Lillois, Plancenoit, Ohain, Maransart, Ittre, Wauthier-Braine, bref dans ces « villettes » du Brabant wallon où la représentation socialiste peu à peu s'affirmait. A Nivelles il fut secrétaire de la société coopérative « La Persévérance » et à Braine-l'Alleud il s'occupa du secrétariat du bureau de bienfaisance.
Cette activité multiforme devait évidemment être couronnée par des mandats politiques. Dès 1895 il devint conseiller communal à Braine-l'Alleud et trois ans plus tard, en 1898, conseiller provincial suppléant. Enfin, le 27 mai 1900 l'arrondissement de Nivelles élut Alphonse Allard à la Chambre des représentants ; et pendant vingt-trois ans il lui renouvela fidèlement sa confiance.
Dans l'enceinte du Parlement il s'intéressa logiquement aux problèmes agricoles et de l'enseignement. Il ne s'y tint cependant pas exclusivement ; c'est ainsi, par exemple, qu'avec ses collègues le baron Snoy (catholique) et Léon Jourez (libéral) il fit classer le champ de bataille où s'effondra jadis l'empire napoléonien. Mais il est vrai qu'il s'attacha plus spécialement, et ceci avec un petit groupe de députés socialistes, à représenter le peuple des campagnes.
Tous les témoignages d'amis et d'adversaires s'accordent sur l'extrême courtoisie, la douceur et la bienveillance dont Alphonse Allard fit preuve tout au long d'une carrière fructueuse. Quand il mourut après une cruelle maladie, M. Theunis, au nom du gouvernement déclara : « De longues années de travail en commun avaient pu nous mettre à même d'apprécier son dévouement au pays et son caractère généreux. La simplicité et la modestie de son caractère faisaient de lui un homme que l'on aimait et respectait ».
Braine-l'Alleud a donné son nom à une de ses artères et le monument élevé sur sa tombe est dû à la générosité et à la reconnaissance des concitoyens d'Alphonse Allard.
Il a publié : Désarmement, Bruxelles, Editions Oscar Schepens, 1899 ; Le Juif errant, Gand, Volksdrukkerij, 1905 ; Le Catéchisme des Ouvriers du Bâtiment, Gand, Volksdrukkerij, 1909.