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CastiauCASTIAU  Adolphe, Adelson, Joseph (1804-1879)

 

 

 

 

 

 

 

 

CASTIAU Adelson, Joseph, Adolphe, né en 1804 à Péruwelz, décédé en 1879 à Paris (France).

Age en 1830 : 26 ans

Libéral. Elu par l'arrondissement de Tournai de 1843 à 1848.

 

Biographie

Interventions sessions : 1843-1844, 1844-1845, 1845-1846, 1846-1847, 1847-1848

 

 

BIOGRAPHIE

 

(Extrait de : Solange PHILIPPART, « Adelson Castiau, un bourgeois socialiste au XIXe siècle (1804-1879) »dans Publications extraordinaires de la société royale d’histoire et d’archéologie de Tournai, Tournai, 1984, t. 1, pp. 157-176)

« Une existence politique agitée et qui n'a pas été sans adversaires et sans amertumes ». En ces termes, Adelson Castiau, peu avant sa mort, jugeait lui-même sa carrière. Une carrière trop courte pour qu'on lui attribue quelque efficacité, et cependant si fertile en idées dynamiques qu'on peut voir en Castiau un prophète, ou un précurseur. Telle la semence, répandue, demeure cachée tout l'hiver ; et voilà qu'au printemps le champ reverdit.

 

1. Un enfant des temps troublés

Du registre des naissances du bourg de Péruwelz : « Du vingt et unième jour du mois de prairial de l'an XII, acte de naissance de Adolphe Adelson Joseph Castiau, fils de Gabriel Joseph, marchand, domicilié en rue de Roucourt, et de Marie-Thérèse Petit, mariés, ainsi que l'a déclaré ledit Gabriel Castiau, présent. Premier témoin : Paul Castiau, propriétaire, de Vieux-Condé. Deuxième : Jacques Morel de Péruwelz, marchand ». Du registre des baptêmes de la paroisse St-Quentin : « Le 21 prairial, an 12 de la République française, dimanche, le 10 de juin 1804, a été baptisé Adolphe Adelson Joseph Castiau né le même jour à 11 heures du matin, fils de Gabriel Joseph et de Marie-Thérèse Petit, son épouse légitime. Le père présent, furent parrain : Paul Joseph Castiau de la paroisse de Vieux-Condé, marrain e: Rose Madelaine Pays de cette paroisse qui ont signé. Le curé : Dehaussy ».

Gabriel Castiau, de Vieux-Condé (1) avait épousé en 1794, Marie-Thérèse Petit, de Péruwelz, entrant ainsi, à la fois, dans la bourgeoisie péruwelzienne et les activités des marchands de bas. Ce terme, au XVIIIe siècle, était chargé d'une signification particulière : c'était le bourgeois qui donnait à tricoter à domicile et assurait l'écoulement des pièces : bas, bonnets, gants, chaussons, dans les boutiques locales ou à l'extérieur (2).

A l'époque où Adelson vint au monde, Gabriel Castiau était en train de se constituer, par bribes et morceaux, avec l'aide de son père et du notaire Simon, une très belle propriété en bordure du bourg, à front de la chaussée qui porte en cet endroit le nom de « rue du Pont-à-la Faulx » : une longue maison basse de style tournaisien - briques et pierres en claveaux - et qu'on exhaussa d'un étage ; puis quatre petites demeures en suivant, et, y tenant, cour, jardin, verger, oseraie, bosquet, un étang et une vaste prairie en pente vers la rivière et en remontant, en tout à peu près 8 hectares (3).

C'est là que Gabriel Castiau construisit une des premières usines de bonneterie à Péruwelz. L'industrie s'annonçait ; dès lors, le propriétaire de l'entreprise devint « fabricant de bas », puis « maître bonnetier ».

L'enfance d'Adelson s'écoula dans ce beau domaine, une enfance heureuse, baignée de cette atmosphère de confiance que crée la prospérité de la maison, une enfance entourée de la tendresse presque respectueuse qu'on voue au fils unique, tant désiré après la venue des deux filles. Une enfance de liberté presque campagnarde, mais voisine du travail, car le domaine bourdonnait du traitement de la laine : ici, on lave et on fait sécher, là, on file, puis on teint, et puis on tricote. Et vers l'usine, des gens se hâtaient tous les matins, les ouvriers du textile, les gagne-petit, adultes et enfants, à qui la vie n'offre qu'une perspective : la pauvreté. Le jeune Castiau se souviendrait d'eux, plus tard, car la mémoire de l'enfance fournit un aliment aux pensées de l'âge mûr. Mais il garderait aussi ces exigences d'enfants gâtés qui, s'ils ne sont pas satisfaits sur le champ, cassent, de colère, leur plus beau jouet.

La bourgeoisie de Péruwelz, depuis longtemps divisée par les rivalités d'affaires, traversait à cette époque une crise aiguë de querelles de clans, curieusement avivée par la rentrée d'exil des princes de Croÿ. Les groupes ennemis s'étaient trouvé des têtes en la personne des deux notaires concurrents : Tondreau, le conservateur, et Simon, le progressiste. Ce dernier patronnait la plus vivante, la plus jeune bourgeoisie, ses parents ou alliés, dont Gabriel Castiau. Les conversations familiales retentissaient des principes libérateurs de la Révolution Française ; c'était la mode des propos fougueux, tout amour ou toute haine. Adelson apprenait, en même temps que ses prières, les expressions choisies par la hargne traditionnelle en politique, l'art de renverser verbalement l'adversaire. Ses compagnons, les gamins de son âge, grandissaient à la même école, Napoléon Simon, Isaac Deflinne, Alexandre Baugnies, Frédéric Blervacq... des garçons qui mettraient la révolution au programme de leur existence.

Les frissons de l'Europe, d'ailleurs, ont dû parcourir l'échine de l'enfant Castiau. En 1806, l'étoile de Napoléon perdait son éclat. L'Empereur avait trop exigé ; le bourg tout entier s'alarmait avec les parents des conscrits malgré eux. « Quelle aberration dans cette cervelle de Napoléon qui ramassait des peuples différents pour sa gloire personnelle » (4). Une arrière-petite-fille du notaire Simon traduit ainsi le sentiment qui prévalait, à l'époque, à Péruwelz.

Puis, à mesure que se précisait la menace des troupes alliées contre la France, les difficultés quotidiennes croissaient : Cosaques, Prussiens, Hollandais déferlèrent sur le bourg, pillant, exigeant... Ce fut pour Adelson Castiau l'occasion d'apprendre à détester la violence, les atteintes à la liberté. Quand revint la paix, avec le nouveau Royaume des Pays-Bas, il avait acquis quelques certitudes : l'inégalité des chances dès le berceau, la nécessité de lutter pour suivre son idéal ; il portait en lui l'horreur des tyrans, le besoin de la vérité, cette grande soif de justice qui ne le quitterait jamais.

 

2. Une jeunesse studieuse

Pour la rentrée scolaire de 1816, le collège communal d'Ath venait de retrouver sa forme : les humanités entières et l'internat (5). Cette vénérable institution, alors quatre fois centenaire, avait subi les coups de la Révolution. Par les soins du roi Guillaume, elle revivait, pourvue de six professeurs, dont trois ecclésiastiques, d'un principal et d'un Conseil d'administration.

Un règlement très strict, la grande fermeté des maîtres : de quoi assurer une éducation virile. L'étude du latin, du grec, de la littérature, de la religion, avec la connaissance parfaite de la Bible, des mathématiques et des sciences naturelles ; c'était un enseignement très complet.

C'est là qu'Adelson Castiau reçut sa première formation classique. Les vieux bâtiments du collège - à présent remplacés par ceux de l'athénée - durent paraître moroses à l'adolescent du grand domaine péruwelzien.

A 18 ans, il part pour Gand où, à l'université créée récemment par le gouvernement hollandais, il suit les cours de Droit. Il retrouve là le souffle du libéralisme qui lui était familier à Péruwelz.

En 1825, jeune avocat, Adelson se sent des ailes : Paris l'attire. D'ailleurs, l'atmosphère se fait lourde en Belgique ; les libéraux, partisans au début, de la politique hollandaise manifestent un certain mécontentement provoqué par l'attitude autoritaire du Roi, le contrôle strict qui pèse sur la presse, les mesures pour l'emploi du néerlandais dans les actes officiels et les administrations. La bataille est en vue, pourtant Castiau choisit de n'y point entrer.

Paris brille alors de tous les feux de la littérature romantique. C'est la « belle et noble ville » où le jeune homme rêve d'habiter. La fortune de ses parents l'exempte du souci de gagner sa vie, et lui confère, selon ses propres termes « l'indépendance dans sa position, bien qu'il la trouve déjà dans son cœur ».

Il pénètre donc, ébloui, dans cet univers idéal. Au Collège de France, il suit les cours de philosophie ; il s'inscrit à la Sorbonne pour le Droit et prend place dans les cercles de jeunes avocats. Il fréquente aussi les poètes et brûle avec eux de cette fièvre qui inspire Victor Hugo, Vigny, Lamartine et tant d'autres ; tous jeunes et ardents, enivrés de cette forme nouvelle de la pensée où domine l'émotion ; tous résolus à marquer leur siècle de leur empreinte, et même à monter sur la scène politique - on ne peut manquer de comparer, à plusieurs traits, l'aventure politique de Castiau à celle de Lamartine.

Dans ces cinq années d'ivresses intellectuelles, Adelson rentra plusieurs fois chez ses parents. Il suivait de près l'évolution de la politique dans les Pays-Bas « conservant pour sa patrie le culte du dévouement le plus absolu ».

 

3. Un temps de préparation

Adelson Castiau est à Paris en juillet 1830, quand Charles X perd son trône ; il peut observer l'installation d'une monarchie constitutionnelle. Après la révolution belge de septembre, il rentre à Péruwelz et se présente aux élections pour le Congrès National. Il est élu suppléant, pour Tournai, et dès lors se prépare à percer dans le monde politique belge. Il entretient encore des relations suivies avec la « Conférence du Jeune Barreau de Paris ».

Il observe, médite, discute les idées reçues, remet tout en question ; face aux modèles qu'il possédait, des nouveautés surgissent de cet idéal de liberté devenu pour lui critère de jugement, ligne de conduite. Eprouvant le désir de communiquer ses réflexions au public, il écrit deux fascicules.

La première manifestation de cette recherche de liberté se traduit par une réflexion sur ce qui l'avait contraint lui-même dans ses études : les jurys d'examens. Où est la certitude ? « Nulle puissance au monde n'ayant mission de prononcer entre l'erreur et la vérité et d'imposer, à qui que ce soit, une manifestation publique des doctrines philosophiques ou scientifiques, toutes les mesures préventives, les examens et les diplômes doivent disparaître et la liberté d'enseignement conduit inévitablement à l'émancipation des professions intellectuelles » (6). Il reviendra, plus tard, de cette opinion hasardeuse. Cependant, elle découle de l'idéal de liberté. Selon Castiau, n'importe qui a le droit de faire n'importe quoi. Il faut laisser à l'opinion publique le soin de juger : « Emulation et concurrence ! Laissez faire l'intérêt privé et l'activité humaine ! Laissez passer ces intelligences fortes qu'énerve aujourd'hui l'engourdissement du privilège ». S'il n'a plus foi en une doctrine, il a gardé confiance en l'homme.

Le second ouvrage traite de la réforme électorale (7). Il ne peut encore être question de suffrage universel, étant donné le grand nombre d'illettrés. Mais c'est là le but qu’il faut atteindre, en ouvrant l'école à tous. En attendant, il faut remédier à une grave injustice : le droit de vote découlant uniquement de l'impôt. Il y a là un manque de logique et d'équité : des analphabètes, incapables de comprendre un programme politique, dépourvus d'intelligence mais fortunés disposent du droit de vote, alors que des gens instruits, capables de jugement, mais pauvres, en sont exclus. Aux élections de 1836, Castiau est élu au Conseil Provincial ; et aussitôt, à la Députation Permanente, ce qui l'oblige à rester à Mons.

La demeure de Péruwelz a connu des deuils : en 1828, la dame Castiau-Petit s'en est allée, suivie dans la tombe par sa seconde fille, Adèle. En 1839, Gabriel Castiau s'est éteint. La famille d'Adelson se réduit à celle de sa sœur Sophie, épouse de Nicolas Derbaix, de Wasmes-Borinage. La maison d'Adelson est tenue par une domestique seule, Marie-Thérèse, Lombart.

 

4. Dans l'action

Les cercles libéraux de Tournai comptaient beaucoup sur Castiau et préparaient sa candidature à la Chambre. Ce n'était pas, cependant, un candidat de tout repos, même et surtout pour ses amis. Lui, évaluant l'avance qu'il avait prise sur eux dans ses exigences sociales, les mettait en garde : « On peut devenir un embarras, même pour la cause qu'on veut servir ». Il ne leur cachait pas les idées qu'il défendrait, dans toute « l'indépendance de ses convictions et de son caractère », son affreux caractère d'enfant gâté, emporté, pourvu de cette pointe d'arrogance traditionnelle chez les jeunes bourgeois de Péruwelz. En cette année 1843, il avait rédigé, pour préciser ses buts, un fascicule édité à Bruxelles : « Qu'est-ce que le libéralisme ? », un appel à la réflexion pour ses amis, car le parti libéral manquait encore de cohésion, de programme.

« Le libéralisme est la personnification de toutes les grandes pensées, de tous les sentiments généreux, de toutes les idées de progrès, des conquêtes du passé et des espérances de l'avenir. C'est lui qui a réveillé la raison humaine de son long sommeil ». Cette personnification, tout abstraite qu'elle soit, a, selon lui, « introduit le monde dans la terre promise. Elle a même enfanté les merveilles réunies des sciences, des arts, de l'industrie et du commerce ».

Castiau est tellement pétri des principes de 1789 qu'il leur attribue les effets d'une évolution amorcée bien antérieurement. Son style imagé, emphatique, provoque l'enthousiasme des bourgeois, récemment lettrés. Mais lorsqu'il développe le programme qu'il défendra s’il devient parlementaire, bien des libéraux s'inquiètent. Il faudra modifier la loi électorale pour étendre le droit de vote, il faudra répartir plus justement l'impôt, réformer le recrutement au service militaire, organiser l'enseignement pour le rendre accessible à tous. On ira, selon Castiau, dans le sens de « liberté, égalité, fraternité ». Et surtout vers la république... Ceci épouvante ses amis.

Mais qu'à cela ne tienne ! On est au temps où l'élégance du style, la multiplication des images érudites, l'éloquence un peu théâtrale provoquent l'admiration, inspirent la confiance et amènent l'adhésion aux idées. D'ailleurs on a pris l'habitude de compter sur la distance entre les paroles et les actes. Mais cela n'est pas vrai pour Castiau : ce qu'il veut, il le veut sans délai, sans amendement.

En 1843, l'arrondissement de Tournai envoya Castiau à la Chambre des Représentants. C'était l'époque où la formule gouvernementale d'union nationale vivait ses dernières années.

 

5. La carrière agitée

Peu après la rentrée parlementaire, en 1843, la Chambre eut à examiner une pétition d'ouvriers flamands réclamant du travail, l'abaissement de l'impôt sur les denrées alimentaires et aussi le droit de vote. Une grave crise économique sévissait alors. La Flandre, particulièrement touchée par la chute de l'industrie linière traditionnelle, connaissait une recrudescence effrayante du paupérisme. La machine, déjà, provoquait le chômage, et la production belge fléchissait devant la concurrence anglaise.

Pour la première fois, depuis qu'il se sentait responsable par son mandat, notre Castiau était confronté à une situation tragique, interpellé par une question dont la réponse n'était pas dans les discours académiques. Que pouvait ici le grand souffle révolutionnaire ? Et quelle liberté donnerait à ces hommes du travail et du pain ? Etait-il juste de prôner le « laissez faire, laissez passer », alors que ces gens en mouraient ? Le choc de la réalité détermine alors Castiau ; désormais, toute sa passion de combat se concentre sur celui-ci : tirer l'ouvrier de la misère. La pauvreté, il est vrai, n'avait jamais été pour lui une abstraction : elle avait les traits de ces gens qu'il connaissait par leur nom, hommes et femmes des petites maisons serrées dans les ruelles proches du grand domaine paternel, ces ouvriers qui gagnaient à peine de quoi manger. Pour eux, le pain de seigle coûtait encore trop cher ; il leur fallait beaucoup compter pour acheter un peu de viande le dimanche, du sucre, du café.

Les droits d'entrée sur les denrées alimentaires provoquent la hausse des prix. Il faut les abaisser, dit Castiau. Il faut supprimer les octrois qui étouffent le commerce des villes : « Si les charges publiques sont réparties de telle manière qu'elles retombent de tout leur poids sur les classes inférieures, pour effleurer à peine le luxe, la richesse et le superflu de l'opulence, vainement vous croiriez avoir établi un gouvernement démocratique : vous n'auriez en réalité qu'un gouvernement de privilège, de monopole et d'aristocratie » (8).

Castiau s'élevait contre les pratiques vexatoires de la douane - nul n'aurait pu les connaître mieux que lui qui était passé si souvent par le Mont de Péruwelz pour aller voir les grands-parents à Vieux-Condé. Evoquant des cas malheureux, il signale qu'il a vu condamner à 4 mois de prison des hommes arrêtés pour avoir été, en plein jour, chercher dans une brouette, un hectolitre de charbon en France. « S'ils l'avaient volé, ce charbon, on les aurait moins punis... » (9).

Toujours il s'oppose à ce qui pourrait compliquer la vie des plus démunis. Quand il fut question de taxer les tabacs, il protesta : l'ouvrier a déjà si peu de bien-être ! Qu'on lui laisse la petite satisfaction de bourrer sa pipe à la soirée !

Pour les travailleurs de la sucrerie, dont l'activité ne dure qu'une saison, Castiau s'élève contre la rapacité des raffineurs qui réduisent abusivement les salaires. Pour trouver l'argent dont le gouvernement a besoin, qu'on frappe directement le revenu, prétend Castiau. Lui qui possède une si grosse fortune qu'il se sent « indépendant », demande une mesure qui rendra les riches moins riches, parce qu'il juge des choses dans l'intérêt de tous et non du sien.

Estimant que les parlementaires manquent d'information, il réclame une enquête sur le paupérisme et l'obtient. En Flandre, la situation se révèle tragique, et Castiau s'énerve de l'inertie du gouvernement qui « n'a rien fait pour améliorer le sort des classes pauvres ». Aucun règlement n'existe pour empêcher le travail des enfants dans les usines ; Castiau le répète à chaque occasion. Quand, en 1845, on invente le fameux « livret de travail », Castiau s'indigne : « Quand les ministres veulent bien se rappeler l'existence des classes ouvrières, c'est uniquement pour leur offrir en perspective des amendes, des condamnations et la honte de la captivité ».

Comme remède à la misère, on n'a trouvé que l'Assistance Publique. Castiau n'aime pas la pratique de l'aumône qui, dit-il, avilit le pauvre. Il faut plutôt créer du travail ; d'ailleurs, tout est à faire : chemins de fer, voies navigables, routes, édifices. Qu'on mette sur pied les grands travaux publics si nécessaires, et, puisque le travail fait défaut dans des activités périmées, qu'on en invente d'autres. Notre Castiau se montrait là véritable Péruwelzien, car c'était par l'application de ce principe que Péruwelz remédiait alors à la crise. Et le voilà même qui préconise les ateliers nationaux, les colonies agricoles. En cela, l'idée venait tout droit de France...

Il poursuit les privilèges avec une sorte d'animosité, comme s'il en avait été personnellement victime. Il a pris comme devise ce vers de Virgile « Parcere subjectis et debellare superbos », ce qu'on peut traduire par : « Pitié pour les opprimés, guerre aux tyrans »... Il ne peut supporter les têtes couronnées, ni les propriétaires, rien de ce qui rappelle l'Ancien Régime. Jusqu'au droit de chasse qu'il conteste dans la discussion d'une loi qu'on élaborait en 1846 ; ce projet, disait-il, ne respectait pas les droits des agriculteurs, l'inviolabilité personnelle ni celle du domicile. Dans un bel élan d'éloquence, il termina ainsi son discours : « Nous nous rappelons avec bonheur qu'il a suffi d'une nuit, d'une seule nuit, de la grande, de l'immortelle nuit du 4 août 1789, pour renverser et balayer un immense échafaudage d'abus et de privilèges bien autrement puissants que les misérables privilèges qu'on veut relever aujourd'hui, puisqu'ils avaient pour eux la consécration des siècles ! ».

Parlant du droit de propriété, il émet l'avis qu'il est, comme tout autre, soumis à la loi du progrès. L'organisation de l'armée est alors en hostilité avec le principe de l'égalité. Elle se base sur le tirage au sort et le remplacement, donc, dit Castiau, « sur une absurdité et sur une iniquité ». Et de réclamer dès lors le service militaire général et obligatoire. « Pour être libre, il faut savoir défendre sa liberté, et la payer, cette liberté, par l'abandon de quelques-unes des jouissances de la vie privée ».

La réforme électorale, dont Castiau rêverait toute sa vie, doit aboutir au suffrage universel. C'est un idéal à atteindre mais encore irréalisable en 1845 parce que les ouvriers, en grand nombre, ne savent ni lire ni écrire. C'est pourquoi, dit Castiau, il faut ouvrir des écoles ; mais il faut se hâter, il faut instruire les enfants et aussi les adultes. Avec son impatience habituelle, il répète, comme s'il croyait vraiment que le lendemain chacun saurait lire : « L'instruction et le vote ! L'école et l'instruction ! ».

Avant qu'on en arrive au suffrage universel, il faut réduire le cens électoral au minimum prévu par la Constitution. Cet objectif qui semblait encore lointain en 1846, était en réalité fort proche de se réaliser, mais dans des circonstances que Castiau ne prévoyait pas.

 

6. Le congrès libéral de 1846

Les idées des politiciens belges avaient suivi des chemins tellement divergents qu'il était devenu impossible de concilier les programmes dans un gouvernement d'union nationale. En mai 1846, le gouvernement de Theux ne rassembla que des catholiques. Placé dans l'opposition, le parti libéral trouva l'énergie nécessaire pour se définir et s'unifier.

Une minorité jeune et dynamique, les amis de Castiau, appelait la méfiance du plus grand nombre des libéraux où dominaient des bourgeois peu disposés à céder leurs privilèges, et qui limitaient leur combat à l'affranchissement de l'individu devant l'Eglise et l'Etat.

Chefs de groupes et parlementaires libéraux s'assemblèrent à Bruxelles, le 14 juin 1846, et donnèrent au parti la structure qui lui manquait. Ils ne purent pas, cependant, faire table rase de leurs divergences, et Castiau le reconnaît : lui et ses amis n'ont pas été suffisamment entendus. Le programme n'est pas tel qu'ils le voulaient. L'essentiel, toutefois, est sauvé, et Castiau le proclame : « Les principes! Voilà tout le secret de notre force et de nos espérances. Nous représentons les principes qui, depuis 50 ans, remuent la société européenne et président à ses destinées ». Avec une ardeur toute rajeunie, il prédit au gouvernement catholique : « Au jour du combat électoral, toutes les fractions du libéralisme se réuniront pour marcher contre vous et pour vous vaincre ». Et encore, se rappelant les images chères aux poètes romantiques : « Le flot de l'opinion libérale s'élève et grossit chaque jour ; il monte, il monte toujours dans les villes comme dans les campagnes. Déjà, vous l'entendez battre en grondant les portes de cette Chambre... » (l0).

Malgré l'entente issue du Congrès de juin, des malentendus subsistaient entre les deux tendances. Il était vain de demander la prudence à Castiau quand un projet de loi s'annonçait avantageux pour les riches. Par exemple, quand il fut question de la vente et du défrichement des terrains communaux, il s'éleva contre « cette loi agraire renversée qui proposait d'abandonner au plus offrant, donc au plus riche, la propriété de ces biens ». Il se heurta alors à la désapprobation de son parti. De même, lorsqu'il fut question de la réforme électorale, à quelques mois des élections de 1847 : « La réforme électorale devrait précéder la réforme parlementaire et pour obéir à mon devoir, je n'hésiterais pas à saisir la Chambre d'une proposition formelle à cet égard si j'avais l'espoir de trouver cinq membres, cinq membres seulement qui voulussent signer cette proposition et réclamer avec moi l'abaissement du cens électoral et une large extension du droit de suffrage » (11). Ces cinq noms, il ne les a pas récoltés. Tout seul il était, tout seul il resterait : « Vox clamantis in deserto! » (12). En juin 1847, les élections donnèrent la majorité aux libéraux, et le gouvernement libéral de Rogier fut en place au mois d'août.

Le bouillant Castiau avait tout espéré de ce succès ; la déception vint très vite. Le ministre des finances répondait évasivement aux propositions d'abaisser les taxes sur les denrées alimentaires ; il semblait ne pas comprendre qu'il y eût quelque chose à réformer dans les pratiques de la douane. Rogier même n'était pas partisan de l'abaissement du cens électoral, et surtout il redoutait l'embarras que l'intransigeance de Castiau pouvait causer au parti. Avec hauteur, l'intéressé confirme publiquement cette crainte : « Un membre de la Chambre n'a pas le droit de faire abnégation de ses propres convictions et de sacrifier ses opinions à des intérêts de parti. Je dis que le membre de la Chambre qui, dans un intérêt ministériel ou dans un intérêt de parti, sacrifierait son opinion trahirait par cela même sa mission, son devoir et sa conscience ». Avec de telles idées, on fait long feu en politique...

 

7. La fièvre républicaine

Pour aller de Bruxelles à Paris, en 1830, on ne pouvait compter que sur des équipages. Vingt-cinq ans plus tard, on prend le train, et cela change beaucoup les relations et précipite les événements.

Vers la mi-mars 1848, Adelson Castiau manifestait une grande nervosité ; apparemment, le motif en était le refus du gouvernement Rogier d'amender la loi communale sur le point du choix du bourgmestre - le Roi pouvait toujours le désigner en dehors du conseil élu -. Cependant, cette nervosité trouvait sa cause réelle dans le mouvement républicain qui agitait Paris. Louis-Philippe venait d'interdire les réunions : une mesure qui provoquerait l'émeute. Devant la Chambre, Castiau laisse percer l'attention qu'il porte aux événements qui secouent Paris ; il met en garde le gouvernement d imiter le modèle français en portant atteinte à la dernière liberté ». Le 24 mars, la Deuxième République Française triomphait ; Louis-Philippe avait fui Paris.

S'il n'était pas évident, le danger de contagion républicaine pouvait exister ; Rogier sut y parer en obtenant le vote de deux lois très libérales réclamées par le groupe de Castiau : l'abaissement du cens électoral et l'exclusion des fonctionnaires de la Chambre ; ainsi, la monarchie belge devenait plus démocratique que n'importe quelle république.

D'autre part, comme il y avait dans Bruxelles plusieurs noyaux d'étrangers fauteurs de troubles, on entreprit un grand nettoyage par expulsions, et de plus, on prit des mesures de défense à la frontière française ; ce qui amena notre Castiau à déclencher, à l'inverse de son intention, une réaction monarchiste à la Chambre.

C'était le 1er mars; Castiau demanda au Gouvernement des « explications » au sujet des mesures prises, abusivement, lui semblait-il, contre les étrangers, et par méfiance envers la nouvelle République Française. Il affirme : « Cette révolution sera, l'un des plus grands événements peut-être des temps modernes. Elle sera appelée inévitablement à faire le tour du monde ». Mais il veut rassurer le pays : « Elle fera le tour du monde par des moyens pacifiques, justes et loyaux ». Le discours a dû impressionner les députés, mais alors, le plus proche ami de Castiau, le député Delfosse, de Liège, trouva les mots qu'il fallait : « L'honorable M. Castiau a dit que les idées de la révolution française feraient le tour du monde. Je dirai que, pour faire le tour du monde, elles n'ont plus besoin de passer par la Belgique ». Ce trait d'esprit fit merveille ; les députés clamèrent leur attachement au régime et se séparèrent, trop émus pour rester en séance... (13).

Pour la première fois, Adelson Castiau n'avait rien trouvé à répondre... Il s'en alla, tout seul, mais chacun savait que les dernières concessions du gouvernement Rogier n'étaient pas tombées par hasard. Peut-être, ne pouvant en supporter davantage, notre malheureux député prit-il à ce moment, comme il le dit plus tard, la résolution de déposer son mandat. Ce n'est pas sûr ; tellement conscient de ce qui restait à changer, il devait bien hésiter entre les ordres de son orgueil froissé et le cri de ses responsabilités de mandataire.

Tout le mois de mars, fébrilement, il propose des sujets de discussions qui lui tiennent à cœur : travail des enfants dans les usines et les mines, travaux publics, abaissement des tarifs postaux, protection des ouvriers, suppression des octrois. Tout le mois de mai aussi, les nouvelles qu'il recevait de ses amis français l'emplissaient d'angoisse ; contrairement à ses vues, les républicains préparaient des coups de main pour faire tomber le trône en Belgique. Frédéric Blervacq et ses amis, dans le cabaret de Ménilmontant, mettaient au point un programme auquel Lamartine n'était pas étranger, non plus que le préfet de Lille qui proposait complaisamment des armes... (14). On sait la suite : la tentative du train bourré d'émeutiers subtilisé à Valenciennes par des ingénieurs belges, le 25 mars ; puis, le 29, l'affaire du Risquons-Tout de Mouscron: le citoyen Blervacq, en personne, commandant une troupe de républicains armés, bientôt dispersés par l'intervention d'un détachement de l'armée belge.

« Si on avait voulu compromettre, perdre en quelque sorte la cause républicaine, on n'aurait pas agi autrement » dit Castiau. Lui qui s'élevait contre toute violence, qui avait tant cru à la force des idées, le voilà trahi, vaincu par les entreprises stupides d'extrémistes sans aveu. Quelle honte pour lui, devant la Chambre ! Mieux vaudrait n'y plus siéger. Mais avant de prendre la dernière décision, il veut savoir ce que pensent de lui ses électeurs, savoir s'ils lui gardent leur confiance; il doit rentrer à Peruwelz.

Or, la petite ville, en cette fin de mai, s'agite singulièrement. Les bourgeois ont peur (15). On dit qu'après les coups de Quiévrain et de Mouscron, c'est à Péruwelz que les républicains vont frapper. Beaucoup se souviennent de Frédéric Blervacq ; il y a, sans doute, au moins vingt ans qu'on ne l'a plus vu; c'était un mauvais garçon; il s'est expatrié; mais il connaît la région. Et puis, Castiau-le-républicain serait-il de mèche ?

Convoqué d'urgence le 1er mai, le conseil communal décide l'organisation immédiate de la garde civique, et les bourgeois répondent aussitôt à l'appel. Le bourgmestre a demandé la protection d'un détachement armé ; on l'approuve. C'est une belle unanimité chez ces gens, hier encore, à couteaux tirés. L union sacrée» s'est faite, contre la république.

Quand paraît Adelson Castiau, les portes se ferment, les visages grimacent. « On n'a pas affaire d'un agitateur par ici ». Agitateur ! C'est le mot qui brise définitivement la carrière du député, le mot qu'il rappellera plus tard, comme un reproche, à ceux-là qui ne l'avaient pas compris. Puisque les siens le repoussent, il s'en ira... tout seul.

Le 4 avril, Castiau entre une dernière fois à la Chambre ; il prend la parole pour désapprouver hautement les tentatives des émeutiers et proclamer encore cependant sa foi dans l'avenir du régime républicain ; puis il reconnaît « le dissentiment profond qu'il y a entre ses opinions et ce1les de la majorité du collège électoral qui lui a confié son mandat ». Il remet sa démission et se retire.

 

8. Le temps des déceptions

Trop sensible pour affronter encore le désaveu des siens, Adelson prit la route de Paris ; il avait hâte d'en finir... Peut-être aussi éprouvait-il la curiosité de connaître la vie en république. A Paris, il verrait à l'œuvre les doctrinaires qui l'inspiraient, il assisterait à l'expérience des ateliers nationaux. Hélas! C'est lui qui écrit :

« Cette république que je considérais comme l'idéal des gouvernements, et qui avait été, non pas votée, mais acclamée trente fois peut-être dans la séance d'ouverture de l'assemblée nationale le 1er mai, je l'ai vue, de mes yeux vue, quinze jours après, traînée dans la boue au sein de cette même assemblée, puis noyée dans le sang des funèbres batailles de juin.

« Ce fut son dernier jour : Finis Republicae. Le lendemain, il n'y avait plus qu'une dictature, et, pour comble de dérision et de douleur, une dictature républicaine ! Pour moi, c'était tomber des hauteurs du ciel dans les profondeurs d'une sorte d'enfer politique. Je n'avais jamais cru aux rois ; cette fois, il me fallait cesser de croire aux peuples, obligé de me demander si le progrès politique n'était qu'un mensonge et si l'humanité n'était pas condamnée à rouler éternellement dans le même cercle d'erreurs, de crimes, de folies et de tyrannies. A cet état de marasme moral, se joignaient les souffrances physiques. Les luttes parlementaires n'avaient que trop altéré ma santé ; les peines de l'âme et de l'imagination en achevèrent le délabrement, et déjà, je me voyais, je me sentais mourir » (16). Par bonheur, Adelson retrouve, dans ses livres, les amis qu'il avait quittés depuis vingt-cinq ans, et à la Sorbonne, on voit un écolier de 44 ans suivre les cours de philosophie, comme s'il en était encore au matin de la vie.

La grande demeure des Castiau est restée déserte un moment. mais Adelson y conserve son mobilier et sa résidence. Puis la maison se repeuple : la nièce, Sophie Derbaix, épouse d'Arthur Duchâteau, de Blaton, vient y résider avec ses trois enfants et cinq domestiques. En 1860, tout le domaine est vendu à la congrégation des Dames de Saint-Charles, de Wez. Adelson Castiau a donné procuration à son notaire de Lille.

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http://classiques.uqac.ca/classiques/bertrand_louis/histoire_demo_belgique_1/gravures/fig_30_castiau_adelson.gifLe vide laissé dans un parti par l'éclipse d'un homme se comble plus aisément que le vide creusé dans le cœur de l'homme par l'échec d'un grand idéal. Notre Castiau s'ennuyait-il ? Ou jugeait-il qu'on avait besoin de ses critiques, en Belgique ? Les octrois venaient d'être abolis, mais d'une manière qui ne le contentait pas. En 1860, il reparaît à Bruxelles pour y faire éditer une brochure traitant de « L'abolition des octrois et la réforme électorale » (17).

On y trouve de sévères reproches à l'égard du gouvernement de Frère-Orban. On n'avançait pas dans la réforme électorale. Le défaut du système apparaissait par un simple calcul : deux électeurs seulement pour 100 habitants ; c'était vraiment trop peu. Une réforme de la Constitution s'imposait. Il n'y a rien d'éternel sur la terre, et les Constitutions encore moins que le reste » écrit-il. On pouvait interpréter cette publication comme une tentative de rentrée.

Peut-être avait-il acquis, avec l'âge et la méditation, un peu de cette sérénité qui lui manquait dans sa jeunesse.

Dans une sorte d'examen de conscience, il regrettait d'ailleurs ses emportements : « Si mes adversaires ont pu me pardonner cette violence, je ne puis trop me la pardonner à moi-même. J'en ai, du reste, été puni le premier. Ma cause était celle des majorités, de la justice, du droit ; si je l'ai si souvent perdue, c'est que je l'ai mal plaidée. Mes violences effrayaient et éloignaient de moi ; le calme et la modération m'auraient peut-être gagné les intelligences et les cœurs ».

Désirait-il vraiment reprendre place parmi les mandataires politiques, ou cherchait-il seulement quelque distraction ? En 1862, l'Association Libérale de Tournai lui demanda formellement ses intentions, en des termes sans doute peu courtois, car l'ancien député y répondit avec dédain. Ce qui incita les catholiques à tenter leur chance auprès de lui. Là, il refusa poliment, invoquant le bonheur qu'il trouvait dans la paix et la solitude.

A cette époque, les catholiques belges revoyaient leurs positions devant les questions sociales, évoluant rapidement vers une certaine démocratie inspirée du christianisme ; et cela aurait justifié l'adhésion de Castiau.

Car ce libéral n'avait rien d'un athée. En somme, il n'avait reproché aux catholiques que leur conservatisme, et au clergé, de soutenir cette attitude par des arguments religieux. Souvent, il citait la Bible, l'Evangile. Ainsi, dans sa réponse aux catholiques tournaisiens on lit : « ... Les doctrines de la démocratie, la tolérance universelle, la liberté en tout et pour tous, l'égalité des citoyens, la fraternité des hommes et des peuples, tous ces nobles et généreux sentiments ne sont après tout que l'avènement dans la politique, de la morale de l'Evangile. » Cette morale, il l'avait constamment admise et pratiquée.

Elle s'était fondue en lui avec les principes de liberté, et sa parole ne faisait qu'exprimer cet alliage. Par exemple, s'élevant contre la peine de mort, en 1847 : « Les doctrines chrétiennes sont avant tout des doctrines d'oubli, de pardon, de pitié, de miséricorde ». Et, s'opposant à la loi sur l'expulsion des étrangers : « Pour nous, et pour tous ceux qui ont au cœur le sentiment chrétien de la fraternité des hommes et des peuples, l'étranger doit être, sinon un ami, un frère, du moins, un homme, et l'on doit respecter en lui tous les droits de l'homme et de la liberté ».

Reviendra-t-il ? Restera-t-il ? Le bruit que provoquent ces questions amuse sans doute notre Adelson. Il publie, à Bruxelles, le plus long de ses ouvrages : « Lettres démocratiques », où il se raconte : sa jeunesse, ses luttes politiques, ses tentatives républicaines ; il ne s'y montre guère indulgent envers la politique de Frère-Orban qu'il observait de loin et qu'il accuse d'avoir « trahi la démocratie ». La polémique qui s'ensuivit alimenta quelques mois la presse engagée ; puis on n'en parla plus. Trois ans plus tard, dans une dernière brochure, il reprit les thèses qu'il avait défendues et dont il redoute l'abandon : suffrage universel, impôt, service militaire obligatoire. Ce qu'il réclamait viendrait un jour; mais il ne lui serait pas donné de le voir. Peut-être était-ce mieux ainsi pour lui, l'idéaliste toujours déçu ; car nos rêves perdent souvent de leur beauté quand ils se réalisent sous nos yeux.

 

9. Ses « chers concitoyens »

Adelson Castiau n'avait pas longuement vécu dans sa ville natale. S'il y gardait son domicile, il respirait plus souvent l'air d'ailleurs. Pourtant, sans cesse, il prêtait attention à ce qui s'y passait. Il y restait attaché, comme un arbre à ses racines. Péruwelzien, il l'était certes, par ses origines et aussi son comportement. Par sa mère et ses deux aïeules, il descendait de ces laborieux artisans-marchands, grands voyageurs, peu lettrés mais doués pour les affaires lucratives ; nouveaux bourgeois enrichis à la faveur de la paix autrichienne, ils étaient entrés sans rien perdre - bien au contraire - dans le Nouveau Régime, si bien qu'au lieu d'un seigneur Péruwelz, bientôt, en aurait cent... très fiers de leur fortune et conscients de leur pouvoir. Mais de la ligne paternelle, des hommes du Pays Noir, sans doute Adelson tirait-il cette obstination révoltée qui coule dans les veines des travailleurs du charbon.

L'attitude de ses cousins et amis, au pire moment de son échec, l'avait cruellement blessé. Les libéraux péruwelziens, pour leur part, préféraient ignorer celui qui avait rué dans les rangs et ne semblait pas près de s'amender... au contraire. Pourtant, en 1864, le Conseil Communal décida de dénommer « rue Castiau » l'ancienne ruelle récemment élargie, qui longeait le nouveau pensionnat de Saint-Charles, et cela, d'abord parce que le public la désignait déjà de cette façon depuis longtemps, et ensuite, pour garder le souvenir d'une famille qui avait rendu des services à Péruwelz. Adelson prit l'hommage pour lui et remercia en offrant à l'Assistance Publique une rente annuelle de cinq cents francs « qui sera consacrée à l'achat de matériaux qu'on distribuera aux habitants des maisons modestes, afin d'assainir les habitations ».

Quand la menace de guerre se précisa entre la France et l'Allemagne, en 1870, il revint chez sa nièce, à Blaton, ce qui lui évita l'horreur de ce fameux « siège de Paris ». Accueillir chez soi un oncle de cette... qualité, c'était risquer de le mécontenter. On ne sait ! Toujours est-il qu'en rentrant à Paris, il rédigea son testament.

En mars 1878, l'Association libérale de Péruwelz entamait la campagne électorale, et, résolue à « réveiller l'esprit politique chez les électeurs de ce canton », invita un libéral de renom, Ernest Discailles, professeur d'histoire à l'athénée de Bruxelles, à donner une conférence sur la vie politique d'Adelson Castiau. Discailles accepta, et, bien documenté, tint en haleine pendant près de deux heures, un auditoire de six cents personnes. Péruwez retrouvait un Castiau, parfaitement repeint... Lui-même n'avait pas admis l'idée de cette conférence ; mais touché sans doute par les échos qu'il en reçut, il adressa à l'éditeur du « Journal de Péruwelz », une lettre de remerciements à publier à l'intention de ses « chers concitoyens ». Il y évoque sa mauvaise santé « tellement compromise en ce moment par deux douloureux accidents qu'elle lui permet à peine d'écrire quelques lignes ». Puis, obstiné comme autrefois, il émet le vœu « qu'on s'occupe un peu moins de ses discours et un peu plus des vingt réformes qu'il a vainement sollicitées et surtout, la plus importante de toutes : la réforme électorale. S'il la réclame depuis bientôt un demi-siècle, c'est que, seule, elle peut mettre un terme aux fictions et aux mensonges de notre régime parlementaire, aux tristes luttes des partis, des ambitions et des intérêts, et réaliser enfin cette souveraineté et cette égalité des citoyens, solennellement promise par la Constitution ».

L'Association Libérale, pour ne pas perdre le souvenir de ces pages historiques, pria M. Discailles de lui laisser le texte de sa conférence et le fit publier chez Delmée, sous le titre : «Adelson Castiau. Sa carrière parlementaire, ses écrits ».

Dimanche 21 décembre 1879 : le journal de Péruwelz est encadré de deuil : Adelson Castiau est mort, le 19. Selon la volonté du défunt, les funérailles seront célébrées à Péruwelz. La dépouille mortelle sera amenée par le chemin de fer d'Anzin et portée à l'hôtel de ville où le public est invité à défiler, dès le matin du 23. A 10 heures, en l'église Saint-Quentin, se déroulera l'office solennel.

Le bourgmestre, Edouard Simon, rappela dans son discours les étapes de la vie agitée d'Adelson ; il souligna ses grandes qualités d'esprit et de cœur et lut le préambule du testament : « Au moment d'écrire l'acte de mes dernières volontés, la préoccupation de la mort me rappelle les fautes de ma vie. J'éprouve le besoin de me les faire pardonner en me recommandant à l'indulgence des hommes et à la miséricorde divine à laquelle je crois, comme je crois à l'âme immortelle, à la justice, au droit, au devoir, à la liberté, à l'égalité, à la fraternité, à toutes les nobles doctrines enfin qui tendent à développer la grandeur morale de l'homme ». Puis le bourgmestre ajouta, comme une réponse à l'humble confession du défunt : « Espérons que Dieu, juste et bon, ne sera pas moins miséricordieux que les hommes et qu'il recevra dans son sein l'âme de celui dont la vie entière ne fut qu'une longue et constante préoccupation pour le bien-être des malheureux de ce monde » (18). Pourtant les libéraux, cette année-là, n'étaient pas enclins à manifester leur foi en Dieu... Castiau, mort, était parvenu à faire prier pour lui le premier libéral de Péruwelz.

Du côté de l'Assistance Publique, le deuil se teintait d’or. Le 26 décembre, le Bureau reçut communication du testament : l’Assistance Publique, légataire universelle d'Adelson Castiau ! Il faut du temps pour évaluer l'importance de cette fortune : immeubles, rentes hypothécaires, fonds publics belges et étrangers, autres valeurs de bourses, environ 900.000 francs. C'est énorme ! Il faudra déduire de cela la valeur des legs particuliers dont le Bureau devra assurer l'exécution ; les neveux ont droit à 140.000 francs, la servante recevra une rente annuelle de 2.000 francs ; bref, en fin de compte, il restera près de 600,000 francs.

Le « Journal de Péruwelz » du 28 décembre invite les personnes habituellement secourues, à participer le 31 à une distribution extraordinaire de viande et de bon pain blanc. Quel beau réveillon dans les chaumières !

Hélas ! Adelson Castiau qui avait rencontré dans sa vie tant de contradictions en trouva encore - si l'on peut dire - après sa mort. Les deux testaments, 1872 et 1879 - l'un complétant l'autre -, étaient parfaitement rédigés, incontestables. Seulement, il fallait l'autorisation royale pour recevoir ce legs. Or, les héritiers naturels, la sœur d'Adelson et ses enfants, adressèrent une réclamation auprès du ministre de la Justice. Et la décision tomba rapidement : le 8 avril, le Bureau de Bienfaisance voyait son héritage réduit à 225.000 francs. La raison ? Les pauvres de Péruwelz n'avaient pas besoin de tant de revenus... Pourtant, le ministre responsable, c'était Bara, celui qui avait compté tant d'amis à Péruwelz.

Au fond, ce qui importe, c'est l'intention. Il avait bien raison, Arthur Baugnies, de dire, au nom des « Pauvres », le jour des funérailles : « Lorsqu'en face de l'éternité, il pose son dernier acte, fidèle aux généreux principes qui ont illuminé sa vie, il lègue un splendide héritage aux déshérités de sa ville natale. Plus tard, lorsque le voyageur, surpris, demandera à nos enfants ce qu'ont fait ces concitoyens dont les noms, pour la plupart, sont inconnus de l'histoire, on leur répondra : « Ceux-là ont bien aimé leurs frère' ».

BIBLIOGRAPHIE : Ernest DISCAILLES, Adelson Castiau. Sa carrière parlementaire, ses écrits, Péruwelz, Imp. Delmée éd., 1878.

 

Notes de bas de page

(1) Le grand-père de Gabriel, Paul Castiau, originaire de Lodelinsart, s'était fixé à Vieux-Condé avec sa famille, comme" directeur aux mines de charbon de terre". Son père, Joseph, avait épousé Marie-Josèphe Delporte de Péruwelz, fille d'un" marchand de bas" comme l'était son épouse, Marie-Thérèse l'était.

(2) Voir S. PHILIPPART, Péruwelz au fil du temps. t. l, Péruwelz, 1973, pour l’activité des marchands de bas.

(3) Archives privées des religieuses de Saint-Charles à Péruwelz.

(4) Archives privées E. Hamoir, Manuscrit de Mme Isembert-Housez.

(5) Ath, 1416-1852-1977. Athénée royal, Imp. Van Cromphout, Lessines, 1977.

(6) A, CASTIAU, Suppression des jurys d'examens, Émancipation des professions libérales, Bruxelles, Hauman, 1836.

(7) A, CASTIAU, De la réforme électorale, Bruxelles, Hauman, 1836, li4 p.

(8) A. CASTIAU, Qu'est-ce que le libéralisme ?, Bruxelles, Librairie polytechnique A.Decq,1843. .

(9) Chambre des Représentants, 4 /12/1844.

(10) Chambre des Représentants, 21 /04/ J 846.

(11) Chambre des Représentants, 18 /03/ 1847.

(12) Epigraphe de Abolition des octrois. 1860.

(13) H, PIRENNE, Histoire de Belgique, t. IV, p, 76,

(14) C. BRONNE, Léopold Ier et son temps, p. 212.

(15) Archives communales de Péruwelz, Délibérations du Conseil communal.

(16) A. CASTIAU, Lettres démocratiques, Bruxelles, 1864.

(17) A. CASTIAU, Abolition des octrois, Bruxelles, 1860.

(18) Journal de Péruwelz, 28 /12/1879.

(19) Archives du C.P.A.S. de Péruwelz.

 

INTERVENTIONS AU COURS DE LA SESSION 1843-1844

 

(00) Vérification de ses pouvoirs comme membre de la chambre (16/11/1843)

(01) Renvoi d’une pétition relative à une demande de secours et à l’extension du droit de vote aux ouvriers (24/11/1843)

(02) Question politique générale (21/11/1843)

(03) Plans d’alignement et droit d’expropriation (27/11/1843, 28/11/1843)

(04) Budget du département de la guerre et organisation de l’armée (4/12/1843)

(05) Equilibre général des recettes et des dépenses et/ou impôts permettant d’accroître l’équilibre budgétaire, caractère inégalitaire du système fiscal (notamment, lois somptuaires et/ou impôt sur le revenu)  (8/12/1843)

(06) Politique commerciale du gouvernement (vis-à-vis notamment de la France et du Zollverein) (8/12/1843)

(07) Loi électorale (suffrage universel) (8/12/1843)

(08) Reprise par l’Etat de l’administration du canal de Mons à Condé (+répartition du produit des barrières) (11/12/1843)

(09) Impôt sur le sel (20/12/1843)

(10) Budget de la justice (Révision des codes judiciaires (procédure civile et criminelle, code pénal…), , phénomène de la « haine de cense », question sociale (paupérisme, bureaux de bienfaisance, enfants trouvés, asile d’aliénés et modalités d’internement), régime des prisons (22/12/1843), organisation des hospices d’aliénés et conditions d’enfermement (11/01/1844, (+encouragement aux beaux-arts) 12/01/1844), régime des prisons (12/01/1844)

(11) Accroissement des attributions confiées au département de l’intérieur, tendance à la centralisation administrative et question politique générale (22/01/1844)

(12) Statistiques industrielles et agricoles (23/01/1844)

(13) Soutien étatique à l’industrie linière et paupérisme dans les Flandres) (24/01/1844)

(14) Service de la poste (29/02/1844)

(15) Personnel du corps des mines (1/03/1844)

(16) Conversion des titres de l’emprunt de 100,800,000 francs (8/03/1844) et recours à la publicité et la concurrence pour les marchés de la dette publique (11/03/1844)

(17) Pensions des fonctionnaires de l’Etat, de leurs veuves et orphelins (20/03/1844)

(18) Mode définitif de nomination du jury universitaire (30/03/1844)

(19) Conclusions de la commission d’enquête parlementaire (commission « de Foere ») et système des droits différentiels. Politique commerciale du gouvernement (13/05/1844, 21/05/1844), droits sur les bois (8/06/1844), examen de capacité des marins belges et écoles de navigation (10/06/1844)

(20) Impôt sur le tabac et équilibre général des budgets (14/06/1844, 21/06/1844)

 

INTERVENTIONS AU COURS DE LA SESSION 1844-1845

 

(1) Adresse en réponse au discours du trône (26 /10/ 1844)

(2) Fixation de l’ordre des travaux (budget et ordre judiciaire) (26 /10/ 1844)

(3) Domicile de secours (29 /10/ 1844)

(4) Traitements des membres de l’ordre judiciaire. (6 /11/ 1844, 7 /11/ 1844, 8 /11/ 1844, 12 /11/ 1844, 14 /11/ 1844, 16 /11/ 1844)

(5) Progressivité de l’impôt, impôt sur le sel (26 /11/ 1844)

(6) Société de colonisation de Santo-Thomas (Guatemala) (28 /11/ 1844)

(7) Principe de l’entrée en vigueur des lois (28 /11/ 1844)

(8) Prêt de deux millions en faveur d’une société anversoise (28 /11/ 1844)

(9) Contrôle financier  (28 /11/ 1844)

(10) Situation des habitants et de l’industrie du sucre dans le rayon de la douane, contrôles douaniers (4 /12/1844)

(11) Régime des prisons (7 /12/1844)

(12) Traité de commerce et de navigation conclu avec le Zollverein (12 /12/1844, 14 /12/1844, 20 /12/1844)

(13) Indépendance des parlementaires fonctionnaires publics (31 /01/ 1845 )

(14) Pétition des ouvriers de l’industrie du sucre (1 /02/ 1845)

(15) Pétition relative à l’ophtalmie des miliciens (13 /02/ 1845)

(16) Loi sur les céréales (proposition dite des 21) (18 /02/ 1845, 3 /05/ 1845, 6 /05/ 1845)

(17) Instruction publique (19 /02/ 1845)

(18) Pétition relative à la chasse (12 /03/ 1845)

(19) Usage des wagons découverts pour le transport de passagers (14 /03/ 1845)

(20) Organisation de l'armée. Convention de 1831 relative aux forteresses ( 7 /04/ 1845), Discussion générale  (11 /04/ 1845), Garde civique (11 /04/ 1845)

(21) Chemins de fer de Tournay à Jurbise, et de Saint-Trond à Hasselt. Principe des concessions ferroviaires au regard de l’intervention directe de l’Etat (26 /04/ 1845) ; Pétitions (30 /04/ 1845)

(22) Pétition du sieur Bergé par suite de son expulsion du royaume (30 /04/ 1845)

 

INTERVENTIONS AU COURS DE LA SESSION 1845-1846

 

(01) Renvoi de pétitions relatives à la réforme postale (08/12/1845), à un cas d’ophtalmie militaire (17/01/1846), à une demande d’indemnité de commissaires de police (04/02/1846)

(02) Libre entrée et prohibition de certaines céréales, par suite de la maladie de la pomme de terre, paupérisme, droit sur le bétail (20/09/1845)

(03) Traitements d’attente, pensions publiques, to1elaegen et droit pour la chambre de refuser d’appliquer un arrêt judiciaire (27/11/1845)

(04) Ouverture de nouveaux dépôts de mendicité et paupérisation des Flandres (02/12/1845)

(05) Politique commerciale du gouvernement et entrepôts francs, usage des fouilles corporelles par les services de la douane (08/12/1845)

(06) Budget du département des affaires étrangères pour l’exercice 1846. Agents diplomatiques à Londres et position personnel de Van de Weyer (17/01/1846)

(07) Loi sur la milice (19/01/1846, 31/01/1846)

(08) Politique sociale du gouvernement.  Livrets ouvriers, conseils de prud’hommes, inégalité maîtres-ouvriers devant la loi (article 1781 du code civil), travail des enfants (20/01/1846), établissements de bienfaisance, notamment dépôts de mendicité, monts-de-piété , asile d’aliénés, maisons pour filles repenties, crèches, écoles d’apprentissage et écoles de métier, patronage des condamnés libérés, etc. (18/02/1846, 19/02/1846)

(09) Réglementation de la chasse et caractère aristocratique des dispositions proposées (21/01/1846, 28/01/1846)

(10) Droits des étrangers (02/02/1846)

(11) Débat relatif à la formation du nouveau cabinet ministériel. Rejet par le roi du programme libéral en raison essentiellement de l’atteinte à la prérogative royale de dissoudre les chambres, organisation de l’enseignement moyen et ingérence cléricale dans celui-ci, abandon de la politique unioniste, formation d’un gouvernement homogène catholique et antagonisme politique libéraux-catholiques, réforme électorale, interventions présumées de membres de l’opinion catholique (« pouvoir occulte ») dans l’avancement et la libération d’un comptable de l’Etat condamné pour détournement de fonds (21/04/1846, 28/04/1846)

 

INTERVENTIONS AU COURS DE LA SESSION 1846-1847

 

(01) Renvoi de pétitions relatives à la falsification des denrées alimentaires (20/01/1847), au droit à une pension pour charge de famille nombreuse (27/01/1847) et au projet de société d’exportation linière (13/03/1847)

(02) Adresse en réponse au discours du trône. Discussion politique générale. Programme du ministère catholique homogène, défense faite aux fonctionnaires (19/11/1846)

(03) Avancement des princes royaux dans les grades de l’armée (10/12/1846)

(04) Application de la peine de mort (22/01/1847, 23/01/1847)

(05) Budget du département de la guerre pour 1847. Equilibre général des finances de l’Etat, officiers étrangers (Polonais) (29/01/1847)

(06) Défrichements, encouragement à l’agriculture et expropriation pour cause d’utilité publique des biens communaux, travail des enfants dans les manufactures, implications sociales, socialisme (09/02/1847)

(07) Impôt sur le revenu (13/02/1847)

(08) Législation électorale. Augmentation du nombre de députés et de parlementaire. Réforme électorale (proposition Castiau) : élargissement du corps électoral (capacitaires, jurés d’assises), inégalité du cens (campagnes-villes), fractionnement électoral, durée du mandat de parlementaire (05/03/1847, 08/03/1847, 11/03/1847, 12/03/1847)

(09) Faits personnels ((isolement politique) 08/03/1847, 03/05/1847)

(10) Répression des offenses à la personne royale et délits de presse (22/03/1847, 23/03/1847)

(11) Droits sur les céréales et droits sur le bétail (01/05/1847)

 

INTERVENTIONS AU COURS DE LA SESSION 1847-1848

 

(00) Vérification de ses pouvoirs comme membre nouvellement élu (élection non contestée) (11/11/1847)

(00) Démission en raison de convictions républicaines (04/04/1848, 05/04/1848)

(01) Renvoi d’une pétition relative au cens électoral (02/03/1848), à certaines réformes politiques (14/03/1848), à la loi sur la contrainte par corps (15/03/1848), aux réformes politiques  (25/03/1848), à une pension militaire (25/03/1848), au suffrage universel (31/03/1848), au mode de désignation des conseillers communaux (03/04/1848)

(02) Rapports sur des pétitions à l’installation d’une poudrière à Courcelles (23/11/1847), aux projets de réforme électorale (07/12/1847, 11/12/1847), aux économies à faire au budget de l’Etat (02/02/1848), aux réformes politiques, notamment en matière d’élections communales et de cens électoral (17/03/1848, 18/03/1848)

(03) Adresse en réponse au discours du trône. Destitutions de fonctionnaires pour raisons politiques, réforme électorale, notamment au niveau communal, mode de nomination du bourgmestre, droits sur les céréales, enseignement primaire, réforme fiscale et justice sociale, système des forteresses militaires, peine de mort, peine de la bastonnade infligée aux marins (16/11/1847)

(04) Port et timbre des journaux (25/11/1847, 24/03/1848)

(05) Budget du département des affaires étrangères pour 1848. Recours abusif aux crédits supplémentaires, traitements des agents diplomatiques, droits d’enregistrement sur les titres de noblesse, utilité de la marine militaire (29/11/1847), ordre de Léopold (27/01/1848)

(06) Budget du département des finances pour 1848. Caisse d’amortissement, fabrication de la monnaie d’or, d’argent et de cuivre (Pirmez), politique commerciale du gouvernement, tarif des douanes, service de la douane, visites corporelles (07/12/1847)

(07) Budget des voies et moyens pour 1848. Droits sur le sel (23/12/1847)

(08) Politique tarifaire et commerciale du gouvernement, responsabilité ministérielle (07/02/1848, 08/02/1848), droits sur le caoutchouc (08/02/1848, 11/02/1848)

(09) Usage spéculatif des pièces de monnaie étrangère en cuivre, salaires des ouvriers (08/02/1848), projets de réforme sociale (04/03/1848), crédit supplémentaire pour soutenir la classe ouvrière, travail des enfants (03/04/1848)

(10) Organisation du notariat (04/02/1848)

(11) Motion d’ordre relative au rapport fait sur une pétition sur la répression des délits de chasse, code pénal (peines corporelles) (19/02/1848)

(12) Mode de nomination des bourgmestres (23/02/1848, 24/02/1848)

(13) Législation électorale. Fractionnement électoral, durée des mandats communaux (25/02/1848, 29/03/1848), fixation du cens électoral au minimum constitutionnel (04/03/1848), cens électoral au niveau communal (20/03/1848, 21/03/1848)

(14) Interpellation relative à la position du gouvernement en présence des événements révolutionnaires en France (01/03/1848)

(15) Expulsion d’étrangers (M. et Mme Marx) (18/03/1848, 31/03/1848)

(16) Canal latéral à la Meuse (18/03/1848)

(17) Organisation de la garde civique (29/03/1848)

(18) Augmentation du chiffre global du budget de la guerre par suite des événements en France (04/04/1848)